Identification

La Une CED

Rohmer en poèmes (8) Nadja à Paris

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique, Côté écrans

 

 

 

Courir, en marinière.

La coupe garçonne de Jean Seberg

Dans A bout de souffle.

 

Une ligne de métro

me conduit

en cinq minutes

au quartier latin.

Je prépare

une thèse

sur Proust.

Dans la salle d’attente, l’Algérien est totalement nu (Kamel Daoud)

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 26 Mars 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Salle d’attente algérienne. Espace clos sur la nation, cosmos assis sur une chaise. C’est là où l’Algérien est nu et inquiet. Pas d’histoire nationale pour l’habiller, pas de mosquées pour le cacher à lui-même, pas de rue à regarder, d’occupation, de faux-fuyants, de tasses de café pour lire le passé et rien qui annule le temps comme le font la cigarette, la télévision, le journal ou le commérage. Rien.

Sauf l’homme, nu ; et le temps, nu avec le poitrail du ciel. Deux déserts qui se rencontrent et qui se mettent à l’infini. Premier constat : c’est terrible ; on regarde ses chaussures comme s’il s’agissait d’une rivière. Puis on parle à son voisin qui sort le sac de nos clichés et supplications aux cieux. Puis on écoute un mur ne rien dire. Puis on il feuillette des journaux morts.

Le pire des salles d’attentes en Algérie sont trois. La première est celle des médecins : peu entretenue, parfois sale. Parfois spartiate comme une caserne enclavée. On ne comprend pas pourquoi des médecins ne se permettent pas des salles d’attentes confortables pour leurs patients ; du banc dur, des revues vieilles et offertes par des délégués médicaux, des chaises mortes et des assistantes laides qui ressemblent à la médecine gratuite.

Des néons et des hommes

Ecrit par Virginie Simona , le Jeudi, 26 Mars 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

L-O-L-A, deux syllabes enfantines que la langue fait claquer sous le palais, quatre lettres pleines en somme de promesses à tenir. C’est le nom de scène qu’elle avait choisi en 1994 pour son baptême du feu sur le trottoir parisien, elle venait de fêter ses 26 ans.

Vingt ans plus tard, Lola tapinait toujours devant un immeuble fissuré par la réputation du quartier Saint-Denis, décrépi par le temps qui finissait toujours par passer et mourir.

Ses bas-résilles et ses perruques blondes officiaient la journée principalement. Il fallait que la lumière du dehors, jaune ou grise, puisse l’envelopper encore. Elle partageait le bitume avec les joueurs de bonneteau, les restaurateurs chinois et quelques filles qui étaient attachées – par le fric, la drogue ou des passeports – aux quatre murs de leurs chambres de passe. Et tant pis si les couples des immeubles voisins restaient persuadés que ce taillage de pipes à leurs portes dévalorisait leur pierre de taille. Tant pis pour ceux qui préféreraient voir pousser des arbres plutôt que des préservatifs en bas de chez eux.

Souffles - Pourquoi les salafistes algériens ont marché sur Alger ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières, Côté actualité

 

Parce que l’islam d’aujourd’hui a été vidé de toutes cultures universelles, le musulman, le bon croyant, à son tour, s’est trouvé conditionné, automate. C’est triste mais c’est la réalité amère. Pourquoi est-ce que les salafistes algériens sont-ils sortis coléreux et en force, cette semaine, dans les rues d’Alger ?

Serait-ce pour dénoncer les injustices sociales ? Non.

Pour réclamer l’augmentation des salaires ? Mais non !

Pour dire non à l’exploitation du gaz de schiste ? Pas du tout.

Pour dénoncer la mauvaise et louche distribution des logements sociaux ? Ceci n’est pas important à leurs yeux.

Pour dénoncer la corruption qui gangrène l’économie algérienne ? Ceci, à leurs yeux, relève d’el-mektoub, du Ciel.

Le Jardin de derrière (17) - Où Oncle Tobie fait des siennes

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

 

Deux vigilants voisins se grattaient la tête avec perplexité. La porte de la maison de Louis était grande ouverte. Ils étaient venus faire leur ronde autour de la ferme pour surveiller les jeunes qui avaient l’habitude de traîner sur son terrain, mais là, devant ce qu’ils apercevaient à l’intérieur, ils ne savaient pas trop quoi faire. L’un d’eux se décidait à appeler la gendarmerie lorsque Louis survint, s’exclamant du plus loin qu’il les vit : « Qu’est-ce que vous foutez là ? » Louis était devenu, par la force des choses, très tatillon avec la notion de propriété privée. Le premier voisin vigilant rempocha son portable tandis que l’autre levait les mains en signe d’apaisement : « C’est pas nous, Louis. On s’est juste approché pour voir. Parce que c’est pas tes habitudes, de laisser la porte ouverte. Et on a vu. On allait appeler les gendarmes ». Louis fonça vers sa maison, pila net sur le seuil de la porte : « Bon Dieu, qu’est-ce que… » Il hésita. Puis il prit son téléphone, et appela lui-même les gendarmes.