Identification

Arts

Histoires d’une image, Nicolas Bouvier

Ecrit par Sanda Voïca , le Samedi, 13 Février 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Editions Zoe

Histoires d’une image, octobre 2015, 112 pages, 8 € . Ecrivain(s): Nicolas Bouvier Edition: Editions Zoe

 

Voir pour être vu

Il s’agit d’une réédition de 2001, par la même maison d’édition suisse, Zoé, de ce recueil de 26 textes, avec cette observation que le dernier, sans titre, n’est constitué que de l’image, légendée à la toute fin du livre : il s’agit de « L’Alphabet de l’âne, par Goya ». Ces textes ont été publiés initialement dans la revue Le Temps stratégique, à Genève, entre 1992 et 1997. L’ordre chronologique de ces premières parutions n’est pas respecté mais il n’est pas tout à fait aléatoire non plus, car le livre a été composé, organisé par Nicolas Bouvier même.

Et cette précision : les images reproduites et qui sont le sujet de chacun des textes, proviennent du fonds iconographique et photographique de l’auteur, et appartenant maintenant soit à la Bibliothèque de Genève (pour les illustrations), soit au Musée d’Elysée de Lausanne (pour les deux photos).

Palmyre, L’irremplaçable trésor, Paul Veyne

Ecrit par Pierre Perrin , le Mardi, 12 Janvier 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Albin Michel

Palmyre, L’irremplaçable trésor, novembre 2015, 144 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Paul Veyne Edition: Albin Michel

 

Palmyre, pour être un bref essai de circonstance, touche le lecteur, instruit, et ravit l’esprit. La circonstance est inscrite dans « le supplice, la torture, la décapitation, le 18 août 2015, de l’archéologue palmyrénien Khaled al-Assaad ». L’ouvrage, qui « n’est plus d’érudition », est dédié à sa mémoire. La dédicace est plus précise encore. Ce directeur général des Antiquités de Palmyre, de 1963 à 2003, a été « assassiné pour s’être intéressé aux idoles ». Et, dans le corps du livre, qui mériterait d’être lu jusque par la grande presse, Paul Veyne explique les raisons des « exécutions atroces et ostentatoires, massacres de masse » et autres destructions de monuments. Il révèle, par-delà les mises en scène, la rupture qu’imposent ceux que nous appelons des barbares. « Ce n’est pas de l’envie, de la jalousie pour la supériorité de l’étranger (comme l’ont été en France l’anglophobie, puis l’américanophobie), mais le désir de prouver et de se prouver qu’ils ne sont pas comme nous, qu’ils sont eux-mêmes ». Ces islamistes, persuadés de leur vérité, se voient isolés, relégués, dans le vaste monde. « Car la culture de l’Occident et ses mœurs s’étendent partout, l’immense Chine “communiste” continue de s’occidentaliser. Partout dans le monde des filles font des études, les femmes conduisent ». Bref, l’ancien titulaire de la chaire Histoire de Rome en pincerait pour une guerre de civilisation, que je ne serais pas surpris. C’est en quoi il nous touche, surtout lorsqu’il affirme :

Day for Night, Richard Learoyd

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 11 Janvier 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Day for Night, Richard Learoyd, éd. Fraenkel Gallery, San Francisco, novembre 2015

 

Les photographies en couleurs de Richard Learoyd sont créées à partir d’un des plus vieux processus photographiques : celui de la camera oscura. Dans une pièce est installé son appareil, dans une autre séparée de la première par une lentille, le « sujet » de sa prise. L’image est des plus précises, simples et directes. Elle augmente ce que l’œil perçoit de manière commune. L’artiste photographie dans son studio à Londres et parfois dans la campagne anglaise chargée de toute l’histoire de l’art.

L’aventure photographique est spectaculaire mais dans le bon sens du terme. Elle agit et de manière uniquement poétique loin de toute version post pop d’un fétichisme du portrait. Learoyd réinvente toute une économie symbolique des signes iconiques. Il les métamorphose à l’état de rébus très éloignés de la simple compréhension formelle de reconnaissance. C’est pourquoi l’œuvre échappe à tout potentiel mimétique. L’éloquence visuelle, le velouté éventuel des surfaces, le mouvement et les directions des formes, le jeu des vides, la vulnérabilité paradoxale, la légèreté dominent des ensembles qui renvoient à une série d’interrogations.

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, L'Atelier Contemporain

Nathalie Savey, Philippe Jaccottet, Michel Collot, Héloïse Conésa, Yves Millet, novembre 2015, 129 pages, 30 € Edition: L'Atelier Contemporain

 

On entre dans le monde de Nathalie Savey comme sur la pointe des pieds, avec des yeux d’enfant ; chaque double page de ce livre au format presque carré, présente, dans le cadre d’une immense marge blanche au papier glacé, un court texte tiré de l’œuvre de Philippe Jaccottet, en regard d’une remarquable reproduction de photo en noir et blanc, dont on imagine le somptueux tirage original.

L’importance laissée à cet espace vierge – instituant une sorte d’écart, de mise à distance, de no man’sland blanc, que le regard (et la pensée) doivent franchir – me fait penser inéluctablement à Roland Barthes et sa Chambre Claire (Seuil, 1980). Dans ce livre, consacré à l’étrangeté de l’image fixée par le grain d’argent sur le papier, le philosophe explore et théorise son expérience extatique de la photo, délivrée du verbiage ordinaire (technique, politique…) qui l’accompagne. Le propos de Nathalie Savey, qui en appelle, elle, à Jaccottet (poète qui accompagne depuis toujours sa démarche :

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal (Texte d'Yvan Audouard)

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Hans Silvester, Pétanque et jeu provençal, texte d’Yvan Audouard, octobre 2015 . Ecrivain(s): Hans Silvester Edition: Le Rouergue

Les sphères exercent une irrésistible fascination sur les habitants du globe terrestre. Elles suscitent spontanément une « gestuelle » et un imaginaire… J’ai la prétention de croire que, sur un terrain de boules, s’exprime une civilisation plus ancienne, plus complète, plus riche, plus sage (Yvan Audouard).

Face à nous des livres de photos et de grands tirages en noir et blanc de joueurs de Pétanque et de jeu provençal, dans la lumière du noir et blanc. Les photos de Hans Silvester saisissent ces regards des joueurs, sourires, tensions, doutes. Ils s’élancent, les bras se balancent, les corps dansent, on fixe la boule, des cercles se forment, c’est « un théâtre populaire où les hommes se retrouvent pour jouer et regarder ». Sous nos yeux, les ombres des joueurs et des arbres, ces platanes qui ombrent les images de Hans Silvester comme ils ombraient les romans de Jean Giono et les poésies de René Char. Le photographe lit les deux écrivains depuis les années 60, depuis son arrivée à Marseille et son installation dans cette maison ouverte sur les collines du Luberon. « Une ruine achetée pour la moitié du prix d’une 2 CV, aujourd’hui cela serait impossible ».