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Poésie

Une petite lettre à votre mère, Geneviève Huttin

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 25 Juin 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Une petite lettre à votre mère, Le préau des collines, 2014, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Geneviève Huttin

Pour réfléchir à son destin la petite Geneviève devenue grande choisit d’écrire avec simplicité et sobriété, « Un nom/Un verbe/un complément ». Elle procède souvent par associations d’idées et travaille instinctivement, dans la légèreté du rythme, sur les sons – « Vienne », « lettres », « voix » – pour évoquer les sensations d’autrefois « Les grands prés inondés où les vaches appelaient : et vous les entendiez », « les petites communiantes en robes de mariées », traversant ainsi les époques, les pays, les religions et les régions.

Dès le début du livre, une quête s’opère à l’aide de questionnements qui concernent la mère, sa personnalité mais aussi la relation de l’enfant avec elle. Elle qui est la référence a une identité mal établie et mystérieuse. Corse ou auvergnate ou même « La japonaise », il s’agit de la définir. La question est d’autant plus importante que les parents sont bien les fondateurs à partir desquels on peut construire sa vie. Au point qu’une sanction grave passe par la mère : « Geneviève, ta voix n’est pas assez forte » et que se fait un transfert du père, tel un mythe, dans la personne mythique de Max Von Sydow. C’est avec une très belle page sur le cimetière, lieu symbolique de l’inquiétude, qu’est mise en scène « la désespérance » au moyen d’objets chargés de sens comme « le petit angelot de plâtre » et « les brocs alignés ».

Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette

Ecrit par Pierre Perrin , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Petits riens pour jours absolus, février 2016 (poèmes), 120 pages, 14 € . Ecrivain(s): Guy Goffette Edition: Gallimard

 

Sans compter trois titres pour la jeunesse, ni une vingtaine de livres d’artiste, avec ce vingt-cinquième volume chez Gallimard, Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette place son beau fagot de poèmes sous le signe de Verlaine et de Robert Walser. Ce dernier, placé en exergue – les derniers seront les premiers –, invite à « nous contenter de nous aussi longtemps que ça va ». Quant à Verlaine, à qui Goffette a déjà consacré deux volumes [en Folio], c’est la simplicité même du génie. La grande poésie sait d’un rien tisser un miracle. Elle est à son aise ici. Si le poème de Guy Goffette en général tient dans une page, il peut aussi prendre de quatre vers à six feuillets. Il peut tenir dans les doigts d’une main. Il peut aussi, en une longue phrase, accumulant des distiques en versets, raconter toute « une histoire » qui se dépose longtemps dans la mémoire. Le poète enfin ne renonce à rien de ce qu’il aime à raison, ni la ballade, ni même la « chanson de la vie qui passe » et il multiplie ses dilectures, sa façon toute personnelle de rendre la vie à des prédécesseurs, Borges, Max Jacob, Jean Follain, Paul de Roux, Jean-Claude Pirotte, où il excelle.

Et ton absence se fera chair, Siham Bouhlal

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 20 Juin 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Et ton absence se fera chair, Yovana Editions, août 2015, 220 pages, 17,95 € . Ecrivain(s): Siham Bouhlal

J’ai sombré dans ce vestibule étroit, ténébreux. Silhouette fine, élancée, au dos droit, lourd, je ne laissais plus que la mélodie aigüe de mes talons, résonance nette et uniforme. J’étais aux prises avec ce couloir d’une longueur infinie, obstinée.

Avec ce premier titre les éditions Yovana − qui se lance dans un ambitieux projet éditorial mené loin, bien loin de la capitale, depuis Bagnols-sur-Cèze, en pays gardois – nous offre un récit étonnant, à la fois témoignage, déclaration d’amour autant que politique et long poème.

Siham Bouhlal, qui a déjà publié quelques essais et recueils de poésie, fut la dernière compagne du militant des droits de l’homme marocain Driss Benzekri, disparu en 2007 des suites d’un cancer. Elle sublime dans ce récit la disparition de l’aimé, célébrant leur amour fou, un amour corps et âme qui refuse toute concession au quotidien ou à l’histoire, les transportant l’un et l’autre bien au-delà d’eux-mêmes. Spécialiste de la poésie arabe médiévale, Siham Bouhlal sait trouver et dire, chanter, le lyrisme de cet attachement qui sait combattre toutes les forces de morts qui œuvrent souterrainement, qu’ils s’agisse de maladie ou de politique. Un lyrisme qui sait mettre des mots et des images sur toutes les réalités de la vie (et donc de la mort), sans fausse pudeur. Ou plutôt en dépassant toute idée même de pudeur, vraie ou fausse.

76 Clochards célestes ou presque, Thomas Vinau

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 13 Juin 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Le Castor Astral

76 Clochards célestes ou presque, mai 2016, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Le Castor Astral

 

« Charles Bukowski : Le vieux Buk est né en 1920 et il était déjà vieux. Le vieux Buk est mort en 1994 flétri comme un bébé juteux. Le vieux Buk est le fils unique de l’Amérique »

« Albert Cossery : Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse »

« Michel Simon : Accusé d’être juif pendant l’Occupation, d’être collabo à la Libération, d’être agent soviétique ensuite. Une tête à se prendre des gnons. Il est le poupon tordu qui fait tapiner la tendresse »

L’art de l’esquisse et du portrait éclate à chaque ligne des 76 Clochards célestes ou presque. Chaque mot y est pesé. Chaque miniature brossée avec finesse et justesse, les mots dévoilent, les phrases soulignent, éclairent ces croquis savants et savoureux. C’est l’art bref du regard porté sur Antoine d’Agata, Nicolas Bouvier – Il se sert de ses chaussures pour écrire. La rosée est son encre –, et Blaise Cendrars, Billie Holiday, et Georges Perros – Notes et poèmes, petites choses de rien, aiguisés et pointus, ses mots sont tout ce qui résiste au toc et à l’insignifiance (c’est aussi ce qui pourrait être écrit à propos de Thomas Vinau), ou encore Elliot Smith et Lester Young.

Bible et poésie, Michael Edwards

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 09 Juin 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Bible et poésie, janvier 2016, 167 pages, 19 € . Ecrivain(s): Michael Edwards Edition: Editions de Fallois

 

Michael Edwards s’est intéressé au christianisme à l’âge de 19 ans. C’est alors qu’il a abordé la lecture de la Bible. Il est devenu chrétien par la suite, durant ses études universitaires à Cambridge. Il raconte avoir vécu sa conversion comme une seconde naissance.

Cet homme de lettres, ce poète, semble alors avoir entamé, en parcourant la Bible, en même temps qu’il traçait son chemin vers la foi, une véritable odyssée poétique.

Dans les premières pages de l’ouvrage, il expose sa définition, intéressante, du langage poétique « en général ».

La poésie attire l’attention sur le langage et sur le mystère des mots, sur leur capacité à créer, presque d’eux-mêmes, des réseaux de sens, des émotions insoupçonnées, des rythmes et une musique pour l’oreille et pour la bouche qui se répandent dans tout le corps et tout l’être. […] Elle brûle les apparences, elle découvre l’invisible, elle ouvre, comme une petite fenêtre ou une grande baie, sur l’inconnu, sur autre chose