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Essais

La Psychanalyse va-t-elle disparaître ?, Elsa Godart

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 19 Avril 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Albin Michel

La Psychanalyse va-t-elle disparaître ? janvier 2018, 207 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elsa Godart Edition: Albin Michel

 

Dans Je selfie donc je suis (2016), Elsa Godart avait déjà posé le décor d’une société dévorée par l’immédiateté, souffrant d’un rapport à l’autre de plus en plus complexe. Ce phénomène qu’elle nomme hypermodernité, une course effrénée aux « likes » qui cache à la fois des blessures narcissiques, mais aussi et surtout, un manque d’amour.

Alors à la question « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », on aurait aimé qu’Elsa Godart nous réponde oui, car cela aurait signifié que les êtres humains n’aient plus mal à leur égo… Mais, dès la première phrase de l’introduction, on sent bien que le monde est entré dans un tel chaos de non sens, que la psychanalyse a de beaux jours devant elle pour réanimer notre moi intérieur qui se désagrège. Et surtout pour nous aider à renouer avec nos « vrais » désirs.

Michel Bouquet raconte Molière, Michel Bouquet

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 17 Avril 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Editions Philippe Rey

Michel Bouquet raconte Molière, septembre 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Michel Bouquet Edition: Editions Philippe Rey

 

La discrétion éblouissante de Michel Bouquet ne pouvait que croiser le génie de Molière. Le grand comédien joue ici le théâtre de l’écriture. Et l’écriture s’amuse à plagier le théâtre. C’est une pièce en 1 acte. Elle célèbre les étapes de la vie de Molière en progressant au gré de l’œuvre. Des intermèdes scandent en creux le déroulé en spirales. Ces sont les témoignages que le comédien confie au lecteur : sa vocation, le Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, L’Avare, Le Malade imaginaire. Une sorte de système dynamique de poupées russes en 3 ou 4 D.

Trop modeste, Michel Bouquet raconte. Et la simplicité de l’amour irrigue chaque phrase. Simplicité chère à Molière. « Contrairement à la vision cosmique et universelle d’un Shakespeare, Molière part de la vie des gens, et atteint la grandeur par en dessous ». Ajoutons sans risque : grandeur absolue de Molière. « Molière a ceci de particulier : on est toujours en retard sur lui, notre quête est infinie ».

Un savoir gai, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 13 Avril 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Un savoir gai, janvier 2018, 170 pages, 15 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

 

Plus qu’un témoignage, moins qu’un traité. Plus qu’un essai, moins qu’un exercice d’admiration – et sans doute, le contraire – Un savoir gai de William Marx n’est pas Le gai savoir de quoi que ce soit. C’est parce qu’il échappe aux codes majeurs de toutes les majorités que ce livre est très important. L’apparence de l’abécédaire ne s’offre que pour rire : il s’agit plutôt d’une composition sérielleoù l’authenticité de plans de vie est conjuguée sans théorie, où les clins d’œil complices s’ajustent aux plus belles références (de Platon à Jean Genet). Et le découpage en 33 blocs n’est qu’un clin d’œil à Dante, comme le titreà Nietzsche.

Un gai savoir procède sous règne de la liberté. Rares sont les ouvrages irrigués par une vraie liberté de l’esprit. Rares sont les vies traversées par de vraies libertés de mouvement. Excellents sont les vrais philosophes, brillants et discrets. Sublimes sont les artistes qui rendent un peu plus visible ce qui était invisible dans l’aveuglement majoritaire.

William Marx est un subtil philosophe-artiste au sens le plus nietzschéen du terme. Nourri de philologie, il goûte aussi les plaisirs (et les tristesses) de la vie. D’où – peut-être – la convocation de soi. Autant se tutoyer en public – avec une infinie pudeur et l’humour joyeux quasi permanent.

Lectures nouvelles du roman algérien, Charles Bonn

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Classiques Garnier

Lectures nouvelles du roman algérien, 280 pages . Ecrivain(s): Charles Bonn Edition: Editions Classiques Garnier

 

Charles Bonn est pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures maghrébines une des principales références. Après avoir enseigné en Algérie, il n’a cessé, durant quarante ans, de stimuler la recherche, d’encadrer des thèses, de publier sur ces littératures que l’on ne disait pas encore « émergentes ». Il a fondé et dirigé la revue Expressions maghrébines, créé et animé le site Limag.

Dans une vision encyclopédique, ce site rassemble les publications universitaires, les compte-rendu, les notices biographiques des auteurs, les multiples références de tout ce qui a trait à la région. Au terme de ce parcours, l’infatigable chercheur offre un volume qui se veut un récapitulatif de son itinéraire intellectuel à propos du roman algérien et, bien sûr, à travers lui, de son itinéraire personnel. La tonalité personnelle (qualifiée de « peut-être un peu narcissique », 10) inscrite au cœur de ses réflexions par ailleurs aussi fouillées que dans des ouvrages collectifs ordinaires fait toute l’originalité de ce livre. Charles Bonn se remet lui-même, avec lucidité et distance, dans les contextes qu’il a traversés et qui l’ont formé : 68 en France, la mémoire de la guerre d’Algérie, les années 70 en Algérie, la structure des champs littéraires dans chaque pays, le poids des idéologies, les attentes des étudiants et des lectorats, les grilles instaurées par les critiques français en vue, la rupture de l’islamisme.

La Moïeutique de Cioran, Mihaela-Gentiana Stanisor

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 27 Mars 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Editions Classiques Garnier

La Moïeutique de Cioran, février 2018, 299 pages, 39 € . Ecrivain(s): Mihaela-Gentiana Stanisor Edition: Editions Classiques Garnier

 

Cioran (1911-1995) fascinerait-il les exégètes ? Le pullulement des études à son endroit atteste de l’intérêt suscité par la noirceur stimulante de ses écrits, témoigne de l’attention portée à la fulgurance paradoxale de ses épigrammes. Parmi les plus abouties et intéressantes, citons Émil Cioran. La lucidité libératrice ? (George Balan), Cioran ou le dernier homme (Sylvie Jaudeau), Cioran ou le défi de l’être (Nicole Parfait), Le corrupteur corrompu, Barbarie et méthode de l’écriture de Cioran (Nicolas Cavaillès) etc. Dans ce nouvel essai, La Moïeutique de Cioran, paru en février 2018 aux éditions Classiques Garnier, Mihaela-Gentiana Stanisor analyse la thématique cioranienne à travers un prisme directeur d’ordre linguistique c’est-à-dire l’abandon par Cioran de sa langue maternelle, le roumain, au profit du français.