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Points Seuil

Collection de poche du Seuil

Le Propre et le sale, Georges Vigarello

Ecrit par Eddie Breuil , le Jeudi, 11 Septembre 2014. , dans Points Seuil, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

Le Propre et le sale, 2014, 282 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Georges Vigarello Edition: Points Seuil

 

Avec Le Propre et le sale, Georges Vigarello poursuit ses recherches ou plutôt ses récits historiques de vulgarisation. Après ses histoires du corps, de la virilité, de la beauté… une histoire des représentations des notions de propre et de sale.

Georges Vigarello fait démarrer son analyse au Moyen-Âge (pour l’époque latine, le lecteur intéressé pourra se reporter au récent ouvrage de Michel Blonski, Se nettoyer à Rome, paru aux éditions des Belles Lettres). L’approche n’est pas chronologique mais thématique. Georges Vigarello aspire à montrer par quels biais se pratique l’hygiène. Une des particularités de l’ouvrage est d’indiquer que les critères de l’hygiène liés à l’eau seraient anachroniques, puisque, dans certains contextes, l’eau n’est pas le plus évident principe pour rendre propre, et entre notamment en concurrence avec le linge ou avec les toilettes sèches (sans eau). Pourtant, le plan de l’ouvrage combat difficilement cette erreur de jugement puisqu’une seule partie (la deuxième « Le linge qui lave ») sur les quatre n’est pas consacrée à l’eau.

Retour dans la neige, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Juin 2014. , dans Points Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Nouvelles

Retour dans la neige, traduit de l’allemand par Golnaz Hauchidar, préface de Bernhart Echte, juin 2014, 158 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Points Seuil

 

Retour dans la neige, petit recueil inépuisable de Robert Walser vient d’être à nouveau réédité. Il réunit vingt-cinq courts récits écrits par l’écrivain suisse entre 1899 et 1920 à Berlin – où il résida plusieurs années – et à Bienne, sa ville natale, où il revint en 1913.

Ce recueil, d’une grande unité de ton, frappe par sa simplicité et sa douceur apaisée, par la lumière qui en émane. L’auteur flâne dans les rues et la campagne, prenant le temps d’observer la ville et la nature, les choses et les gens avec un même souci du détail et une distance amusée. Ses descriptions semblent mettre tout sur le même plan, avec une nette tendance à la personnification de la nature et des choses.

Et à ce regard curieux et étonné s’exerçant sur son environnement quotidien et sur le comportement des hommes comme sur lui-même, s’ajoutent une profonde empathie pour l’autre et une capacité à se fondre dans l’univers.

L’envers du monde, Thomas B. Reverdy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 03 Avril 2014. , dans Points Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’envers du monde, mars 2014, 242 p. 6,70 € . Ecrivain(s): Thomas B. Reverdy Edition: Points Seuil

L’envers du monde commence comme un roman policier. A New York, un jour d’été caniculaire de 2003, on découvre le cadavre d’un inconnu dans un trou de pompage du gigantesque chantier de Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre : un ouvrier arabe, si on en croit le badge qu’il porte sur son gilet orange, et sans doute un assassinat… L’inspecteur O’Molley mène son enquête. Une enquête qui au travers des héros va s’affirmer comme la quête identitaire d’un pays déboussolé, changé.

Thomas B. Reverdy recourt à la puissance symbolique de cette déflagration du 11 septembre qui a entamé cette image triomphante de l’Amérique reflétée par les hautes tours vitrées de Manhattan, une image grossie donnant la mesure quantitative et abstraite d’une nation dont la vérité n’avait rien à voir avec cette réalité qu’elle exhibait au monde et à elle-même. Vérité révélée par la disparition brutale des tours jumelles, qui naîtra de cette béance souterraine qu’on s’emploie à bétonner pour reconstruire une « tour de la liberté ». Avec une grande habileté, il répercute cette déflagration sur les héros-clé articulant son roman : Pete, l’ancien policier ayant participé aux secours qui fait visiter le site aux touristes, Candice, la serveuse dont le compagnon a disparu deux ans auparavant dans l’attentat, et Simon, un écrivain français venu de Paris pour écrire un livre sur le sujet. Trois héros à qui l’auteur offre à chacun une partie, le narrateur extérieur leur cédant brièvement la parole en leur sein.

La Route, Cormac McCarthy

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 07 Janvier 2014. , dans Points Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La route, roman traduit de l’anglais (USA) par François Hirsch, 2009, 253 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Cormac McCarthy Edition: Points Seuil

 

C’est un livre comme on en voit peu, dans une vie


Morceaux choisis :

« Le petit était assis et vacillait. L’homme l’observait de peur qu’il ne bascule dans les flammes. Du pied il dégagea des emplacements dans le sable pour les hanches et les épaules du petit à l’endroit où il allait dormir et il s’assit en le tenant contre lui, ébouriffant ses cheveux pour les faire sécher près du feu. Tout cela comme une antique bénédiction. Ainsi soit-il. Évoque les formes. Quand tu n’as rien d’autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle ».

« Il retourna dans les bois et s’agenouilla à côté de son père. Il était enveloppé dans une couverture comme l’homme l’avait promis et le petit ne le découvrit pas mais il s’assit à côté de lui et se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Il pleura longtemps. Je te parlerai tous les jours, chuchotait-il. Et je n’oublierai pas. Quoi qu’il arrive. Puis il se releva et fit demi-tour et retourna sur la route ».

Fragments, Marilyn Monroe

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 02 Décembre 2013. , dans Points Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie, Nouvelles

Fragments, édité par Stanley Buchthal et Bernard Comment, traduit (USA) par Tiphaine Samoyault, postface de Antonio Tabucchi, 269 p. 12 € . Ecrivain(s): Marilyn Monroe Edition: Points Seuil

 

Fragments réunit les inédits de Marilyn Monroe, textes écrits entre 1943 et 1962. Le titre de l’ensemble est bien choisi, pour ce qui est de l’essentiel de l’ouvrage. Sont en effet photographiées et reproduites des notes écrites « çà et là », – puisqu’il s’agit tout aussi bien de feuillets arrachés, de billets, d’enveloppes ou encore de pages de répertoire. Et ces notes ont, la plupart du temps, une allure fragmentaire, semblant grignotées par le silence, le mépris de soi, la peur, grandissante, monstre de peur.

Car, si l’on peut se poser la question de l’intérêt qu’il y a à réunir ainsi des fragments et à leur donner la forme – fallacieuse eu égard à leur origine et à leur élan – du livre, cette question cesse aussitôt d’insuffler son rythme dans la conscience lorsque l’on prend en considération la façon qu’ont ces écrits, si lapidaires soient-ils, de jeter une lumière – forte, crue – sur la personnalité de Marilyn Monroe, ces fragments relevant « aussi bien de la confidence, de l’observation, de l’automotivation, de l’introspection que d’un volontarisme tantôt pratique et quotidien, tantôt disciplinaire ».