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Poésie

Je de l’Ego « Narration entaillée », Vincent Motard-Avargues

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 03 Septembre 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions du Cygne

Je de l’Ego « Narration entaillée », mars 2015, 91 pages, 12 € . Ecrivain(s): Vincent Motard-Avargues Edition: Editions du Cygne

 

Je de l’Ego titre l’une des parties de cet opus signé Vincent Motard-Avargues, où se déclinent les multiples identités éclatées de Noé Vida l’anti-héros, rassemblant les vies de ses Je sans moi.

Bilan d’une vie, ou d’une non-vie ? Compte-rendu poétique fictionnel d’une résonance sensible en nos temps qui courent, où tous nos repères tombent, armatures socio-professionnelles, familiales, psychologiques etc.

À l’instar du célèbre jeu de construction au succès toujours d’actualité, l’identité d’un « Je de l’Ego » assemble ici les éléments – brique à brique – de ses différents moi, pour les reconstruire si possible dans un parcours chaotique en lignes brisées et dans une ascèse poétique qui ne manque ni de lucidité ni de causticité en fin de compte. Dresser par la vertu d’une veine poétique ajustée un constat désabusé de l’existence peut (r-)éveiller la conscience.

Trans(e)fusée, Cathy Garcia

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Jeudi, 27 Août 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gros Textes

Trans(e)fusée, 30 essais de décollage du réel, 40 pages, 9 € . Ecrivain(s): Cathy Garcia Edition: Gros Textes

 

S’embarquer avec Cathy Garcia dans sa Trans(e)efusée, c’est faire un voyage d’humour et de non-sens, ponctué de belles images en pleine page (collages et gouaches de l’auteur qui les appelle des gribouglyphes) mêlant lettres et figures dans un joyeux désordre coloré qui donne le ton de ce recueil ludique et surréaliste, regroupant une trentaine de textes écrits entre 1993 et 2013.

Surréaliste ? Dada même, tant l’auteur se joue des codes de la bien-disante bienséance, dans ces poèmes et images en liberté, qui ne sont pas tant dénués de sens qu’ils ne secouent les clichés et tics du langage, pour en faire sourdre un sens autre, ordinairement inaccessible sous les couches policées du discours ou du jargon fleuri d’une certaine littérature – Langue embrouillée de poètes. Ici Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.

Purgatoire du quotidien, Cathy Garcia

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 24 Août 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Purgatoire du quotidien, éditions A tire d’ailes, 2014, 22 pages, 5 € . Ecrivain(s): Cathy Garcia

Un « Purgatoire du quotidien » en rien soporifique, où la marque de fabrique de cet humour caustique pratiqué par l’éditrice-poète autodidacte des Nouveaux Délits, Cathy Garcia, se reconnaît dès l’ouverture de ce court et dense opus rafraîchissant, jubilatoire, couleur soleil noir. Un florilège de notes journalières sur la vie, le temps, le monde, les autres, etc. Roboratif, hors des sentiers battus, parfois subversif, toujours salutaire !

Cathy Garcia en annonce la couleur : « Si nous vivions au paradis, je répondrais moi aussi à l’appel, mais nous vivons au mieux au purgatoire ».

Nous savons où nous situer, à la frontière entre le désarroi et la dérision, dans une COURSE QUOTIDIENNE où

Sur la ligne de départ

Comme pour une course,

L’athlète au foyer compte mentalement

Les sauts d’obstacle.

Exils de mon exil, Sanda Voïca (3ème article)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 18 Août 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Passage d'encres

Exils de mon exil, 2015, 26 pages, 5 € . Ecrivain(s): Sanda Voïca Edition: Passage d'encres

 

La voix de Sanda Voïca est de celles de l’exil. Où palpite, dans la consistance et la persistance du secret et de l’évidence, le désir. Le désir géolocalisé d’un cœur qui bat. Une lame de lumière soulevée par cette simultanéité du désir et du plaisir, à l’œuvre et toujours à retrouver, dans l’écriture. Désir d’écrire « essentiel », « vrai ». Voix de l’exil. Exil de l’exil, marge de l’œuvre foncièrement inachevée, tenue dans une « attente sans attente », sans cesse attendue, recommencée.

Désir d’écrire « jamais assouvi, toujours assouvi, ce désir ne fait que me mettre hors de moi au moment même où je suis le plus près de moi, plus que jamais en dehors de moi. Dedans et dehors simultanément, et avec une intensité qui me fait muer et me mouvoir ».

Ainsi parle l’auteur dans les premières pages de cet opus dense et sobre, explicitant le titre du livre Exils de mon exil – vision à la William Blake, souligne Sanda Voïca, traduisant cette mission de l’Écrire analogue au désir, au plaisir érotique.

Soleil patient, Gabrielle Althen

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 17 Août 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arfuyen

Soleil patient, juin 2015, 142 pages, 14 € . Ecrivain(s): Gabrielle Althen Edition: Arfuyen

 

La quête d’un pays

J’aborde la rédaction de ces lignes avec émotion, car Gabrielle Althen est une proche et je connais ainsi sa sensibilité et sa manière, pour finir, particulière, de vivre en écrivant. C’est d’ailleurs le cœur de ce nouveau livre, vivre en écriture, séjourner dans l’univers en écrivain. Je n’insisterai pas sur les propos de Heidegger analysant la poésie d’Hölderlin, pour ne garder que la réalité de cette locution : « habiter le monde en poète », c’est vivre le monde pour le ramener à la poésie, et inversement, poétiser le monde extérieur par la faculté un peu magique du poème.

La poésie de Gabrielle est une quête. Quête du vide ? Effacement ? Théologie négative ? Telles sont les questions qui m’ont tout de suite saisi à la lecture du premier recueil du livre : Trouver manque. Et même si l’on sait – et surtout le sachant – que cette locution vient de la mère de notre poétesse, l’intrigue demeure, et ce rapprochement entre l’action de trouver, qui est transitive, et celle du manque, entre la possession et l’absence donc si l’on peut résumer hâtivement, interroge sur le monde et sur ce qui l’évide, donc interroge le langage et sa possession, sa maîtrise aléatoire du réel.