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Essais

Le Cut-Up de William S. Burroughs. Histoire d’une révolution du langage, Clémentine Hougue

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 27 Février 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

Le Cut-Up de William S. Burroughs. Histoire d’une révolution du langage, éd. Les presses du réel, Coll. L’écart absolu, octobre 2014, 416 pages, 26 € . Ecrivain(s): Clémentine Hougue

 

Clémentine Hougue propose dans son livre une généalogie du cut-up, en France, en Europe et aux Etats-Unis au 20e siècle, qui s’inscrit entre modernité, littérature, collage, peinture et radicalité. Le « cut-up » est inventé par William S. Burroughs (1914-1997) et Brion Gysin (1916-1986) à la fin des années 1950. Installé depuis 1954 à Tanger, où Burroughs rédige son opus magnum Le Festin nu, il est rejoint au printemps 1957 par Allen Ginsberg (1926-1997) et Jack Kerouac (1922-1969) qui l’aident à organiser les feuillets de son manuscrit.

Puis, il s’installe dans un petit hôtel, baptisé le « Beat Hotel » qui se trouve rue Git-le-Cœur, dans le 6e arrondissement de Paris, où transite la bohème américaine et où il crée alors un véritable laboratoire d’écriture. Il y retrouve le peintre et poète Brion Gysin qui travaille à l’époque sur des expérimentations de collages picturaux, y rencontre les poètes Henri Chopin (1922-2008), Bernard Heidsieck (1928-2014), Jean-Jacques Lebel (1936).

L’Indésiré, Stéphan Lévy-Kuentz

Ecrit par Thomas Chaline , le Mardi, 24 Février 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Indésiré, Ed. Dumerchez, octobre 2014, 102 pages, 17 € . Ecrivain(s): Stéphan Lévy-Kuentz

 

Finaliste au dernier Prix Sade, L’Indésiré est un livre tout à fait singulier. Depuis une quinzaine d’années, loin des grands circuits médiatiques, Stéphan Lévy-Kuentz installe une œuvre discrète saluée par des auteurs tels Pierre Bourgeade, Bernard Noël, Pascal Quignard, Jacques Henric ou Claude Hagège.

Voici une aventure littéraire unique, en hors-champ de l’industrie des best-sellers ou des usines à roman de gare. Voici des pages imprimées au plomb qui sentent bon l’encre fraîche ! Un livre qui est un paradoxe à lui tout seul : d’un côté l’objet, package vintage, on ne peut plus classique ; de l’autre un contenu littéraire à contre-courant qui vient bouger les lignes ronronnantes du « roman » contemporain.

Voici donc le journal d’un mur mitoyen à deux immeubles. Un dispositif judicieux qui exprime l’atypisme d’un auteur qui se transforme le temps d’une nuit… Entre essai philosophique et récit psychologique, le voici porte-parole de tous les murs du monde, ceux qui voient nos vies s’écouler en secret. On le sait, les murs ont des oreilles et nous espionnent en silence. La preuve en est ici faite par Stéphan Lévy-Kuentz dans une écriture chargée de subtilités poétiques comme on en lit rarement.

Le Voyage des formes, Alain Rey

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 24 Février 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Histoire

Le Voyage des formes, Guy Trédaniel Editeur, novembre 2014, 344 pages, 28 € . Ecrivain(s): Alain Rey

 

La préparation d’un voyage nécessite soin et attention. Surtout si vous avez pour désir de faire un long et lointain périple. Dans des contrées aux paysages et climats aussi divers que contrastés. Penser à tout, ne rien oublier, se rappeler que chaque détail compte mais que l’essentiel consiste à bourlinguer léger. En d’autres mots, concilier – ce qui n’est pas chose aisée – l’art du nécessaire avec celui de la légèreté. Le sac à dos chargé de l’essentiel, l’esprit ouvert, la curiosité en éveil, vous voilà prêt au départ.

Le Voyage des formes présenté par Alain Rey pour sa partie « écriture », et par Lassaâd Metoui pour celle réservée à la calligraphie, est un magnifique ouvrage, proposant neuf destinations, direction « art, matière et magie » : la première d’entre elles invite le lecteur à visiter le thème ayant pour titre Naissances, couleur, formes, esthétique et beauté, la neuvième et dernière entraîne le liseur à rendre visite à Lassaâd Metoui, calligraphe plasticien – visible, sublimation, l’âme, abstrait. À compter de la première jusqu’à la dernière destination, l’« anagnoste » traverse des paysages d’une rare intensité culturelle ;

Ce que l’on voit en s’arrêtant, Haemin

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Jeudi, 19 Février 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Decrescenzo Editeurs

Ce que l’on voit en s’arrêtant, décembre 2014, traduit du coréen par Lee Hyonhee et Julien Paolucci, 217 pages, 12 € . Ecrivain(s): Haemin Edition: Decrescenzo Editeurs

 

Haemin est un moine coréen, bouddhiste, diplômé des plus grandes universités américaines. Habitué à dialoguer pour dispenser enseignement et sagesse, il se prend un jour au jeu des réseaux sociaux, immense réservoir humain comme on sait, et va dialoguer avec plus de 850.000 correspondants.

« Haemin,

n’essaie pas de devenir un grand moine

mais essaie de devenir un moine humaniste », lui avait dit un de ses maitres, le moine Hyegwang.

Sans l’avoir réellement décidé mais pris par sa « passion » (dont il nous expliquera comment elle peut aussi être un piège si on n’apprend pas à la maîtriser), passion de transmettre, il va réaliser au fil de ces tweets remplis de sagesse et d’amour l’un des livres qui sera le plus lu en Corée et vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires.

L'ambition ou l'épopée de soi, Vincent Cespedes

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mardi, 17 Février 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

L'ambition ou l'épopée de soi, octobre 2013, 312 pages, 19 € . Ecrivain(s): Vincent Cespedes Edition: Flammarion

 

En ces temps de crise et de défiance, L'ambition ou l'épopée de soi est une excellente thérapie livresque pour se remettre en selle. Une invitation à sortir de soi.

Avouons qu'en France, l'ambition est un mot tabou avec une connotation très paradoxale. Comme le souligne l'auteur, "Qualifier un individu d'ambitieux est une attaque sournoise mais le sans ambition est une insulte". Nous nous laissons bien trop souvent influencer par ceux qui voient "l'ambition comme une forme de névrose. Une infirmité qui consisterait à ne pas se satisfaire de celui que l'on est". Le monde a pourtant besoin d'ambitieux pour avancer et se remettre en question. D'ailleurs, la philosophie par ses questions dérangeantes n'est-elle pas une forme d'ambition ? "L'ambitieux nous désécurise sans le vouloir, nous fait ouvrir les yeux. Il déconfortabilise, relance le questionnement que trop de satiété tarit". Alors pourquoi se priver de cette énergie grisante ?