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Essais

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, Bertrand Le Gendre

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, Histoire

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, mars 2015, 180 pages, 18 € . Ecrivain(s): Bertrand Le Gendre Edition: Fayard

 

« Leur héritage nous fait leçon, mais c’est un héritage sans héritiers. De Gaulle et Mauriac sont trop singuliers pour que l’on puisse se réclamer d’eux de nos jours ».

Le dialogue oublié ou les raisons d’une passion française. C’est à cette part de l’histoire politique et littéraire française que nous convie Bertrand Le Gendre. A la gauche il y a François Mauriac (c’est de Gaulle qui parle), prix Nobel de littérature, journaliste admiré, craint et parfois honni, chrétien social, d’une trempe rarement égalée. A ma droite le Général de Gaulle, l’homme de Londres, surréaliste sur ces messages de Radio Londres (Philippe Sollers) « Les renards n’ont pas forcément la rage, je répète… ». « J’aime les femmes en bleu, je répète… ». « Nous nous roulerons sur le gazon ! », l’homme de l’unification de la Résistance, de la V° République et de la fin de la guerre d’Algérie. Leur dialogue court sur trente ans, de l’Occupation aux lendemains de mai 68. Leur histoire, comme celle finalement de Malraux et du Général (l’occasion de lire ou de relire le lumineux André Malraux Charles de Gaulle, une histoire, deux légendes d’Alexandre Duval-Stalla, L’Infini Gallimard), est cette part commune de l’Histoire française, cette passion commune. Tous les deux s’emploient à choyer leur langue et leur territoire, au risque parfois d’être incompris.

La playlist des philosophes, Marianne Chaillan

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Passeur

La playlist des philosophes, janvier 2015, 307 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Marianne Chaillan Edition: Le Passeur

 

Dans la lignée de Rock’n Philo de Francis Métivier, l’esprit Pop philo continue à frapper fort avec un nouveau titre, La playlist des philosophes, qui fait le pari audacieux d’expliquer les grands concepts philosophiques à partir de chansons de variétés. Plus besoin désormais pour les futurs bacheliers de lâcher leurs écouteurs pour réfléchir et réviser leurs cours de philosophie. Leurs MP3 vont les aider à sortir de leur caverne et à « kiffer » la philosophie platonicienne avec Starmania, voire même comprendre la philosophie ardue de Heidegger avec Alain Souchon !

Philosopher grâce à Céline Dion et à Stevie Wonder ? Certains vont en tomber de leur chaise pour s’écraser dans la théorie de la gravité (sous le poids de la lourdeur de leur sérieux). Comme le dénonce ironiquement Marianne Chaillan, « Aimer la chanson de variétés semble bel et bien constituer un signe extérieur d’affliction culturelle ». Pourtant, cette « affliction culturelle » invite aussi bien les connaisseurs de la philosophie que les néophytes à ré-interpréter en musique leurs idoles de la pensée ou à faire « raisonner » autrement les tubes que l’on fredonne à tue-tête sous sa douche. En somme, faire « varier » son approche grâce aux vibrations de la variété.

La pensée du roman, Thomas Pavel

Ecrit par Jean-François Vernay , le Jeudi, 02 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

La pensée du roman, 448 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Thomas Pavel Edition: Folio (Gallimard)

 

Tout livre pose une énigme qu’Italo Calvino s’est efforcé de formuler en ces termes dans Si par une nuit d’hiver un voyageur (1995) : « Lire, c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister mais dont personne ne sait encore ce qu’elle sera ». Le plaisir de la découverte est donc l’un des quelques sentiments universels qu’engendre le livre, fût-il documentaire ou fiction. Ce plaisir est d’autant plus appréciable en l’occurrence qu’il s’accompagne d’un style très agréable qui rend la somme encyclopédique de Thomas Pavel plus digeste.

Toute rédaction d’une histoire littéraire quelle qu’elle soit, comme celle de ce grand théoricien de la littérature d’origine roumaine, ambitionne d’être avant tout un exercice de contextualisation et l’une des grandes gageures de cette entreprise herculéenne est d’ordonnancer ce cumul de connaissances et, d’un regard surplombant, de cerner le vaste champ de production littéraire européenne (même si une dimension internationale se dessine au dernier chapitre intitulé L’art du détachement mais qui reste hélas à l’état d’ébauche) tout en faisant le lien entre des œuvres parfois bien disparates. Pavel tente de faire saillir l’intelligibilité en retraçant les trajectoires des grands noms du roman, à commencer par le roman hellénistique.

Confiteor, Pascal Boulanger

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Confiteor, Librairie Ed. Tituli, mars 2015, 148 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pascal Boulanger

 

« La poésie est une manière de dire et une manière d’être ».

Confiteor de Pascal Boulanger joue et déjoue d’avance tout aveu et toute reconnaissance à la poésie et à la vie de l’auteur. Cet essai, le plus important du poète, est une mise en abîme de l’écriture. Carnet plutôt que journal, ces fragments semblent s’organiser comme les Fusées et Mon coeur mis à nu de Baudelaire. Ce qui se noue dans cette histoire et se dénoue dans cette traversée de l’écriture engage la pensée du poète. Une pensée qui de Tacite (Flammarion, 2001) à Au commencement des douleurs (Corlevour, 2013) marque de son sceau l’une des œuvres poétiques les plus singulières de notre temps. Une œuvre imperméable au nihilisme et qui sait dans son questionnement incessant de la poésie faire face au ressentiment qui déferle de toute part. Il faut souligner l’écoute remarquable de Pascal Boulanger lorsqu’il écrit par exemple dans Tacite : « L’aménagement de la terreur : / dorénavant le mur est dans toutes les têtes » ; ou encore dans Au commencement des douleurs : « Le temps humain n’avait plus cours. Nous n’étions plus que de simples maillions dans la chaîne alimentaire des machines, leur cheptel ». Et de rappeler ici, d’un livre à l’autre, son attention redoublée à se tenir toujours au plus près de l’histoire.

Cinq éloges de l’épreuve, Collectif

Ecrit par Christian Massé , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Albin Michel

. Ecrivain(s): Collectif Edition: Albin Michel

 

La violence des ruptures, le tragique de la condition humaine, la douleur des larmes, les solitudes et l’épreuve du manque : cinq écrivaines en font l’éloge, accordées au fait que toute épreuve existe pour être traversée, car porteuse de l’espérance d’une issue possible.

Sylvie Germain revisite la Genèse : la création du monde résulte d’un chaos primitif, d’un brisement cosmique heurté par un souffle et une voix. Voici le néant fécondé. L’homme naît d’un arrachement : Dieu le forme à partir de la glaise, lui insuffle une haleine de vie. La femme naît de sa côte. Voilà l’homme et la femme. Mais le couple sera expulsé de l’Éden. Sylvie Germain : Depuis le commencement, n’est fécond que ce qui est en mouvement, en élan de désir. Est bon ce qui est source, flux et circulation de vie… La fracture des tables par Moïse va pourfendre la compacité des mots, libérer la parole de la pétrification. Durant l’Exode, Moïse campe sous une tente comme son peuple nomade à l’écart du camp. Il la nomme tente du rendez-vous ! Sylvie Germain nous dit notre capacité à devenir la tente de Moïse. Seule façon d’accepter de sortir de soi-même, de se tenir à découvert – dans le nu de sa finitude, le vif de l’écoute… et de l’accueil.