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Essais

Une chose menant à une autre, Joy Setton (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 02 Mars 2021. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Baconnière

Une chose menant à une autre, Joy Setton, novembre 2020, 188 pages, 8 euros. Edition: La Baconnière


Une chose menant à une autre part dans tous les sens. Localement, une idée, un mot, une référence, mène linéairement à une autre – c’est la logique même – mais globalement, cet essai foisonne tous azimuts, du coq à l’âne et du péché originel aux toilettes à compost. Il y est question de littérature, mais aussi de sociologie, de philosophie, de morale, d’histoire, de coutumes, de langue… et toutes ces disciplines, toutes ces perspectives, s’entremêlent en un treillis serré. Deux déambulations s’articulent : celle du corps de l’auteur dans des lieux physiques – le métro, le Jardin des Tuileries… – et celle de son esprit dans les lieux moins tangibles – mais non moins réels – que sont les pensées des autres – Rousseau, Stendhal, Baudelaire, Arendt, Nietzsche…

Camille et Paul Claudel, Lignes de partage, Marie-Victoire Nantet (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 25 Février 2021. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Camille et Paul Claudel, Lignes de partage, Marie-Victoire Nantet, décembre 2020, 240 pages, 19 € Edition: Gallimard

 

Toucher au génie c’est toucher au mystère et c’est bien ce que révèle le livre de Marie-Victoire Nantet qui, d’emblée, unifie la sœur et le frère Claudel à travers le portrait de Paul sculpté par Camille, alors la toute jeune sculptrice de 16 ans.

Les interrogations a posteriori d’un art construit à un moment précis semblent en jeu à vouloir cerner au mieux la relation sœur-frère : « Aussi s’est-on demandé lequel des visages s’offre au regard, celui d’un enfant encore, ou celui d’un adulte déjà ? / …/ Le Jeune Romain transcende toutes les réponses, sa jeunesse est sans âge et sans défaut ».

L’approche est fouillée et on apprend ainsi beaucoup de l’évolution de Paul Claudel et de ses premiers contacts avec la littérature, les Belges Maurice Maeterlinck et Albert Mockel enthousiasmant son génie symboliste par leurs paroles. Le frère et la sœur fréquentent alors les mêmes milieux, le rôle des critiques, tel à l’époque Mirbeau, se faisant essentiel pour révéler les deux génies de concert, mais avec les a priori de l’époque :

Les Cabanes du narrateur, Œuvres choisies, Peter Handke (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 24 Février 2021. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Nouvelles, Gallimard

Les Cabanes du narrateur, Œuvres choisies, Peter Handke, Quarto/Gallimard, novembre 2020, 1152 pages, 26 € (1) Edition: Gallimard

 

« En marchant par l’écriture, en écrivant par la marche, Peter Handke a cherché ce paradis en cherchant ces mots, l’un par les autres, et il lui est arrivé de les trouver. Ces livres sont les étapes d’un exploit » (Le chemin se fait en marchant, Philippe Lançon).

« Je marchais, vivifié par le vent debout ; le bleu de la montagne, le brun des forêts et le rouge carmin des corniches de sable, c’étaient mes pistes de couleur » (La Leçon de la Sainte-Victoire).

« Pendant que le ciel se faisait couleur de soufre, une friche verdissait dessous et les sentes à travers les champs de décombres devenait vert mousse. Alors que tout était depuis longtemps plongé dans le crépuscule, un buisson d’églantier traçait un arc lumineux » (Essai sur le juke-box).

Dans les eaux profondes, Le Bain japonais, Akira Mizubayashi (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 22 Février 2021. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Japon, Arléa

Dans les eaux profondes, Le Bain japonais, janvier 2021, 272 pages, 10 € . Ecrivain(s): Akira Mizubayashi Edition: Arléa

 

Variations autour du bain japonais

Quiconque aime passer les frontières, rechercher le dépaysement ou encore souhaite s’orienter dans une autre civilisation notamment d’Extrême-Orient trouvera plaisir à la lecture du livre d’Akira Mizubayashi. L’auteur vit et travaille entre la France et le Japon. Il a fait une partie de ses études en France et a intégré l’Ecole Normale supérieure. Il enseigne à Tokyo et c’est un écrivain d’expression française et japonaise. Il vit dans cet entre-Deux qu’il appelle un « royaume intermédiaire », en reprenant une formule de J.B. Pontalis, qui consiste à aller d’une culture à une autre, friction culturelle ne pouvant être qu’enrichissante.

L’ouvrage est original dans sa forme. Le point de départ est un ancien article sur la particularité du bain japonais, paru dans la Revue Critique, il y a près de 40 ans. Pour approfondir cette question, l’auteur propose ensuite toutes sortes de textes courts faisant écho à cet article. C’est un ensemble composite fait de souvenirs d’enfance, de rêves, d’analyses de films où les scènes de bain sont prégnantes.

Abdellah Taïa, Marocain, gay et musulman, Florentin Chif-Moncousin, Jean Leclercq (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 12 Février 2021. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Abdellah Taïa, Marocain, gay et musulman, Florentin Chif-Moncousin, Jean Leclercq, PUL (Presses Universitaires de Louvain), juin 2020, 158 pages, 16,50 €

Le roman contre la barbarie. Nous n’avons pas d’autres armes.

Mohamed Leftah

Du particularisme

Le titre de cette réunion d’articles universitaires, dédié au travail littéraire d’Abdellah Taïa (né le 8 août 1973 à Salé au Maroc, ayant soutenu une thèse en littérature française à la Sorbonne), Marocain, gay et musulman, reprend trois identités que Taïa décline, lors de son entretien avec Laurent Dehossay. L’auteur y livre son parcours de « pauvre », son enfance dans un Maroc bien loin de tout folklore, au sein d’un régime monarchique omniprésent. Son « coming-out (…) en janvier 2006 » et l’ensemble de ses propos en font une déclaration où son particularisme se manifeste. Il parle du « blocage (…) surtout dans la famille », dans un pays où les droits LGTB sont sujets de grandes batailles, de répressions féroces. Taïa pose la terrible question de l’exil : un « pays pour mourir, est-ce que c’est le Maroc ou la France ? ». L’entretien se poursuit avec Hassan Jarfi, père d’un fils assassiné victime de violences homophobes, en 2012.