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Ecriture

Trans-Européen-Express (par Henri Cachau)

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 14 Janvier 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Ouf ! pas une mince affaire, j’avais réussi à le mettre dans le train et pas n’importe lequel, L’Arbalète, ayant pour destination Zurich via Bâle, tout en l’incitant à poursuivre sur Vienne puis Prague. Comme il en va avec les dépressifs, les pires sont les amoureux récemment éconduits, ça n’avait pas été simple… Enfin, il s’embarquait pour une semaine et durant ce laps de temps j’étais assuré de ne pas subir ses pleurnicheries, ses menaces de suicide ; affaire classée lui avais-je dit, tu refermes ce dossier et tu en ouvres un autre… Jean-Paul et moi travaillions dans le même cabinet d’avocats, et à une demi-heure de son départ alors qu’installés au buffet de la gare de l’Est nous devisions, encore s’interrogeait-il sur le bien fondé de ce voyage en train, étant donné le nombre de suicides que ce mode de locomotion suscite. Il est vrai, se jeter à l’eau du haut d’un transatlantique sans doute requiert plus de courage, et lorsque par mégarde je lui avais proposé une croisière en Méditerranée, il l’avait refusée : « Tu souhaites me voir me foutre à l’eau ! »… Car toujours dans sa peau celle qui aurait la sienne, s’il continuait à se laisser aller, cette Cathy qui l’avait quitté non pas pour un autre homme, chose probable concernant les relations de couple, mais pour plusieurs… Il m’avait parlé de vengeance, je lui avais rétorqué que la moitié des affaires que nous traitions s’y rapportaient, patelin avait insisté en me demandant si lors du prochain procès dont nous avions la charge son absence me serait préjudiciable, j’avais dû le rassurer, d’avance le remerciant pour sa collaboration merdique, puisque incapable de se concentrer depuis le départ de l’autre…

Sur un roman d’André Dhôtel (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Lundi, 17 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

1) La scène se passe à Charleville, place Ducale, un matin de printemps. Ciel grisâtre. Une terrasse presque vide. LUI est propriétaire d’un vaste appartement rue du Moulin. Profession libérale. Aisance financière. MOI est venu pour régler un héritage. Profession indéfinissable.

MOI (posant un livre sur la table) : C’est un bien beau roman, cher ami, que Bonne nuit Barbara. Oui, merci, mademoiselle, un grand café avec un verre d’eau.

LUI : D’André Dhôtel ? Un café aussi. Et le journal s’il est disponible.

MOI : D’André Dhôtel. Gallimard. Février 1978.

LUI : J’ai lu un peu Dhôtel dans ma jeunesse. Et je l’ai aperçu assez souvent aux environs d’Attigny.

MOI : Il y possédait une maison où il séjournait régulièrement, je crois. Ah, Dhôtel ! Arland ! Follain ! Ils étaient très liés et, aussi différentes soient-elles, il y a comme un air de famille dans leurs œuvres. Le quotidien dans son ahurissante banalité, dans sa fabuleuse et inépuisable évidence. Paulhan, qui les éditait, les appréciait beaucoup.

Nouvelles brésiliennes (IV) - Adriana Sydor, Avarice (traduction Stéphane Chao)

, le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Pecuniae obediunt omnia

Toutes les pièces de monnaie tombent de ma poche

se brisent sur ce sol dur

où se posent les frêles oiseaux

qui n’attendent que les miettes

de ma bonne foi

 

je découvre mes pieds et offre au monde

cette couverture déchirée,

élimée, déchiquetée

à l’instar de ce

qui conspire contre moi

Château, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mercredi, 12 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Avait-on réellement pendu tous les gens du château ?, avaient-ils jamais existé ? Depuis le lancement des croisades près de dix siècles s’étaient écoulés, toutefois, malgré cet écart le présent serait historique, monsieur le maire en était convaincu… D’ailleurs, quel sens pouvait avoir sa récente, obstinée lecture de romans de chevalerie signés Walter Scott et de ses épigones, de volumes concernant les Templiers et leur légende, jusqu’à ce jour jamais parcourus ?… Documenté à revers il prendrait ces autorisés sociologues nous affublant d’un présent orphelin de son passé… non mais !… Pour ne pas se laisser emberlificoter il nous faut prendre soit du recul, soit de la hauteur, rien n’est plus dangereux que de conduire le nez dans le pare-brise ou le guidon… Ces préventions paraissaient sensées, mais l’âge de raison dépassé, comment convaincre les adultes de délaisser leur courte vue, pour considérer ce qu’ils ne veulent pas reconnaître, alors qu’à portée de regard existe cet ancien château où il se passe d’étranges choses ?

Nouvelles brésiliennes (III) - Hector Bisi, Les paons albinos boivent du champagne

, le Vendredi, 07 Décembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Pete Doherty descend du black cab à Tite Street avec ce style mou-titubant qui ne permet jamais de savoir s’il est ivre ou à moitié et il se rend dans un sous-sol où le doorman est en soutane violette et confirme son nom sur la liste. Oh Mr Doherty, notre seul invité de la soirée. Il est rare que nous ayons cet honneur. C’est un Borsalino ?, j’aime les chapeaux de votre phase Libertines, enjoy your night, et Pete Doherty entre par un tunnel rouge où les murs sont couverts d’une flopée de selfies tous encadrés, Whatahell is this ? Attends, celui-là c’est pas Oscar Wilde ?, bordel, comme il est jeune sur cette photo, et il y a une lumière rouge à la fin du tunnel et des mecs avec des manteaux en fourrure par-dessus leur costume Paul Smith ou Gareth Pugh ou McQueen ou Saint-Laurent ou Gucci voire Saville Row, Ah non, encore un de ces clubs anglais ennuyeux à mourir, j’espère qu’il y a quelque chose de bon à boire au moins, et le salon est décoré avec des sièges Chesterfield cliché des lambris cliché et des étagères cliché prouvant que l’Angleterre victorienne n’était pas un pays mais une bibliothèque monster, On gèle, la clim est à zéro ?, où est donc ce putain de serveur ?, et Pete-Doherty-Esquimau titube en direction de types qui sont debout au milieu de la grande pièce et qui ont tous ce bronzage crevettesque d’anglais en liberté sur la plage et voilà qu’arrive la crevette en chef,