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Ecriture

Westbeth

Ecrit par Malik Nahassia , le Mercredi, 22 Avril 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Il y avait régulièrement des « events » dans le studio de Merce Cunningham au onzième étage de Westbeth dans Bethune street. Si tu aimais la danse et que tu passais par New-York dans ces années-là, c’était un des trucs à ne pas manquer. Moi je n’aimais pas spécialement la danse, ou pas encore, mais j’aimais une danseuse. Alors ? Va pour la danse ! Elle (appelons-la Odile), Odile donc, était venue passer un an à Manhattan pour se perfectionner ; à cette époque le passage par New-York était un must pour les danseurs français et moi j’avais suivi, pas mécontent d’avoir l’occasion de venir me frotter à l’Amérike pendant que ma douce France achevait de s’étriquer dans le brouillard gris finissant du règne giscardien.

J’avais déjà eu deux ou trois occasions de jeter un œil dans les quatre cents mètres carrés du grand studio mythique, au début d’un cours, à la fin d’une classe, quand je venais accompagner ou attendre Odile qui venait y suivre, j’ai failli dire y subir, quelques cours en plus de sa formation principale dont je ne me souviens plus si c’était chez Martha Graham ou bien chez Trisha Brown, ou bien ailleurs encore.

Le suicide de Dame Nature

Ecrit par Thomas Chaline , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

L’opération « survie » a commencé depuis quelques années par petits morceaux via l’intermédiaire de petits hommes en costume mais tellement impuissants. Ils appellent à la sauver, la maîtresse des lieux sur laquelle on évolue, de générations en générations.

Mangez bio, faites le tri sélectif de vos déchets, rouler au diesel pollue, coupez le robinet pendant que vous vous brossez les dents, éteignez toutes lumières la nuit, etc…

Mais dans ce mauvais conte, la nature misanthrope ne lâche rien. Belle comme une déesse maléfique que l’on aime honorer de sa grandeur, cette peste poursuit son œuvre puisqu’elle n’est pas heureuse… Déçue par ses princes promis à sa gloire. Son suicide prend du temps… Elle dirige les hommes comme des pantins ridicules et se moque bien d’eux en toute discrétion.

Technologie, système monétaire, substances chimiques délétères, tous les moyens sont bons pour faire avaler aux petits hommes l’acide qui dissoudra, sous leur pieds nus et leurs semelles de multinationales, le sol universel, hôte de leur théâtre.

Le Jardin de derrière (20) Où on entend des choses

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Georges avait emprunté à Tobie son utilitaire et, le fût de poissons pourrissants bien calé à l’arrière, il se dirigeait à vive allure vers la déchetterie, répandant sur son passage une odeur pestilentielle.

Il avait quelques minutes plus tôt eu Hélène au téléphone, encore retenue à Paris pour une quinzaine. Elle avait paru déroutée par les récents événements que les propos de Georges, un peu décousus, lui faisaient entrevoir.

– Mais les enfants vont bien ? répétait-elle.

Et Georges d’acquiescer, de repartir sur une histoire de poissons morts, de parler d’une procession, de gars avec des capuchons, d’un nommé oncle Tobie et d’un abri antiaérien où ils auraient dû se terrer pour échapper aux encapuchonnés. Hélène appuyait avec force le téléphone contre son oreille en tripotant nerveusement son collier de l’autre main : « Et tu ne veux pas que je vienne ? Les enfants vont bien ? » Il ne voulait pas qu’elle vienne, les enfants allaient bien. Il fallait qu’il y aille, il avait des poissons à amener à la déchetterie.

Rohmer en poèmes (9) Le Celluloïd et le Marbre

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 18 Avril 2015. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED, Côté écrans

 

 

 

 

 

en général

je suis pas intéressé

à l’art

je suis seulement intéressé

dans la vie

La chasse à l’insolite

Ecrit par Mbarek Housni , le Vendredi, 17 Avril 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

 

Je suis photographe et je vadrouille tout le temps à la recherche de scènes susceptibles d’être insolites. Lorsqu’elles se présentent, une forte excitation m’envahit et je fais tout pour ne pas les rater. Mes yeux, mes doigts et tout mon corps ne font alors qu’un. Je me transforme en une machine qui capte des photos avec la frénésie d’un possédé pris dans une bulle qui se dissipe par la suite. En général, je me sens délivré, comme après avoir pris un bain.

Un jour, une de ces situations inopinées se manifesta devant moi à la suite d’un concours de circonstances, dans l’allée d’un petit square. Un coin paisible et accueillant, niché entre deux ruelles, juste après le quai de Béthune. On était au mois de novembre et il faisait froid. Le ciel était bas jetant sur le monde les ombres doucereuses d’un automne paisible. Seuls de légers remous de feuilles qui jonchaient la terre brisaient cette quiétude.