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Au Diable Vauvert

Au Diable Vauvert est une maison d'édition indépendante française, fondée en octobre 2000 par Philippe Mandilas (Mandy) et Marion Mazauric.

Elle est située à La Laune, lieu-dit dépendant de la commune de Vauvert (Gard).

Au Diable Vauvert fait partie de la nouvelle vague de maisons qui se sont créées au moment où l'édition française subissait un fort mouvement de concentration (Hachette, Editis…). La même année (2000), Bragelonne et 6 pieds sous terre voyaient le jour.

Se revendiquant de la « culture poche », Au Diable Vauvert prônait au départ une littérature « décomplexée », c'est-à-dire débarrassée des barrières créées par les genres littéraires (littérature générale, polar, SF…). Cette volonté se concrétise par l'absence de collections classant ses ouvrages. Cependant, il semble que la maison ait renoncé devant l'ampleur de la tâche (habitudes des lecteurs, linéaires des libraires, rubriques de la presse).

Son catalogue se compose pour moitié d'auteurs français, pour moitié d'auteurs étrangers, essentiellement anglo-saxons. Si cette maison présente des auteurs considérés comme majeurs (Nicolas Rey, Pierre Bordage, Martin Winckler, Thomas Gunzig, Douglas Coupland, Neil Gaiman, David Foster Wallace, Irvine Welsh, Poppy Z. Brite, William Gibson), elle est aussi réputée pour être une pépinière de jeunes romanciers (Marin Ledun, Louis Lahner, Thomas Clément, Céline Robinet, Julien Blanc-Gras, Grégoire Hervier).

Enfin, par la présentation physique de ses livres (logo, couvertures…), elle participe à la révolution graphique qui touche l'édition française depuis la fin des années 1990, en particulier grâce au travail de son maquettiste Olivier Fontvieille.



Sur l’écriture, Charles Bukowski

Ecrit par Chloë Fage , le Mardi, 17 Octobre 2017. , dans Au Diable Vauvert, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA

Sur l’écriture, septembre 2017, trad. anglais (USA) Romain Monnery, 338 pages, 20 € . Ecrivain(s): Charles Bukowski Edition: Au Diable Vauvert

 

Sur les différents ouvrages écrits par le graveleux Bukowski, du criard Journal d’un vieux dégueulasse à la prose bouleversante de L’amour est un chien de l’enfer, l’acte d’écriture n’est jamais mis en scène. Au cœur de ces récits urbains tout droit sortis des tripes et du foie cirrhosé de l’auteur, la question du processus d’écriture et du statut d’écrivain semble toujours mal à propos.

Et pourtant, l’ouvrage Sur l’écriture publié aux éditions Au Diable Vauvert réussit à concentrer toute la pensée et les réflexions de Bukowski sur son statut d’écrivain et surtout sur sa nécessité d’écrire, lui qui possédait un « ruban de machine à écrire (…) emmêlé avec [son] cordon ombilical ». Une anthologie de lettres envoyées par l’auteur américain aux divers éditeurs, directeurs de revues, écrivains, qui lui permettent de dézinguer Burroughs, Ginsberg et Miller, de même que toute injonction littéraire : « Il n’y a aucune excuse pour une création mutilée par les directives de l’académisme qui dit : la forme, la forme, la forme !! Autant foutre les mots en cage ! Autorisons-nous l’espace et l’erreur, l’hystérie et la peine ».

Une petite chose sans importance, Chroniques lunaires d’un garçon bizarre, Catherine Fradier

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 12 Juillet 2017. , dans Au Diable Vauvert, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jeunesse

Une petite chose sans importance, Chroniques lunaires d’un garçon bizarre, 171 pages, 12 € . Ecrivain(s): Catherine Fradier Edition: Au Diable Vauvert

Il est autiste. De cet autisme que l’on nomme Asperger : celui qui épate les gens ordinaires (et fiers de l’être) qui n’y voient souvent qu’une monstruosité admirablement surprenante pour des scenarii de films ou de séries télé. Il s’appelle Sacha et suit sa mère au cœur du Congo, de la RDC, La République Démocratique du Congo, où celle-ci est médecin dans une organisation humanitaire. Sacha a quatorze ans. Il aime la précision et a compris depuis longtemps que les autres, enfants ou adultes, ne comprenaient rien, eux, à sa manière d’être.

Apprendre à vivre avec Asperger n’est pas le plus difficile. C’est avec les autres qu’il faut apprendre à vivre, et parfois les autres n’y tiennent pas vraiment.

Une chose qu’il connaît très bien, c’est la moquerie, celle que ni l’ignorance ni la peur ne suffise à expliquer. Il connaît bien aussi les décimales de pi, au-delà des cinq cents premières. Pas de meilleurs remèdes contre l’angoisse quand le monde devient trop hostile ou inquiétant que de se les réciter, mais aussi d’inventer une histoire, un conte, Conte de Pi, dont chaque mot compte de nombre de lettres correspondant aux décimales. Car un conte, pour d’autres que lui, c’est plus facile à mémoriser que des chiffres.

