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Espagne

Paris-Austerlitz, Rafael Chirbes

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 10 Novembre 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Rivages

Paris-Austerlitz, octobre 2017, trad. espagnol Denise Laroutis, 180 pages, 20 € . Ecrivain(s): Rafael Chirbes Edition: Rivages

 

L’écriture a quelque chose du supplice de Tantale.

Rafael Chirbes (Télérama, 2009)

 

L’espace diégétique est résumé en une phrase : « Paris, c’est comme ça, chacun pour soi », l’explication franche de la pyramide des inégalités sociales au sommet de laquelle, bien logés, pleins de ratiocinations, les nantis se pavanent, écrasant en bas « des poches de misère ». Les échos de la capitale résonnent, souffrances comparables à celles que subit l’homme solitaire et étranger dans l’appartement du Locataire filmé par Polanski. Le « je », l’instance énonciatrice, parle à l’imparfait. Les lieux sont glauques, l’ambiance pessimiste, des ombres perdues rencontrent d’autres ombres fantomatiques. Les attitudes restent codées entre « le mec qui parlait une langue apprise au lycée français de Madrid (…), le groupe des petits caïds (…) l’indic de la police et le journaliste ».

L’instant décisif, Pablo Martín Sánchez

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 10 Novembre 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, La Contre Allée

L’instant décisif, septembre 2017 (Tuyo es el mañana, 2016, Acantilado), trad. espagnol Jean-Marie Saint-Lu, 288 pages, 20 € . Ecrivain(s): Pablo Martín Sánchez Edition: La Contre Allée

Un récit, ou six récits qui commencent à 0 heure et s’achèvent à minuit. Ou plutôt, peut-être, six récits qui commencent à 0 heure, et finalement un récit qui se termine à minuit. Donc sept récits au final. Vous suivez ? Dire cela c’est peut-être livrer une des clés de cet instant décisif qui jongle avec les voix dans un cadre temporel strict de 24 heures. Jeu de construction et de structure qui pourrait paraître un brin intello mais qui est surtout ludique et qui fonctionne parfaitement comme tel.

Reprenons : six récits et six personnages. Ou sept selon comment l’on compte. Disons six plus un. Nous entrons dans leur vie à 0 heure. Quand ? Le jour où il y aura une grève générale en Italie, qui est aussi celui où le président congolais Marien Ngouabi sera assassiné. Le jour aussi où le nouvel état espagnol annoncera une nouvelle amnistie. Un jour et une date que l’auteur ne précise pas plus mais que nous pouvons reconstituer comme étant le 18 mars 1977. Nous sommes à Barcelone en pleine « transition démocratique », dans ce moment où la mort de Franco n’a pas encore complètement signifié la fin de la dictature et le retour de la démocratie. C’est aussi ce jour-là que naît Pablo. Le même jour que l’auteur de cet instant décisif. Mais il n’est pas sûr, il semble même un peu improbable qu’il s’agisse vraiment de lui-même et que le récit soit autobiographique.

Cabaret Biarritz, José C. Vales

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 11 Juillet 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

Cabaret Biarritz, mai 2017, trad. espagnol Margot Nguyen Béraud, 464 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): José C. Vales Edition: Denoël

 

« Ah, Biarritz ! Qui n’a point vécu cet âge d’or à Biarritz ne connaît ni la vie ni ses plaisirs. Telle que vous me voyez aujourd’hui, j’administre ce modeste salon de thé, ici, dans le sombre Paris, mais il fut un temps où dépendaient de moi les fastes et les splendeurs du Château basque… ou devrais-je dire… de la villa Belza », Odette (Elise Vsard, Gouvernante du Château basque, villa Belza).

Cabaret Biarritz est le roman d’un saisissement, celui d’une tragédie, la mort d’une jeune femme Aitzane Palefroi, durant l’été 1925, retrouvée noyée, nue, dans le Port des Pêcheurs de Biarritz. Un faits divers dirions-nous, un suicide pensent certains témoins, précédé de noyades (l’océan a parfois ses raisons) et suivi d’un autre suicide à l’arme à feu, cette fois lors de luxueuses fiançailles à l’hôtel du Palais. Cabaret Biarritz est un miroir, où scintillent les feux les plus troubles de la cité balnéaire basque et qu’un écrivain oublié tente d’éclairer.

Une Mère, Alejandro Palomas

Ecrit par Gilles Brancati , le Mercredi, 28 Juin 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi

Une Mère, mars 2017, trad. espagnol Vanessa Capieu, 310 pages, 21 € . Ecrivain(s): Alejandro Palomas Edition: Le Cherche-Midi

 

C’est un voyage en émotions. Un mille-feuille. Chaque fois qu’une feuille se détache, un personnage se découvre un peu plus. Le principal, en fil rouge, est celui de la mère de deux filles et d’un garçon. Elle n’a plus pour famille que ses enfants et un frère quelque peu hâbleur. Une amie, aussi, qui lui sert tour à tour d’alibi ou de justification.

Le soir de la Saint-Sylvestre, ils sont tous réunis autour de la table familiale. Le couvert est dressé pour tous plus un autre, à une place qui reste vide. On apprendra pourquoi.

La mère pourrait paraître fantasque, mais en vérité elle détourne d’un revers de main (elle est assez maladroite) ou par un biais de langage tout ce qui pourrait contrarier l’équilibre de sa famille. Elle sait, comme une mère, les souffrances de ses enfants, leurs difficultés, plus celles qu’elle découvre ce soir-là, ce que jusqu’à présent on ne lui avait pas dit. Son devoir est de les aider à se restaurer, sans jamais tomber dans un méli-mélo dramatique, car le sujet s’y prête (et l’auteur a été très attentif à ce piège), sans jamais aller vers l’excès. Cette femme est attachante et touchante dans son efficace simplicité !

Le Puits, Ivan Repila

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 27 Juin 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, 10/18

Le Puits, 106 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Iván Repila Edition: 10/18

 

 

Tout lecteur risque fort d’y tomber dans ce puits, tant il est fascinant. Ce petit livre par la taille, 106 pages tout juste, est un joyau littéraire qu’on n’est pas près d’oublier après lecture. Tout, le récit, la situation, la portée symbolique, s’installe pour longtemps dans nos mémoires.

Deux frères, deux jeunes garçons, sont au fond d’un puits, on ne sait comment au début de l’histoire. Le trou fait 7 mètres de haut, avec des parois lisses et friables, impossibles à escalader. On ne saura jamais leurs noms, c’est le Grand et le Petit. Avec des majuscules, pour que ça leur serve de prénoms. Peu à peu, au fil des jours d’enfermement à ciel ouvert, ils renoncent semble-t-il à espérer sortir, s’organisent pour survivre, apprennent à manger racines, vers de terre, toutes sortes de vermine que la boue veut bien leur offrir.