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Poésie

Le tour du monde en poésie (Anthologie), Marianne et Stéphane Chomienne

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 27 Mai 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Le tour du monde en poésie (Anthologie), Marianne et Stéphane Chomienne, novembre 2015, 192 pages, 4,60 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Alléché par le titre de cette petite anthologie, on l’ouvre en s’attendant à voyager à dos de vers multiformes en provenance de pays plus ou moins lointains et ainsi connaître l’ultime dépaysement littéraire. Las ! Que ce titre est trompeur : en fait de Tour du monde en poésie, on a affaire à une anthologie de poèmes francophones (la petite poignée de poèmes provenant d’Extrême-Orient ou d’ailleurs ne compte pas, ou si peu) qui évoquent le voyage ou des lieux divers, fantasmés ou non.

Du coup, on se dit que cette anthologie aurait pu aussi bien s’intituler Voyage en Poésie ou Poésie des lieux, ç’aurait été moins trompeur. Mais bon, puisqu’elle s’intitule Le tour du monde en poésie, prenons-la pour ce qu’elle est, avec son contenu. A ceci que, re-las ! le contenu est un grand fourre-tout dont aucune cohérence ne ressort. Ainsi, la première partie, intitulée Départs, s’ouvre sur L’Invitation au Voyage de Baudelaire, puis on passe à la Ballade de Claudel, puis deux haïkai, puis Les Conquérants de José Maria de Heredia, puis… La Tortue et les Deux Canards de Jean de la Fontaine ;

Ode au recommencement, Jacques Ancet

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 25 Mai 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Ode au recommencement, Lettres Vives, 2013, 96 pages . Ecrivain(s): Jacques Ancet

 

Après Les Travaux de l’infime, et Comme si de rien, Jacques Ancet poursuit sa quête au milieu de la nuit des interrogations. Le titre même du recueil annonce une profession de foi, celle d’un homme qui fait de la musique et des mots la définition de sa vie. Dès les premières lignes du recueil, le narrateur intègre l’aventure de son incessant retour dans un discours poétique où signifiants et signifiés sont exprimés dans la simplicité des mots les plus justes. Celle-ci est alliée à la beauté quand il suffit de lire au cœur du recueil : « je ne voyais… rien d’autre que le soir qui tombait sur les grands platanes couverts de cris et d’oiseaux noirs » (p.46).

Sa présence au monde permet au poète de surmonter la conscience angoissante du « cercle sans fin » et du « présent perpétuel » même si, d’emblée, c’est une réalité sordide dont il lui faut parler, une réalité d’« os », d’« excréments » et d’« ordures » à laquelle va s’ajouter tout un non-dit, « tout ce que je ne dirai pas et qui m’accable » (p.11). Il ne s’agit pas seulement de ruminations anxieuses et de variations inquiétantes sur les thèmes du recommencement et de la ressemblance, mais d’une profonde empathie avec l’Histoire humaine qui lui fait évoquer l’effondrement des bourses ou la torture ainsi que le destin de chacun comme celui du vieil homme qui se suicide en pressant la gâchette.

La Dernière Œuvre de Phidias, Marilyne Bertoncini

Ecrit par Pierre Perrin , le Lundi, 23 Mai 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Encres vives

La Dernière Œuvre de Phidias, 2016, 16 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Marilyne Bertoncini Edition: Encres vives

Après l’édition numérique de Labyrinthe des nuits chez Recours au poème, l’an dernier, que j’avais commenté dans le n°5 de Possibles, Marilyne Bertoncini publie La Dernière Œuvre de Phidias, une sorte d’épopée concise, en une douzaine de pages.

Dans un avertissement, elle précise que « le mystère de cette vie, toute tournée vers une quête d’absolu et de réalisme, de cette vieillesse – solitaire – de proscrit, m’a longtemps fait rêver à cette fin de Phidias et à celle de sa dernière œuvre, dont il me plaît de penser qu’elle est à portée de main ».

Le départ de ce poème ample malgré sa concision convoque… « la caresse / de ton nom ». Dès la seconde page, « la voix d’un enfant s’élève dans le soir / et les deux syllabes de ton nom s’élancent ». Pour quelle raison ce double est-il convoqué ? Opérer un dédoublement partiel, sans doute tandis que la poète reste seule à la manœuvre, à « l’improbable conjonction de / l’éphémère à l’éternel » et que la traversent des catastrophes anciennes, telles ces « Momies de Pompéi / muettes abandonnées à la cime du cri ». L’espace même est incertain, Ostende, Brighton, écrit-elle par deux fois. Rien ne tient : « les lieux sont fuyants plus que le sable même », à la façon des êtres : « Phidias dont le pas jamais ne se pose […] et la voix de l’enfant / à jamais suspendue / entre les deux syllabes de son nom ».

Poèmes d’après suivi de La route de sel, Cécile A. Holdban

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 19 Mai 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arfuyen

Poèmes d’après suivi de La route de sel, avril 2016, 160 pages, 14 € . Ecrivain(s): Cécile A Holdban Edition: Arfuyen

 

Creuser la matière amour, chercher dans la nuit du monde l’essence sauvage de nos vies, atteindre à ces eaux frémissantes, l’espoir chevillé au cœur plein de « peut-être », quand le mystère du temps absorbe toutes les déchirures :

« Combien de passages

encore sur cette terre

combien de mues

combien de peaux

entassées dans l’amas

des feuilles mortes ? »

Ce qui est épars, Jacques Viallebesset

Ecrit par Pierre Perrin , le Mercredi, 18 Mai 2016. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Ce qui est épars, Le Nouvel Athanor, février 2016, 66 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jacques Viallebesset

Quatrième recueil de Jacques Viallebesset, Ce qui est épars retient l’attention par bien des côtés. Déjà, comme son titre l’indique entre les lignes, il rassemble « l’unité de soi […] sur cette table de désorientation qu’est le monde », ainsi que l’auteur le consigne dans son Avant-dire. Ensuite le vers est maîtrisé, soutenu par un rythme et un sens qu’il est agréable de découvrir page après page. Enfin, l’univers du poète s’avère fraternel dans l’absolu, sans peser. Il énonce ainsi des vérités qui font mouche : « Vivre est une longue et lente initiation / Où va celui qui oublie le chemin ». Ou bien : Nous « vivons endormis dans un rêve éveillé / Les portes du songe donnent accès à la vie ».

Jacques Viallebesset, dont la modestie précise que son « ombre ne fait d’ombre à personne », déplore la perte de la spiritualité qui affecte l’Occident et qui rend, selon lui, des « humains / sans soif, sans faim, sans cœur, sans chair, sans désir ». Mais cette perte lui ouvre presque plus fort les yeux sur ces femmes embastillées dans du tissu, des pieds au crâne, à qui il tend, comme à travers des barreaux, un très beau poème intitulé l’ultime violence : « Femmes aux larmes de peur séchées / Le mal bestial assassine l’humanité / J’entends, j’entends vos pleurs muets […] L’intimité clouée au mur du malheur / À travers elles l’égalité de tous se meurt […] Femmes aux tristes yeux plombés / Poudre d’étoiles sous la terre couchées / J’ai honte de notre commune humanité ».