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Espagne

Ces vies-là, Alfons Cervera

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 21 Janvier 2015. , dans Espagne, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, La Contre Allée

Ces vies-là, traduit de l’espagnol par Georges Tyras, 224 pages . Ecrivain(s): Alfons Cervera Edition: La Contre Allée

 

La collection La Sentinelle des Editions La Contre-allée abrite des textes où la mémoire collective croise la mémoire familiale.

Ces vies-là d’Alfons Cervera, traduit de l’espagnol par Georges Tyras qui lui est fidèle depuis ses premiers livres à La Fosse aux ours, retrace la relation de l’auteur à sa mère, dans ses derniers jours.

Texte sensible qui s’ouvre sur ces mots : « Cela fait deux dimanches que ma mère est morte ».

Dans une langue puissante, faite de répétitions volontaires comme autant d’aller-retour dans la mémoire, débarrassée de fioritures, le narrateur remonte le fil de sa mémoire, refait l’histoire de sa mère, la sienne, celle de ses origines.

Se croisent allègrement comme toujours chez Cervera les références littéraires qui l’ont construit, son rapport à l’écriture et aux livres.

Sur le rivage, Rafael Chirbes

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Sur le rivage (En la orilla), traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, janvier 2015, 507 pages, 24 € . Ecrivain(s): Rafael Chirbes Edition: Rivages

 

L’écriture de Rafael Chirbes est tendue comme une corde prête à casser. C’est l’outil parfait pour dire l’Espagne sombre. Verbe sombrer ? Oui, à travers les époques de son histoire qui se croisent ici de génération en génération, qui de la tragédie de la Guerre Civile à la Crise qui étreint un pays et ses habitants, se télescopent, s’amoncellent, s’additionnent comme une suite tragique, comme un destin inexorable qui broient les enfants d’Espagne de tous les temps. Mais non. Pas sombrer. Car Chirbes a cet art inimitable – trace du grand écrivain qu’il est – de déceler dans tout interstice lumineux, les signes de l’espoir. Quand même. Les hommes restent debout, comme avant, face aux armées franquistes que pères et grands-pères ont connues et combattues. Debout parce qu’encore ensemble.

Non, avec Chirbes, c’est l’Espagne sombre. Adjectif qualificatif. Presque pléonasme tant notre mémoire littéraire est chargée d’images noires venues des Asturies, de la Castille ou l’Andalousie. Avec en basse continue le décor brûlant et mortel des pièces et poèmes de Lorca.

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, Luis Sepúlveda

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 29 Octobre 2014. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Métailié, Jeunesse

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur, traduit de l’espagnol (Historia de un caracol que descubrió la importancia de la lentitud) par Anne-Marie Métailié, octobre 2014, dessins de Joëlle Jolivet, 6 . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

Un escargot n’est ni une mouette, ni un chat, ni une souris. Eux peuvent voler ou courir, sauter, alors que l’escargot va toujours lentement, très lentement. Pourquoi va-t-il si lentement ? Pourquoi n’a-t-il pas d’autre nom que « l’escargot » ? Ces questions ne cessent de tourner dans la tête de l’escargot qui voudrait tant savoir. Ce n’est visiblement pas auprès des autres escargots, bien installés dans la confortable ombre des acanthes, un peu éloignés des maisons des hommes. Il finit même par agacer avec ses questions. Alors il va partir à la recherche des réponses. Des réponses qui pourront lui permettre de comprendre sa lenteur et peut-être de trouver un nom.

Dans sa lente aventure, il rencontrera des êtres aussi lents que lui, d’autres plus rapides mais que sa lenteur va lui permettre de rencontrer. La tortue saura lui donner ou révéler son nom et il découvrira la menace qui pèse sur le jardin, les acanthes et le refuge des siens. Il choisira alors de faire ce qu’il estime nécessaire, même au prix de dangers inconnus et terrifiants pour au moins sauver ceux qui ont choisi de résister, même si c’est en prenant le chemin de l’exil.

Plus jamais ça, Andrés Trapiello

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Plus jamais ça (Ayer no más) traduit de l’espagnol par Catherine Vasseur, septembre 2014, 272 pages, 21 € . Ecrivain(s): Andrés Trapiello Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

Plus jamais ça (Ayer no más), le dernier roman d’Andrès Trapiello traduit en français, fait partie de ces récits qui jouent avec une grande habileté à brouiller les frontières entre fiction, réalité et œuvre en train de se faire, de s’écrire, voire d’être lue. Le narrateur central de ce récit est en effet auteur du livre que nous avons entre les mains, mais il n’est pas l’auteur lui-même, car celui-ci est explicitement mentionné, et critiqué, dans un des chapitres du roman. Mais est-ce bien encore un roman ? L’ironie est poussée jusqu’à la description du livre que vous avez entre les mains, à sa couverture (dans l’édition française, il n’en reste une image, importante, que sur le bandeau promotionnel, qui disparaîtra sans doute rapidement).

De quoi s’agit-il ? De mémoire, d’histoire et de fiction. De vérité, de secret et de mensonge. Encore ! pourrait dire l’auteur lui-même tant ces questions semblent être devenues des « incontournables » dans l’Espagne et la littérature espagnole contemporaine. Comme dans sans doute beaucoup de pays où le souvenir d’une dictature est encore très vif. Trop vif. Pour ne pas dire « à vif », comme on le dit d’une plaie exposée à toutes les germes infectieux.

Années lentes, Fernando Aramburu

Ecrit par Frédéric Aribit , le Jeudi, 21 Août 2014. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Jean-Claude Lattès

Années lentes, traduction de l’espagnol par Serge Mestre, avril 2014, 260 pages, 18 € . Ecrivain(s): Fernando Aramburu Edition: Jean-Claude Lattès

 

Peu de littératures sans doute sont aussi inventives que la littérature ibérique pour faire coïncider l’originalité d’une forme et la singularité d’un récit. Et ce n’est pas l’œuvre de Bernardo Atxaga, l’autre grand basque des lettres espagnoles, qui pourrait servir de contre-exemple. Naître en 1959, du côté de Saint-Sébastien, alors que l’Espagne franquiste vient d’être adoubée par l’ONU, n’arrange probablement rien lorsqu’on ne veut pas marcher sur les sentiers battus. 1959, année éloquente : c’est aussi celle de la création d’ETA.

On comprend que les années de jeunesse de Fernando Aramburu soient profondément travaillées par les questions identitaires, la répression franquiste, la lutte armée, les actions clandestines. Comment être ou redevenir basque, quand langue et drapeaux sont interdits ? Mais de cette matière à récit, si proche de nous et déjà d’une autre époque à la fois, il a su tirer un roman audacieux qui alterne et télescope le témoignage historique, subtilement grevé de biographèmes, et le scrupule romanesque : « La littérature d’abord ; et puis, s’il reste un peu de place, la vérité ensuite ». La vérité ? oh, le vilain gros mot.