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La Une CED

Kafka tefka (9)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Jeudi, 29 Janvier 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

« Pour vos cœurs de “bétail pensif”

Et vos bras,

Vos bras sains et lourds de sueur

Vos bras portent le calvaire

De vos existences de renoncement ! »

Yacine Kateb

 

Mon vendredi n’en finit pas, et Big-Deal ne revient pas.

Je décampe à mon tour, pour aller dénicher des clopes. A mesure que je m’éloigne de mon refuge, la pollution sonore qui jaillit du haut du minaret sectaire s’occupe à sacraliser n’importe quoi, et finit par s’acharner sur mes oreilles. Pas une âme sur mon chemin. Pas même un chat. Le ciel nu et la ruelle qui s’étale dans mon regard que le froid sec picote. Je cligne des yeux pour générer des larmes chaudes, je les laisse ruisseler sur mes joues.

Le Jardin de derrière (9) - Où il est question de travaux et de grille-pain

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 29 Janvier 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Le lendemain, en milieu de matinée, Georges et Pierre se rendirent au Bricorama de la ZAC. Louise avait préféré rester, de crainte de porter quoi que ce soit, et aussi à l’idée du temps à passer au rayon « Matériaux d’isolation » ou autres du même genre. Elle avait fait promettre à son père de lui envoyer une photo de la couleur choisie pour sa chambre sur son téléphone portable et d’attendre son feu vert. Pierre avait été chargé du choix du grille-pain.

Pierre, à l’apparition des premiers entrepôts, des premiers parkings en bordure de champs, se récria sur la laideur de ce paysage dont Georges commençait à aimer la banale absurdité. En guettant les panneaux aux ronds-points, il saisissait du coin de l’œil ces bleus francs, ces rouges et ces jaunes pétants qui se détachaient sur le bleu un peu pâle du ciel tandis que son fils réclamait une pizza pour le déjeuner, en arguant que chez Pizza Hutt, en ce moment c’était deux pour le prix d’une.

Néo-Koreish : Mohammed sera tué au nom de Mohammed

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 28 Janvier 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Ciel froid, boursouflé, chargé de pluies à venir. Gris comme une mauvaise humeur. Derrière la vitre, le monde, ses miniatures, ses routes, une voiture qui rampe le long de l’avant-bras de l’horizon. Les arbres sont tenaces et vieillis, leur verdure ressemble à un bagage oublié en cette saison.

Des habits d’autres temps, juchés sur les portemanteaux des branches mortes. Les oiseaux ne sont plus que des points noirs qui errent. Il n’y a presque plus de noms pour beaucoup de choses. Juste des traces, de la nudité gelée. La terre est un trait. Par-dessus le ciel, en trait ferme. Le Yi-king version météo. La création est un hexagramme géant.

La question est suspendue sur ma tête comme un lustre dans une mosquée vide : faut-il encore continuer à écrire ? La technique du petit garçon aux allumettes est peut-être une illusion quand le monde est une coupure d’électricité volontaire. Le monde va mal. Dévissé. Branlant comme une porte rouillée entre un Dieu silencieux et un homme qui prie dans la mauvaise direction. Entre deux époques.

Extrait de Histoire très horrificque, effroyable et espouvantable d’un entonnoir en plastique

Ecrit par Jakob Adrian Vogelsang , le Mercredi, 28 Janvier 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Bonnes feuilles

 

C’était un cauchemar ! Jamais je n’avais fait pareil cauchemar, aussi puissant et délusoire qu’un film où deux années de vie intense auraient été distillées en une histoire torrentielle d’une durée de deux heures à peine. Un cauchemar, ce vieillard aux chairs pendantes et néanmoins lubrique, un cauchemar, cette vierge folle obsédée par les boyaux culiers chers à Villon, un cauchemar, ce petit singe immonde tout droit sorti d’un tableau de Goya.

Encore tout perturbé par les émotions éprouvées en rêve, je me levai, j’allai à la cuisine pour boire un peu d’eau. Je mangeai le reste d’un grand gâteau au chocolat, puis tous les biscuits que je pus trouver, et encore du pain et du fromage, des radis crus et des navets bouillis, enfin tout ce qui était mangeable à cent mètres à la ronde.

Gavé et abruti de nourriture, je pus m’endormir du sommeil des bienheureux.

Le lendemain matin, par curiosité, j’ouvris le tiroir où je rangeais l’entonnoir. Il n’y était plus. Je ne me laissai pas aller à des délires angoissés sur la réalité de mon rêve, de rigueur dans un scénario de film fantastique : je devais l’avoir jeté par mégarde dans les ordures, je m’en étais aperçu sans m’en apercevoir, et j’avais fabriqué ce rêve pour expliquer sa perte.

Kennst du das Land wo die Kanonen blühn ? (traduction) Erich Kästner

Ecrit par Line Audin , le Mardi, 27 Janvier 2015. , dans La Une CED, Les Dossiers, Documents

 

 

 

Kennst Du das Land, wo die Kanonen blühn ?

Du kennst es nicht ? Du wirst es kennenlernen !

Dort stehn die Prokuristen stolz und kühn

in den Büros, als wären es Kasernen.

 

Dort wachsen unterm Schlips Gefreitenknöpfe.

Und unsichtbare Helme trägt man dort.

Gesichter hat man dort, doch keine Köpfe.

Und wer zu Bett geht, pflanzt sich auch schon fort !