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Essais

Nous sommes tous des féministes suivi de Les marieuses, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 18 Mai 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Gallimard

Nous sommes tous des féministes suivi de Les marieuses, traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, livre audio, lu par Annie Milon, mars 2018, 12,90 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Gallimard

« Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement ».

C’est par ces mots qui résument bien ce premier texte lu – retranscription d’une Conférence donnée en décembre 2012 lors d’un colloque annuel consacré à l’Afrique – que Chimamanda Ngozi Adichie engage une réflexion féministe sur un sujet toujours plus controversé. Elle le fait avec humour et délicatesse, affirmant cependant une personnalité qui très tôt s’est révélée engagée et décidée pour la Cause féministe. Habituée à donner des conférences notamment sur « la façon dont les stéréotypes appauvrissent nos idées notamment à propos de l’Afrique », elle accepte de parler de sa vision du féminisme tout en espérant malgré les doutes que ses propos susciteraient auprès d’un public attentif mais récalcitrant, que cette question ouvrira un débat nécessaire. Le féminisme lui-même étant limité par les stéréotypes et chargé de connotations lourdes et négatives.

L’inconsolable et autres impromptus, André Comte-Sponville

Ecrit par Arnaud Genon , le Jeudi, 17 Mai 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, PUF

L’inconsolable et autres impromptus, mars 2018, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): André Comte-Sponville Edition: PUF

 

André Comte-Sponville est un philosophe à part dans le paysage intellectuel français. Il a su concilier l’exigence d’une véritable réflexion philosophique autour des problématiques qui lui sont chères et qui sont celles qui nourrissent la pensée depuis l’antiquité (le bonheur, la mort, l’amour, la sagesse, la foi et l’athéisme…) et la clarté, la pureté d’une expression qui la rendent non seulement accessible au plus grand nombre, mais surtout savoureuse et nourrissante. En fait, le travail du philosophe constitue une implacable illustration de ce que les mots saveurs et savoirs ont la même étymologie… Dans un entretien avec Sébastien Charles, André Comte-Sponville déclarait à ce propos avoir « voulu renouer avec cette tradition qui me paraît essentielle à la philosophie et de très loin dominante, qui veut que la philosophie s’adresse de droit à tout le monde et de fait au grand public cultivé » (1). En ce sens, il se situe dans la tradition de la philosophie française et de ses grandes figures telles que Montaigne, Pascal ou, plus proche de nous, Alain.

La Psychanalyse va-t-elle disparaître ?, Elsa Godart

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 19 Avril 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Albin Michel

La Psychanalyse va-t-elle disparaître ? janvier 2018, 207 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elsa Godart Edition: Albin Michel

 

Dans Je selfie donc je suis (2016), Elsa Godart avait déjà posé le décor d’une société dévorée par l’immédiateté, souffrant d’un rapport à l’autre de plus en plus complexe. Ce phénomène qu’elle nomme hypermodernité, une course effrénée aux « likes » qui cache à la fois des blessures narcissiques, mais aussi et surtout, un manque d’amour.

Alors à la question « La psychanalyse va-t-elle disparaître ? », on aurait aimé qu’Elsa Godart nous réponde oui, car cela aurait signifié que les êtres humains n’aient plus mal à leur égo… Mais, dès la première phrase de l’introduction, on sent bien que le monde est entré dans un tel chaos de non sens, que la psychanalyse a de beaux jours devant elle pour réanimer notre moi intérieur qui se désagrège. Et surtout pour nous aider à renouer avec nos « vrais » désirs.

Michel Bouquet raconte Molière, Michel Bouquet

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 17 Avril 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Philippe Rey

Michel Bouquet raconte Molière, septembre 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Michel Bouquet Edition: Philippe Rey

 

La discrétion éblouissante de Michel Bouquet ne pouvait que croiser le génie de Molière. Le grand comédien joue ici le théâtre de l’écriture. Et l’écriture s’amuse à plagier le théâtre. C’est une pièce en 1 acte. Elle célèbre les étapes de la vie de Molière en progressant au gré de l’œuvre. Des intermèdes scandent en creux le déroulé en spirales. Ces sont les témoignages que le comédien confie au lecteur : sa vocation, le Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, L’Avare, Le Malade imaginaire. Une sorte de système dynamique de poupées russes en 3 ou 4 D.

Trop modeste, Michel Bouquet raconte. Et la simplicité de l’amour irrigue chaque phrase. Simplicité chère à Molière. « Contrairement à la vision cosmique et universelle d’un Shakespeare, Molière part de la vie des gens, et atteint la grandeur par en dessous ». Ajoutons sans risque : grandeur absolue de Molière. « Molière a ceci de particulier : on est toujours en retard sur lui, notre quête est infinie ».

Lectures nouvelles du roman algérien, Charles Bonn

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Classiques Garnier

Lectures nouvelles du roman algérien, 280 pages . Ecrivain(s): Charles Bonn Edition: Classiques Garnier

 

Charles Bonn est pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures maghrébines une des principales références. Après avoir enseigné en Algérie, il n’a cessé, durant quarante ans, de stimuler la recherche, d’encadrer des thèses, de publier sur ces littératures que l’on ne disait pas encore « émergentes ». Il a fondé et dirigé la revue Expressions maghrébines, créé et animé le site Limag.

Dans une vision encyclopédique, ce site rassemble les publications universitaires, les compte-rendu, les notices biographiques des auteurs, les multiples références de tout ce qui a trait à la région. Au terme de ce parcours, l’infatigable chercheur offre un volume qui se veut un récapitulatif de son itinéraire intellectuel à propos du roman algérien et, bien sûr, à travers lui, de son itinéraire personnel. La tonalité personnelle (qualifiée de « peut-être un peu narcissique », 10) inscrite au cœur de ses réflexions par ailleurs aussi fouillées que dans des ouvrages collectifs ordinaires fait toute l’originalité de ce livre. Charles Bonn se remet lui-même, avec lucidité et distance, dans les contextes qu’il a traversés et qui l’ont formé : 68 en France, la mémoire de la guerre d’Algérie, les années 70 en Algérie, la structure des champs littéraires dans chaque pays, le poids des idéologies, les attentes des étudiants et des lectorats, les grilles instaurées par les critiques français en vue, la rupture de l’islamisme.