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La Une CED

Osty et autres livres, par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Lundi, 27 Juin 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

C’est celle que je connais le mieux, et pour moi la plus belle. Elle semble se plaire entre mes mains qu’elle ne quitte pas, me dis-je en souriant. J’ai demandé à la prendre sur la petite table basse près d’une bougie éteinte et caresse sa couverture, entrouvre la tranche pour glisser un œil au petit bonheur vers les planches d’enluminures familières, me laisse aller à quelques mots sur sa place dans une maison. Magda semble surprise ; je lui dis que j’ai moi aussi possédé une Bible Osty. Elle m’était chère. Je priais souvent sur elle, en relisais des passages pendant mes années pieuses. Un de mes trop nombreux déménagements m’en a séparé. Fauchée ou bien égarée, jamais su. Je ne m’en suis jamais racheté une, par tiédeur sans doute, peut-être aussi par attachement nostalgique à l’exemplaire d’alors. Magda a trop de finesse pour ne rien deviner de ce nouveau coup de foudre pour une Bible perdue par Bible interposée. Elle m’observe, à la fois grave et amusée. Il reste un fond de whisky dans son verre, le troisième si je compte bien. Pour moi, j’ai dit stop au deuxième, histoire de ne pas trop perdre en lucidité. Elle tient le sien dans sa main gauche, le fait un peu tourner, songeuse, penchant vers lui un visage marqué. De l’autre, elle porte à ses lèvres une nouvelle Stuyvesant rouge dont elle tire de souples bouffées. Ses mains tremblent par moments. Je me suis tu, prêt à continuer à l’écouter sur ce qu’elle voudra, le Livre, les livres, la vie, son couple avec Michaël (les belles années ou ce qu’au téléphone elle a appelé la débandade, la fin), que sais-je encore ; prêt aussi à partager son silence, n’étant pas venu pour l’interviewer mais pour la revoir.

Bertrand Russell, penser avec et au-delà des mathématiques - Épisode 5 : Le mariage et la morale

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Lundi, 27 Juin 2016. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

Le mariage et la morale (1929) est le livre auquel Russell attribue l’obtention de son Nobel de littérature récompensant « toute personne ayant grandement participé à l’amélioration de l’humanité » (1). Mais en quoi cet ouvrage, plus qu’un autre, y participe-t-il ?

Russell y met au jour les origines de la morale pour montrer qu’elle ne repose pas sur des fondements absolus mais surtout sur des superstitions qui règlementent principalement la sexualité. La morale ne tolérant pas de relations entre les sexes en dehors du mariage, celui-ci lui est logiquement associé. Mais étant à la fois l’union intime de deux individus et une institution légale, le mariage forme un nœud d’enjeux psychologiques, sociaux, économiques, politiques et même scientifiques que le philosophe dénoue pour dénoncer ce qu’il considère comme source de maux pour l’humanité : l’inégalité entre hommes et femmes, l’éducation obscurantiste, la culture du péché sexuel.

La traduction, un genre littéraire - Comédie du livre de Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 25 Juin 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Cette année, la Comédie du Livre de Montpellier invitait l’Italie à ses tables et salles – bondées – de conférences. La « Divine Comédie », comme elle se nommait, était donc pile dans l’axe de cette problématique posée, une journée chaude, dès l’après expresso de midi, dans l’auditorium feutré du Musée Fabre : « la traduction, une obligation, mais aussi un genre littéraire ».

Deux excellents intervenants-animateurs se partagèrent l’écoute attentive d’une salle enthousiaste ; un Italien poète, un Français directeur de collections chez Verdier (l’éditeur invité 2016) et passeur de sens entre Italien, Anglais, Allemand, et nous. Verdier qui, du reste, a publié une histoire des traductions du XVème siècle à nos jours.

D’entrée – comme on fermerait une porte – fut écartée cette idée qu’on pourrait faire à l’identique ; ce qui – sourient nos intervenants – serait déjà bancal et raté dans un dépliant guide de congélateur ; alors, en littérature !

Voulfe (1), par Joelle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Samedi, 25 Juin 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

Elle le trouva couché sur son paillasson, au moment de sortir pour les courses du jour.

Recroquevillé, mais serein ; le regard d’un qui sait avoir sa place où il se trouve.

Scotché à son collier, un petit mot de Virginia… Elle aurait dû s’y attendre.

Virginia avait pris ce chien sur les conseils d’amis désireux d’en finir avec une déprimée chronique, d’expression funèbre et portée à geindre en permanence.

A en juger par la précision calendaire du papillon arrimé à la bête, ça avait duré trois jours.

Je l’ai acheté lundi, mais ce mercredi je pars au Brésil. Merci de t’en occuper.

P.S. J’ai rencontré un brésilien.

Après une brève seconde d’empathie compassionnelle pour tous les brésiliens, Victoire lâcha sa lecture et regarda vraiment la bête.

Vivre avec un inconnu, Miettes philosophiques sur les chats, Florence Burgat (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 24 Juin 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Vivre avec un inconnu, Miettes philosophiques sur les chats, Florence Burgat, Rivages Poche, Petite bibliothèque n°866, mai 2016, 87 pages, 5,10 €

 

« […] il fallait que mes yeux fussent pour elle [la chatte Moumoutte chinoise] des yeux, c’est-à-dire des miroirs où sa petite âme cherchait anxieusement à saisir un reflet de la mienne… En vérité, ils sont effroyablement près de nous, quand on y songe, les animaux susceptibles de concevoir de telles choses… »

Pierre Loti, Le Livre de la pitié et de la mort (cité par Florence Burgat)

 

Le lecteur se pose cette question par exemple : que reste-t-il de la « petite âme » de la chatte Moumoutte ? Et la suivante : « Et de ma grande… belle… atroce ou lucide âme, que reste-t-il ? » Au moins ce témoignage de nos existences qui se croisèrent. Voilà le fond de l’affaire : nos destinées, nos personnes se croisent (que le veuillent ou non ceux pour qui il n’est aucune personne dans un animal.) Nos vies aussi : elles filent et disparaissent. Moumoutte laisse un souvenir éphémère, nous en laissons un aussi, et, rarement, une œuvre digne de ce nom…