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Monnaie de singe (Soldiers’ Pay), William Faulkner (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 06 Décembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, En Vitrine, Cette semaine, Garnier-Flammarion

Monnaie de singe (Soldiers’ Pay, 1926), trad. américain, Maxime Gaucher, 368 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): William Faulkner Edition: Garnier-Flammarion

 

Le premier roman de Faulkner laisse voir quelques défauts de ceux que l’on peut trouver dans tout premier roman, mais il montre surtout, en gestation flagrante, la puissance de l’œuvre à venir. Tous les thèmes récurrents du maître du Mississippi apparaissent en éclats aveuglants (sans jeu de mots, la cécité est un des thèmes du livre) tout au long de ce roman.

Comme L’Adieu aux armes d’Hemingway, publié dans la même année 1926, il met en scène la « génération perdue », celle des Américains qui ont combattu pendant la Première Guerre mondiale. Mais à la différence d’Hemingway, Faulkner situe son roman dans l’après-guerre, le « retour à la maison » des soldats. L’art du portrait chez Faulkner fait le reste : ses personnages montrent une complexité, des déchirures intimes bien plus élaborées que les « super-héros » d’Hemingway, toujours assez caricaturaux dans l’héroïsme mâle. Certains personnages de ce roman se rapprochent de cet archétype – l’infâme Januarius Jones et le caricatural George Farr, par exemple – mais certains d’entre eux sont clairement plus complexes et intéressants.

Hana, Alena Mornštajnová (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 05 Décembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays de l'Est, Roman

Hana, Alena Mornštajnová, Les éditions Bleu et Jaune, juin 2022, trad. tchèque, Benoît Meunier, 336 pages, 23 €

 

Hana, personnage mutique, décharné, maladif, d’apparence effrayante, tout de noir vêtue et toujours des mêmes vêtements, traverse ce roman comme une incarnation de la meurtrissure et de la mort.

Hana, Mira sa nièce, les autres, les événements personnels, politiques, effroyables, dévoilent peu à peu cette femme qu’on fuit, qui fuit. Dans son sillage rôdent la déchirure, la mort bien amarrée à elle… jusqu’au plus profond de l’horreur.

A la toute fin du roman cette femme, totalement innocente, entièrement défigurée par la vie se révèle un adjuvant incontrôlable, mû sans aucune sorte de culpabilité que celle de porter l’amour et également le malheur.

Hana, jeune fille a pour elle beauté, vivacité, intelligence du cœur et de l’âme, et une indéniable qualité de brodeuse. Elle ne se raconte pas, elle tisse innocemment la blessure, préside malgré elle au destin des siens, personnage central qui revient d’au-delà de l’horreur – pour encore – la semer.

Corps habitable, Michel Bourçon (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 02 Décembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Corps habitable, Michel Bourçon, Sinope Editions, octobre 2022, 104 pages, 7 €

 

Michel Bourçon vient de publier son 41ème recueil de poèmes. En tant que lecteur admiratif de sa poésie, c’est mon quatorzième livre de Bourçon.

« immobile derrière les vitres

on guette le mot

qui en amènerait d’autres

dans ce présent hanté par les souvenirs

avec ce peu de lumière

caressant le peu qui demeure

au cœur de ce moment où tout se fond

parmi le neutre »

(…) (p.43)

Les œuvres éternelles suivi de La rose céleste, Thibault Biscarrat (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 01 Décembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Les œuvres éternelles suivi de La rose céleste, Thibault Biscarrat, éditions Ars Poetica, septembre 2022, 60 pages, 10 € . Ecrivain(s): Thibault Biscarrat 

« Les voix, les versets me sont choses familières. J’attends au pied de la montagne pour qu’il m’indique Sa royauté. Alors le verbe se fera écriture, encre indispensable » (Thibault Biscarrat, Les œuvres éternelles).

« Voyez l’or, plus vous le faites fondre, plus il s’affine. Quand il est purifié à 24 carats, il ne se réduit plus à quelque chaleur qu’on le soumette, car il n’a plus d’alliage impur qui se puisse consumer. Ainsi en va-t-il de l’âme qui se purifie au feu divin » (Paul Claudel, Journal, Janvier 1924).

Une revue littéraire, comme La Cause bien nommée, sert aussi parfois à accompagner, livre à livre, souffle à souffle, l’itinéraire littéraire d’un romancier ou d’un poète. Les livres sont là, et les recensions suivent mot à mot cette aventure romanesque, poétique, et profondément inspirante pour le lecteur. Elles suivent et accompagnent l’écrivain dans son évolution, ses transformations, ses admirations, ses saisissements littéraires. C’est le cas de celles consacrées à Thibault Biscarrat depuis son premier opus, Dolmancé, puis L’homme des grands départs, ou encore Chant Continu et L’Initié.

Bob le bobo, Mélina Schoenborn, Sandra Dumais (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 01 Décembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Bob le bobo, Mélina Schoenborn, Sandra Dumais, Gallimard Jeunesse, juin 2022 (format 160 x 206 mm), 32 pages, 5,50 € Edition: Gallimard Jeunesse

 

Petit mal sans gravité

Bob le bobo est le titre d’un joli livre et d’un petit mal sans gravité, le bobo, utilisé dans le langage familier et enfantin. Ce livre jeunesse est concocté par Mélina Schoenborn, finaliste du Prix François-Houdé 2020, qui vit au Canada, après des études d’Arts visuels à l’Université de Montréal, et par Sandra Dumais, illustratrice, née à Toronto.

Bob le bobo peut être lu à haute voix, afin de partager les aventures et mésaventures de ce bonhomme tout rond, tout rouge, qui n’est pas particulièrement aimé. Aussi Bob doit chercher longtemps un coin d’épiderme où se réfugier. Sa présence signifie un hématome, une blessure, une légère coupure. Pourtant, c’est chez un petit garçon tombé de vélo, qu’il est le mieux accueilli, dorloté, bien au propre, lavé ! Le gentil Bob colore un coin de coude, de genou, et suit en permanence le petit garçon qui est tombé et qui l’adopte facilement. Mais le bobo devient peu à peu inoffensif, se réduit derrière les pansements, jusqu’à disparaître. Bob doit alors guetter le prochain bobo !