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Tinbad

 

Les éditions Tinbad, dirigées par Christelle Mercier, éclairent les lignes de leur voie de navigation sur la page d’accueil de leur site : http://www.editionstinbad.com/

« Pourquoi les éditions Tinbad ?

– On trouve cette assonance de Sinbad (le Marin) dans une suite de jeux de mots dans Ulysse de James Joyce, livre exemplaire de l’écrivain qui a poussé le plus loin les recherches en modernité formelle dans la Littérature. Oui, les avant-gardes sont défaites et défuntes, tout le monde a abandonné ce combat-là ; mais on peut encore en raconter l’histoire, sans se contenter pour autant de « mâcher les reliques du savoir » comme disait Laurence Sterne dans son Tristram Shandy. Nous nous sentons une cause commune avec les premiers Cahiers de l’Herne : la remise au goût du jour de la création littéraire la plus contemporaine ; aussi lancerons-nous une revue, irrégulière, qui sera un atelier pour les futures publications : les Cahiers de Tinbad. Nous publierons aussi des essais très littéraires et personnels sur les ultimes œuvres s’inspirant de la dernière avant-garde littéraire, Tel Quel. Comme nous estimons que les deux décennies s’étalant entre 1910 et 1930 (Futurisme, Dadaïsme, Surréalisme, Proust, Joyce) constituent la période la plus féconde en modernismes de notre Histoire – et que c’est donc de là qu’il faut repartir –, nous ne nous interdirons pas de publier des œuvres inclassables qui seraient au croisement de la poésie et du roman moderne : un violent « je » autobiographique sera recommandé et même conseillé. Notre cap : la littérature contrainte et le « Carré noir » en Littérature. Une seule certitude : pas de romans-« chromos » ! Vieilles anecdotes…

Que Tinbad fût tailleur ne nous déplaît pas, car nous voyons, après Proust et Jean-Jacques Schuhl, « la couture comme métaphore du travail textuel : patrons, ciseaux, colle, machine à coudre ».

L’Année 2.0, Claude Minière (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 16 Janvier 2023. , dans Tinbad, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’Année 2.0, Claude Minière, éd. Tinbad, 2022, 15€ . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Tinbad

 

Étrangeté

J’ai aimé flotter dans ma lecture du dernier recueil de Claude Minière, car l’ambiguïté de mon sentiment m’a poussé à rédiger suffisamment de notes au portemine, prises de notes qui ont été la première étape vers ce livre étrange et original. De ce fait le sommaire indique lui-même le parcours engageant qu’il faut suivre pour aboutir à une idée maîtresse : de l’inconnu qui s’insinue dans de l’ordinaire.

Quatre chapitres du livre, donc : Mésopotamie, Calendrier, Torso, Penser à Orphée. Dès lors, l’on voit quelle route déroutante, si je puis dire, suit le lecteur au travers cette poésie pleine d’étonnement, voire d’ébahissement. Et si l’on côtoie de grands sujets (la mort présente parfois dans la partie calendrier, donc le temps, ou dans celle d’Orphée, voyage dans les enfers, donc la mythologie, par exemple) l’on reste dans les limites d’une langue complexe et fort intrigante.

À travers tout, Mathias Richard (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 09 Janvier 2023. , dans Tinbad, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

À travers tout, Mathias Richard, éditions Tinbad, septembre 2022, 438 pages, 30 €

 

Perle irrégulière

Comment aborder le vaste ensemble de textes, recueil de Mathias Richard, que publient les éditions Tinbad, sans dire quelques mots sur la forme de l’ouvrage ? Il faut imaginer cet album comme un lieu où se construisent par fragments l’idée poétique, et peut-être aussi la narration de ce que l’on devine derrière les poèmes, c’est-à-dire, l’auteur lui-même.

Il faut savoir aussi que nombre de ces poèmes ont été performés, performances qui s’adaptent à la lecture à voix haute ou adaptent la matière écrite et libellée. Cela n’empêche nullement la rigueur de ce travail d’écriture. Au contraire cela corsète l’ensemble, lui faisant structure, structure de l’écrit qui a une relation plus ou moins autonome avec la parole, avec parfois des formes graphiques particulières ou des poèmes en anglais, ou encore de nettes parties nécessitant la parole à voix haute, la mise en espace en quelque sorte.

