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Arts

L’œil de tous les yeux, Bérénice Constans

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 28 Novembre 2017. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’œil de tous les yeux, Fata Morgana, novembre 2017, 96 pages, 16 € . Ecrivain(s): Bérénice Constans

 

Histoires de l’œil

 

Poétesse et peintre, Bérénice Constans apprend à voir, renverse les règles de la peinture (mais pas seulement) afin d’apprendre au lecteur ce qu’il y a dedans. Il faut parfois des stratégies et, avant d’entrer en ce qu’on nomme art, passer par d’autres surfaces. Mais non sans de multiples précautions que souligne la « narratrice » de L’œil : « Se servant de l’entrelacs de branches tombantes pour mieux se dissimuler, elle observait la tache sur le mur, en se mordant nerveusement la lèvre. Plusieurs fois de suite, elle ouvrit et ferma les yeux, en essayant de s’arracher à̀ sa vision. Mais, il y eut en elle comme une cassure. Elle n’osait plus bouger, de peur de découvrir de nouvelles taches », et ce avant un ébranlement : « L’obscurité́ allait s’abattre sur elle en une pluie de cendres noires ». Mais les taches demeurent, comme la peinture (du moins celle de Bérénice Constans), entre réalité et onirisme.

Peut-être des falaises, Gilbert Pinna

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 22 Novembre 2017. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Bateau Ivre

Peut-être des falaises, septembre 2017, 80 pages, 25 € . Ecrivain(s): Gilbert Pinna Edition: Le Bateau Ivre

 

« Débarquement dans les ports. Marseille, juillet 1962. Il faut voir tous ces gens éperdus, dans la gare Saint-Charles. Moi, minuscule, dans un couffin, avec mon frère, en départ de vacances. Bien plus tard, on me le raconte : il y a des vieux, des vieilles, des enfants, hagards, une valise à la main, qui attendent, debout, assis, couchés… Et puis, dehors juste à trois cents mètres, la grande lumière blanche qui réverbère celle de la baie d’Alger. Entre les deux côtes, les plages et un gros bras de mer ».

Peut-être des falaises est une aventure graphique, l’esquisse d’un roman, nourrie de l’enfance de l’auteur, de son humeur irisée, de ses admirations, Hopper, Camus et l’insondable secret de l’Algérie de Meursault, Kafka, magicien impérial de sa ménagerie, Hugo Pratt, ou encore Marguerite Duras sur son balcon des Roches Noires, et Freud à Vienne. Gilbert Pinna n’illustre pas ses éclats romanesques, ses remarques, ses souvenirs, il les prolonge, en donne un écho gracieux et troublant. Le trait est fin, tout en rondeur, les couleurs sont embrasées par des pastels soyeux.

Les jouets rouges, Jacques Cauda

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 20 Novembre 2017. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Les jouets rouges, éd. Contre-Ciel, 2016, 37 pages, 12 € . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

L’œuvre peinte serait-elle objet créé dans ce purgatoire ab et ad vitam aeternam au cœur duquel nous sommes jetés pour avoir commis le crime de l’amour ? Drôle de question, étrange idée ! Quoique, complices, nous le sommes bien, dixit un certain Charles Baudelaire, dont la citation extrait de Mon cœur mis à nu paraît en exergue des Jouets rouges : « Ce qu’il y a d’ennuyeux dans l’amour, c’est que c’est un crime où l’on ne / peut pas se passer d’un complice ». L’œuvre peinte aborde la bouche d’Eros jusque dans ses éclats de salive et sève saisies, face surfigurée, dans le précipice effroyable de l’étreinte amoureuse.

« J’ai toujours un conseil sur moi : “Mon pote, ne t’embarrasse pas des choses qui appartiennent aux yeux en les faisant passer par les oreilles, car tu seras dépassé et de loin par l’œuvre du Peintre !” Conseil de Léonard de Vinci à l’Écrivain que je suis. C’est pour ça que j’ai choisi la peinture. Pour les tenir par les hanches et jouir d’un coup, brutal, un bâillement d’effroi, en faisant s’évanouir dans leur bouche l’existence de Dieu ».

Je, Gauguin, Jean-Marie Dallet

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 13 Novembre 2017. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Je, Gauguin, octobre 2017, 238 pages, 8,70 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Dallet Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Le genre de l’autobiographie imaginaire est malaisé à maîtriser. Jean-Marie Dallet, auteur de Je, Gauguin, dément quelque peu ce présupposé. Dans ce récit, il est le « Je » de Gauguin, son intimité, ses secrets, ses tourments récurrents, ses obsessions. Ce qui accroche dès l’entame de l’ouvrage, c’est l’explicitation des choix de ce peintre ; il avoue ainsi, au retour de son voyage en Amérique Latine où il a passé soit dit en passant une partie de son enfance, sa dépendance vis-à vis du désir d’évasion, de fuite d’un ailleurs forcément attractif :

« En fait dès qu’il s’agira de fuir, de chercher ailleurs plus loin, toujours plus loin, une existence différente, je serai toujours partant, n’admettant jamais que de lever l’ancre, même pour le bout du monde, ne sert à rien, que l’on n’échappe jamais à l’enfer intime qui vous colle au cœur, au Sud comme au Nord ».

Le ralenti des choses, Jacquie Barral

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 02 Novembre 2017. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le ralenti des choses, Fata Morgana, octobre 2017, 56 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jacquie Barral

 

Avec son livre, Jacquie Barral ramène à l’essentiel du geste et l’art à travers son origine : « Lorsque l’on trace, enfant, son premier trait avec un crayon sur un bout de papier, ou avec un bâton dans le sable, ou un doigt sur une vitre embuée, on ignore tout de l’aventure extraordinaire qui va suivre. Et pourtant la magie du dessin vient d’être découverte ». Le dessin permet donc de réaliser une arche d’acier qui invite naturellement l’être à pénétrer dans l’enceinte d’un lieu qui donne le plus merveilleux des points de départ et des points de vue.

Jacquie Barral a trouvé en lui l’élément déterminant pour confirmer et développer la singularité de son travail et de son apport à la postmodernité. Grace à lui, elle a découvert l’effet d’une ouverture et le sens du mouvement. Il lui suffit parfois d’une table pour créer les cascades dont elle a le secret. Le dessin, entre lenteur et vitesse, produit chez elle différentes arêtes, fentes et intervalles qui participent à la construction d’un vaste réseau graphique.