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Poésie

Dire ton nom, Max Alhau (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 14 Janvier 2022. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Dire ton nom, Max Alhau, Les Lieux Dits, 2021, Coll. Les Cahiers du Loup bleu, Ill. Germain Roesz, 40 pages

Ce qui intrigue bien sûr, dans ces poèmes, c’est le « nom » qui ne sera jamais prononcé, gage à la fois de mémoire, de respect et d’étrangeté.

Le poète décline ainsi sur une petite quarantaine de pages le « visage », la lumière de cette figure secrète, riche et féconde de tous les signes.

Elle est ce « tu » auquel nombre de poèmes s’adressent :

 

Tu ne te dérobes pas au blizzard,

à ce qui brise la marche.

(…)

Tu es l’habitante d’un pays

dont les légendes fortifient la réalité.

Cailloux, Michel Stavaux (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 13 Janvier 2022. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Cailloux, Michel Stavaux, éditions D’Hez, avril 2021, 59 pages

 

 

Étrangeté

Il y a parfois des livres qui produisent une impression de distance, parce que, par exemple, il manque des images ou de la chair, distance que l’on ne prémédite pas, distance parfois nécessaire pour entrer dans un univers. Il est rare de traverser un recueil semblable à l’idée que l’on se fait d’une grande poésie, ou de se sentir proche d’un mot de cette quête de langage, quête du langage. Ici, le plus frappant, c’est la manière d’aller vers l’abstrait, de ne pas ressentir la contingence de l’existence de l’auteur, qui permet au lecteur de vagabonder dans cette zone au-dedans, dans l’esprit, où la pure parole, la pensée comme soupesée à l’aune de l’éclat, laissant un goût de beauté sans que l’on en connaisse la substance.

Bouger les lignes, Florence Saint-Roch (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 06 Janvier 2022. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Bouger les lignes, Florence Saint-Roch, L’Ail des ours, octobre 2021, 48 pages, Ill. Roselyne Sibille, 6 €

Ce livre tout consacré aux migrants d’une époque terrible nous demande, à nous lecteurs, de « bouger les lignes » de notre conscience.

À l’heure où tant de gens cherchent, par tous les moyens, de concevoir pour eux et leurs enfants une meilleure vie, à coups de voyages et d’errances, le poème peut, sans doute, apporter une sorte de salut, un brin de réflexion, une espèce de sauvegarde :

 

Notre solitude en croise d’autres

Le soir venu en lieux d’herbes et de taillis

On se réchauffe au même feu

Thé de fortune gruau épais

Nos pieds rendus à leur nudité (…) (p.33)

La Craquelure, Domi Bergougnoux (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 16 Décembre 2021. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Al Manar

La Craquelure, Domi Bergougnoux, octobre 2021, 88 pages, Ill. Jean-Denis Bonan, 15 € Edition: Al Manar

 

Composé de deux parties (Fêlures – Apprendre à voler), le livre de deuil de Domi Bergougnoux instille une souffrance perceptible dans les constats hissés à bout de poèmes, dans la sensible perception d’un monde raviné. Une mère décrit et pleure son fils, un homme jeune ravagé par l’alcool et la détresse de lui-même. Que peuvent les mots, les vers, les poèmes, pour soulager du pire ?

La première et longue partie de poèmes, dont les titres sont éloquents (Homme blessé – Loup blessé – Homme froissé, etc.), nous mène « cul-sec » dans la nuit de cet homme au « regard terrifié », « plein de silence », « dans l’étreinte douce du vide ». Ces textes, jamais larmoyants, gardent la gravité inscrite dans le regard d’une mère, attentive à détailler le « fracas des étoiles », « l’enfant plein de colère », celui d’« une enfance brisée ». La poète a les mots pour nous alerter de toute cette souffrance, et de l’aridité de « ces pierres ».

« Rejeté hors de lui », l’homme fait l’expérience d’une sous-vie, dans les débris, déchets, éclats d’un quotidien sordide.

Œuvres complètes, Louise Labé, Bibliothèque de La Pléiade (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 14 Décembre 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, La Pléiade Gallimard, Cette semaine

Œuvres complètes, Louise Labé, octobre 2021, 736 pages, 49 € jusqu’au 31 mars 2022, 55 € ensuite Edition: La Pléiade Gallimard

 

Louise Labé Lyonnaise, dite la Belle Cordière, entre en Pléiade. Mais qui entre en fait ? Le dynamisme littéraire de la bonne ville de Lyon vers le milieu du XVIème siècle, le goût du mystère et du jeu littéraires, l’esprit coquin des poètes lyonnais (Maurice Scève et sa troupe) laisse supposer que Louise est un mythe littéraire, une pochade géniale d’un groupe d’amis poètes qui se seraient servi d’une courtisane de l’époque – réputée pour ses prouesses amoureuses – pour inventer une poétesse. Mireille Huchon, qui dirige cette édition, avait largement contribué à semer le doute dans son étude sur Louise Labé (Louise Labé, une créature de papier).

Et pourtant. Rien au monde ne vient à l’appui définitif de cette thèse. L’ouvrage de La Pléiade présente 24 sonnets de la plume de Louise Labé et 24 poèmes dédiés à Louise Labé par ses amis lyonnais (dont Maurice Scève, Pontus de Tyard, Guillaume des Autels, Pernette du Guillet…). Faux hommage ou vraie admiration pour une femme stupéfiante, putain et poète ? Clore ce débat sans fin s’impose. Mireille Huchon nous y invite dans son introduction : qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.