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Le Mot et le Reste

Le mot et le reste est une maison d'édition située à Marseille, fondée par Yves Jolivet en 1996.

Elle publie des ouvrages, documents, témoignages, et essais dédiés à l'esthétique, la musique, les sciences humaines, la littérature, et la poésie contemporaine.


Les vents de Vancouver, escales dans l’espace-temps du Pacifique Nord, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 24 Novembre 2014. , dans Le Mot et le Reste, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Les vents de Vancouver, escales dans l’espace-temps du Pacifique Nord, mars 2014, traduction de Marie-Claude White, 176 pages, 17 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

Kenneth White nous a déjà emmené dans des contrées blanches et bleues, au Labrador, dans La route bleue (1983, prix Médicis). Il fait d’ailleurs un petit clin d’œil à cette route à la fin de son périple : « Mais, bon, il est temps de reprendre la route, la route sceptique, la route surnihiliste, la route bleue avec ses moments bleus, ses lumières blanches et ses lignes noires et fermes ». Cette fois c’est à l’opposé, à l’ouest du continent américain, que le voyageur et écrivain nous transporte, du côté de Vancouver, le long du Pacifique Nord et des côtes ouest du Canada et de l’Alaska.

D’abord, les lieux. White sait décrire les lieux. Ici Vancouver, avec sa litanie poétique de noms de quartiers, avec une description de la ville bruyante, en effervescence. La ville, le musée, le port et sa faune hétéroclite, le cimetière. Pour White, musarder dans un musée c’est la possibilité de « trouver une image cohérente du monde » et la lecture des inscriptions des pierres tombales lui permet de « pénétrer dans le théâtre du monde ».

Jamais par une telle nuit, Magali Brénon

Ecrit par Frédéric Aribit , le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans Le Mot et le Reste, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Jamais par une telle nuit, février 2014, 140 pages, 17 € . Ecrivain(s): Magali Brénon Edition: Le Mot et le Reste

 

De chair, de sueur, de sexe, de sang, de larmes, l’amour est toujours un monde personnel. L’infinitif, au contraire, un mode impersonnel.

Toute la beauté du livre de Magali Brénon vient sans doute de cette contradiction-là. Un tragique d’ordre quasi-grammatical mine ainsi cet audacieux roman qui invente un nouveau lyrisme de l’échec amoureux. Disons donc roman, pour faire simple : « elle », qui dit « je », rencontre un homme, Marcello, puis le perd. Autant résumer la Recherche en 15 secondes, comme l’avaient proposé jadis les Monthy Python. Du reste, il y a sans doute autant de Proust que de Duras dans ce livre-là, qui déroule une étonnante partition musicale faite de silences et d’échos, de bruissements hurlants et de cris retenus, de halètements courts et rythmés et soudain de souffle sans virgule, sans ponctuation, de souffle coupé et perdu. Luxuriance et luxure : d’une sensualité toujours frissonnante, la déambulation éperdue de la narratrice à la recherche de l’autre et donc d’elle-même, dessine sous ses pas parfois perdus un paysage d’une rare efflorescence littéraire où, d’Orcival à Rome, de Rome à Montevideo, le corps se parcourt comme une géographie du désir. Tout y est fragile, ténu, sensible. La matière durcie du monde ne se donne qu’à la subtilité des mots pour le dire, qu’au corps du texte qui le suggère, veut le donner à voir, à entendre, à saisir et ressentir.

Les cygnes sauvages, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Le Mot et le Reste, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Récits

Les cygnes sauvages, traduit par Marie-Claude White, juin 2013, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

« Je suis parti dans le vent »


Un beau jour, à la fin des années 80, Kenneth White décide de faire « une virée » au Japon, en forme de « pèlerinage géopoétique », pour « rendre hommage aux choses précieuses et précaires » et pour faire un « voyage-haïku » dans le sillage de Bashô. Il espère bien en tirer un livre, qu’il voudrait « petit livre nippon extravagant, plein d’images et de pensées zigzagantes ». S’immerger dans un pays, dans une culture, dans des souvenirs littéraires, et « si possible, voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre avec leurs cris d’outre-terre sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner ». On ne peut pas avoir de buts plus clairs pour un voyage. Le résultat est ce récit, Les Cygnes sauvages, un livre à l’air inoffensif, pas très épais, et pourtant rempli à craquer d’histoires, de descriptions, de sons, de poésie, de philosophie, d’histoire littéraire, d’érudition – mais une érudition douce, qui ne fait pas mal à la tête, et même une érudition qui rend intelligent. Ou zen.

Résistance au gouvernement civil et autres textes, Henri David Thoreau

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 17 Juillet 2013. , dans Le Mot et le Reste, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, USA

Résistance au Gouvernement Civil et autres textes. Trad. de l’anglais (USA) Nicole Mallet. Introduction et notes de Michel Granger. 03/2011. 64 p. 9 € Editions Le Mot et le Reste. . Ecrivain(s): Henry David Thoreau Edition: Le Mot et le Reste

Résistance et non désobéissance. Quelle différence ? C’est d’abord la traduction littéralement exacte de l’essai qui a rendu Thoreau célèbre. Le glissement de la résistance vers la désobéissance est très fin. Aussi subtil que la notion de frontière qui émaille les écrits immenses de l’Américain, le délicat respect l’emporte sur les récupérations obtuses, sources des foudres de la censure et de malentendus variés. Si désobéir revient à manquer de civilité, alors Thoreau n’est pas un désobéissant, encore moins un incitateur à la violence gratuite.
La résistance obéit à une Cause Supérieure. La résistance met en œuvre une participation à une Cause (l’abolition de la peine de mort, l’abolition de l’esclavage, le refus de collaborer avec des gouvernants dévoyés…) par la mise en œuvre de moyens très concrets : oui, la violence des mots doit « susciter une insurrection des consciences contre l’injustice » selon la formule précise de M. Granger.

Pommes sauvages & la vie sans principe, Henry David Thoreau

Ecrit par Adrien Battini , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Le Mot et le Reste, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, USA

Pommes Sauvages & La Vie Sans Principe, traduction de Nicole Paillet, mai 2013, 88 pages, 10 € . Ecrivain(s): Henry David Thoreau Edition: Le Mot et le Reste

 

Pour les éditions Le Mot et le Reste, 2013 est placée sous le signe de Henry D. Thoreau. Après la réédition de son chef d’œuvre Walden (nouvelle traduction de Brice Mathieussent), la maison marseillaise poursuit son entreprise de publication des conférences et autres essais courts du romancier américain. A l’instar de Marcher ou des Teintes d’Automne, Les Pommes Sauvages & La Vie Sans Principe constitue une parfaite entrée en matière dans l’univers de Thoreau et une plaisante initiation à sa pensée.

Nul doute que le lecteur sera quelque peu surpris par les premières pages des Pommes Sauvages. En guise d’essai littéraire, Thoreau ouvre son propos sur une véritable monographie descriptive sur le sujet des pommes. Tout tient de l’ouvrage encyclopédique : considérations géographiques, étymologiques, taxinomiques et mythologiques (dont on déduira un implicite hommage au paganisme, puisque toute référence biblique est absente du texte). Cette masse d’informations, que d’aucuns jugeraient superflue, sert au contraire les intentions de Thoreau tel un subtil baptême pour le profane qui ignore l’importance des vergers sauvages du Massachussetts.