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Ecriture

Rohmer en poèmes (11) La Collectionneuse

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 22 Mai 2015. , dans Ecriture, La Une CED, Côté écrans

 

 

 

 

 

Pousser l’inoccupation

à un degré jamais atteint

au cours de mon existence.

Je m’efforçais même

de ne plus penser.

Filmer un corps

Au bord de l’eau

Le dernier verre (avant le dernier)

Ecrit par Virginie Simona , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Nous étions accoudés au comptoir d’un bar de la rue Oberkampf, et tandis que sa soixantaine d’années semblait abîmée par les verres et par la nuit, il avait parlé longuement :

La vie est une putain tu sais et Dieu… Dieu ? Certainement le plus grand maquereau jamais croisé. On arrive au monde en crevant la dalle et on repart des années plus tard, le temps d’un voyage rapide et flou, la gueule ouverte. Affamés d’un amour que l’on aurait voulu voir partout et qu’au final, on n’a trouvé nulle part… Pas même en nous : trop lâches, trop peureux, trop fragiles, trop fiers. Incapables d’avouer aux autres nos envies de caresses et de morsures, de crainte qu’ils nous rejettent à la mer, ou qu’ils en fassent une arme de destruction massive (susceptible de réduire à néant le peu d’estime qu’il nous reste). J’ai passé un temps fou à espérer que la vie me donne. Des femmes pour mon désir, des réussites pour la soif, des épaules pour mes chagrins. J’ai attendu comme un môme l’arrivée du Père-Noël. Une nuit, il a tout déposé sous le sapin, bon gars. J’étais tellement sûr de mériter que je n’ai pas pensé à remercier. Qu’importe, quelques décennies plus tard, il est passé pour tout reprendre.

Albert Camus, Cheb Banana et Chaba Ziza

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

C’est l’été 2015. Albert Camus rentre en Algérie. Depuis des années, il essaie de mettre un nouveau visage sur le pays de sa jeunesse. Pour apprivoiser la mer qu’il aime autant que sa mère, il prend le bateau. Le voyage lui semble une éternité, vu qu’il est hâté de mettre les pieds sur la plage où son Meursault avait criblé l’Arabe, de voir ces femmes aux saveurs uniques, de déambuler, un journal à la main, sous le soleil qui donne envie de faire l’amour ou de tuer. Une miniature infinie traverse son esprit. Des nuages se bousculent dans sa direction, portant des noms d’amis et de souvenirs éternels. Il sort une feuille et grave un court texte sans nationalité. Une femme se dirige vers lui. Elle ressemble à l’amante de Meursault, dansant dans sa robe couleur d’évasion. Ses petits seins ressemblent à des pigeons figés. « Bonjour cher Camus. Je suis Algérienne. Puis-je discuter avec vous ? » Mordant toujours sa cigarette, il lui répond avec un regard coquin : « Cela n’a pas d’importance ». Camus ne change jamais ! se dit la femme. Il voit l’Algérie dans les yeux de cette colline en chair.

Le Jardin de derrière (23) Où la Chaussas prend les choses en main

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 19 Mai 2015. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

En surface, Louis rejoignait Kevin et Julien. Il jeta un bref coup d’œil à la trappe, puis se dirigea vers l’église, suivi des deux amis rouges de dépit et de colère.

De leur côté, Louise et Camille parvenaient, tout essoufflées, à la grange, se glissaient dans l’appentis et, de là, par le tunnel, arrivaient jusqu’à l’abri anti-aérien du moulin du bas.

Georges avait pensé attendre là que les choses se tassent. Il s’avéra aussitôt qu’il ne serait pas assez grand pour eux sept. Il hésitait devant la porte ouverte lorsqu’il perçut une sorte de grincement. Il crut d’abord avoir mal entendu. Il fit taire Pierre qui commençait déjà à grommeler, et il tendit l’oreille. Le grincement se renouvela. Il lui sembla percevoir un souffle d’air frais sur son visage. Il eut une bouffée d’angoisse. En hâte, il poussa Noé et Isabelle dans l’abri, avec Louise et Camille, et leur ordonna de s’enfermer. Il entraîna les deux autres dans la salle de commande et commença à tourner fébrilement les manettes sous les yeux d’abord éberlués de Pierre et de Tristan. Ils entendirent alors des pas dans le tunnel, des chuchotements. Ils devinrent pâles. Georges actionnait des leviers, tournait des roues dentées, sans parvenir à fermer la porte séparant les vieux tunnels de la zone du moulin. Un instant, il vit même avec effroi la porte de l’abri s’ouvrir.

Kafka tefka 23

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 18 Mai 2015. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

« J’ai horreur de cette littérature de touristes, ces auteurs qui reviennent d’une ville pour nous la décrire. J’ai horreur de toute littérature traitant du gigantisme urbain, agissant sur les choses. Des gribouilleurs à petite sensibilité, des fanfaronnades infondées. Avec leur carapace d’artiste sans la contenance qui va avec ».

Je m’arrache d’un bus plein d’humanité, et j’atterris tout essoufflé dans une place publique noircie de cette même humanité qui porte son honneur entre les cuisses.

Tous bichonnés comme des mannequins prêts à envahir les trottoirs, tous portent des prénoms de prophètes : Moussa, Aissa, Mohamed, Brahim, Ayoub, Youcef… tous rêvent de se trouver ailleurs pour pouvoir apprécier ce « ICI ». Ils ont cette prédisposition à la nostalgie. Ils fantasment sur le fait d’aller défendre leur Algérie à Paris en arrachant les plaques de signalisation et en sautant sur les toits des voitures dans des parkings… Mais tous les rêves finissent au cimetière quand on tire le mauvais prénom de l’urne.