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La Une CED

Des mots, des voix et des livres, entre Baltique et Méditerranée - Festival du livre de Collioure du 2 au 4 septembre 2016

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 27 Août 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Les marées méditerranéennes existent, même si leur amplitude les rend presque imperceptibles. Mais au premier week-end de septembre, dans le port de Collioure, la mer remonte assez loin pour occuper la place du Général Leclerc et envahir les pages des livres. Voici donc la troisième édition du Festival du livre de Collioure, D’une mer à l’autre, en cette première « cap de setmana » (fin de semaine) de septembre, du vendredi 2 au dimanche 4. Avec l’écrivain Gildas Girodeau à la barre, le festival met cette année le cap sur la Baltique et nous propose d’entendre des « Paroles de suédois ». La Suède est un pays que l’on connaît surtout aujourd’hui pour avoir revitaliser l’univers du polar, à un point tel que l’on peut se demander comment l’on peut aujourd’hui écrire en suédois sans écrire de polar. Un pays de polar et de noir par ailleurs souvent donné en exemple de morale politique et où les questions sociales nous semblent, vu de chez nous, résolues, où violence et corruption nous y paraissent inconnues. Nous verrons ce que nous en disent ces voix suédoises.

Jean et Jean-Pierre Giraudoux : le poème du Père et du Fils (34), par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 27 Août 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Tous les silences

Vous appellent

 

Tous vous désirent

 

Ils sont là

Sous la lune

 

Dispersés

Dans les bosquets

Le secret de Jeanne, par Francis Denis

Ecrit par Francis Denis , le Vendredi, 26 Août 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

L’air est chaud.

Il pleut des cordes. Il tombe des hallebardes. Il pleut assaut, à seaux, ou encore à sots…

Par un temps pareil, il n’y a que les sots pour oser pointer le bout de leur nez dehors.

Il paraît que les escargots aiment ça.

Après la pluie ; l’invasion…

Toute une armada de coquilles lentes et curieuses, dressant leurs antennes vers l’inaccessible manne nuageuse qui vient d’irriguer à outrance leur chemin de terre, au risque d’en noyer plus d’un !

Le jardin se remet peu à peu du bouleversement.

Il y a des odeurs fugaces et d’autres plus tenaces, des cris d’insectes encore suspendus aux cathédrales épeires.

Pavese, la ville et la vigne, par Benjamin Cerulli

Ecrit par Benjamin Cerulli , le Jeudi, 25 Août 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

« Pas de paroles. Un geste. Je n’écrirai plus ». Ces derniers mots, qui ne seront finalement pas les « derniers » au sens propre du terme, ont été écrits le 18 août 1950 et closent le journal intime de Cesare Pavese, aussi lumineux dans sa clairvoyance artistique et philosophique que noir et bouleversant dans certains de ses propos, Le Métier de vivre. Neuf jours plus tard, il accomplira ce geste qui a hanté toute sa vie en avalant une vingtaine de somnifères. On le retrouvera le lendemain, mort, dans une chambre d’hôtel qui surplombe la place Carlo-Felice à Turin ; quant à ses derniers mots, au sens propre du terme cette fois, ils seront abandonnés avec un cynisme glaçant sur un bout de papier froissé non pas en forme de cri de détresse, mais comme l’aboutissement d’une lente agonie psychologique : « Je pardonne tout le monde et je demande pardon à tout le monde. Ça va ? Pas trop de commérages ». A ses côtés un de ses derniers poèmes, le célèbre La mort viendra et elle aura tes yeux, écrit quelques mois plus tôt, en mars de la même année, et adressé à Constance Dowling, actrice américaine avec qui il vivra une énième relation amoureuse unilatérale. Une mort annoncée quand on parcourt les pages du Métier de vivre, elles-mêmes régulièrement traversées par le thème du suicide, et pour celui pour qui il y avait « une chose plus triste que de rater ses idéaux : les avoir réalisés ».

Je ne suis pas islamophobe, je suis libre, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Trêve. Le sujet est aujourd’hui une explication et un remerciement. D’abord il me faut expliquer pourquoi je choisis de me reposer. Et ma raison première est ma fatigue. Ecrire c’est s’exposer, comme a dit un collègue, mais c’est aussi s’user. Il y a en Algérie une passion qui use, tue parfois, fatigue ou pousse à l’exil immobile (rester chez soi, dans sa peau), ou à l’exil qui rame (partir ailleurs).

Nous sommes passionnés par le vide en nous, mais aussi par notre sort. Cela nous mène à des violences qui ont parfois l’apparence d’une folle affection ou d’une exécution sommaire par un peloton de désœuvrés. Ou à des procès permanents de « traîtrise » du bout des lèvres. Les verdicts des Algériens sur eux-mêmes ont la force des radicalités. Et, durant des années de métier, j’ai subi cette passion. J’ai fini par incarner, sans le vouloir, les contradictions de l’esprit algérien, ses affects, passions et aveuglements. Palestine, religion, femme, sexe, liberté, France, etc.

J’ai parlé, parce que libre, de ces sujets parce qu’ils m’interrogeaient et pesaient sur ma vie. Cela a provoqué des enthousiasmes et des détestations. Je l’ai accepté jusqu’au point de rupture ou l’on vous traite de harki et de vendu ou de sioniste.