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Poésie

Hautes Huttes, Gérard Pfister (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 18 Juin 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Arfuyen, Cette semaine

Hautes Huttes, juin 2021, 384 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Arfuyen

 

« – Ouvre l’œil –

dit la voix

laisse venir l’inconnu

de quoi aurais-tu peur » (393)

 

Puisque la poésie de ce recueil est ambitieuse (comme une parole de conversion à la véritable présence), ample (mille denses poèmes, organisés – comme le livre précédent de l’auteur – en dix « centuries » de quatre vers, cohérentes et dynamiques) et profonde (le temps, le silence, la lumière, l’espace, la mort, l’apparence, le hasard… ne sont pas là pour faire valoir leurs jolis mots, mais une voix franche et pressante tente, en déduisant leurs jeux les uns des autres, de nous les faire voir mieux – plus nativement, plus sérieusement, plus complètement, et d’abord plus admirativement !), le commentateur dit ce qu’il a compris, mais laisse trouver aux lecteurs leur clé de cette aventure.

Soleils éclatés, Claire Vernisse (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 17 Juin 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Soleils éclatés, Claire Vernisse, Éditions Le Lys bleu, février 2021, 96 pages, 11,50 euros

Ce recueil, dont l’illustration de couverture est une superbe création picturale d’Alain Added, est écrit dans un style poétique particulièrement original et tout en contrastes :

« Elle griffe la lumière / elle hurle de douceur ».

L’univers de Claire Vernisse est un mélange de rage de vivre et de délicatesse, et l’on se laisse porter par le bel élan qui se dégage des mots :

« Je cours / J’écorche mes bras aux branches (…)

J’avale le vent, je suis le vent / J’avale le ciel, je suis le ciel ».

L’auteure semble percevoir une menace qui plane sur sa sérénité :

« Alors j’avale le soleil (…)

Ils ouvriraient mon ventre pour tuer le soleil ».

Mais elle sait qu’elle vaincra :

« Ils n’auront pas ma faim ».

Prendre mot, Philippe Leuckx (par Eric Allard)

, le Lundi, 14 Juin 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Prendre mot, Editions Dancot-Pinchart, Poésie, avril 2021, 41 pages, 13 € . Ecrivain(s): Philippe Leuckx

 

« Tout au fond du jour […] juste avant le soir », Philippe Leuckx recueille ce « peu de nous qui tranche entre jour et fuite », pour « un périple étrange dont [on] ne revient pas toujours ».

C’est le moment où le jour, et toute une vie, remonte à la surface de la conscience, où la mélancolie affleure et où le poète Leuckx établit, à l’orée de la nuit, ses quartiers d’écriture.

Souvent, au revers de soi, est rameutée l’enfance : « ce puits sans tain / où puiser / quelque transparence ».

C’est l’heure où la petite musique leuckxienne se fait entendre, à laquelle il faut tendre l’oreille comme on « écoute le cœur », comme on regarde son âme. Elle joue sur une gamme de notes graves, des notes de cœur, justement, et quelques thèmes, qu’on reconnaît de recueil en recueil, familiers mais nouant à chaque fois des liens neufs pour de subtils accords.

Pas de tapage dans la poésie de Philippe Leuckx ; les mots se forment dans « la forge du silence ». C’est sa façon de « prendre la mesure du monde » mais aussi de ce qui bout dans le sang et « incise le cœur ».

Inventions du souvenir, Silvina Ocampo (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 09 Juin 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine

Inventions du souvenir, Silvina Ocampo, éd. des femmes Antoinette Fouque, avril 2021, trad. espagnol (Argentine) Anne Picard, 192 pages, 16 €

 

Hic et Nunc

Intituler cette note de lecture d’une locution adverbiale présentement d’un ici et maintenant, semble décalé et inexact. Mais il me semble que la poétesse a fait revenir son enfance dans le hic et nunc de ses vers. À la fin de ce long poème qui constitue l’ouvrage, autour de 500 vers, je me suis retrouvé incertain. Je m’apercevais, au fil de l’œuvre et grâce à cette espèce d’appareil du désir cherchant à faire jaillir une enfance de petite fille au milieu du poème, je m’apercevais donc qu’ici, nul temps et nul espace ne pouvaient fermer, circonscrire la petite fille dans un espace-temps linéaire, progressif et continu. L’ici et le maintenant faisant glisser pour le coup le lecteur dans son propre espace-temps, dans sa propre enfance. Bien sûr l’arrière-monde de la littérature sud-américaine est présent. On pense notamment à L’Amour aux temps du choléra. Ou encore à Cent ans de solitude. Donc Gabriel García Márquez.

Poésies, Marceline Desbordes-Valmore et Le Sommet de la route et l’Ombre de la croix, Six poètes chrétiens du XXe siècle (par Didier Smal)

, le Lundi, 07 Juin 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Poésies, Marceline Desbordes-Valmore, Folio Lycée, avril 2021 (dossier de Virginie Belzgaou), 240 pages, 5 € Le Sommet de la route et l’Ombre de la croix, Six poètes chrétiens du XXe siècle, Gallimard/Poésie, avril 2021, Édition de Jean-Pierre Lemaire Edition: Gallimard

 

Divine poésie

Le hasard des publications offre parfois de belles rencontres, de celles que permet parfois le classement alphabétique d’une bibliothèque (Melville et Mérimée, ou Neil Gaiman et Romain Gary, ça génère un sens autre) ou des lectures disparates ; c’est ici le cas, puisque Marceline Desbordes-Valmore, pour des raisons pédagogiques étant donné la collection dans laquelle est publié le présent volume intitulé Poésies, salue Charles Péguy, Paul Claudel, Francis Jammes, Marie Noël, Patrice de La Tour du Pin et Jean Grosjean, répond à travers les décennies à leurs visions de la chrétienté, de la foi, dialogue avec eux dans l’esprit du lecteur qui vient chercher ici si pas la vérité, du moins de quoi nourrir sa propre vérité – puisque aucun de ces auteurs n’est dogmatique.