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Poésie

Rouge vive, Estelle Fenzy

Ecrit par Pierre Perrin , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Rouge vive, éditions Al Manar, 2016, poèmes avec des dessins de Karine Rougier, 68 pages, 15 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

Estelle Fenzy marie brièveté et fermeté de l’écriture. Pour être bref, son vers n’en est cependant pas moins plein, plein de sens ; et le poème qu’il lève, de sensations. Elle a renoncé, pour ce recueil éminemment construit, à la ponctuation, à la seule exception d’un point d’interrogation, page 43. On verra pourquoi. La quatrième de couverture annonce, en 3 lignes : « Une histoire d’amour. Chacune à leur tour deux voix pour la dire. Et les berges de la rivière où poussent les rosiers sauvages ».

La première partie, délivrée par la voix d’un garçon, pose le décor de terre et de rivière, l’attente, entremêle le rêve éveillé, le souvenir déjà de l’enfant en butte à la solitude.

La seconde partie tisse la douleur féminine, celle d’une femme dont le promis a été fauché à la guerre et dont la mémoire reste « emmurée dans sa bouche ». Sa fille apparaît ensuite et nous donne à découvrir, dans le filigrane de cette nature, un homme plus âgé qui fait penser à Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos, avec « à sa ceinture // un faisan colleté /pendu par les pieds ».

Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Ce qui reste après l’oubli, 143 pages, 17,75 € . Ecrivain(s): Alain Duault Edition: Gallimard

 

Le troisième volet du triptyque d’Alain Duault mériterait bien que son titre soit éponyme de cet ensemble de près de 400 textes car il énonce un paradoxe que développe l’œuvre toute entière et qui s’exprime, en effet, dès le premier recueil, Une hache pour la mer gelée. Déjà, en effet, la répétition des thèmes, les récurrences de mots, les assertions métaphoriques, les questionnements de l’incipit à la chute des quinzains permettent de comparer le travail du poète au ressac de la mer devant laquelle il aime travailler. C’est sans doute devant elle qu’il a évoqué les horreurs de la guerre qui l’ont marqué au point qu’il en est arrivé à écrire : « la guerre, c’est moi ». Mais, dès les premiers textes, il s’était, à l’inverse, rappelé les bons souvenirs comme, dans cette description au présent, où, à propos de la femme aimée, il parle de « la ligne de ses cheveux ou cette manière de monter son cheval bai ». Dans les nombreux passages consacrés à celle qui n’est plus et qu’il fait revivre ici, le poète hésite, sans aucun doute volontairement, entre l’emploi du temps présent et celui des temps du passé en les faisant alterner d’un chapitre à l’autre et même d’un texte à l’autre.

Route de nuit, Christophe Bregaint

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Lundi, 08 Février 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Route de nuit, La Dragonne, octobre 2015, 77 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Christophe Bregaint

 

« Invitation à regarder le lointain/ Depuis le point de vue du temps »

Route de nuit de Christophe Bregaint est une exploration du langage en plein cœur du poème. Une aspiration à vivre le poème face au ressassement incessant de l’actualité et à l’abandon du langage aux paroles vides. Le poème pour Christophe Bregaint est en attente d’une ouverture sur le monde : « Je prendrai/ La route/ Sous la voute de la nuit/ Pour surprendre l’aube// A des kilomètres de là// Peut-être/ Que l’asphalte aura fait éclore// Les roses de mars ». Une ouverture sur le monde et son histoire : « Au premier pas/ On a un peu peur/ De ce désir fou/ De cette force rebelle/ Qui nous pousse// A nous tenir debout sur le kilomètre zéro// Des prémices de la vie/ Alors la marche commence ». Et c’est une marche qui se veut avant tout une « Invitation à regarder le lointain/ Depuis le point de vue du temps ». Comme le dit Christophe Bregaint : « Avec l’ombre/ Dans nos veines ». Le temps est un ami : « A chaque pas/ Eclot une nuit/ Se flétrit un jour/ Rien à concevoir d’autre ». Le temps est aussi un ennemi : « Il n’est plus de piste balisée/ Sur le méridien du Diable ».

O saisons ô, Yann Miralles

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Jeudi, 04 Février 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

O saisons ô, L’Atelier du Grand Tétras, 111 pages, 2014, 16 € . Ecrivain(s): Yann Miralles

 

http://www.latelierdugrandtetras.fr/parutions.php?livre=154

 

« je suis sur le bord calme du monde. je vis. je vois le temps, l’écoulement de l’eau. j’envoie des flèches de mots. à toi ».

O saisons ô de Yann Miralles est à la fois une fuite et un envol au cœur du poème. Du poème toujours à faire, à dire. Du poème au cœur de l’été dans « la profusion du réel ». Du poème lyrique dans le rythme de la prosodie qui ne cesse plus de se dire. Dans « le dénuement le plus total » et « le parfait présent de l’été ». Semblable au Concert champêtre du plus grand peintre italien : Titien. Yann Miralles est de ceux pour qui la rhétorique profonde existe : « l’amour est un poème sans doute : un langage/ comme un sentier tout tracé/ puis soudain : un chemin de traverse// c’est violence et tendresse/ des mots qui s’unissent/ & des corps ». Ce que Yann Miralles suggère, dans O saisons ô par un « oui » pour « l’immobilité continuée/ de la vie ».

Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, James Noël

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 04 Février 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Points Seuil

Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier, novembre 2015, 160 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): James Noël Edition: Points Seuil

 

Le pyromane adolescent porte bien son nom, pour l’effusion de mots dans l’élan d’un printemps qui déborde, chaque poème semble être un premier jet, que le poète laisse derrière lui, sans se retourner, une poésie qui tient autant du chien fou que du félin sautant de toit en toit, agile séducteur.

Aussi c’est surtout l’énergie qu’on en retiendra, une énergie sincère, désordonnée, fougueuse

 

de beaux fruits qui exploseront de rire

dans le jus de la bouche

 

L’urgence de mettre un flux incessant et fiévreux de mots sur le désir comme sur les plaies, car