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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Rue des Syriens, Raphaël Confiant

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 19 Avril 2014. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Rue des Syriens, Octobre 2013 (pour lm'édition Folio) 384 pages . Ecrivain(s): Raphaël Confiant Edition: Folio (Gallimard)

 

Chaque roman de Raphaël Confiant constitue un menu des plus goûteux.

Truculence et succulence sont deux termes qui s’imposent, une fois de plus, au lecteur amené à savourer celui-ci.

Car c’est bien de langue qu’il s’agit d’abord. De cette langue pimentée que Confiant manie d’une façon inimitable, de cette langue qui est celle de son peuple, de son île, de son pays, de cette langue qu’il partage et dont il revendique fièrement l’héritage, de cette langue qu’il s’approprie, qu’il pétrit, qu’il métisse, qu’il assaisonne de condiments culturels d’origines diverses, qu’il fait sienne, et qui se révèle sous sa plume une langue au goût exquis, une langue qui fait saliver de plaisir, une langue de grande et belle littérature.

Et puis il y a l’histoire.

Petit éloge de l’héroïsme, Ariane Charton

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits

Petit éloge de l’héroïsme, février 2014, 122 pages, 2 € . Ecrivain(s): Ariane Charton Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce « petit éloge » est un grand livre très littéraire. C’est une double évocation : celle du choix des grands écrivains de langue française qui ont décidé de partir pour le front en 1914, et cette autre, l’expérience de ce conflit à travers la correspondance et les œuvres de fiction de ces écrivains. C’est aussi le portrait d’une génération qui est allée au bout de son désir d’héroïsme, contrairement à la génération romantique du siècle précédent. Alain Fournier, Jean de la Ville de Mirmont – coup de foudre littéraire de l’auteur – (pour sa mélancolie et parce qu’il est né la même année que Fournier), Apollinaire, Dorgelès, Cendrars, Aragon, Drieu la Rochelle, Céline, Barbusse, le médecin Duhamel, Giono, Genevoix, Péguy : Ariane Charton n’élude rien : ni les motivations des uns et des autres, leur état d’esprit à chaque moment du combat, ni les correspondances, ni les œuvres, ni les citations. Pourquoi se sont-ils engagés, car certains étaient pourtant réformés ?! Quelle signification puissante – Ö combien ! – recouvrait les termes héroïsme, patriotisme ? Est-ce seulement une idée d’une grandeur de la France, d’une mission civilisatrice ? Quelles répercussions cette expérience a-t-elle eu sur leur vie, pour les survivants, par la suite ?

Clair de femme, Romain Gary

Ecrit par Sophie Galabru , le Vendredi, 11 Avril 2014. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Clair de femme, 180 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)

 

Le désespoir c’est n’avoir plus foi en rien, même en ses « incroyances ». C’est ainsi que nous pourrions donner la note de Clair de femme, à partir de laquelle se décline un véritable hymne à la vie envers et contre tout. Le livre porte très haut ce ton si particulier à Gary, du désespoir heureux, loin du cynisme et de l’ironie de ceux encore trop attachés à leurs illusions. Le désespoir sans gravité ni aigreur, celui qui n’est que la vie qu’on porte malgré soi.

Et parce qu’il y a d’innombrables vies, il y a autant de façons de vivre son désespoir. Il y a la possibilité du pathétique, à l’image de Señor Galba que rencontre le narrateur, Michel, dès le début du livre, pauvre clown dresseur, si fier de son caniche teint en rose à qui il apprend à danser un sublime paso-doble avec un chimpanzé « un numéro mondialement connu. Des années d’efforts… L’œuvre d’une vie ». L’humour immanquable de Gary, au creux des délires, des croyances, et des petits combats toujours un peu minables face à l’imperturbabilité de la vie, de ses forces obscures, anonymes, sans égard pour chacun.

A Rebours, Joris-Karl Huysmans (1884)

Ecrit par Pierre-Louis Pinault , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

A rebours, Folio classique . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Folio (Gallimard)

 

En cette année mil-huit cent quatre-vingt-quatre, J.-K. Huysmans (1848-1907) signe, de même qu’Élémir Bourges (1852-1925) avec Le Crépuscule des Dieux, un ouvrage auquel il est convenu de se référer comme une « bible du décadentisme ».

Cet écrivain français de parenté flamande, critique littéraire et critique d’art, un temps proche de Zola et membre des soirées de Médan, marqua avec ce roman sa rupture définitive avec le naturalisme – celui-ci menant, selon lui, dans une impasse – pour lui préférer un symbolisme aux accents de plus en plus mystiques (Huysmans finira par se convertir religieusement et écrire des romans d’inspiration catholique comme La Nef ou La Cathédrale).

Avec À Rebours, Huysmans, puisant dans l’imagerie désenchantée et parfois morbide de Baudelaire ou Poe, devient le précurseur de l’écriture « fin-de-siècle » et de l’esprit décadent qui caractérise cette époque. Des auteurs comme Jean Lorrain, Octave Mirbeau, Georges Eekhoud, Oscar Wilde, Louis Dumur, Auguste de Villiers de l’Isle-Adam ou encore Rachilde perpétueront cette tradition littéraire avec des romans traduisant pour la plupart la déliquescence des mœurs contemporaines.

Amok, Stefan Zweig

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 29 Janvier 2014. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Nouvelles

Amok, septembre 2013, traduit de l’allemand Bernard Lortholary, présentation et notes de Jean-Pierre Lefebvre, 140 p. 3,50 € . Ecrivain(s): Stefan Zweig Edition: Folio (Gallimard)

 

Confession d’un désespéré, cette nouvelle de Zweig parue en 1922 plonge le lecteur dans les sombres abysses du remords et de la folie.

Le temps de l’écriture s’inscrit dans le contexte trouble et perturbé des grands bouleversements sociaux et moraux de l’immédiate après-guerre, du rayonnement des thèses de Freud, dont Zweig est un admirateur inconditionnel et avec qui il échangera pendant plus de trente ans une copieuse correspondance, et des questions posées par le surréalisme sur la relation entre le rêve et la réalité, entre le conscient et l’inconscient dans la création littéraire.

Le temps du récit est antérieur, son dénouement étant précisément daté de mars 1912.

L’espace du récit cadre est clos. Nous sommes sur un paquebot, l’Oceania, où le narrateur premier, homodiégétique selon la classification de Genette, reçoit la confession, découpée comme un feuilleton, racontée en plusieurs nuits dans l’obscurité déserte et fantomatique du pont d’avant, du narrateur second, un médecin colonial en fuite tentant de regagner clandestinement son Europe natale.