La stratégie du hors-jeu, Thomas Gunzig

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 08 Mars 2017. , dans Au Diable Vauvert, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

La stratégie du hors-jeu, mai 2016, 80 p., 5 € (la pièce a été créée à Bruxelles, sous le titre Raymond, avec Josse De Pauw, mis en scène par Manu Riche) . Ecrivain(s): Thomas Gunzig Edition: Au Diable Vauvert

 

Raymond, il s’appelle. Sur la scène il nous parle de la vie. La sienne. Mais pas seulement la sienne. Celle des autres aussi. La vie en général quoi. La vie et les épreuves que l’on traverse bon an, mal an. La soumission révoltée au père, la mère un brin surprotectrice qui a toujours peur de tout, les amis insupportables, les amours rêvées et trahies… Des choses bien ordinaires en somme. La vie comme un match de foot, avec ses péripéties, ses stratégies plus ou moins claires et aussi ses trucages. C’est que l’homme a été entraîneur, que les images des matchs l’ont marqué à jamais et qu’il ne cesse de s’en inspirer. C’est que dans le monde du foot selon Raymond (les amateurs de foot auront sans doute deviné quel Raymond belge a inspiré celui de cette pièce), c’est comme dans la vie, il arrive des choses parfois si improbables, si illogiques, mais aussi si miraculeuses qu’on ne peut ni les oublier ni vraiment les comprendre. Il y a, ici comme là, des secondes décisives où tout bascule, où l’impossible se réalise. Parfois ce sont aussi les rêves qui s’effondrent pour pas grand-chose. Pour presque rien.

Par bonheur le lait, Neil Gaiman

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 09 Avril 2016. , dans Au Diable Vauvert, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Arts, Jeunesse

Par bonheur le lait, novembre 2015, trad. anglais Patrick Marcel, illust. de Boulet, 112 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Neil Gaiman Edition: Au Diable Vauvert

 

Neil Gaiman (1960) fait partie des plus grands conteurs contemporains, et compte parmi ses admirateurs pas moins que Stephen King. On peut rappeler qu’il collabora le temps d’un roman avec un autre gigantesque conteur anglais, feu Terry Pratchett : c’était De Bons Présages (1990) et tant nos zygomatiques que notre capacité à l’émerveillement ne s’en sont pas encore remis. Dans l’œuvre de Gaiman, on trouve de la fantasy, du fantastique, de l’héritage gothique, de sublimes nouvelles, des romans graphiques – de tout, tant que ça transporte ailleurs, que ça fait fonctionner les neurones « imaginant » à plein rendement. Et ceci à tout âge, puisque Gaiman écrit aussi pour la jeunesse, même si de façon parfois quelque peu dévoyée : Coraline, sublime de noirceur, ou encore L’Etrange vie de Nobody Owens, un roman d’apprentissage littéralement fantomatique.

Avec Par bonheur le lait illustré en français par Boulet (mais par Skottie Young dans la version originale), Neil Gaiman revient à la littérature de jeunesse, voire quasi à destination des enfants. Disons, de grands enfants, à l’image de ceux de ce bref roman : huit, dix ans maximum, une fille et un garçon. Leur maman étant « partie à une conférence », ils sont seuls avec leur papa, à qui a été laissée une longue liste de consignes qu’il est capable de réciter par cœur, de ne pas oublier « de conduire les enfants à la répétition de l’orchester, samedi » à donner « à manger aux poissons rouges ».

L’Océan au bout du chemin, Neil Gaiman

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 14 Avril 2015. , dans Au Diable Vauvert, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

L’Océan au bout du chemin, octobre 2014, 314 pages, 18 € . Ecrivain(s): Neil Gaiman Edition: Au Diable Vauvert

 

Neil Gaiman est un grand raconteur ; toute son œuvre publiée en français est là pour le prouver, de De Bons Présages (en collaboration avec Terry Pratchett, pas moins) à American Gods, du recueil Des Choses Fragiles à la fantasy de Stardust, du Londres fantasmé de Neverwhere à ce bref récit sur l’enfance qu’est Coraline, tout est enchanteur et… enchanté, puisque le fantastique dans toutes ses variantes, jusqu’au merveilleux, est à l’honneur chez cet Anglais né en 1960.

D’enfance et de merveilleux, il est aussi question, L’Océan Au Bout Du Chemin, très beau roman qui s’ouvre sur un deuil : un homme, la quarantaine passée, vient d’assister à un service funéraire et doit se rendre chez sa sœur, lorsqu’il décide de suivre le « petit chemin de campagne de [s]on enfance [,] désormais une route d’asphalte noir qui servait de zone tampon entre deux lotissements tentaculaires » ; cette route le mène finalement à « dans toute la gloire décatie de ses briques rouges : la ferme des Hempstock », et c’est là qu’il rencontre une vieille femme, qui au nom du passé l’autorise à se rendre près d’une mare que sa petite-fille appelait « l’océan », ainsi que s’en souvient le narrateur en s’en approchant…