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Poésie

Derrière le dos de Dieu, Lorand Gaspar

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 17 Septembre 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Derrière le dos de Dieu, 111 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Lorand Gaspar Edition: Gallimard

 

Par le seul titre de son nouveau recueil de poèmes, qui s’inscrit dans l’œuvre complète de telle sorte qu’il semble inséparable du précédent recueil intitulé Patmos, et publié chez Gallimard en 2001, Lorand Gaspar parle tout à la fois de son goût pour Dieu et de son goût pour les voyages, l’un et l’autre se révélant inséparables.

En effet, « Derrière le dos de Dieu » est le « nom donné à cette région de la Transylvanie orientale où se situent les rudes villages des hauts plateaux des Carpates ». Les grands-parents de l’auteur viennent de cette belle région rocailleuse et inhumaine. D’où, peut-être, en partie, le goût de toujours de l’auteur pour l’austérité des déserts (la montagne et le désert étant plus proches qu’on pourrait le penser, l’un et l’autre forçant l’homme à ne s’intéresser qu’à son environnement, à cette chair de la terre qui prend soudain toute la place, physique et psychique).

Chaque pas est une séquence, Éric Dubois

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 17 Septembre 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Chaque pas est une séquence, éditions Unicité, février 2016, 50 pages, 11 € . Ecrivain(s): Eric Dubois

 

Comme l’indique le titre, le lecteur commence sa marche, véritable topos en poésie, dès l’incipit qui présente « l’arpenteur du silence ». Par la suite, le mouvement encore sert de cadre.

Chaque mot ici est pesé quand la concision est de mise entre les blancs obligés de la mémoire et de la page.

Au critique de chercher sous les mots la voix comme le poète le fait pour sa voie.

Restent, dans ce qui est donné, la beauté des images : « le sourire (mot à la fois récurrent et rassurant) des arbres » ou « le sexe du ciel » tout autant que l’affirmation d’une réalité prégnante : « l’insecte dans la bouche » alternant avec des formules à teneur philosophique qui font choc : « le bord des choses est au cœur de l’instant ».

Dans cet ensemble, parataxe et juxtaposition sont au service d’assertions et d’interrogations qui nient l’aphasie complète, acceptant l’audace anxieuse des mots, tout en parlant encore de « morcellement » sans récit et de « chanson immobile ».

Le silence des pierres, Matthieu Baumier

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 12 Septembre 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le silence des pierres, éd. Le Nouvel Athanor, 2013, 92 pages, 15 € . Ecrivain(s): Matthieu Baumier

 

La démarche poétique de Matthieu Baumier est absolue. Absolue mais pas radicale. Absolue mais encore moins dirimante. Une poésie éliminatoire se pré-condamnerait. La poésie de Baumier est entière, authentique et explicite. Son point de départ est le langage. L’alphabet est interpellé, les mots sont saisis à bras le corps. Parce que « la poésie est l’ultime recours » selon la formule de Roberto Juarroz, il est donc possible de poser la question subséquente : d’accord, mais que se passe-t-il, justement, après l’ultime recours au poème ?

Les logiques rationnelles ici ne fonctionnent pas : elles ne sont pas dans leur élément. Une autre logique est précisément à l’œuvre dans cette tentative – dans cet effort – à littéralement apostropher et demander des comptes (non comptables) au Poème. En effet, après tout ultime recours, il n’y a rationnellement Rien. Or ce rien, ce moment où la cathédrale de la Ratio s’effondre, ce rien ainsi dévoilé va surgir en origine, bouche béante : la poésie n’est pas simple création, la poésie est création pure, et pour Baumier la poésie est création absolue.

A Oui, Boris Wolowiec

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 06 Septembre 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

A Oui, Editions du Vide Immédiat, 2016, 432 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boris Wolowiec

 

L’œuvre de Boris Wolowiec s’inscrit, quant à la structure, plus du côté de Levinas que de l’aphorisme. S’il reprend la formulation de ce dernier, c’est pour immédiatement le mettre an abîme afin de casser ce que ce type d’écriture a de trop fringant et de faussement définitif.

L’auteur ne pense et n’écrit jamais par idées distinctes et simples ou dichotomiques, mais par un feuilletage progressif fondé sur l’exactitude et l’épaisseur du sentiment. Il faut son tribunal de nécessaire déraison sans quoi tout jugement rationnel ne serait qu’une vue de l’esprit, une quintessence statique. A l’inverse, tout chez Wolowiec est en mouvement.

Les textes eux-mêmes ne cessent de muter et restent en état provisoire même lorsqu’ils paraissent définitifs. Proche d’un Michaux (l’ironie en moins), il démaquille les apparats. Si bien que l’aphorisme devient l’apostille qui évite les réductions simplistes au profit d’une diaphonie.

Dans ce livre, division du discours n’est qu’apparente : s’y instaure tout un jeu de « répons » visant à embrasser l’humain un peu à la manière dont Ponge embrasse les choses entre altération et confrontation.

Vitraux de songes, Francis Etienne Sicard Lundquist

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 30 Août 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Ipagination

Vitraux de songes, 2015, 132 pages, 13,60 € . Ecrivain(s): Francis Etienne Sicard Lundquist Edition: Ipagination

 

Cent vingt-et-un poèmes.

Cent vingt-et-un sonnets.

Cent vingt-et-un morceaux d’architecture.

 

Francis Sicard fait dans la dentelle (c’est un de ses termes récurrents).

Francis Sicard remet le sonnet à l’honneur.

Francis Sicard cisèle ses sonnets comme un orfèvre.

 

Les cent vingt-et-un sonnets de ce recueil ont tous exactement la même forme, exactement la même composition, exactement le même rythme.