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Maghreb

Le silence des rives, Leïla Sebbar (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 15 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Le silence des rives, mai 2018, 144 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Leïla Sebbar Edition: Elyzad

 

Le silence des rives a été publié en 1993 par Stock, couronné par le Prix Kateb Yacine. A cette époque l’Algérie était noyée dans le terrorisme. Les uns restaient, les autres préféraient s’exiler ailleurs, notamment sur la rive d’en face, la France.

Ce roman ne donne pas de l’importance à l’intrigue. Il ne présente pas une fiction que le lecteur peut reconstruire en suivant les événements. L’intrigue présente des éléments disparates. Ainsi, il y a deux rives : l’une face à l’autre. Dans la rive d’ici, celle du sud, il y a des femmes dans une grande maison. « Elle est si vieille la maison, les hommes partent loin travailler, et ils oublient que leurs femmes vivent là, sans protection, les murs se lézardent et les colonnes, la terrasse n’est plus sûre, la fontaine ne coule plus (…) » (p.23).

Sur cette rive, la vie échappe aux femmes qui passent leur temps à ressasser des contes, à attendre les hommes installés sur l’autre rive, et à surveiller les trois sœurs qui sentent la mort et lavent les cadavres.

Khalil, Yasmina Khadra (par Belkacem Meghzouchene)

Ecrit par Belkacem Meghzouchene , le Mercredi, 17 Octobre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Julliard

Khalil, août 2018, 260 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Julliard

 

Quand on esquive la nébuleuse

Dans son dernier roman Khalil, l’écrivain algérien Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohammed Moulessehoul), enfile la salopette d’un kamikaze d’origine marocaine, prénommé Khalil de surcroît, vivant à Molenbeek, pour écosser la psychologie d’un laissé-pour-compte maghrébin déterminé à se faire sauter dans le RER parisien la soirée d’une joute footballistique. Contre toute attente suicidaire, la ceinture explosive qui lui ceint le corps échoue à ensanglanter la foule compacte. Pris de panique, sans le moindre sou, amusé que les soixante-douze houris lui tournent le dos édénique, Khalil prend contact avec son ami d’enfance, Rayan, pour le rapatrier dare-dare en Belgique. Ignorant le sort de ses trois autres acolytes, l’ayant covoituré à Paris pour perpétrer aussi un bain de sang, il n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’y a pas eu déflagration, le privant du coup du statut de martyr ! Rayan ne sachant rien des intentions autodestructrices de son copain, le dépose chez sa sœur à Mons. Khalil y cache sa ceinture non explosive, à l’insu de sa frangine divorcée.

Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal, par Gilles Banderier

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, août 2018, 248 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Très rares sont les écrivains qui, dès le seuil de leur œuvre, acceptent de reconnaître leurs dettes à l’égard de leurs prédécesseurs. En général, les auteurs entendent surtout que l’on admire leur puissante originalité créatrice. Dès lors, c’est le travail – plutôt ingrat – de la critique littéraire et de l’exégèse universitaire, que d’indiquer les « sources » auxquelles l’auteur a bu, les influences subies, qu’elles aient ou non été conscientes.

Boualem Sansal salue Thoreau, Baudelaire, Kafka, Gheorghiu, et Buzzati : du beau monde, comme on dit. Certains passages du Train d’Erlingen sont des commentaires de leur œuvre, qui feraient honneur à un critique professionnel. Le roman entrelace de façon subtile deux histoires, aussi fictives, mais pas aussi vraisemblables, l’une que l’autre. Boualem Sansal est un authentique créateur – un des derniers ? – qui ne se réfugie pas derrière la tentation facile de la biographie écrite ou filmée. Les protagonistes sont deux femmes (le mot « héroïne » ne leur convient guère) que tout sépare : le lieu, la fortune (aussi bien la richesse que le destin), le statut social. Riche héritière d’un conglomérat alimentaire, Ute von Ebert vit à Erlingen, une de ces bourgades allemandes où le temps semble s’être arrêté, désormais en proie à une fièvre obsidionale.

Nulle autre voix, Maïssa Bey (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Editions de l'Aube

Nulle autre voix, Maïssa Bey, Barzakh/Aube, août 2018, 248 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Editions de l'Aube

Une femme absurde

Après Hizya (http://www.lacauselitteraire.fr/hizya-maissa-bey), Maïssa Bey publie son dernier roman, Nulle autre voix. Le roman s’ouvre sur une séquence de violence qui secoue le lecteur et l’incite dès les premières pages à s’investir dans la fiction. La narratrice tue son mari. Pour elle, « la seule issue était la mort »(p.46). A cause de cet acte, la société l’efface en la privant de son nom et de son corps. Elle ne devient qu’un cas. Un cas hors normes. En revanche, la narratrice reconnaît son crime et ne nourrit aucun remords. C’est l’homicide qui lui procure jubilation et délivrance.

Après les années de prison, elle retourne à son appartement et sombre dans la solitude. L’après-prison lui permet de se connaître, de découvrir cette Autre cachée en elle, et surtout de se réapproprier son corps. Un jour, une écrivaine vient la rencontrer dans l’intention de transformer la vie de la criminelle en roman. « Je suis ou je serai bientôt un personnage de roman » (p.132). Du jour au lendemain leurs rencontres se multiplient, la complicité s’installe, et le mystère du personnage principal s’élucide grâce à des secrets, des fragments de vie, des anecdotes et des scènes de la vie ordinaire.

Mémoires au soleil, Azouz Begag, (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 28 Septembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Mémoires au soleil, mars 2018, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): Azouz Begag Edition: Seuil

 

A la recherche des racines perdues

Après un roman d’autofiction La voix de son maître (lire la recension : http://www.lacauselitteraire.fr/la-voix-de-son-maitre-azouz-begag), Azouz Begag publie son dernier roman, Mémoires au soleil.

Dès les premières pages, l’auteur montre que le roman est autobiographique. Il abolit donc toute frontière entre lui et son lecteur. Utilisant son vrai nom, le personnage-narrateur est bel et bien Azouz Begag. Le roman relate les fugues du père, Bouzid, atteint d’Alzheimer. La mémoire effacée, celui-ci se dirige vers l’autoroute qui mène à la Méditerranée. Bouzid « a répété qu’il voulait retourner dans son village natal pour revoir ses parents et qu’un bateau l’attendait au port, le Ville de Marseille » (p.36).

Azouz recherche son père évadé, l’accompagne dans les rues de Lyon, et tente de réanimer quelques pans de sa mémoire effacée. Souvent, il l’accompagne au Café du Soleil où Bouzid retrouve ses amis. Ici, ils partagent avec complicité les mêmes peines : la solitude, la nostalgie, et l’exil.