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Ecriture

Kafka tefka (18)

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 30 Mars 2015. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

 

D’abord, elle se redressait nue, lentement, respirant la tiédeur lourde confinée dans la petite pièce. Une fois chose faite, paradoxalement, à la fois raide et élastique, sur ses jambes d’une longueur presque infinie, des mouvements interminables et fluides affirmaient une souplesse et une agilité timides. Pourtant, sans cet indispensable et chronique air angoissé et chétif, cette gêne propre au juvénile féminin consumé par la crainte de Dieu, et la culpabilité spermatozoïdale du père ou la négligence maternelle concernant l’aspect justement maternel du genre féminin. L’espace baignait dans un rose nuancé, un rose nouveau, et se tachait par le reflet rosâtre de ses mamelons qui semblaient envahir tout le volume du studio, chaque molécule était imprégnée de cette frétillante et vivante couleur. Bach craquait dans mon cerveau, ma lucidité périssait. Le jour allait s’étendre jusqu’à ce que je cessasse de me refuser un lendemain.

Rohmer en poèmes (8) Nadja à Paris

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED, Côté écrans

 

 

 

Courir, en marinière.

La coupe garçonne de Jean Seberg

Dans A bout de souffle.

 

Une ligne de métro

me conduit

en cinq minutes

au quartier latin.

Je prépare

une thèse

sur Proust.

Des néons et des hommes

Ecrit par Virginie Simona , le Jeudi, 26 Mars 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

L-O-L-A, deux syllabes enfantines que la langue fait claquer sous le palais, quatre lettres pleines en somme de promesses à tenir. C’est le nom de scène qu’elle avait choisi en 1994 pour son baptême du feu sur le trottoir parisien, elle venait de fêter ses 26 ans.

Vingt ans plus tard, Lola tapinait toujours devant un immeuble fissuré par la réputation du quartier Saint-Denis, décrépi par le temps qui finissait toujours par passer et mourir.

Ses bas-résilles et ses perruques blondes officiaient la journée principalement. Il fallait que la lumière du dehors, jaune ou grise, puisse l’envelopper encore. Elle partageait le bitume avec les joueurs de bonneteau, les restaurateurs chinois et quelques filles qui étaient attachées – par le fric, la drogue ou des passeports – aux quatre murs de leurs chambres de passe. Et tant pis si les couples des immeubles voisins restaient persuadés que ce taillage de pipes à leurs portes dévalorisait leur pierre de taille. Tant pis pour ceux qui préféreraient voir pousser des arbres plutôt que des préservatifs en bas de chez eux.

Le Jardin de derrière (17) - Où Oncle Tobie fait des siennes

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

 

Deux vigilants voisins se grattaient la tête avec perplexité. La porte de la maison de Louis était grande ouverte. Ils étaient venus faire leur ronde autour de la ferme pour surveiller les jeunes qui avaient l’habitude de traîner sur son terrain, mais là, devant ce qu’ils apercevaient à l’intérieur, ils ne savaient pas trop quoi faire. L’un d’eux se décidait à appeler la gendarmerie lorsque Louis survint, s’exclamant du plus loin qu’il les vit : « Qu’est-ce que vous foutez là ? » Louis était devenu, par la force des choses, très tatillon avec la notion de propriété privée. Le premier voisin vigilant rempocha son portable tandis que l’autre levait les mains en signe d’apaisement : « C’est pas nous, Louis. On s’est juste approché pour voir. Parce que c’est pas tes habitudes, de laisser la porte ouverte. Et on a vu. On allait appeler les gendarmes ». Louis fonça vers sa maison, pila net sur le seuil de la porte : « Bon Dieu, qu’est-ce que… » Il hésita. Puis il prit son téléphone, et appela lui-même les gendarmes.

Волчица

Ecrit par Ismaël Billy , le Mardi, 24 Mars 2015. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

 

 

 

 

j’ai ton visage inscrit à la racine de ma peau.

A l’amour exsudé de mes os,

au tréma de ton nom la césure dans mon âme

Et je rêve de ta bouche au souffle effrayé

J’ai tes côtes nerveuses et le son de tes joues,

J’ai ton nom à l’oreille et le jour de ta venue

A la Terre et le jour où tu m’as délivré

Dans l’orange amer d’un baiser esquissé.