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Essais

Petit éloge de l’héroïsme, Ariane Charton

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Folio (Gallimard)

Petit éloge de l’héroïsme, février 2014, 122 pages, 2 € . Ecrivain(s): Ariane Charton Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce « petit éloge » est un grand livre très littéraire. C’est une double évocation : celle du choix des grands écrivains de langue française qui ont décidé de partir pour le front en 1914, et cette autre, l’expérience de ce conflit à travers la correspondance et les œuvres de fiction de ces écrivains. C’est aussi le portrait d’une génération qui est allée au bout de son désir d’héroïsme, contrairement à la génération romantique du siècle précédent. Alain Fournier, Jean de la Ville de Mirmont – coup de foudre littéraire de l’auteur – (pour sa mélancolie et parce qu’il est né la même année que Fournier), Apollinaire, Dorgelès, Cendrars, Aragon, Drieu la Rochelle, Céline, Barbusse, le médecin Duhamel, Giono, Genevoix, Péguy : Ariane Charton n’élude rien : ni les motivations des uns et des autres, leur état d’esprit à chaque moment du combat, ni les correspondances, ni les œuvres, ni les citations. Pourquoi se sont-ils engagés, car certains étaient pourtant réformés ?! Quelle signification puissante – Ö combien ! – recouvrait les termes héroïsme, patriotisme ? Est-ce seulement une idée d’une grandeur de la France, d’une mission civilisatrice ? Quelles répercussions cette expérience a-t-elle eu sur leur vie, pour les survivants, par la suite ?

Tempéraments philosophiques, de Platon à Foucault, Peter Sloterdijk

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 14 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Fayard

Tempéraments philosophiques, de Platon à Foucault, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, janvier 2014, 160 p. 7,50 € . Ecrivain(s): Peter Sloterdijk Edition: Fayard

 

Dis-moi quelle est ta philosophie, je te dirai qui tu es…

Ce petit livre est un recueil de préfaces que Peter Sloterdijk signa, en tant qu’éditeur, dans le cadre d’une collection dont le but était de présenter les auteurs et leur philosophie en leur donnant la parole, c’est-à-dire en offrant un choix de leurs textes annotés par « un certain nombre d’excellents érudits ». Réunis, alors que là n’était pas leur vocation, ces courtes présentations de sept pages en moyenne, dessinent, selon les propres mots du philosophe allemand, « non pas une histoire de la philosophie, mais tout de même une galerie d’études de caractères ». Son titre, quant à lui, renvoie à l’idée que les philosophies vers lesquelles nous nous portons constituent des indicateurs de qui nous sommes, des miroirs, en quelque sorte : « la philosophie que l’on choisit dépend de l’homme que l’on est ». Dix-neuf philosophes, majoritairement allemands, nous sont présentés, par ordre chronologique. L’occasion de constater « que l’éventail des tempéraments philosophiques […] a la même étendue que celle de l’âme éclairée par le logos » : il est illimité.

Critique de la raison nègre, Achille Mbembe

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 12 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, La Découverte

. Ecrivain(s): Achille Mbembe Edition: La Découverte

 

L’objectif du livre d’Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, est de prouver que la figure du « nègre » est indispensable pour penser le monde contemporain. Aujourd’hui ne serions-nous pas en train de devenir tous des nègres au service du capitalisme financier ?

Cet essai se veut politique et poétique. Achille Mbembe connaît parfaitement la vibration des concepts dans l’inconscient collectif et la puissance des idées sur les mécanismes de la domination sociale.

Le titre de son ouvrage est inspiré du celui d’Emmanuel Kant, paru en 1781, Critique de la Raison Pure. Le philosophe allemand avait pour projet d’examiner les conditions dans lesquelles le sujet humain assume sa vie d’adulte au cœur de l’espace public, devient un sujet capable de se dire en liberté et en dialogue avec les autres, dans un geste dialectique d’affirmation d’une certaine singularité et en même temps de participation à quelque chose qui relève de la similarité, de « l’en-commun ». Pour cela, il s’appuyait sur la raison.

Shakespeare et les Boys band, Vincent Teixeira

Ecrit par Frédéric Aribit , le Vendredi, 11 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Shakespeare et les Boys band, éditions Kimé, Collection Détours littéraires, 123 pages, 16 € . Ecrivain(s): Vincent Teixeira

 

« Tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ». Près de 500 ans ont passé depuis que La Boétie dénonçait, dans son célèbre discours, la servitude volontaire des peuples acceptant de se soumettre au joug des tyrannies de tous ordres. Hélas le constat n’a pas beaucoup varié. Se serait même aggravé, à en croire Vincent Teixeira, qui publie un nouvel essai accablant pour dénoncer les mollesses d’époque tristement fardées sous le pire cosmétique qui soit : la culture.

Le pire en effet, car le plus séduisant sans doute : on a les tyrans de son siècle.

De fait, Shakespeare et les Boys band résonne comme un virulent pamphlet qui épingle le navrant conformisme consumériste qu’on a de cesse de vendre en guise de culture, et qui, sous couvert d’« entertainment » généralisé, n’en finit pas de proliférer jusqu’à la nausée, bouchant désormais l’horizon qu’elle était supposée dégager au contraire.

La Trahison des Clercs, Julien Benda (1927)

Ecrit par Pierre-Louis Pinault , le Jeudi, 10 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

La Trahison des Clercs, Cahiers rouges, 330 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Julien Benda Edition: Grasset

 

 

On avait déjà été averti par Michel Winock dans Le Siècle des Intellectuels (1997), de l’importance de cet essai publié à la fin des années 1920 par l’un des fins penseurs de son temps. Julien Benda (1867-1956), dans ce livre à l’armature riche et ordonnée qui fit date dans l’histoire de la pensée philosophique en France, fait preuve, en exposant ses idées, d’une hauteur de vue et d’une clarté devenues rares.

Méticuleusement, il distingue entre d’une part le rôle bénéfique qu’avaient sur le peuple les penseurs de jadis (La Bruyère, Montaigne, Malebranche, etc.), savoir celui de l’arracher à ses modes de pensée pragmatiques et grégaires ; et d’autre part le chaos que sèment dans les sociétés actuelles tous ces poètes, romanciers et historiens « politiciens » qui se font ouvertement les chantres d’un « réalisme divinisé » d’après les mots de Benda.