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Afrique

Du sang sur l’arc-en-ciel, Mike Nicol

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 04 Mai 2015. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Seuil

Du sang sur l’arc-en-ciel (Of cops and Robbers), mars 2015, trad. de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch, 493 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Mike Nicol Edition: Seuil

 

Après sa trilogie Vengeance, dont on attend d’ailleurs le troisième volet après La dette et Killer Country, Mike Nicol continue dans le roman noir en suivant un nouveau héros, le détective privé Fish Pescado. Surfeur, un peu dealer d’herbe pour boucler ses fins de mois et comptant plus ou moins sur sa compagne avocate, Vicki Kahn, pour manger à sa faim, Pescado n’est pas vraiment un de ces personnages rugueux et durs à cuire à l’image de Mace et Pylon, précédents héros de Nicol. Mais en acceptant d’enquêter pour le compte du cabinet de Vicki sur une affaire de délit de fuite, il se trouve entraîné dans une affaire qui le dépasse.

Comme dans les précédents livres noirs de Mike Nicol, le passé de l’Afrique du Sud ressurgit – à travers ici les exactions d’une sorte d’escadron de la mort opérant entre les années 1970 et 1990 – pour mieux éclairer le présent. Car ce que veut montrer l’auteur c’est avant tout ce qui se cache, souvent bien mal d’ailleurs, derrière l’image lissée de la nation arc-en-ciel. Corruption, collusions, trafics, et, bien entendu, la pauvreté extrême d’une bonne partie de la population, sont au cœur de Du sang sur l’arc-en-ciel.

Autour de ton cou, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 18 Mars 2015. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Folio (Gallimard)

Autour de ton cou (The things around your neck), décembre 2014, traduit de l’anglais (Nigéria) par Mona de Pracontal, 312 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Folio (Gallimard)

 

Avec cette édition, Gallimard nous donne accès à un florilège de courts récits d’une richesse sociologique stupéfiante, témoignant d’un éclatant talent littéraire.

Chimamanda Ngozi Adichie, nigériane, qui a quitté le Nigéria à l’âge de 19 ans pour étudier puis s’installer aux Etats-Unis, exprime avec une sensibilité à fleur de peau, dans la plupart de ces nouvelles, dont certaines ont obtenu des prix prestigieux, les chocs culturels qu’a provoqués et que provoquent encore chez les individus et les groupes humains la rencontre brutale des civilisations occidentale et africaine.

On ne peut pas ne pas penser ici à cet autre immense écrivain nigérian, Chinua Achebe, dont La Cause Littéraire a présenté plusieurs œuvres qui tournent fondamentalement autour des mêmes thématiques et mettent en évidence la même problématique.

Les coqs cubains chantent à minuit, Tierno Monénembo

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 14 Mars 2015. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Les coqs cubains chantent à minuit, janvier 2015, 188 pages, 17 € . Ecrivain(s): Tierno Monénembo Edition: Seuil

Comment dire cela d’une manière simple et claire ? Il y a comme une double nature à ce onzième roman de l’écrivain guinéen Tierno Monénembo. C’est une lettre – pas un roman sous la forme imitée d’une lettre, non, c’est un récit romanesque pour ainsi dire classique, une longue narration qu’un Cubain nommé Ignacio Rodríguez Aponte, paumé et enfermé dans son île, adresse à un « ami » guinéen installé à Paris, du nom de Tierno Alfredo Diallovogui. Le récit est donc à la deuxième personne du singulier.

« Dans quel état seras-tu quand tu auras fini de lire cette lettre ? Prostré, hébété, hystérique ? Non, non… Plutôt muet, plutôt absent, perdu dans des pensées profondes et graves ; hiératique, marmoréen (une vraie statue maya) alors qu’un feu intérieur et vorace te dévore, viscères et âme. Granit angoissé, va ! »

De bout en bout, nous entendons la voix d’Ignacio et le silence de Tierno, et imaginons celui-ci tête penchée sur ce qu’il lit. A coup sûr, une lecture attentive, prenante, pensive car c’est rien de moins que l’élucidation du mystère qui recouvre les toutes premières années (décisives, comme on sait)  de sa vie et du sort de sa mère évaporée alors qu’il n’avait que cinq ans qui lui est livrée dans ces près de deux cents pages.

Mes bifurcations, André Brink

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, Babel (Actes Sud)

Mes bifurcations, septembre 2014, traduit de l’Anglais (Afrique du Sud) par Bernard Turle, 617 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): André Brink Edition: Babel (Actes Sud)

 

Lignes de vie

Mes bifurcations est un récit fleuve que l’on peut qualifier d’autobiographie. André Brink évoque ses années d’enfance en Afrique du Sud. Puis il relate les premiers éveils de sa conscience face à la question raciale durant sa période estudiantine. Mais son récit souligne surtout l’impact de son voyage à Paris à la fin des années 1960. C’est en terre étrangère qu’il prend réellement conscience de la gravité tant morale qu’éthique du concept de l’Apartheid. Poussé par ses amis, Paris a été une catharsis pour notre écrivain. Ainsi confesse-t-il :

« Ils me poussèrent à revenir sur des sujets avec lesquels mon séjour à Paris m’avait familiarisé mais que je n’avais pas approfondis. Mes nouvelles fréquentations me permirent, pour la première fois dans ma vie, de me lier d’amitié avec des Noirs ».

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 23 Février 2015. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Americanah, janvier 2015, traduction de l'anglais Anne Damour, 523 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Gallimard

 

Americanah, c’est, au fond, une histoire d’amour, de celles qui, dans ces temps modernes, ne vont pas de soi, font mille et un détours, deux vies enchevêtrées et sinueuses plutôt qu’une ligne droite. Mais c’est aussi un de ces livres qui, dès la première lecture, vous font percevoir que vous êtes en présence d’un chef d’œuvre, qui deviendra un classique qui fusionne virtuosité littéraire et critique sociale.

Americanah suit l’histoire de deux jeunes Nigérians, Ifemelu et Obinze, qui se rencontrent au lycée et tombent amoureux. Au fil d’années mouvementées sur le plan politique (on ne peut échapper au poids de la dictature au Nigéria, ni aux répercussions du 11 septembre), ils vont tenter de se frayer chacun leur chemin – Ifemelu va rejoindre sa tante dans le Nord-Est des États-Unis pour y continuer ses études, et Obinze, qui se verra refuser un visa pour l’Amérique, connaîtra la dure réalité d’être un sans-papiers en Angleterre. Leurs vies vont progressivement s’éloigner, jusqu’à ce que le silence radio remplace la passion des premiers temps. Ifemelu devient une bloggeuse renommée, publiant sur Raceteenth ses observations sur les questions raciales et ethniques aux États-Unis du point de vue d’une Africaine noire ; Obinze rentre au Nigéria où la chance et la fortune lui sourient. Et puis Ifemelu décide de rentrer au Nigéria…