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Poésie

Chut (le monstre dort), Estelle Fenzy

Ecrit par Sanda Voïca , le Mardi, 26 Mai 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Chut (le monstre dort), éd. La Part commune, avril 2015, 64 pages, 10 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

« Les choses sont une façade, une croûte. Dieu seul est. Mais dans les livres, il y a quelque chose de divin. Le monde est mystère, les choses évidentes sont mystère, les pierres et les végétaux. Mais dans les livres peut-être y a-t-il une explication, une clef ».

Henri Michaux, Portrait de A.

Et l’exorcisme fut ! Car c’est un exorcisme à rebours – ou continu, ou gratuit (comme tout art), ou inédit, que ce premier recueil d’Estelle Fenzy. Exorciser ? Mais quoi, quel mal ? Le très mal, la mort. Et la poète ne se ferme pas, devant elle, pour se défendre, mais au contraire : en s’ouvrant le plus possible, elle réussit comme un tour de passe-passe : le mal ne peut plus… entrer, s’installer. Son existence devient presque illusion. Endormie, hypnotisée la mort, par la force des forces, celle des mots ? La force et le courage de la regarder en face, de l’accepter. La mort est là sans être là ! L’ouverture – de la Parole ! – est si grande, qu’il n’y a plus d’entrée. La force de la mort est annihilée. La bête est vaincue par sa simple acceptation et s’effiloche au fur et à mesure de l’écriture, sans que cela coïncide avec l’indifférence, ou l’impuissance. On tue ce qui nous tue. Légitime défense ?

La maison sur les nuages, Raymond Farina

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Recours au poème Editeur

La maison sur les nuages, avril 2015, ebook 165 pages, 7 € . Ecrivain(s): Raymond Farina Edition: Recours au poème Editeur

 

Raymond Farina dont les poèmes sont présents dans de nombreuses revues est aussi l’auteur de dix-neuf recueils poétiques publiés entre 1979 et 2006. Depuis, ce poète et traducteur semble surtout se consacrer à la traduction de poètes contemporains de diverses langues. Et c’est avec intérêt qu’on accueille cette anthologie dans laquelle il a réuni de nombreux poèmes puisés dans la quasi-totalité de son œuvre auxquels s’ajoute un poème inédit. Car le choix des textes composant La maison sur les nuages rend moins compte de la diversité d’une œuvre qu’il n’en privilégie certains thèmes, soulignant à la fois sa constance et son évolution et lui donnant un éclairage particulier : une tonalité lumineuse et apaisée semblant réconcilier les contraires, « effaçant / la frontière/ entre mourir et vivre ».

Raymond Farina fut confié à une nourrice maltaise qui l’éleva tendrement jusqu’à huit ans dans une maison sur les hauteurs d’Alger où il vécut proche des bêtes, faisant défiler la « fable des nuages », mêlant dans ses songes la réalité à la Légende. Puis il grandit dans un petit village de pêcheurs de la côte atlantique marocaine, courant librement la campagne et apprenant les oiseaux des petits bergers de son âge.

Le grand cycle de la vie ou l’odyssée humaine, Alain Marc et Laurent Maza

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 19 Mai 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le grand cycle de la vie ou l’odyssée humaine, CD-audio & Livre-audio (Artis Facta) 8,50 € (téléchargement) . Ecrivain(s): Alain Marc et Laurent Maza

 

Des 14 poésies sonores entendues, écoutées, réécoutées via le remarquable CD-audio Le Grand cycle de la vie ou l’odyssée humaine, d’Alain MARC et Laurent MAZA (une co-production Première Impression, Artis Facta), j’ai retenu des bribes des extraits/ardemment remarquées (Oreilles Vives…).

NB : ces notes « tapuscrites » découlent directement d’une écoute personnelle, la mienne. C’est dire qu’elles ne présupposent pas de l’exactitude de la mise en page/de la mise en forme. Ces notes tapuscrites sont donc des notes auparavant retranscrites d’après écoute du CD-audio correspondant.

« La démarche de différencier le texte entendu du texte écrit est une bonne démarche » m’écrivit un jour Alain Marc. Mon souci restait de ne pas déformer pour autant le texte écrit initial, de ne pas dénaturer la démarche de l’auteur. Différencier le texte entendu du texte écrit peut avoir un avantage, peut-être : celui d’établir une marge de manœuvre spirituelle.

Mon prochain est un arbre, Francine Charron

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Samedi, 16 Mai 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Mon prochain est un arbre, Ed. L’Arachnoïde, avril 2014, 64 pages, 13 € . Ecrivain(s): Francine Charron

 

Francine Charron écrit la fragilité des êtres, et des rencontres entre ces êtres.

« peur dans la peur, noir dans le noir,

tu coupes et tu retranches les bras vifs de la nuit ».

 

Pour ne pas perdre l’autre, on est prêt à tout, à « nourrir la fosse… veiller l’argile sur tes lèvres qui enfoncent… je veux bien creuser ma plaie, qu’elle te couvre… »

Entre feu des passions et soleils d’ombres, nerfs tendus entre angoisse et désir, le désespoir se creuse et fait son trou à l’intérieur, là où il avait déjà une place « mère… j’ai appris ta leçon dure ».

Poésie en forme de rose, Pier Paolo Pasolini

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Italie, Rivages poche, petite bibliothèque

Poésie en forme de rose, préface et traduction de René de Ceccaty, édition bilingue et intégrale, mars 2015, 489 pages, 12 € . Ecrivain(s): Pier Paolo Pasolini Edition: Rivages poche, petite bibliothèque

 

Plonger dans la fabrique des films de Pasolini. Etre emporté par un souffle épique ultra-contemporain, où se perçoivent des accents de Dante ou de Leopardi. Recevoir de plein fouet le choc d’images d’une beauté plastique barbare, nostalgique ou désespérément réaliste. Comprendre l’époque noire de la vie politique, économique et sociale italienne dans les années 60, qualifiée par l’auteur de « décennie ridicule » – et par bien des côtés si semblable à notre début de siècle… Tout cela est enfin possible pour le lecteur français grâce à cette première édition intégrale et bilingue, présentée par René de Ceccaty, traducteur fidèle et inspiré autant que spécialiste de l’Italie et de Pasolini, qui nous rend ce texte accessible grâce à une préface documentée et un appareil de notes faisant de cette édition de poche un ouvrage précieux.

Sans doute plus connu du public français pour son œuvre de cinéaste, les scandales associés à son nom, sa fin violente – et mystérieuse – à 53 ans – Pier Paolo Pasolini, également romancier, essayiste, épistolaire, témoin révolté des injustices sociales, et poète à la place originale, reconnu par ses pairs (parmi ses amis, Attilio Bertolucci, Elsa Morante et Moravia…), occupe une place de premier plan dans la vie littéraire italienne.