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Essais

Le dossier secret de l'affaire Dreyfus, Pierre Gervais, Pauline Peretz, Pierre Stutin

Ecrit par Vincent Robin , le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Alma Editeur

Le dossier secret de l’affaire Dreyfus, 2012, 348 pages, 22 € . Ecrivain(s): Pierre Gervais, Pauline Peretz, Pierre Stutin Edition: Alma Editeur

 

Au travers des sorties de livres d’enquêtes historiques surgissent souvent des œuvres plutôt discrètes, qui méritent cependant de se voir élogieusement saluées. Une belle association d’auteurs, celle de Pierre Gervais, Pauline Peretz et Pierre Stutin fournira ici l’occasion d’un assez exemplaire cas d’espèce. Vif, précis, efficace et pertinent, leur commun Dossier secret de l’Affaire Dreyfus inspirera sans guère de doute au lecteur un rapide et passionnant intérêt. Peu dire serait alors que, sous ce titre, leur travail embrassât l’un des plus délicats sujets. S’immiscer à nouveau dans un épisode historique expurgé de ses zones d’ombres majeures (comme on aurait pu le croire) aurait en effet exigé de quiconque un apport suffisamment novateur.

Après les travaux monumentaux dédiés au « cas Dreyfus » par Marcel Thomas en 1961, Jean-Denis Bredin en 1981 ou encore Vincent Duclert en 2006 (ne parlons pas de Reinach pour 1901), fallait-il de la sorte aux co-auteurs de cette entreprise ne point se risquer aux faux-pas de la redite ou même du plagiat. Que restait-il alors à dire sur cette chronique militaro-judiciaire, ayant autrefois déchaîné la passion politico-médiatique, qui ne fût déjà précisé par une séculaire et exhaustive collecte d’informations ?

Le rhinocéros d'or, François-Xavier Fauvelle-Aymar

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 11 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Alma Editeur

Le rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain, février 2013, 319 p. 26 € . Ecrivain(s): François-Xavier Fauvelle-Aymar Edition: Alma Editeur

 

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ».

Au-dessus de la mêlée, Romain Rolland

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 11 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Petite bibliothèque Payot

Au-dessus de la mêlée, 215 pages, 8,15 € . Ecrivain(s): Romain Rolland Edition: Petite bibliothèque Payot

 

Qui est Romain Rolland ? Un écrivain du début de ce vingtième siècle, auteur de nombreuses biographies, ami de Charles Péguy et de Stefan Zweig. Il était aussi, pour notre plus grand bonheur, un pacifiste acharné, et un amoureux de la civilisation. Dans cet ouvrage intitulé Au-dessus de la mêlée, titre de l’un des articles et manifestes parus durant les années 1914 et 1915 dans la presse suisse, Romain Rolland nous invite à accomplir des démarches périlleuses, à emprunter des voies difficiles et étroites. Que nous dit ce polémiste, au bon sens du terme ? Qu’une guerre, loin d’être la résurrection appelée de leurs vœux par tous les bellicistes, est un désastre pour tous les belligérants : Romain Rolland se fait l’écho de la prise de position de Stefan Zweig : « Le désastre de la France serait aussi un désastre pour les penseurs libres d’Allemagne ».

Cette volonté de se situer, dès les débuts de la Grande Guerre, au-dessus de la mêlée, incite Romain Rolland à la formulation de diagnostics précurseurs à plus d’un titre : ainsi, le nationalisme exacerbé est-il stigmatisé quelle que soit son origine, sa justification ultime : « Chaque peuple a, plus ou moins son impérialisme (…) Il est la pieuvre qui suce le meilleur sang de l’Europe. Contre lui, reprenons, hommes libres de tous les pays, dès que la guerre sera finie, la devise de Voltaire : Ecrasons l’infâme ! »

Lire, interpréter, actualiser, Yves Citton

Ecrit par Jean-François Vernay , le Samedi, 04 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, Editions Amsterdam, 368 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yves Citton

 

 

Au diable la sacralisation du livre ! Je viens de recevoir un exemplaire presse de Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ? et cela fait bien des heures que je lis en mettant en exergue quelques passages avec mon surligneur jaune jusqu’à ce que je tombe sur ce commentaire :

 

« […] le geste premier du lecteur consiste à sélectionner certaines parties, certains mots du texte comme plus importants que d’autres, à laisser ces derniers dans l’ombre ou l’oubli, et à rassembler la lumière, l’attention et la mémoire sur les termes qui ont été ainsi élus. Telle est la base de l’activité projective du lecteur, qui est donc toujours à la fois, indissolublement, un sélecteur et un électeur » (259).

Qu'est-ce qu'un peuple ?, Collectif

Ecrit par Johann Lefebvre , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Qu’est-ce qu’un peuple ?, Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière, La Fabrique Editions, 15 mars 2013, 124 pages, 12 €

 

La question, titre de cet ouvrage collectif, amène à considérer l’immense champ sémantique du mot peuple, et donc à pointer la difficulté d’en cerner la réalité polyvalente, que celle-ci soit abordée par la linguistique, l’histoire, la philologie, la philosophie, la sociologie, ou la politique. Les auteurs ici se rejoignent sur l’idée d’un peuple qui n’existerait pas, idée que Pierre Rosanvallon avait fondée en son concept de « peuple introuvable », le peuple étant généralement une construction élaborée par le discours dominant pour désigner une entité paradoxalement séparée, entité que le « peuple » lui-même a de grandes difficultés à identifier.

Alain Badiou nous invite, en vingt-quatre notes, à penser la qualification du mot peuple quand il est accompagné d’un adjectif qui sert une identification politique ou morale destinée soit à flouter l’être du peuple, soit à le catégoriser négativement : « une masse passive que l’Etat configure ». Aussi, le peuple ne peut se saisir de son sens, j’allais dire prendre chair, qu’à la condition d’une abolition de l’Etat existant, accédant ainsi, en qualité de catégorie politique, à une existence historique.