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Maghreb

Le miel de la sieste, Amin Zaoui

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 06 Janvier 2015. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Contes, Barzakh (Alger)

Le miel de la sieste, octobre 2014, 197 pages . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Gamin de l’Algérie d’après l’Indépendance, qui a mûri dans l’Algérie actuelle, avec des crochets ailleurs, comme il se doit pour tout Algérien, celui qui dit « je » se raconte, ou se berce par quelques mots qui reviennent, comme un refrain : « mais pourquoi est-ce que je reviens dans ce village des mouches bleues ? pourquoi est-ce qu’on serre celui qu’on aime contre sa poitrine ? ; mais pourquoi racontai-je tout cela à Ghita ? ». Sans oublier ce pile, je mens, face, je raconte la vérité, donc, face, qui émaille les pages. Ne pas omettre, par ailleurs, l’essentiel : on le nomme, le petit, « Bouqlaoui », l’enfant aux testicules, parce qu’il se les tripote tous les jours qu’Allah fait, et il a du mal avec les miroirs ; il a de grandes oreilles, et on l’appelle aussi l’âne. Il grandit, le môme, mais c’est difficile : il y a le père, l’oncle « écoute, petit morveux… », l’école militaire, le quotidien algérien qui bringuebale. Le sillon se fait chaotique, quand ce n’est douloureux : l’identité, la place dans la famille, les filles, les femmes, l’amour. Et puis, les rêves et quelques cauchemars en HP. Le ciel – celui, unique d’Algérie ; odeurs et saveurs en sus, et celui de par chez nous – Europe-miroirs aux alouettes, et gris labellisé avec accent belge…

Chems Palace, Ali Bécheur

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Chems Palace, avril 2014, 263 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Ali Bécheur Edition: Elyzad

 

Chems Palace tient à la fois du conte féerique, des rêveries d’un solitaire érudit et du récit allégorique. La féerie s’opère en plein Paris, transformant un va-nu-pieds de Djerba en un magnat de l’hôtellerie. Un roman dans le roman ; le tout raconté depuis une oasis, au Pays des Palmes ; et cette oasis, sans doute, n’est pas qu’une… oasis.

Le narrateur, c’est al-moâllem – l’instituteur. Il est à la retraite. C’est ici, dans cette oasis qu’il a débuté sa carrière. Puis il a été ballotté au gré des affectations, passant d’un village perdu à une banlieue grise de Tunis.

« L’heure de la retraite ayant, bon an mal an, sonné (…), recru de la fureur des villes, j’étais en quête d’un lieu où, sans hâte mais sans appréhension, attendre le générique de fin d’un film qui, somme toute, ne m’avait pas semblé palpitant ».

Où se poser enfin, lui qui est sans véritables attaches familiales ?

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Barzakh (Alger)

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

Tassadit, la petite potière et Tassadit, la petite bijoutière, Sadia Tabti

Ecrit par Nadia Agsous , le Samedi, 07 Juin 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

. Ecrivain(s): Sadia Tabti

Tassadit, la petite potière, Sadia Tabti, éditions Dalimen, Collection Les Carnets de l’ArtMémoire, Alger, 2013, 42 pages

Tassadit, la petite bijoutière, Sadia Tabti, éditions Dalimen, Collection Les Carnets de l’ArtMémoire, Alger, 2014, 64 pages

 

Deux contes des temps modernes…


Tassadit, la petite potière, et Tassadit, la petite bijoutière sont deux récits, courts, en prose et illustrés, que l’on pourrait aisément ranger dans le registre des « contes ». Imaginés, écrits, illustrés par Sadia Tabti et publiés par les éditions Dalimen, dans la collection Les Carnets de l’Artmémoire, ces contes « des temps modernes » situent l’action des protagonistes, la petite Tassadit et les personnages qui gravitent autour d’elle, dans une double temporalité : à la fois au présent et au passé. Le recours à ce dernier est élaboré par le truchement de la mémoire et de l’Histoire.

L’homme qui n’existait pas, Habib Ayyoub

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Barzakh (Alger)

L’homme qui n’existait pas, 165 pages . Ecrivain(s): Habib Ayyoub Edition: Barzakh (Alger)

 

La voix de ceux qui n’existent pas

En sept nouvelles, Habib Ayyoub dresse un portrait saisissant de l’Algérie contemporaine, peuplée d’êtres déclassés, fantasmatiques, sans illusions et pourtant pétris de la matière même des rêves. La nouvelle dont le recueil tire son titre raconte comment un jeune homme, qui n’a plus de nom ni d’identité, mais que le narrateur appellera par commodité Sid Ali, redonnant par le statut de personnage un semblant de réalité à cet homme, perd toute trace d’existence au hasard d’une rencontre amoureuse avec une jeune femme, dont il tombe amoureux, et qui le quittera au petit matin en emportant les documents, papiers d’identité, tous les vestiges de son existence.

Le récit est celui d’une désillusion amoureuse et d’un traquenard, car il s’avère que la jeune femme, apparemment perdue au milieu de nulle part, créature en perdition comme il en tombe parfois dans les rêves d’un jeune homme, est mandatée par les autorités à des desseins administratifs et précis, sinistres comme le système entier dont elle est une émanation mensongère. Sa première apparition pourtant annonce tout l’espoir d’un rendez-vous avec le destin :