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La Une CED

Mère (3), par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 28 Septembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Que disais-tu tout à l’heure ?

Je parlais de la maison.

C’est au milieu du thorax.

C’est une question de pression artérielle.

Une altération de l’unité corporelle.

Qui se transforme en affection chronique, tout le monde le sait.

Je connais le milieu hospitalier.

Les affections psychiques ?

Le milieu psychiatrique.

L’angoisse du mouton d’Ibrahim, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

La mort d’un ami vous transforme en flaques neurasthéniques pendant des jours et des semaines. Tu sais, c’est presque pareil à chaque fois que je perds quelqu’un : je n’arrive pas à pardonner la mort à la mort. A côté de la vie, elle a cet air d’une honteuse insulte. Une petite traîtrise de marche manquante sur l’escalier de l’ascension. Elle n’a rien de la clôture d’un destin et tout d’un acte de pickpocket sournois. Ce que je déteste d’abord dans la mort, c’est qu’elle laisse cette chose derrière elle pour nous insulter tous : le cadavre. Qui n’est ni le corps de celui qu’on a perdu, ni la vie, ni la preuve de son trépas, ni son meilleur souvenir, ni la preuve de sa finitude. Tout juste un pourrissement. Et là, à chaque fois, je me dis que c’est vraiment une insulte : il n’y a rien de commun entre le feu instable et superbement inexplicable de la conscience de chacun et ce tas mou du cadavre, occasion des processions inutiles. Je me dis qu’il y a arnaque et que les hommes sont chacun si miraculeux qu’ils ne doivent pas mourir comme ça, en vrac, mollement, dans l’immobilité et la décomposition des liquides en débandade. Je me dis aussi que la mort devrait être plus noble dans son esthétique, qu’elle doit choisir ses poisons et ses épilogues. Un homme doit s’effacer comme une scène, s’éparpiller comme un livre, se voir offrir un escalier vers le ciel qu’il ira grimper avec des gestes d’au revoir, ou s’éteindre en s’évaporant comme une eau propre, mais pas s’affaler comme ça, pourrir, s’affaisser et finir en tas.

La morne naissance, par Nassim Achour

Ecrit par Nassim Achour , le Lundi, 26 Septembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Esseulé suintant la fleur empoisonnée

Mille souffles pour arriver en fin jusqu’à cette prison de pestiférés

Terre prometteuse prend cet enfant dans tes bras menus

Nourris-le d’espoir puis crève-lui ses yeux pointus

 

Il croyait allant galopant vivre heureux

Le voici pris par les vents creux frappant à coup de pieux

Mère, regarde mon minois, n’a-t-il pas droit au repos éternel ?

Père, encense ma vie, souris-moi, n’ai-je pas assez allure d’immortel ?

Jean et Jean-Pierre Giraudoux : le poème du Père et du Fils (37)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 24 Septembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

 

Toutes nos chambres

Seront pareilles

 

Elles auront toutes

De la musique

 

Par terre

Et des souliers

 

Sur la cheminée

 

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A propos de "Le livre, la table, la lampe" de Claude Ber

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 23 Septembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

Le livre, la table, la lampe, Claude Ber, Éditions le Grand incendie, Coll. Les Petites anthracites, 2010

 

Le livre, la table, la lampe est dédié – notamment, comme nous le verrons – à René Char. Jean Starobinski constate avec justesse : « Il n’est aucun poème, aucune ligne de René Char qui ne nous donne le sentiment de l’ouverture. Un espace accru apparaît devant nous, s’illumine en nous. Cet espace s’offre à nos yeux ouverts. Il n’a pas les facilités du songe : c’est le volume foisonnant et rude de notre séjour terrestre, c’est l’instant de notre souffle présent, révélés dans leur étendue plénière. Quelque chose d’immense, d’intense, s’annonce impérieusement. […] La parole poétique s’environne d’un en deçà et d’un au-delà qui ne sont pas atteints et nommés, mais que l’énergie du poème ne cesse de désigner. Le sentiment d’ouverture, plus encore qu’il ne résulte de l’étendue offerte à la domination de notre regard, tient à la façon dont René Char, en donnant au présent et à la présence tout leur éclat, sauvegarde l’intégrité du lointain et de l’absence. La grande alchimie du poème consiste à impliquer dans le présent du langage, dans le mouvement actuel de la parole, une relation vigilante avec ce qui ne se laisse ni posséder ni nommer, avec ce qui s’annonce et se dérobe dans l’intervalle absolu ».