Identification

Ecriture

Un artiste hollandais (L’histoire d’une rencontre), par Maria Augustina Hâncu

Ecrit par Maria Augustina Hâncu , le Lundi, 27 Mars 2017. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

I)

Il entra dans la salle

Et la lumière transperça la pièce.

Un long frisson glissa entre

Sa respiration et les nuages.

 

Ses pas répandaient un filet d’évasion,

Un parfum de grands espaces.

J’ai entrevu les racines lointaines de son pays,

Inconnu de moi, étreindre pleinement le public :

J’ai appris, ainsi, qu’une personne seule

Suffit pour porter une culture.

L’homme qui entendait des voix (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Vendredi, 24 Mars 2017. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

 

– Et alors, X ?

Par cette interrogation, Mr Loiseau essaya de comprendre la dernière phrase. Cela faisait quelques années qu’il l’écoutait, qu’il savait comment l’écouter, sensible aux nuances, aux silences, et à la lente parole dévoilée. Il regarda Mr Loiseau dans les yeux, en soutenant à la fois le regard et les questions du psychologue.

Il voyait le spectacle du monde à distance comme pour s’en prémunir. Julien écrivait parfois aussi. C’était à celui qui pouvait imposer des mots sortis de la léthargie cannabique. Julien grattouillait de la guitare, faisait des études universitaires mais passait le plus clair de ses nuits à sillonner les bars, les pubs et les clubs, pour ne pas vieillir précocement, disait-il. Il avait l’impression d’avoir aussi son âge. Cinq ans, plus âgé, il lui semble qu’il prolongeait une adolescence qui n’avait pas été cicatrisée. Il avait donc son monde, aussi, sa vie, au dehors. Cela n’avait rien à voir avec la vie professionnelle ni avec la vie familiale.

Pourquoi il pleut des chats et des chiens ?, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 22 Mars 2017. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

La pluie a inondé nos vues. Le jour vient de se lever. Je l’aperçois à peine. Obstiné, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément. La voix stridente du muezzin appelle à la prière de l’aube ; elle sonne comme un rappel à l’ordre. Nos existences seraient-elles un éternel défi en sursis ?

As Salat khayroun mina nawm braille-t-il dans le micro. As Salat khayroun mina nawm ! crie-t-il encore.

Vraiment ? La prière est-elle meilleure que le sommeil ?

Il est temps de me lever, pourtant je dors encore !

Dehors, il pleut à verse. Le déluge s’est abattu sur nos demeures. Sans arrêt ! L’orage menace de gronder. Continuellement ! La météo prévoit une accalmie dans un futur proche. Momentanément !

Offre-moi mon humanité le 8 mars, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 21 Mars 2017. , dans Ecriture, La Une CED

 

Tu m’as possédée à l’âge de 16 ans. On m’a forcée d’arrêter les études pour être ton épouse. Mon mariage concernait tous les membres de ma famille et de mon village, sauf moi-même. Je n’avais pas le droit de signer : mon père a signé à ma place au Tribunal. « Pourquoi tu veux la marier très jeune ? » a interrogé le Juge. Mon père a rétorqué : « J’ai peur pour son avenir ». Il avait peur que je ne connaisse l’amour, cette force invisible qui permet à l’être de découvrir son humanité. Effectivement, à 16 ans je n’habitais pas définitivement mon corps, et mon âme n’a pas encore noué sa relation avec l’abstrait. Tu ne m’as pas épousée, tu m’as possédée.

La première nuit chez toi, tu as mis un fardeau sur mon dos : ta famille, ta tribu, et même tes ancêtres. Ensuite, tu es monté dessus pour bien fixer le fardeau. Le jour suivant, tu m’as voilé le corps avec minutie puisque c’est une source de calamités ; je ne vois qu’à travers la petite grille carrée. Tu m’as interdit de voir le monde parce que la beauté fait mal aux yeux. La beauté est illicite. Tu m’as scellé les lèvres parce que ma voix est Awra, quelque chose qui doit être caché. La parole est illicite. Tu as brisé en lambeaux le miroir pour m’empêcher de voir l’Autre en moi. L’altérité est l’œuvre de Satan. L’altérité est illicite.

Cinq poèmes, par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Lundi, 20 Mars 2017. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

À main levée

Paysage assemblé, comme s’il tenait

entre pouce et index,

 

entre le gris du jour et l’ordre de la nuit,

l’avance et le sur-place – équivalentes pertes –,

 

entre dire et taire, avérés synonymes

à l’effraction d’épaisseurs qu’au passage

un aperçu commet