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Poésie

Puisque – Poésies recueillies. Raluca Belandry (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Puisque – Poésies recueillies. Raluca Belandry, éditions les défricheurs, 2024, 300 pages.


La nécessité nue.

Puisque est une œuvre qui ne cherche ni à convaincre ni à se justifier. Elle avance, progresse dans une flagrante nécessité. L’orchestrant en un chœur de treize recueils comme autant de cantiques, dont voici la clé : Tout risquer, puisque… manifeste tutélaire de l’auteure. C’est l’extrait des derniers vers connus de la poète Sappho, dont l’œuvre antique chantée s’est envolée, les transcriptions ont été incendiées, nous abandonnant, au bout d’un ultime Fragment 31 découvert, ces trois derniers mots au bord du vide. Et Raluca Belandry, âme trempée dans une jeunesse transylvaine, s’en empare, les cueille et les recueille en treize nécessités d’écrire – est-elle consciente d’oser l’anagramme du nombre ? Et peut-être plus… – pour propager cette vision incarnée qui s’impose à nos sens. Tout s’organise au fur et à mesure de la lecture, c’est là sans conteste le miracle qu’accomplit Puisque, celui de dramaturgies intrinsèques qui sautent à l’âme en chaque recueil, puis qui, lecture après lecture, entrent en écho et s’interpellent les unes les autres. Puisque est une œuvre qui n’a pas sa place sur un rayon, mais là où se lovent les textes intemporels, sans cesse à réinterroger : la table de chevet.

L’Arbre-Seul, André Velter (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

L’Arbre-Seul, André Velter, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 2001, 234 pages, 10,40 euros . Ecrivain(s): André Velter Edition: Gallimard

 

Chacun a assisté, en bord de mer, en pleine campagne ou en montagne, à l’arrivée d’un orage. Tel est le thème d’un poème d’André Velter dans la section de son recueil L’Arbre-Seul (p. 72-73) suscitée par l’Inde, où il a séjourné à de nombreuses reprises.

Velter est un poète-voyageur. Un poète pour qui le Dehors et le Divers existent et doivent être parcourus, respirés, afin d’être chantés. Les poètes-voyageurs ne sont pas si fréquents dans notre littérature, plutôt prudente et casanière. Certes, des poètes ont voyagé par plaisir ou par nécessité, mais un poète-voyageur, c’est autre chose.

Baudelaire, de son périple de jeunesse de Bordeaux jusqu’à l’île Bourbon et l’île Maurice, n’a rapporté que quelques images obsédantes. Rimbaud (Velter est né à Signy-L’Abbaye, à trente kilomètres de Charleville…) avait cessé d’écrire lorsqu’il a vadrouillé loin de l’Europe aux anciens parapets. Trop peu décentré encore, Claudel n’est pas stricto sensu un poète-voyageur malgré les intuitions grandioses des proses de Connaissance de l’Est – mais je penserai sans doute le contraire demain !

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tarabuste

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire, Tarabuste, 2025, 118 p., 15 euros. Edition: Editions Tarabuste


Le dixième recueil de l'auteur (depuis 1990) happe nombre de réalités du quotidien par le biais de brefs poèmes énigmatiques, entre constats, aphorismes déguisés, brèves pulsations de sens, blasons philosophiques, traces de passages ou de voyages, conversations à soi même.

D'invisibles amarres retiennent donc ce regard étrange au fil de textes qui ne délivrent pas d'emblée de sens ni d'accroche, encore que les éléments du poème ne sont pas tous tissés d'obscurité. Certaines images - raccourcis de la réalité - nous parlent certes comme des signes : "de l'autre côté de la pluie" ou "la fissure dans la laque noire". Le poète délivre une matière elle-même distante par laquelle il faut "ressaisir la vie entière" à l'image du papillon souvent convoqué - vibratile, fuyant, insaisissable.

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc, Z4 Editions - Éditions Douro . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Editions Douro

Dans son intitulé même, Le choix de la folie engage une position décisive : la folie n’y est pas subie, mais assumée, presque revendiquée comme un acte de libre arbitre. Deuxième mouvement du vaste ensemble Le Grand Cycle de la vie ou l’odyssée humaine, ce poème s’inscrit dans une architecture monumentale — quatorze sections déployées sur des milliers de pages — où l’écriture excède largement le livre pour devenir expérience totale. Pensé pour la voix, accompagné d’enregistrements sonores et prolongé sur scène par un dispositif visuel (notamment avec les œuvres du peintre Lawrence), le texte affirme d’emblée sa dimension performative : il est fait pour être dit, crié, murmuré, traversé.

Au cœur de cette entreprise, il y a une nécessité : arracher la parole à l’étouffement. Le poème déploie une existence prise dans « l’aire d’une cage », métaphore d’un enfermement psychique et existentiel dont l’écriture tenterait de briser les barreaux. Le souffle y est menacé, entravé par les débris du deuil, de l’échec ou de la dépression — états qui surgissent parfois « sans aucune cause apparente », comme des effondrements sans origine assignable.

Père, ne vois-tu pas, la tête à l'envers, Jacqueline Persini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Père, ne vois-tu pas, Ed. la tête à l'envers, Jacqueline Persini, 2026, 84 p., 17 euros.

 

Quand la quête du père prend la forme d'une restitution mémorielle, le poème gagne en authenticité, en densité. Voilà, à l'âge adulte, une poète recourir à l'enfance comme bouée à la mer. Un jour, le père est parti, est resté dans la chambre comme un fantôme insaisissable.

Toute l'histoire d'une enfance amoindrie par l'absence : rien qu'un nom alors que tout le rappelle en silence.

Longtemps après, couche après couche, le personnage revient hanter les jours de la petite. Entourée d'une mère, de son beau-père, la petite fille culpabilise, imagine en poèmes tendus cette vie, cet amour perdu, la séparation, la maison, "nos branches disjointes/ rassemblent leurs forces".

L'amertume, les cris, "les murs de la chambre (qui) se cassent", "toute mon encre noire" : le poème libère-t-il de tant de blessures?