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La Une CED

Hommage à Baudelaire XIII.10 - Edgar et Charles (10 et FIN), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Lundi, 26 Juin 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

L’hôtel rouge

Deux jours plus tard, Edgar a décidé de mettre son plan à exécution, il demande à Andy de le déposer au port, et se dirige vers l’hôtel qu’il baptise « l’hôtel rouge », non seulement pour les fleurs qui le décorent, mais surtout pour le sang qui y coule virtuellement. Aucune preuve de tout cela bien sûr, juste des suspicions.

Il a réintégré la chambre n°29, et attend patiemment les évènements qui pourraient susciter son intérêt. Après une nuit et une journée plutôt calmes, voire sans grand intérêt, quelqu’un frappe à sa porte, cela l’intrigue car a priori personne ne connaît sa présence ici. Il finit par ouvrir la porte devant l’insistance du visiteur, et surprise, il s’agit de la visiteuse dont il attendait justement la venue. La femme en rouge se tient là, devant lui, avec une élégance comparable à celle de Joséphine, elle le dévisage à travers sa voilette, franchit le pas de porte et laisse tomber son manteau au sol dévoilant son anatomie d’une rare beauté. Elle engage le dialogue avec son futur amant en camouflant sa voix à travers un mouchoir de soie :

A propos de André Malraux, La Condition humaine et autres écrits en la Pléiade, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 23 Juin 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

André Malraux, La Condition humaine et autres écrits, édition de Michel Autrand, Philippe Delpuech, Jean-Michel Glicksohn, Marius-François Guyard, Moncef Khémiri, Christiane Moatti et François de Saint-Cheron, préface d’Henri Godard, Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade, 2016, 1184 pages, 62,50 €

 

Dans Les Voix du silence, André Malraux a couché la plus belle définition qui soit de l’humanisme :

« L’humanisme, ce n’est pas dire : “ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait”, c’est dire : “Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase”. Sans doute, pour un croyant, ce long dialogue des métamorphoses et des résurrections s’unit-il en une voix divine, car l’homme ne devient homme que dans la poursuite de sa part la plus haute ; mais il est beau que l’animal qui sait qu’il doit mourir arrache à l’ironie des nébuleuses le chant des constellations, et qu’il le lance au hasard des siècles, auxquels il imposera des paroles inconnues.

A propos de La main de Tristan d'Olivier Steiner, Par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 23 Juin 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

La main de Tristan, Olivier Steiner, Éditions des Busclats, 2016, 168 pages, 14 €

 

La beauté du geste

L’un de mes frères s’appelait Olivier. Il est mort, il y a tout juste quatre ans. Son corps jadis épileptique repose à l’ombre, décomposé, au creux de l’urne sourde où viennent aujourd’hui se mêler cendres et larmes, jeunesse et douleurs chaudes, galères et orgies, planques, démerdes, sales coups, aubaines, cette urne remplie de souvenirs kaléistroboscopiques, de lambeaux de chair élimée, de morceaux de corps encore brûlants de présence que les sombres vivants raccommodent au chevet des lumineux disparus. Je n’ai pas connu mon frère. J’ai lu Olivier Steiner. J’ai suivi le tracé de sa tristanesque main sur le canevas d’une passion démesurée. Par une succession d’abîmes déroulés depuis l’église jusqu’au cimetière, depuis l’amant jusqu’au Père-Lachaise, depuis le compagnon littéraire jusqu’à l’idole crépusculaire, figure wagnérienne par excellence, Olivier, car c’est ainsi qu’il s’est baptisé, à la si ténue lisière de la pudeur qui dévoile sans démembrer, Olivier, par le stratagème si naturel de l’autofiction d’apprentissage, Olivier, jeune écrivain en plein essor, décrypteur des liens Facebook d’où partent, on ne sait où, peut-être au milieu des champs de coton solitaires, les sentiers courbes des destinées fatales.

Hommage à Baudelaire XIII.9 - Edgar et Charles (9), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Jeudi, 22 Juin 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

La dame rouge

La navette de police attend patiemment Edgar quand il rentre à Baltimore, et le retour à Jefferson Island va être délicat au vu de la météo capricieuse qui s’annonce. Des vents de plus de 90 km/h sont en action, et les deux policiers décident d’interrompre le retour. Ils donnent rendez-vous à Edgar le lendemain à la première heure. Ce dernier retourne au journal pour y passer la nuit, à défaut d’une belle chambre d’hôtel. Mais il se ravise rapidement, car la dame rouge devient son objectif : cette femme par sa prestance et son allure ne peut emmener ses clients que dans un hôtel digne de ce nom, suffisamment discret également, et cet hôtel il le connaît, du moins l’imagine. Il s’y rend en quelques minutes et le découvre au bout du port, dans une allée sans issue à laquelle on accède par un grand portail opaque. Il le franchit et suit le chemin qui conduit à la porte d’entrée, pavé et fleuri de chaque côté par des roses rouges ; une femme d’un certain âge l’interpelle sur le seuil, et lui propose une chambre. Dans cet hôtel, aussi classieux soit-il, les chambres sont louées à la journée, la nuit, ou à l’heure. Lorsqu’Edgar demande une chambre pour la nuit, l’hôtelière lui donne une clé, un numéro et un étage, accompagnés d’une demande de paiement immédiat. Edgar s’exécute et ajoute :

A propos de Sang tabou, Essai intime, social et culturel sur les règles, Camille Emmanuelle, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 21 Juin 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Un long chemin

Le sujet des règles féminines, hors sans doute les traités médicaux et la presse dite « féminine », n’est guère abordé dans l’édition courante, dans la littérature, les essais… sinon aux États-Unis semble-t-il. Depuis quelque temps, il l’est dans la presse quotidienne et hebdomadaire, notamment dans le quotidien Le Monde. Un tabou, effectivement, est en train de tomber. Tabou si évident qu’il est presque inutile de le souligner : le « secret » était jusqu’ici plutôt bien gardé dans les familles, auprès des enfants et souvent même des fillettes et des jeunes filles elles-mêmes, engendrant chez certaines la peur et la honte. Ne parlons pas des jeunes garçons ! Camille Emmanuelle voit ici un très regrettable retard culturel, une arriération, une perpétuation de l’ignorance et donc le terrain préparé pour les à-peu-près, les fables sur la mayonnaise qui tourne et le vin qui se changera en vinaigre… mais aussi pour la moquerie, la plaisanterie humiliante, la dénomination injurieuse, dénigrante, infériorisante, et, somme toute pour des propos relevant de la haine à peine masquée, de la pensée à son plus bas niveau, voire de la non-pensée.