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La Route de nuit, Laird Hunt (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Actes Sud, Cette semaine

La Route de nuit (The Evening Road, 2017), avril 2019, trad. américain Anne-Laure Tissut, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): Laird Hunt Edition: Actes Sud

 

Une époque se reconnaît-elle à ses spectacles ? Les événements qui rassemblent les foules en révèlent-ils autant sur une société qu’une analyse sociologique ? Chez les Romains, il y avait les combats de gladiateurs. Aujourd’hui des rencontres sportives rassemblent des millions de téléspectateurs à travers le monde. La série Game of Thrones devient une grand’messe internationale abondamment commentée sur les réseaux sociaux. En 1930, une foule nombreuse rejoignait la petite ville de Marvel, dans l’Indiana, pour un spectacle qui promettait beaucoup : le lynchage de trois jeunes noirs. Le roman de Laird Hunt, La Route de nuit, est une fiction, mais est tirée d’événements réels. Ils se sont déroulés le 7 août 1930. Petite ironie de l’histoire, le lynchage a eu lieu dans une ville dont le nom est, aujourd’hui, devenu l’un des emblèmes de la société-spectacle hollywoodiennes et de ses super-héros…

Pierre Bonnard, Au fil des jours, Agendas 1927-1946, Céline Chicha-Castex, Alain Lévêque, Véronique Serrano (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, L'Atelier Contemporain

Pierre Bonnard, Au fil des jours, Agendas 1927-1946, Céline Chicha-Castex, Alain Lévêque, Véronique Serrano, avril 2019, 280 p. Edition: L'Atelier Contemporain

 

« Bonnard remplissait ses agendas comme des carnets de notes et de croquis, les ayant toujours à portée de main pour saisir un motif sur le vif, poursuivre une recherche graphique ou écrire une pensée, à côté d’annotations triviales de la vie de tous les jours », Céline Chicha-Castex, Les agendas de Bonnard.

« Le dessin c’est la sensation. La couleur, c’est le raisonnement », Pierre Bonnard, Observations sur la peinture.

Nous sommes en 1927, le 3 octobre, le peintre va avoir 60 ans, il a acheté Le Bosquet au Cannet, ce sera sa maison et c’est aujourd’hui son musée. Il peint, il dessine, et tient son agenda, on y lit : « beau temps doux très beau paysage bleu du port. Couleur – lumière – couleur – couleur ». Tout est là, toute peinture peut advenir : le ciel, le port, la lumière, les couleurs seront au rendez-vous, le peintre est doté d’une vue sur-aiguisée, il voit cette lumière, qui demain, loin du motif, sera sa lumière unique, ses lumières.

Freddie Mercury, Selim Rauer (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Fayard

Freddie Mercury, octobre 2018, 342 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Selim Rauer Edition: Fayard

 

« Nous prêtons peu d’attention, dans les biographies d’hommes illustres, aux événements de l’enfance. Nous tendons à nous concentrer sur l’épopée, les hauts faits de l’âge mûr. Mais moi qui n’ai été qu’une ombre […] je sais ce qu’il en est de l’enfance, de ce que l’enfance laisse comme trace ou comme oubli » (Camille de Toledano). Sur son enfance comme sur ses origines, celui qui se nommait à l’état-civil Farrokh Bulsara fut extrêmement discret. C’était, il est vrai, en ces temps lointains où un individu ne se définissait nullement par son appartenance à telle ou telle communauté ; en ces temps où ni l’Internet, ni le tintamarre hystérique des réseaux « sociaux », ni les smartphones n’existaient, qui font de chaque individu un voyeur et un paparazzo en puissance, un suppôt du panoptisme et de la surveillance généralisée.

La biographie que Selim Rauer a consacrée à Freddie Mercury parut pour la première fois en 2008. Elle est réimprimée dix ans plus tard, comme on le devine, dans le sillage du « film biographique » Bohemian Rhapsody. Elle est, qu’on se rassure, bien supérieure à cette production cinématographique.

Le Nouveau Féminisme, Barbara Polla (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 24 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Odile Jacob

Le Nouveau Féminisme, mai 2019, 272 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Barbara Polla Edition: Odile Jacob

 

Libre, indépendante, boulimique, Barbara Polla ose transgresser les lignes de partage. C’est sa manière d’aborder le politique et le féminisme pour en dégager certaines limites et normes. Elle aboutit à une distillation d’écriture qui dépasse les frontières classiques de la rationalité discursive qui engendre des schémas trompeurs car réducteurs.

L’auteure aborde donc les féminismes en dépassant effrontément les barrages qu’ils dressent. Dans son travail de synthèse, Barbara Polla trouve de nouvelles voix vers la paix des genres à travers les ambitions affichées des nouveaux mouvements (pro-choix, pro-désir, intersectionnel, LGBTQI, écoféminisme, antispéciste, etc.). Chaque fois elle montre les ambitions et les risques de tels mouvements pour ouvrir leurs possibilités plutôt que de les fermer à des fins de non-recevoir.

Le Diable et Sherlock Holmes, David Grann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 23 Mai 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Nouvelles, Cette semaine

Le Diable et Sherlock Holmes, Editions du Sous-Sol, mars 2019, nouvelles traduites de l’américain, 452 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Grann

 

Autant le dire d’emblée, ce volume de novellas de David Grann n’a que très peu de rapports avec le pensionnaire du 221b Baker Street à Londres. Certes, la première histoire – qui nous place au cœur des descendants et des fanatiques du détective – raconte la quête aventureuse des documents précieux de Sir Arthur Conan-Doyle. On peut aussi dire qu’une autre nouvelle, Un crime parfait, évoque de loin les énigmes que Sherlock avait à résoudre et ses méthodes d’enquête. Mais pour tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le lien avec Sherlock Holmes nous a échappé. Par contre, nous avons du pur David Grann, et c’est déjà formidable.

Grann est un cas très particulier dans ce qu’il faut bien appeler la littérature. C’est qu’il n’en fait pas. Si l’on estime que l’acte littéraire est création, fiction, alors les histoires qui sont racontées ici – et plus généralement dans tous les livres de David Grann – ne sont pas littérature car elles sont vraies et rapportées telles qu’elles ont eu lieu, jusqu’au moindre détail. Aucune part à la fiction, rien à voir avec l’exofiction par exemple qui prend des faits réels pour les romancer, les remodeler au gré de l’auteur.