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Maghreb

Chems Palace, Ali Bécheur

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Chems Palace, avril 2014, 263 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Ali Bécheur Edition: Elyzad

 

Chems Palace tient à la fois du conte féerique, des rêveries d’un solitaire érudit et du récit allégorique. La féerie s’opère en plein Paris, transformant un va-nu-pieds de Djerba en un magnat de l’hôtellerie. Un roman dans le roman ; le tout raconté depuis une oasis, au Pays des Palmes ; et cette oasis, sans doute, n’est pas qu’une… oasis.

Le narrateur, c’est al-moâllem – l’instituteur. Il est à la retraite. C’est ici, dans cette oasis qu’il a débuté sa carrière. Puis il a été ballotté au gré des affectations, passant d’un village perdu à une banlieue grise de Tunis.

« L’heure de la retraite ayant, bon an mal an, sonné (…), recru de la fureur des villes, j’étais en quête d’un lieu où, sans hâte mais sans appréhension, attendre le générique de fin d’un film qui, somme toute, ne m’avait pas semblé palpitant ».

Où se poser enfin, lui qui est sans véritables attaches familiales ?

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Barzakh (Alger)

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

Tassadit, la petite potière et Tassadit, la petite bijoutière, Sadia Tabti

Ecrit par Nadia Agsous , le Samedi, 07 Juin 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

. Ecrivain(s): Sadia Tabti

Tassadit, la petite potière, Sadia Tabti, éditions Dalimen, Collection Les Carnets de l’ArtMémoire, Alger, 2013, 42 pages

Tassadit, la petite bijoutière, Sadia Tabti, éditions Dalimen, Collection Les Carnets de l’ArtMémoire, Alger, 2014, 64 pages

 

Deux contes des temps modernes…


Tassadit, la petite potière, et Tassadit, la petite bijoutière sont deux récits, courts, en prose et illustrés, que l’on pourrait aisément ranger dans le registre des « contes ». Imaginés, écrits, illustrés par Sadia Tabti et publiés par les éditions Dalimen, dans la collection Les Carnets de l’Artmémoire, ces contes « des temps modernes » situent l’action des protagonistes, la petite Tassadit et les personnages qui gravitent autour d’elle, dans une double temporalité : à la fois au présent et au passé. Le recours à ce dernier est élaboré par le truchement de la mémoire et de l’Histoire.

L’homme qui n’existait pas, Habib Ayyoub

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Barzakh (Alger)

L’homme qui n’existait pas, 165 pages . Ecrivain(s): Habib Ayyoub Edition: Barzakh (Alger)

 

La voix de ceux qui n’existent pas

En sept nouvelles, Habib Ayyoub dresse un portrait saisissant de l’Algérie contemporaine, peuplée d’êtres déclassés, fantasmatiques, sans illusions et pourtant pétris de la matière même des rêves. La nouvelle dont le recueil tire son titre raconte comment un jeune homme, qui n’a plus de nom ni d’identité, mais que le narrateur appellera par commodité Sid Ali, redonnant par le statut de personnage un semblant de réalité à cet homme, perd toute trace d’existence au hasard d’une rencontre amoureuse avec une jeune femme, dont il tombe amoureux, et qui le quittera au petit matin en emportant les documents, papiers d’identité, tous les vestiges de son existence.

Le récit est celui d’une désillusion amoureuse et d’un traquenard, car il s’avère que la jeune femme, apparemment perdue au milieu de nulle part, créature en perdition comme il en tombe parfois dans les rêves d’un jeune homme, est mandatée par les autorités à des desseins administratifs et précis, sinistres comme le système entier dont elle est une émanation mensongère. Sa première apparition pourtant annonce tout l’espoir d’un rendez-vous avec le destin :

Le point de vue de la mort, Mustapha Benfodil (1er article)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 14 Mai 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Le point de vue de la mort, Al Dante, avril 2013, 135 pages, 15 € . Ecrivain(s): Mustapha Benfodil

Monologue destiné au théâtre, Le point de vue de la mort fut créé sur scène au Caire en avril 2013 sous le titre End/Igné et fit sensation dans le off du dernier festival d’Avignon. Ce texte de Mustapha Benfodil, écrit à la demande du metteur en scène Kheireddine Lardjam, a été initié par cette épidémie d’immolations par le feu connaissant une recrudescence alarmante en Algérie depuis le geste suicidaire de Mohamed Bouazizi, l’icône de la révolution tunisienne. Une épidémie touchant d’abord la jeunesse mais aussi tous les exclus du système, et très révélatrice de l’état de décomposition de la société algérienne.

Romancier et poète ayant près d’une quinzaine de pièces à son actif, Mustapha Benfodil est aussi un journaliste connu pour ses reportages dans le quotidien El Watan, et c’est dans ce cadre qu’il a longuement enquêté sur ce phénomène, notamment dans la région de Ouargla où un jeune avocat sans travail s’était immolé par le feu en novembre 2011 dans le bureau du directeur de l’agence pour l’emploi, suite à l’humiliation d’une énième fin de non-recevoir. Dans cette pièce, il recense les maux dont souffre l’Algérie mais les met à distance en recourant fortement à la dérision et parfois même au grotesque, les transcendant grâce à son langage poétique. Le point de vue de la mort est ainsi une fable puissante élevant le particulier à la hauteur du mythe universel, qui dépasse le constat amer et la dénonciation militante pour sublimer le matériau fourni par le réel et dire le monde de manière métaphorique.