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Essais

L’effondrement du monde arabo-islamique. Le dilemme arabe : Israël plutôt que l’Iran ?, Fouad Khoury-Helou

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Hermann

L’effondrement du monde arabo-islamique. Le dilemme arabe : Israël plutôt que l’Iran ?, janvier 2018, 96 pages, 19 € . Ecrivain(s): Fouad Khoury-Helou Edition: Hermann

 

C’est un titre sans espoir, sans concession, sans illusion, qui fait songer au Decline and Fall de Gibbon : L’effondrement du monde arabo-islamique. Aucun point d’interrogation ne vient en atténuer le caractère péremptoire et abrupt, pour indiquer que, peut-être, cet effondrement ne se produira pas, ou pas ainsi, ou pas tout de suite, qu’il pourra être tenu dans certaines limites. La question ne figurera qu’au sous-titre : Le dilemme arabe : Israël plutôt que l’Iran ? L’effondrement est une certitude – il s’est déjà produit. Seule la suite demeure dans la brume des possibles.

Économiste libanais, Fouad Khoury-Helou observe la crise qui a frappé tous les pays arabes en l’espace de quelques années, qu’il s’agisse de nations anciennes et homogènes, comme l’Égypte, ou d’États artificiels, ne tenant ensemble que par la poigne d’un tyran. Tout se passe comme si les attentats du 11 septembre 2001, censés marquer l’irruption de l’islam politique au premier plan des relations internationales (il s’y trouvait déjà depuis, au moins, 1979) avaient fourni le point de départ à une réaction en chaîne se retournant contre le monde arabe. L’avenir demeure lourd d’incertitudes.

Les Racines du hasard, Arthur Koestler

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques

Les Racines du hasard, Les Belles Lettres, janvier 2018, trad. anglais Georges Fradier, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Arthur Koestler

Arthur Koestler, auteur prolifique et inclassable, est surtout connu pour son grand roman sur les procès de Moscou, Le Zéro et l’infini (Darkness at Noon), mais il a rédigé aussi de nombreux essais, parfois déroutants comme celui-ci. Les Belles Lettres republient depuis quelques années en rafale ces essais depuis longtemps épuisés ; initiative bienvenue, mais on peut regretter que les vieilles traductions de Georges Fradier chez Calmann-Lévy n’aient pas été révisées à cette occasion. La réédition des Racines du hasard semble d’ailleurs avoir été faite à la hâte, si l’on en juge par la présence d’un énorme doublon (p.72) et par le nombre trop élevé de coquilles (dès le verso de la page de grand titre (!) puis pp.21, 32, 34, 36, 42, 48, 49, 51, 59, 63, 65, 81, 97, 117, 121, 124, 125 (2), 127, 132, 136) pour un éditeur de cette qualité.

Ajoutons que le titre de l’ouvrage, s’il est très suggestif, est trompeur parce que le pur hasard y est justement nié. The Roots of Coincidence (1972) porte plutôt sur les coïncidences signifiantes, c’est-à-dire celles qui semblent obéir à une finalité sous-jacente. Tout l’enjeu de ce livre court mais extrêmement dense est en effet de montrer que ce que l’on pense aléatoire ou arbitraire relève en réalité d’une logique psychique cachée. Car il s’agit ici d’étudier les phénomènes paranormaux, comme la perception extra-sensorielle, la télépathie ou la psychokinèse (télékinésie), à la lumière des acquis récents de la physique la plus théorique !

Les gens heureux ont une histoire, 52 contraintes originales pour écrire son autobiographie, Balval Ekel

Ecrit par Thierry Radière , le Jeudi, 07 Juin 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jacques Flament Editions

Les gens heureux ont une histoire, 52 contraintes originales pour écrire son autobiographie, avril 2018, 123 pages, 12 € . Ecrivain(s): Balval Ekel Edition: Jacques Flament Editions

 

Cette nouvelle parution de Balval Ekel est un livre pratique, didactique et littéraire à la fois. Il s’adresse à tous ceux et toutes celles qui voudraient écrire leur autobiographie mais ne savent pas par quel bout la commencer. Ou alors à ceux ou celles qui sont si complexé(e)s par la tâche à accomplir qu’ils la sursoient sans jamais l’honorer.

Balval Ekel sait de quoi elle parle. Elle-même professeure agrégée de Lettres Modernes, auteure et animatrice d’ateliers d’écriture, elle s’est rendu compte qu’avec des contraintes bien ciblées, elle parvenait à faire écrire à son public – parfois difficile à convaincre – des textes qui les ont rendus heureux en leur faisant prendre conscience de la richesse de leur vie.

L’amour de l’auteure pour d’une part la littérature et d’autre part son métier de passeur se sent dès l’avant-propos du livre. Sa bienveillance est communicative :

Charlus, Philippe Berthier

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Charlus, juin 2017, 168 pages, 19 € . Ecrivain(s): Philippe Berthier Edition: Editions de Fallois

 

 

Les essais autour de la Recherche n’en finiront jamais de fleurir, tant sa richesse semble une source inépuisable de réflexions et de points de rencontre, mais aussi tant s’avèrent justes les miroirs qu’elle nous tend, inflexible et tendre, cruelle et bienveillante.

Le professeur Philippe Berthier s’empare dans un court et virevoltant essai de l’un des personnages emblématiques de l’univers proustien, le baron de Charlus. Si le fond n’apporte pas de révélation inédite sur ce cher Palamède, laissant de côté certaines recherches, en privilégiant d’autres, l’agencement du livre apporte une lecture où l’érudition rivalise avec un style somme toute fort proustien, mais surtout un regard singulier où l’auteur se dit tout autant qu’il dit le personnage sur lequel il se penche.

Don Quichotte, Pietro Citati

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 28 Mai 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Italie

Don Quichotte, 2018, trad. italien Brigitte Pérol, avril 2018, 192 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Pietro Citati Edition: Gallimard

 

Pietro Citati lecteur de Cervantès

Pietro Citati prouve combien le Don Quichotte de Cervantès reste un livre inépuisable. Dans ce roman premier, sorte de chant renversant et mystique (sous certains aspects) et farce de première importance, Cervantès mélange le rire à la douleur. Et l’auteur italien commente à sa manière cette symbiose en dépliant des plis inconnus de la robe de Dulcinée du Toboso comme des hauts de chausse du héros et de son fidèle écuyer. Il prouve comment Cervantès procède pour que bien des ombres et des chausse-trappes nous attirent là où la question que les deux héros, inconsciemment, se posent, se déplace sans cesse entre un « qui je suis » et un « si je suis ».

Les mots de Cervantès ne font donc rien que constater les dégâts d’un héros premier de l’histoire du roman. Ecrire, rappelle l’Italien, est donc toujours croire à la vie mais dans un sens particulier. Et il appelle à l’éveil, à la lucidité du lecteur face à une œuvre hors norme et ses suites de fractures, merveilles, absurdités et critiques implicites. Celles-ci portent autant sur le rêve que sur la réalité. L’essai trace une nouvelle carte pour ce livre où se pose la question de leur sens.