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La Une CED

Peaux d’écriture 1, par Nathalie de Courson

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 21 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Michel Butor écrit :

La littérature vous fabrique une nouvelle peau. On peut comparer les phrases au fil de la chenille. L’œuvre est le cocon qui va la protéger et la transformer en papillon. Chez moi, ce doit être aussi une des raisons des longues phrases de mes premiers livres. Elles sont le fil avec lequel je tisse cette membrane qui va recouvrir la peau qui saigne (1).

Butor semble tenir à se représenter la littérature comme une nouvelle peau, car il dit aussi à propos de L’Enfant maudit de Balzac : « On peut dire que la littérature ou la peinture est une façon pour celui qui a une peau trop fine, trop sensible, de se constituer une peau plus forte » (2).

Toutes ces phrases viennent m’encourager à réaliser un projet que je caresse depuis longtemps : esquisser des familles d’écrivains en fonction de la texture de leur peau d’écriture.

La Commune 1871, Emile Zola, par Vincent Robin

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 21 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La Commune 1871, Emile Zola, Nouveau Monde Editions, juillet 2018, 312 pages, 9 €

 

« De février 1871 à août 1872, il produit des chroniques parlementaires sous le titre de La République en marche, publiées dans La Cloche et  le Sémaphore de Marseille. Elles lui permettent à la fois de se faire connaître du monde politique et d’y fonder de solides amitiés (et inimitiés) » (Wikipédia).Tout comme le confirme la très omnisciente bibliothèque du net – non sans démystifier au passage quelque pseudo originalité présente –, à trente et un an et à la charnière du dernier quart du XIXe siècle français, le jeune Emile Zola endossait la fonction de journaliste politique. Sans analyse contextuelle préalable très poussée, et probablement pour garantir à la fois les effets d’une immersion subite dans l’époque et dans les options singulières du rapporteur, le présent ouvrage déroule alors le tissu raccordé des articles de presse que l’écrivain adressa durant ce temps aux deux périodiques mentionnés plus haut. Au rythme d’un agenda consciencieusement suivi, les correspondances du pigiste reflètent ici, par enchaînement serré, les plus cruciaux moments dont il fut témoin ou interprète à travers les soudaines et turbulentes évolutions politiques du pays. Ces instants marquants auront été, essentiellement, les évènements rudes et dramatiques survenus dans et autour de Paris lors de la « Commune » (18 mars/3 juin 1871).

Cubaniya, Jaoudet Gassouma, par Nasser

Ecrit par Nasser , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Cubaniya, Jaoudet Gassouma, Chihab Éditions (Alger), avril 2017, 150 pages, 12 €

 

 

« Mais (1), bon sang de bon soir, comment font pour survivre tous ces millions de familles, soumis, d’abord à un interminable embargo américain et, depuis de nombreuses années, à toute sorte de pénuries, avec pour seul et unique chef d’accusation : coupables d’être cubains ? Du manque de produits de première nécessité, comme le lait, aux coupures fréquentes de l’électricité, en passant par les restrictions sur l’essence, ils vivent, certes aux cadences enivrantes de la samba et de la rumba, au soleil des tropiques, mais aussi au rythme, très particulier, celui-là, le rythme saccadé des innombrables privations. Si la Libretta (2) garantit un minimum de dignité, manger reste la préoccupation essentielle de la population. Sans carte de rationnement sur l’huile, le riz, le café… impossible de vivre »Cubaniya (3), titre fantaisiste du livre-reportage de Jaoudet Gassouma, journaliste algérien, aux multiples origines méditerranéennes (4), tente d’y apporter une réponse à la fois politique, poétique et allégorique.

Éphémérides créatives - Francis Ponge / Hermann Hesse, par Jean-Marc Dupont

Ecrit par Jean-Marc Dupont , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Francis Ponge : « L’Homme est l’avenir de l’homme »

Le 6 août 1988, disparition de l’écrivain et poète français Francis Ponge (né le 27 mars 1899)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Ponge

Jean-Marie Gleize explique ici [*] que « Le texte spécifiquement intitulé My creative methodrépond à une question. […] Mais cette question n’est pertinente aux yeux de Ponge que parce qu’en l’occurrence elle n’implique aucune “explication” des poèmes, dans la mesure où ceux-ci portent en eux le caractère de l’évidence. Ils disent ce qu’ils disent en le disant, “en propres termes”, ils sont donc inexplicables. En revanche, il est possible de parler de “méthode”, autrement dit de technique d’écriture, de procédés ou “mécanismes” présidant à la production de textes littéraires. […] C’est bien dans ce cahier que Francis Ponge parvient à proposer, à se formuler à lui-même, les premiers principes de sa poétique : partir du plus simple (« n’importe quel caillou (…) me semble pouvoir donner lieu à des déclarations inédites du plus haut intérêt »), oser ne faire aucun cas des catégories et classifications préalables, se fier à ses intuitions les plus singulières et les plus en apparence arbitraires (ouvrir la « trappe »), travailler avec et contre la langue, qui réagit incite et suscite, avec et contre les mots qu’il faut “franchir”, avec et contre la “poésie”, en somme (chercher le « différentiel » contre le dogme poétique de l’analogie) ».

Albert Cossery, la dérision subversive, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 19 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

À la question classique et remâchée adressée aux romanciers : « Pourquoi écrivez-vous ? », Albert Cossery (1913-2008), écrivain d’origine égyptienne et d’expression française, répondait : « Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain ». J’ai lu Cossery et ne l’ai pas entendu. Le lendemain, j’étais collé à ma besogne, telle une sangsue gorgée de désarroi. Par lâcheté, par confort, par habitude, que sais-je. Pourtant, rarement l’atmosphère d’une œuvre aura pénétré si profondément mon esprit. Explication : Cossery pratiquait à travers ses livres et son mode de vie une résistance passive vis-à-vis de ce qu’il qualifiait d’imposture moderne. À l’activisme et au matérialisme galopants de la société capitaliste, le dandy démuni opposait une indolence séditieuse, une ironie débonnaire, une paresse bienheureuse. À l’ère de l’information éphémère, de la communication consensuelle, de l’accélération et de l’uniformisation universelles, les romans de Cossery diffusent une douceur torpide et anarchisante portée par un style impeccable dont les échos cogneront longtemps dans ma caboche.