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Ecriture

Prémices d’une expression (par Julien Quittelier)

Ecrit par Julien Quittelier , le Mercredi, 08 Janvier 2020. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Le ciel bleu de la nuit s’est couvert de dentelles

Quand nous avons posé nos corps sur l’infini,

Et que perclus nos sens se sont mis en ombelles ;

Retrouvant dans leur lit un parfum plus béni.

 

J’aime secrètement respirer l’existence,

Surtout l’encens qui flotte au-dedans la beauté,

Pour enfin m’enivrer de toute sa fragrance

Et de tous les flacons qui font sa royauté ;

La phrase de monsieur Proust – Histoire dévote (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 07 Janvier 2020. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

La phrase de monsieur Proust est dense, lente, nombreuse. Elle ressemble au mouvement de ses fines mains dont s’est souvenue Céleste Albaret, à sa conversation dont nous avons tant de témoignages. Mais elle n’a en vérité aucun rapport avec ses mains ou sa conversation : n’écrivent comme ils parlent que les écrivains médiocres – plût au Ciel que nous parlions quelquefois comme nous écrivons. On peut la comparer à une promenade en forêt quand s’ouvrent de nouveaux sentiers ; à une marche sur une crête d’où s’aperçoivent des trouées où le vent plonge. Il arrive qu’on s’y perde. On aurait scrupule à l’interrompre. On ne la comprend pas toujours. On lui demande alors de s’expliquer, de se répéter, ce à quoi elle renâcle, aussi polie soit-elle. Elle est à l’occasion méchante. Elle n’est pas systématiquement gaie. On admire à d’inégales fréquences ses lointains mélancoliques, ses gloussements moqueurs. Comme les maisons de nos vieilles tantes dans nos enfances imaginaires, elle a des entresols et des paliers qui demeureront inexplorés. Il y a des pièces pour y accueillir nos camarades, d’autres pour y boire un tilleul, d’autres encore pour y dormir ou s’y livrer à des amusements réprouvés par la Morale. Ses odeurs de fleurs séchées, de pré humide, de cave, de grenier provincial, d’intérieur d’église, de choses anciennes que l’on n’a pas aérées depuis des mois comblent ou rebutent.

Petit traité d’équitation éthologique (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

l’instant est cheval / cheval que nous pourrions

en-lâchant-prise

construire (pas autrement) / en étant

de toute notre pluralité / à son écoute

ainsi que nous l’enseigne / l’équitation

éthologique / construire comme

maisons

*

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Eloge des voix douces (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 05 Décembre 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Eloge des voix douces, du chuchotement.

Eloge des chemins du bord des fleuves.

Eloge des pas dans la neige.

Eloge du silence en forêt quand les sentiers bifurquent ou se confondent.

Eloge de la rouille, de la mousse, des palissades lépreuses, des façades ravagées où cent tableaux intriguent.

Eloge d’une route pavée où l’herbe regimbe.

Eloge d’un cimetière à l’abandon près d’une église dont on a égaré les clefs.

Eloge d’un parc dont il faut escalader les grilles.

Eloge des ruines tenaces, des quartiers poussiéreux, des squares blafards.

Quand l’hiver grêlera ma chair rose et spectrale (par Julien Quittelier)

Ecrit par Julien Quittelier , le Mercredi, 04 Décembre 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Extrait du recueil de poésie, Vespéral de l’être.

 

Quand l’hiver grêlera ma chair rose et spectrale…

Que mes cris fouleront le ciel de blanc et d’or,

D’un havre où je verrai le sépulcre en mentor,

Je serai l’hydre aux gongs de l’ultime chorale ;

 

Plus que la densité rêche et fourbe ou morale,

Mourir cent ans n’a plus la saveur de la mort,

Je sens entre mes mains le Céleste du tort :

Quelque avé d’un sang pur qu’estampe l’âme australe.