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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Oui, Thomas Bernhard

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 02 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Oui, trad. allemand, Jean-Claude Hémery, 176 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Thomas Bernhard Edition: Folio (Gallimard)

 

Oui, le pire est possible

Quel indécrottable boute-en-train, ce Thomas Bernhard, né en 1931 aux Pays-Bas mais autrichien jusqu’au bout de la gâchette. Intituler « Oui » l’un des romans les plus sombres du vingtième siècle dénote d’une acide malice, d’une ironie perfide mais aussi du recul consistant qu’il était capable de concevoir à l’égard de son œuvre.

Ce titre laconique, romantique et accort, contraste avec la longueur interminable de la phrase bernhardienne (la première de ce livre fait plus d’une page), mais tranche surtout avec le nihilisme tourmenté et contempteur que l’écrivain autrichien déverse inlassablement dans ses textes telle une pluie glaciale s’abattant sur l’esprit du lecteur.

« Oui », comme la déclaration émue et teintée d’angélisme que prononcent les deux amoureux devant l’édile… et qui présage tellement de futurs désenchantements et de « non » péremptoires et agressifs ?

Petit éloge des fantômes, Nathacha Appanah

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Petit éloge des fantômes, août 2016, 98 pages, 2 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Folio (Gallimard)

 

Nathacha Appanah a un rêve aux allures de réussite littéraire. En sept récits courts et agréablement composés (phrases courtes, descriptions des artefacts culturels mauriciens et des traditions indiennes, sans surabondance de la psychologie ambiante), elle mélange les lieux, les familles, les souvenirs, les tranches de vie fictives pour appréhender le cartésien problème de l’inexistence des fantômes, « version à [elle] du vivant, du présent, du palpable, du survivable ? » (p.97).

Alors qu’est-ce qu’un fantôme ? demanderait-on à Nathacha Appanah… Le souvenir au futur antérieur des grands-parents – « Souvent je rêve que le ciel m’offre vingt-quatre heures avec mes grands-parents. Que je suis heureuse ! » (p.19) –, un cyclone, un loup-garou, une âme, un crâne (resté) intact, un visage, l’absence d’André, une voix, une photo, un appendice, la robe bleue de Lili ?

L’auteure y répond page 82 : « […] un fantôme, cette enveloppe vaporeuse qui vient qui effleure qui part ».

Coffret de 3 romans de David Foenkinos, Gallimard Coll. Folio 

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret . Ecrivain(s): David Foenkinos Edition: Folio (Gallimard)

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret

 

Lorsqu’un lecteur découvre un écrivain sur un ensemble de trois volumes qu’il lit d’affilée avec un plaisir qui ne faiblit pas jusqu’à la dernière ligne du troisième, on peut affirmer, indéniablement, qu’une immédiate et permanente empathie s’est installée entre eux.

Pourquoi ? Comment ? Quelle est la recette ?

Foenkinos est un romancier malicieux, qui vous entourloupe dans ses histoires dont l’originalité tient au fait qu’elles se fondent à la fois, paradoxe habile, sur l’imbrication d’une série de faits courants marquant la vie quotidienne du couple et de situations des plus inattendues accompagnées de réflexions et commentaires des plus surprenants (au sens propre de l’adjectif) frôlant parfois l’ubuesque le plus débridé. Ainsi, quand le présumé cocu s’interroge sur le cinq à sept de son épouse :

Extra pure, Voyage dans l’économie de la cocaïne, Roberto Saviano

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 22 Juin 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Italie

Extra pure, février 2016, trad. italien Vincent Raynaud, 544 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Folio (Gallimard)

Cinquième livre d’un auteur révélé en 2007 par son extraordinaire Gomorra, qui a fait couler tant d’encre et a valu à son auteur d’être un nouveau Rushdie pourchassé, Extra pure est un recueil d’enquêtes au plus près de cet enfer de la drogue, analysant lieux, moteurs et phases de production.

En 2016, Roberto Saviano, Robbè pour les intimes, poursuit son œuvre de dénonciation des mafias, du blanchiment de sommes colossales, des violences causées par ce gigantesque marché blanc. Il le fait par sa chronique de La Repubblica, il en dresse des analyses plus fouillées dans cet essai, divisé en 7 parties (aux titres de Coke#1 etc.)

A l’heure où notre auteur a le courage exemplaire d’écrire en dépit de tout – la solitude, la garde serrée – sept policiers de vigilance –, la quête si difficile de la vérité, et surtout les attaques de pure vilenie : ne le voilà-t-il pas accusé de tous les maux, et en prime dans les zones où il a dénoncé le mal ? à Secondigliano, à Scampia, à Napoli, il est traité de la pire espèce (par voie d’affiches, d’accusations publiques…), un peu comme si l’on reprochait à Marta Hillers de Une femme à Berlin d’avoir dénoncé les centaines de milliers de viols perpétrés par les Russes libérateurs en mars-avril 45, un peu comme si l’on rendait responsable du Goulag ce courageux Chalamov qui a vécu l’enfer gelé de la Kolyma (bagne sous Staline). C’en est à vomir tant les gens sont oublieux de la générosité et des risques pris. « Le premier qui dira la vérité sera exécuté » comme le chantait si bien Béart.

Le printemps, Bruno Schulz

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Lundi, 20 Juin 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Contes

Le printemps, trad. polonais Thérèse Douchy (pour Denoël 1974), 128 pages, 2 € . Ecrivain(s): Bruno Schulz Edition: Folio (Gallimard)

 

Bruno Schulz : Le printemps ou l’alchimie du verbe.

« Voici l’histoire d’un printemps qui fut plus vrai, plus éblouissant et plus violent que les autres, qui avait tout simplement pris au sérieux, à la lettre son texte, ce manifeste inspiré, écrit avec un rouge de fête (…) » Ainsi commence Le printemps de Bruno Schulz, un de ces récits qu’on dépoussière à chaque printemps car il contient sa quintessence et une fraîcheur éternelle.

Son « printemps » est comme tissé d’une dentelle en chlorophylle, faite d’une faune et flore délicate et fragile. La sensibilité de son regard capte un merveilleux microcosme de la nature qui se transforme sous sa plume en poésie. « Les jardins s’ordonnent à l’intérieur de la coupe cristalline de l’horizon, la verdure du mois de mai mousse, bouillonne et déborde, les collines prennent la forme des nuages : ayant atteint le sommet, la beauté du monde s’envole pour entrer dans l’éternité ». Matisse écrivait que « le poète est comme le four à brûler le réel ».