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Afrique

Frère d’âme, David Diop (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 10 Septembre 2018. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Frère d’âme, août 2018, 175 pages, 17 € . Ecrivain(s): David Diop Edition: Seuil

 

On l’admet maintenant après avoir minimisé ou même carrément occulté cette réalité historique : les Africains, et plus généralement tous les indigènes de l’empire colonial français, ont combattu pour la France durant les deux guerres mondiales.

David Diop, romancier sénégalais, livre dans Frère d’âme non pas un témoignage de combattants originaires de l’Afrique noire, mais le ressenti de deux tirailleurs sénégalais, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, face à la guerre, face à leur supérieur hiérarchique, le capitaine Armand. Cette remémoration de leur condition de combattants se révèle alors loin d’être anodine, très éloignée des clichés que l’on entretenait alors couramment à propos des sujets de l’empire. Ainsi, la sauvagerie, caractéristique selon ces vues, des Africains est-elle en quelque sorte retournée à l’envoyeur :

L’Heure de l’ange, Karel Schoeman (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Phébus

L’Heure de l’ange, août 2018, trad. Pierre-Marie Finkelstein, 488 pages, 24 € . Ecrivain(s): Karel Schoeman Edition: Phébus

 

Karel Schoeman est un auteur sud-africain capital pour la compréhension de son pays, l’Afrique du Sud. Dans trois ouvrages consacrés plus spécialement aux voix, aux souvenirs, Cette VieDes voix parmi les ombresL’Heure de l’ange, cet auteur fait revivre ce pays, en utilisant ces filtres précieux, trompeurs, mais indispensables que sont les souvenirs, les traces laissées par les personnes, leur impact sur notre propre accès au souvenir. Cependant, comme dans Des voix parmi les ombres, l’accès à ces souvenirs, à cette mémoire sud-africaine, vu du côté des européens, et plus spécialement des Afrikaans, ces descendants de colons néerlandais, est bien laborieux, confus, incertain. C’est ce qu’évoque Karel Schoeman dans ce roman.

Le prétexte, car c’en est un, nous le verrons à la lecture du livre, c’est le retour d’un producteur de télévision de Johannesburg dans la petite ville de son enfance. Cet homme recherche des éléments biographiques d’un berger nommé Danie Steenkamp à qui serait apparu un ange au début du XIXe siècle.

L’Abattoir de verre, J. M. Coetzee

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

L’Abattoir de verre, août 2018, 166 pages, 18 € . Ecrivain(s): John Maxwell Coetzee Edition: Seuil

 

Sait-on bien vers où l’on s’embarque lorsqu’on entre dans un livre de J. M. Coetzee ? Malgré sa prose limpide et le retour d’un personnage connu de ses lecteurs : Elizabeth Costello – la vieille écrivaine australienne éponyme du roman de 2003 – cet auteur nous fait sciemment perdre dans L’Abattoir de verre sextant et boussole.

Moral tales est le titre anglais de ce recueil de sept histoires écrites entre 2003 et 2017, et dont la deuxième est un récit d’adultère tranquillement amoral intitulé Histoire sans plus. Autre élément surprenant : l’auteur a voulu que Moral tales paraisse d’abord en traduction espagnole à Buenos Aires et à Madrid sous le titre de Cuentos morales, comme s’il voulait marquer ses distances envers sa langue et les pays anglo-saxons. Serait-il proche d’Elizabeth Costello qui, d’un récit à l’autre, après avoir refusé de vivre ses vieux jours à Nice près de sa fille Helen, repousse énergiquement l’offre de son fils John de s’établir près de lui à Baltimore, car « venant d’une Australie qui bave littéralement devant son maître américain », elle ne veut pas se « fixer dans le ventre du Grand Satan » ?

Les cigognes sont immortelles, Alain Mabanckou

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 21 Août 2018. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Les cigognes sont immortelles, août 2018, 293 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou Edition: Seuil

 

L’action se déroule à Pointe-Noire, au Congo, sur trois jours, du 19 au 21 mars 1977, au lendemain de l’assassinat du camarade président Marien Ngouabi.

Le narrateur est Michel, un jeune garçon qui vit avec sa mère, Maman Pauline, et le second mari de celle-ci, Papa Roger, qui, bigame, entretient dans un autre quartier une première épouse et leurs nombreux enfants.

Le lecteur partage pendant ces trois jours historiques le quotidien de Michel, ses allées et venues dans la proximité de la case familiale, et sa vision apparemment naïve mais paradoxalement extrêmement lucide des relations sociales, économiques au sein de sa parentèle et de son environnement proche, et des retombées qu’ont sur elles les turbulences tragiques d’une actualité politique jalonnée de révolutions de palais faisant des amis d’hier les ennemis du jour.

L’Intérieur de la nuit, Léonora Miano

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pocket

L’Intérieur de la nuit, 213 pages, 6,95 € . Ecrivain(s): Léonora Miano Edition: Pocket

 

Quelque part en Afrique, des villageois sont pris en otage par des hommes venus du Nord pour faire main basse sur le Sud. Ils s’autoproclament…les Forces du changement ! Les habitants de ce village, Eku, sont coupés du monde par nature et se méfient de Sombé, la grande ville. Les hommes partent loin, là où il y a du travail. Les filles s’y marient très tôt, enfantent et se taisent. Sauf Ayané, fille d’Aama, dite la folle, et Eké, homme bon, qui meurt jeune. Elle part étudier chez les Blancs, des années durant. Elle revient au village enterrer sa mère. Les villageois sont donc captifs, en attente de la décision des Forces du changement… qui semblent aussi attendre… C’est une veillée de morts-vivants en sursis.

Ayané se cache dans un manguier et va assister aux rituels : sacrifice d’un enfant, que les miliciens donnent en repas aux villageois, pour renouer avec les traditions ancestrales. Puis décapitation du chef du village. Les hommes du Nord décident de partir avec les jeunes garçons pour les associer à leur guerre de libération. Les filles aussi sont emmenées, pour des raisons que l’on imagine. Du haut de son manguier, Ayané observe… l’histoire de l’Afrique qui rejoue à ses pieds, ses rituels les plus ancestraux, les plus horribles.