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Poésie

Le Cercle de l’aurore, Sylvie Méheut

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 17 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le Cercle de l’aurore, Monde en poésie éditions, 2017, 219 pages, 13 € . Ecrivain(s): Sylvie Méheut

 

S’immerger dans la poésie revient ici à confirmer le décloisonnement entre texte poétique et « sciences dures », entre émotion devant le monde et une rationalité capable d’expliquer ce monde. Le poète a ainsi toujours raison, lui qui se surprend à surprendre la réalité dans ce qu’elle a pourtant de plus évident, de plus rationnel. Sylvie Méheut est de ces poètes qui s’émeuvent de tant de beautés naturelles et qui écrit cette émotion avec une précision paradoxale quand elle oscille entre étonnement devant tant de beauté que recèle notre monde et une volonté de s’y intégrer. Elle explore notre incapacité à intégrer ce monde et le sentiment que cette immersion seule peut nous fournir la clé.

Et c’est en tant que spectatrice qu’elle s’émerveille de toute la vie qui foisonne, chacun n’a qu’à prendre ce qui nous tend les bras, la jouissance d’être au monde est offerte à tous.

Et je n’attendais rien

Quand tout me fut offert

Bathyscaphe de plumes, Philippe Guillard

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 10 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Bathyscaphe de plumes, Ed. Wallada, coll. La merlette moqueuse, avril 2017, 99 pages, 10 € . Ecrivain(s): Philippe Guillard

 

Des coïncidences magnétiques allument parfois leur brasier d’oiseaux dans le feu de l’inspiration. Un seul signe suffit. Ainsi, en tournant autour de ce Bathyscaphe de plumes signé Philippe Guillard, avant d’entamer ma part du voyage, je pensai d’emblée à L’Aigle noir de Barbara. Rien à voir, si ce n’est la réapparition d’un Oiseau noyé dans l’océan noir d’une réalité plombée, et s’en expulsant à force d’envols à la rescousse, notamment par l’envergure des mots. Rien à voir, si ce n’est dans les remerciements du poète adressés sur le seuil du livre, l’évocation de Barbara, justement.

Le voyage commence par la marche d’un homme. Le temps nous propulse plus loin que nos erreurs du passé, faisant de nous sur les bifurcations de notre cheminement, des enjambeurs de l’infini. Quand la courbe du temps s’inverse par le voyage initiatique et magnétique des mots, le poète approchant de « l’instant du mourir » peut espérer ici, maintenant, se retourner et naître.

L’Emporte-voix, Bruno Doucey

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’Emporte-voix, La Passe du Vent, février 2018, 78 pages, 10 € . Ecrivain(s): Bruno Doucey

 

Depuis toujours Bruno Doucey fait entendre la poésie qui, selon lui, n’existe que si elle est lue car la littérature doit être vivante et n’est pas affaire de solitude. Il est le parrain de l’événement « Mots dits Mots lus » qui organise la journée sidérale de la lecture à haute voix dont la 3° édition a lieu le 30 juin 2018. Ainsi le recueil est-il sorti dans le cadre du Printemps des poètes chez un éditeur à vocation sociale.

L’incipit révèle la double préoccupation de Bruno et, à la fois, son objectif « Ecrire lire ». Ainsi le champ lexical du dire commence-t-il d’emblée à être filé avec, au centre du poème, « une parole vive » et, en sa chute, l’affirmation d’une essentielle amitié :

 

Un fil d’or relie nos vies

comme les étoiles d’une constellation

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), Catherine Gil Alcala

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), éd. La Maison Brûlée, 2016, 136 pages, 15 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

Théâtre et poésie, théâtre poétique et poésie théâtrale, il faut ici lâcher la rive du connu. Certains renonceront de suite, d’autres oseront plonger au cœur du maelström. Ce n’est pas de lire, qu’il s’agit ici, mais d’expérimenter un état de conscience éclatée, une transe, un démembrement de la raison, qui nous culbutent. Manipulant dans son grand chaudron – visions, rêves, mythes et symboles, qu’elle touille comme prise de démence, Catherine Gil Alcala convoque la magie des mots pour pulvériser le réel et nous faire voir à travers le miroir ce qui est de l’ordre – ou plutôt du désordre – du grand chaos universel. Pythie au verbe noir et flamboyant, elle pousse les mots à leur paroxysme pour nous faire basculer de l’autre côté, du côté du grand rire salvateur, où rien n’est sérieux, tout est primordial.

Et chaque scène se nomme d’ailleurs non pas scène, mais miroir.

L’onde radiophonique qui traverse l’univers, Grand négateur limonade, Le Mort, Les fils de l’orage, Maman tintamarre, Samsara bondissant, Le jongleur dans l’horloge, Les mantras du vent, sont quelques-uns des personnages de ce théâtre fou. Fous comme peuvent l’être les Clowns sacrés.

Ainsi parlait (Also sprach) Rainer Maria Rilke

Ecrit par Marc Wetzel , le Lundi, 07 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Arfuyen

Ainsi parlait (Also sprach) Rainer Maria Rilke, Dits et maximes de vie choisis et traduits de l’allemand par Gérard Pfister, édition bilingue, mars 2018, 174 pages, 14 € . Ecrivain(s): Rainer Maria Rilke Edition: Arfuyen

 

Derrière le dandy courtois, l’élégant, distant et tolérant névrosé qui pond de virtuoses lettres de condoléances (que la mort rêverait d’apprendre à lire), on devine chez Rilke, disait Jaccottet, « une nécessité aussi dure que celle qui fait errer une bête près de mettre bas en quête d’un gîte propice »(comme l’avoue Rilke au fragment 43).

Ce petit livre de très brefs morceaux (chronologiquement) choisis et traduits par G. Pfister l’illustre remarquablement : la précise et périlleuse mission de l’homme est, pour Rilke, d’élargir l’Invisible ici-bas.

Élargir le visible, la technique et le jeu le font déjà, sans profit essentiel. Mais l’invisible (dont la pensée humaine n’est qu’un élément, un départ local) est bien à déployer et élargir, estime Rilke, ici-bas : transférer l’invisible dans un au-delà, par principe plus invisible que nous, qui n’en aurait cure, est vain. Trois passages ici le disent :