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Poésie

Les Degrés de l’incompréhension, Max de Carvalho

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 14 Juin 2017. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arfuyen

Les Degrés de l’incompréhension, 158 pages, 14 € . Ecrivain(s): Max de Carvalho Edition: Arfuyen

 

« Sans quitter ta demeure / ni les tiens tu partiras » : c’est sous l’angle du paradoxe, pour un exil particulier, que Max de Carvalho place son recueil.

Des strophes brèves, qui parfois s’étofferont comme dans Poème-phare, décrivent dès le début sensations, sentiments et remarques diverses sur les voix, l’appel, les odeurs, la nature. Les phénomènes observés parlent « au voyageur sa langue / mortelle ».

La vision nouvelle offerte ici est celle d’un peintre qui se détourne du figuratif, et sans arbitraire mais dans la cohérence la poétique de l’opus est bien une poétique contemporaine à la recherche, sinon d’un monde nouveau, du moins d’une nouvelle façon de l’exprimer. Ainsi entre récit et description, les constats de Max de Carvalho doivent être décryptés par un lecteur qui se laissera gagner par le goût du mystère et aimera épouser cette nouvelle réalité langagière. Textes et titres sont souvent, tout au long du livre, livrés comme des devinettes :

À, Jacques Goorma

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 14 Juin 2017. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arfuyen

À, mai 2017, 136 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jacques Goorma Edition: Arfuyen

 

Dès le titre du nouveau recueil de Jacques Goorma, À, considéré ici comme une préposition à l’hommage, à la dédicace ou l’adresse, l’on prend conscience que l’on est devant un ouvrage singulier. D’ailleurs l’ingéniosité des éditeurs Anne et Gérard Pfister peut bel et bien servir à la découverte de textes neufs, originaux, vivifiants. Cela dit, il reste à expliquer en quoi cette nouveauté, ce particularisme est pertinent. L’on peut concevoir assez vite une impression qui s’accentue au fur et à mesure. Et c’est le mot génération qui vient, ou celui de poésie originelle. Ainsi, nous sommes à l’aube, au début, au commencement, à l’origine d’un sentiment, à la génération d’une idée, plongés dans le spasme bref d’un éclat qui cherche une sorte de commencement éternel. De genèse sans fin.

On se trouve avec À devant une préposition/proposition servant à introduire l’émerveillement de la naissance de quelque chose de neuf et de soudain. Car ces trois fois cent-onze petits poèmes réunis en trois sections sont presque autant d’avènements répétés et lancinants. Une éternité du commencement. Comme une sorte de psaume, ou de cantilène enfantine. Par exemple :

Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010, un passage anthologique, Yves di Manno & Isabelle Garron

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 06 Juin 2017. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion, Anthologie

Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010, un passage anthologique, février 2017, 1504 pages, 39 € . Ecrivain(s): Yves di Manno & Isabelle Garron Edition: Flammarion

 

Indispensable anthologie, qui vient combler « une étrange lacune et propose pour la première fois un large panorama des écritures de poésie en France depuis 1960, tenant compte de leur remarquable diversité ».

« D’abord conçu comme une anthologie regroupant plus d’une centaine d’auteurs, [ce livre] offre aussi un récit chronologique accompagné de notices détaillées » et d’une « bibliographie générale » fort bien faite.

« Ce volume est […] un acte. Il est l’impossible, l’horrible travail que nous savons. Il pointe un manque de retour général sur ce qui a lieu depuis cinquante ans, sur ce qui se poursuit et se déroule dans le champ de cet art qu’est l’écriture de poésie ».

Un manque de « retour général » ? « Si ce volume tente […] quelque chose, c’est l’approche d’un territoire encore mal défriché dans la somme de ses possibles. Il répond au désir de conduire le lecteur vers ce que la poésie désigne, investissant un lieu de parole où le sens est repoussé aux limites de sa connaissance ».

L’Alcool des vents, Michel Baglin

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 31 Mai 2017. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Éditions Rhubarbe

L’Alcool des vents, Michel Baglin, 2016, 105 pages, 15 € . Ecrivain(s): Michel Baglin Edition: Éditions Rhubarbe

Nous connaissions la rose des vents. L’alcool des tempêtes quand l’homme fait naufrage. Michel Baglin, lui, nous parle de L’Alcool des vents auquel il rend grâce, comme il « rend grâce » au fil du recueil aux escales des petits bonheurs qui nous tendent la main dans chaque signe de nos existences, même au cœur des forêts les plus sombres, si nous maintenons la porte ouverte, si nous nous ouvrons aux chants du Large, de la mer lointaine (« On ne peut donner rendez-vous au vent, / mais on peut laisser la fenêtre ouverte », rappelle le Proverbe cité sur le seuil de cet opus chargé d’espoirs).

 

« Je rends donc grâce à ces riens qu’on appelle

escales,

qui furent des haltes, des bivouacs, et resteront

fragments,

qui argumentent quand même en faveur d’un

feu latent,

Fables, Jean de La Fontaine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 24 Mai 2017. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Fables, dossier de Sylvie Howlett, avril 2017, 192 pages, 2,90 € . Ecrivain(s): Jean de La Fontaine Edition: Folio (Gallimard)

Publiées en trois recueils successifs de 1668 à 1694, les fables de Jean de La Fontaine ont rencontré dès leur époque un succès qui ne s’est pas démenti au cours des siècles. Sur près de trois cents fables écrites par l’auteur, toutes n’acquirent certes pas la même notoriété, mais elles font néanmoins tellement partie de notre patrimoine littéraire qu’elles ont contaminé notre langage courant au travers de nombreux proverbes ou expressions issus directement de leurs vers.

Dédiées au jeune Dauphin, fils du roi Louis XIV, du moins pour le premier recueil, ces fables furent utilisées systématiquement dans l’enseignement dès le début du XVIIIème siècle par les jésuites. Puis la IIIème République y vit  un livre de morale opportun pour l’école laïque et elles devinrent incontournables dans les classes du primaire jusqu’aux années 1960.

Sans doute cette popularité altéra-t-elle un peu la perception de ces fables et nuisit-elle à leur estime. Mais ces dernières, qui n’ont rien de moralisateur et sont plutôt l’œuvre d’un moraliste, et qui recèlent, au-delà de la critique des excès du régime absolutiste et de la satire sociale, toute la philosophie de l’existence d’un auteur pénétré d’une antique sagesse, ont désormais été réhabilitées dans toute leur complexité et parfois leur ambigüité.