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La Une CED

Point d’interoxclamation, par Khalid El Morabethi

Ecrit par Khalid El Morabethi , le Mercredi, 25 Mai 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Un singe enrhumé touche le fond de la chose et devient lucide,

Il touche la chose mais ça sent le vide,

C’est vide,

C’est un sens déformé par l’usure, par son miroir, par ses rides,

C’est vide,

C’est fatiguant,

C’est répétitif,

C’est la mémoire qui regarde ces cernes sous ses yeux, quotidiennement,

C’est vide, c’est fatiguant mais faut s’occuper,

Une bouche à mourir, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

« Une bouche peut-elle manger son homme ? Oui. Ça m’arrive. Ma bouche se réveille avant moi, chaque matin et c’est elle qui commence la journée et je ne fais que suivre, comme une conjugaison. Elle lit les journaux, déboulonne quelques stèles, remonte le temps jusqu’à la montre de poche de Messali, redescend vers l’après-pétrole puis s’installe au-dessus de ma tête et commence à écrire. J’essaye. J’essaye pourtant de la fermer. De la remplir. De la raisonner en lui disant que cela ne sert à rien. La langue, c’est fait pour goûter, pas pour dégoûter, mais elle ne m’entend pas. Je le lui ai dit : ne joue pas avec le reste de ma tête ! Que deviendras-tu le jour où on me coupera la langue ou qu’on me donne un gros mouton que je ne pourrais manger en entier qu’à la fin de ma vie ? De quoi vivras-tu ? De bouffer de l’air ? Et là, elle fait semblant de ne pas m’entendre et continue. Continue de parler, toute seule, comme un livre qui refuse d’avoir une dernière page. Et elle refait tout : le monde, la politique, ses hommes, le pays. Elle critique tout comme un acide piéton. S’attaque à tous et cherche, avec le bout de sa langue, ces petits êtres difformes qui nous fabriquent des levers de soleil en nous répétant que c’est cela l’indépendance.

Déhiscence, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

Je suis née dans une mine d’or. Je suis issue d’une double culture. J’ai été conçue par un père qui descend de la montagne, portant jusqu’au bout les valeurs intransigeantes de la parole donnée et de l’honneur collectif. J’ai été portée, bercée, nourrie par une mère citadine, native de Bejaïa, veillant farouchement sur les us et traditions qui ont fait de cette ville un phare où une lumière douce et étincelante brille loin ; aussi loin que des hommes et des femmes ont voulu la porter.

J’ai grandi dans un environnement familial qui baignait dans une richesse linguistique qui, je reconnais aujourd’hui, a grandement contribué à m’inciter à appréhender le Monde dans sa richesse et sa diversité aussi bien humaine, culturelle que linguistique. Le kabyle, langue de mon père ; l’arabe bougiote, le parler de ma mère ; et entre les deux, est venu s’immiscer dans ma pratique linguistique, naturellement, le français, langue de mon identité à la fois revendicatrice et réconciliatrice ; cette langue qui creuse au fond de mon intériorité pour chanter haut et fort les mouvements de mes tempêtes, de mes accalmies, de mes joies, de mes frustrations, de mes espoirs, de ma croyance profonde en un Monde à la beauté à la fois farouche et généreuse. Plus tard, dans le cadre de ma scolarisation, mon univers linguistique s’est enrichi avec l’arabe littéraire et la langue anglaise.

Klee, Boris Friedewald, Ed. Citadelles & Mazenod

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 23 Mai 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Klee, Boris Friedewald, éd. Citadelles & Mazenod, mars 2016, trad. allemand Florence Rougerie, 250 ill. couleur, 304 pages, 95 €

 

Klee, Citadelles & Mazenod

Personnage majeur et protéiforme, Paul Klee est mis à l’honneur dans un beau livre paru chez l’éditeur d’art Citadelles & Mazenod. Un coup d’œil à la fois ludique et exhaustif, abondamment illustré, qui nous fait découvrir l’homme derrière l’artiste atypique. Un ouvrage indispensable sur le génie facétieux de Klee, qui fait écho à l’exposition parisienne « Paul Klee. L’ironie à l’œuvre » à voir au Centre Pompidou jusqu’au 1er août 2016.

Marche nocturne, par Alix Lerman Enriquez

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 23 Mai 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Je marche sur le bitume écartelé

de la rue déjà roide de nuit.

Bitume quadrillé de silence,

écarquillé de noir, mal équarri.

 

Sous l’aridité des étoiles,

leur silence aussi,

je cherche en vain

des restes de rose

au parfum d’enfance oublié.