J’étais devenu la nuit même, je suis devenu la nuit même. Je me suis englouti, moi-même. Je me suis englouti moi-même. Aujourd’hui, ma peau, de nuit, est blanche, et je veux…

La péremption, Lionel Fondeville (par Philippe Thireau)

Ecrit par Philippe Thireau , le Vendredi, 11 Février 2022. , dans Tinbad, Les Livres, Recensions, La Une Livres

La péremption, Lionel Fondeville, avril 2021, 162 pages, 18 € Edition: Tinbad

Une fulgurante immersion dans la mer des mots désossés : le livre univers de Lionel Fondeville, La péremption, paru chez Tinbad, est bien dans la ligne de l’éditeur de littérature expérimentale. Il en est même le parangon, me semble-t-il. On nomme Tzara, Barthes dans la note de diffusion de l’éditeur pour exprimer ce que ces deux auteurs ont apporté à la littérature en la démembrant et pointer la filiation de Fondeville, pratiquant le segment, la découpe littéraire à l’étal, au couteau. Lionel Fondeville, en bon deleuzien, assigne à la littérature le postulat de « libérer la vie là où elle est prisonnière » – comme l’écrit Deleuze dans Questions de philosophie.

Le quotidien de l’auteur est renvoyé salement avant les origines ; rien n’exige que le réel n’entame la foi dans le non-roman. La vie n’est pas un roman, l’écriture ne peut donc l’être. L’écriture doit se résoudre à se défaire des plans établis en utilisant la pensée rhizomique ; dans le temps où elle se délite, elle devient de moins en moins roman et de plus en plus éclat philosophique. De la critique des situations réelles dans les interstices des mots, dans l’amalgame des mots, advient la liberté totale de penser « autre », c’est-à-dire soi-même hors conventions sociétales. Il s’agit pour Fondeville de « rejouer la scène sans l’avoir apprise par cœur, mais l’ayant apprise mieux que par cœur, par corps… ».

Mes Arabes, Olivier Rachet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 13 Octobre 2021. , dans Tinbad, Les Chroniques, La Une CED

Mes Arabes, Olivier Rachet, éditions Tinbad, septembre 2021, 168 pages, 19 €

 

Identité

Il serait compliqué de résumer les impressions qui furent miennes à la lecture de cet ensemble de textes qui tournent autour de la faculté révolutionnaire de l’identité, ici identité homosexuelle – même si celle-là n’est pas tout dans le livre. On y voit surtout aussi une belle défense de l’Islam en ce qui concerne les mœurs ou la littérature.

Il m’a fallu trois petites journées pour lire Mes Arabes, et étudier, trop hâtivement sans doute, ce que j’appellerai ici : une herméneutique ou une phénoménologie de l’identité, ici appuyée sur un trait sexuel personnel et agissant. C’est avec cette approche en définitive que j’ai pu, sans temps morts, parcourir ce livre, à la fois poème en prose et réflexion sur soi, sur le soi homophile. Du reste, puisque j’évoque cette agitation des signes, qui s’interpolent dans le sein le plus intime de la construction d’un homo, je donne ici quelques mots phares de cet essai de discours amoureux arabo-musulman (car telle est la relation de l’auteur à lui-même passé par la figure vigoureuse de l’Arabe) : arabesque, Arabe, Raï, Paradis, alcool ou révolution notamment.

Mes Arabes, Un chant d’amour postcolonial, Olivier Rachet (par Philippe Thireau)

, le Jeudi, 07 Octobre 2021. , dans Tinbad, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

. Ecrivain(s): Olivier Rachet Edition: Tinbad

Arabe, « celui qui vit sous la tente ». Dans cet espace clos, bercé par le vent, un monde est né.

Il n’est qu’un dieu, Allah. Ainsi le nomment les chrétiens d’Orient, les Palestiniens épousant le catholicisme. Ainsi l’appellent les musulmans. C’est en Palestine justement, à Bethléem, que l’auteur, en une église au soir de la Nativité, fut pris d’un sentiment de consternation et d’ivresse en entendant prononcer le nom d’Allah et d’un irrépressible désir conjoint de se livrer à tous les mâles assemblés, en martyr d’une cause vénale, « la malédiction d’aimer les hommes ».

Mes Arabes est un hymne à cette malédiction, à la fois abaissement et transcendance. On ne peut oublier Pasolini au passage. Il est présent, à peine évoqué, silhouette tragique, magique. La pertinence du rapprochement me semble avérée par cette phrase extraite d’une interview de PPP donnée à Furio Colombo, quelques heures avant sa mort à Fiumicino en 1975 : « J’ai la nostalgie des gens pauvres et vrais ». Le corps de Pasolini était le pays des gens pauvres et vrais ; ceux-là même qui pour seule arme disposaient d’une barre de fer pour l’abattre. Les intellectuels italiens l’ont-ils compris ? Rachet fait corps, lui, avec la communauté arabo-musulmane et la masse des refoulés d’hier et d’aujourd’hui.