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La Une CED

Mon ange, Guillermo Rosales (par Sandrine Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 05 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

mon ange, editions actes sud, 2002, guillermo rosales, roman traduit de l’espagnol (cuba) par liliane hasson, 126 pages, 1987.

 

Tu seras bien ici (…). Il n’y a plus rien à faire.

Le frontispice. Les cent-vingt-six pages sont autant de portes qui se verrouillent après avoir été franchies. Derrière ou devant chacune, c’est le précipice au temps présent, qu’il soit conjugué ou pas. Pas de chapitres. C’est l’échec du corps, de la raison, de la politique, de l’espoir et de l’amour dès l’entrée du livre.

William Figueras est un écrivain cubain. Il a trente-huit ans. William a fui Cuba, en 1979. Il a de la famille à Miami. L’asile.

La famille censée le recueillir à son arrivée, au port de Miami, le conduit dans un Boarding Home. Le voyage sémantique sur une planche de bois. Le Boarding Home est une pension de famille. Le contre-espace selon la formule de Michel Foucault, l’autre lieu qui conteste la chaleur de l’extérieur. La contestation physique de l’espace. L’anomalie par laquelle le froid n’existe pas, il n’est qu’une réaction à la chaleur. L’asile pour les fous. Le refuge des marginaux. L’hospice. Le foyer insalubre des travailleurs, pour un seul qui travaille de nuit dans une pizzeria, les autres lui font les poches. Les pesos volés durant le jour, les pesos sont des dollars, c’est comme ça ici. La fouille. Et la mémoire qui a foutu le camp. C’est le dernier abri avant le trou.

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 04 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet Éditions du Cygne, coll. Voix au poème - 15€

 

En exergue de La disparente, Élisabeth Morcellet place ces mots de Sartre, extraits de L’existentialisme est un humanisme : « L’homme n’est rien d’autre que son projet, / il n’existe que dans la mesure où il se réalise, / il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de / ses actes, rien d’autre que sa vie. » Une citation qui pourrait sembler, de prime abord, étrangère au livre : que vient faire ici l’existentialisme sartrien, avec son insistance sur le projet, l’acte et la responsabilité de l’existence ? Mais peut-être faut-il justement prendre cet exergue au sérieux. Car que reste-t-il d’une vie lorsque celle-ci s’est achevée ? Que reste-t-il d’une mère lorsque ses actes, ses gestes, sa voix, sa présence ne peuvent plus se poursuivre qu’à travers la mémoire de celle qui lui survit ?

C’est précisément dans cette zone que se tient La disparente : là où la poésie n’exprime pas seulement le deuil, mais fait subir à la langue l’épreuve de la disparition.

N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes, éd Verdier, 154 pp, 19 € 50

 

Cercle de fou

Tout est à garder chez Verdier ! Emma Marsantes y édite à cette rentrée N’efface pas mes cercles.

Comprendre dès la première exergue signée Plutarque que le destin tient du géométrique et du mortifère et à la seconde, éclairante, de Valère Maxime (1er siècle ap JC): Archimède aurait dit en mourant : « N’efface pas mes cercles ».

Géométrique, circulaire, c’est la forme du livre d’Emma Marsantes.

On se croit d’abord dans la Maison vide de Laurent Mauvignier mais on le sait qu’on a pris un an. La saga va plus vite, les phrases sont courtes et le rythme accéléré entre les quatre générations nous perd parfois. On ne se retrouve ni sain ni sauf.

L’histoire est plutôt nantaise. Pornic, pour être précis. Belle propriété, grilles et enlacement de glycines centenaires.

Sur le droit chemin, Thierry Lévy (Par Frank Aïdan)

Ecrit par Frank Aïdan , le Lundi, 02 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Essais, Plon, Cette semaine

Sur le droit chemin de Thierry Lévy - plon – 1989

 

C’était il y a longtemps en un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, en 1988 où le livre de Thierry Lévy, Le droit chemin, était alors en gestation. Et moi qui étais depuis juin 1987 le collaborateur de cet avocat alors très réputé, je lui demandais ce qu’il écrivait entre deux plaidoiries magistrales aux assises. Un roman comme La société des femmes récemment publié sous la houlette de Françoise Verny qu’il m’avait présentée en juin 87 au bar de l’hôtel Trianon à Paris ? Non. Alors un nouvel essai après L’animal judiciaire (1975), Le désir de punir (1979) et Le crime en toute humanité (1984) ? Non plus. Si je n’eus pas droit aux bonnes feuilles encore que je me penchais souvent par-dessus l’épaule de notre secrétaire astreinte à quelques heures supplémentaires, en revanche, l’auteur me réserva un exemplaire de la toute première fournée offerte par l’éditeur, en l’espèce Plon qui avait intégré l’ouvrage dans une collection innomée à couverture grise avec en accroche, une illustration donnant le la. Ici, pour indiquer « le droit chemin », l’auteur et son éditeur avaient choisi La parabole des aveugles d’après Peter Bruegel le Vieux (vers 1525) représentant six personnages frappés de cécité et cherchant sous nos yeux charitables à se frayer un chemin mais se cassant immanquablement la figure.

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte - - Éditions Douro, 108 pages, octobre 2026, 15 €

 

Voilà que l'aube pâlissait sur la chair de la nuit et que la clarté en croissance montrait sans ombre

le tout gâché et le tout saccagé, le monde naguère magnifique,

rendu à l'effroyable et à l'infamie.

Le monde immonde ainsi qu'une grande déchetterie où tous étaient en attente d'être recyclés,

tous récupérés et chacun privé de soi-même, entraîné au milieu de foules aliénées et aliénantes,

de courants contaminés et contaminants, qui se poursuivaient et se poursuivraient

sans relâche ni répit tant que tous

ne seraient pas pareils aux autres, les autres pareils à eux-mêmes au point de se méprendre dans les miroirs,

perdus de vue et perdus de vie, toute distinction supprimée, dignité dissolue