Identification

Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Le Chant du monde, Jean Giono (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Jeudi, 10 Janvier 2019. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Chant du monde, Jean Giono, Folio

 

Situé dans la Provence natale de Jean Giono, Le Chant du monde entraîne le lecteur dans une longue épopée paysanne conduite par Antonio, l’homme du fleuve, et son compagnon Matelot, partis à la recherche du fils de ce dernier à travers le pays imaginaire de Rebeillard. Face à eux, la bande à Maudru, maître auto-proclamé des lieux, décidés eux aussi à retrouver le « cheveu rouge », qui a kidnappé la fille de Maudru après avoir tué son neveu à qui elle était promise. L’action est dense et mouvementée comme la galerie des personnages est longue et diverse. Les rencontres sont nombreuses, qui rythment la quête du héros et sa découverte de l’Autre, incarnés par deux personnages éblouissants : Clara l’aveugle aux « yeux comme des feuilles de menthe » et à la parole clair-obscur, de qui Antonio tombera amoureux et apprendra la valeur de l’invisible, et Toussaint le bossu, figure du poète à la « voix d’enfant » qui enseignera au jeune homme le sens de l’intériorité et le pouvoir des mots.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 07 Janvier 2019. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Voyages

Dans les forêts de Sibérie, novembre 2018, 304 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Folio (Gallimard)


Qui n’a pas rêvé un jour de quitter son univers étriqué pour vivre en ermite dans un espace vierge et retiré, pour jouer au naufragé comme Robinson ? Sylvain Tesson, l’écrivain aventurier né en 1972, l’a fait. Six mois durant, il a vécu dans une cabane de 9 m2 au fin fond de la taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce de la planète. Dans les forêts de Sibérie est le récit de cette aventure : « J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là ».

Pourquoi se lancer un tel défi ? Plus qu’une nouvelle vie ou un nouveau départ, Sylvain Tesson évoque une fugue, une fuite, une retraite. Las de la société et de tout ce qu’elle traîne dans son sillage métallisé, profusion, fracas et confusion, Tesson aspire, par un détour vers l’état de nature, à un déconditionnement, à une mue régénératrice. En s’immergeant dans un contexte radicalement différent et épuré, il tente une expérience susceptible de révéler une autre facette de son être, de faire ressortir ce qu’il a dans le coffre :

Gomorra, Dans l’empire de la camorra, Roberto Saviano (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 14 Décembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Gomorra, Dans l’empire de la camorra, octobre 2018, réédition avec l’ajout d’une préface de l’auteur, 480 pages, 9,40 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Folio (Gallimard)

 

Gomorra (publié en 2007) d’un Roberto Saviano de vingt-huit ans et en exil de sa Naples natale, est une vertigineuse plongée en terre infernale.

Dès l’entame – une virée dans un port de tous les trafics entre Chinois de la Triade, douanes et astuces anti-douanières –, le ton est donné. On ne va pas rigoler et en matière de mafia, de collusion, d’infection, la dose est tout, sauf homéopathique. On accompagne la mort d’une jeune Chinoise, plongée dans un puits pour avoir refusé quelques avances. On accompagne… et c’est aussi la vraie dimension d’une œuvre où l’empathie – Roberto témoin, observateur, fidèle à sa ville et dégoûté par elle – l’emporte sans cesser d’être atrocement critique, férocement vraie.

On suit Roberto en Vespa au nord de Naples, dans l’enceinte de ces villages bardés d’explosifs, de commerces illicites, de groupes, de cavales, de poursuites, de règlements de comptes.

On accompagne, écœuré. Les clans (Di Lauro, des Espagnols) se déchaînent.

Journal de l’Année de la Peste, Daniel Defoe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 15 Novembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Histoire, Cette semaine

Journal de l’Année de la Peste (A Journal of The Plague Year, 1720), trad. anglais Francis Ledoux, 377 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Daniel Defoe Edition: Folio (Gallimard)

 

De Daniel Defoe, qui ne connaît pas Robinson Crusoé ? La célébrité du naufragé le plus connu de la littérature universelle a (presque) effacé de nos jours le reste de l’œuvre dans lequel surnagent Moll Flanders et ce Journal de l’Année de la Peste.

A mi-chemin de l’histoire et du roman – c’est un narrateur qui parle – ce livre est une chronique subjective et très documentée sur la funeste année 1665, lors de laquelle La Grande Peste emporta probablement 100.000 londoniens, soit environ 20% de la population de la capitale anglaise.

La Peste, sous la plume de Defoe, est un sujet parfait pour faire de Londres un tableau à la fois terrible et révélateur des données sociales de la grande ville de l’époque. La maladie semble avoir été apportée par des bateaux en provenance des Pays-Bas en 1664. Elle fit plusieurs victimes pendant l’hiver 1664-1665, mais les grands froids empêchèrent son extension. Par contre, le printemps et l’été 1665 furent inhabituellement chauds et l’épidémie commença à prendre de l’ampleur.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Des souris et des hommes, trad. Maurice-Edgar Coindreau, 174 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): John Steinbeck

 

Ils vont, tous deux, sur les chemins d’une Amérique un peu fruste, encore sauvage. Le dégourdi et le dingo. De ferme en ferme, à la recherche d’un travail. En quête d’un peu de pèze comme ils disent. Les voilà près de Salinas en Californie, là où Steinbeck est né. Entre George et Lennie, les mots sont âpres, mais l’amitié est solide. Enracinée depuis l’enfance. Lennie le colosse aime caresser les souris, les chiots, les cheveux des femmes. Fasciné par tout ce qui est doux et soyeux. Ça le rassure, tel le contact avec un sein. Lennie n’a pas sa place dans ce monde. George le futé veille sur lui, le protège, le préserve du ressac extérieur, amortit ses bourdes, le canalise, le morigène. Lorsque, à bout, George menace de l’abandonner, Lennie panique. Mais jamais ces deux larrons ne se séparent.

Embauchés dans un ranch où Curley, fils du patron et mari jaloux, cherche des noises à Lennie, ils ébauchent des projets d’avenir. Ils rêvent, enterrent un instant leur misère. Ils rêvent de posséder leur propre ferme, ils rêvent de liberté, Lennie d’élever des lapins, de les soigner, de les caresser.