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Biographie

Stefan Zweig, Dominique Bona

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Septembre 2016. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Perrin

Stefan Zweig, 480 pages, 10 € . Ecrivain(s): Dominique Bona Edition: Perrin

Zweig, l’humaniste inquiet

Rompue à l’exercice biographique, Dominique Bona réalise un portrait passionnant et nuancé de l’écrivain autrichien, Stefan Zweig (1881-1942). Elle perce à jour la personnalité complexe de Zweig, se fondant minutieusement sur son éducation, ses relations amicales, amoureuses et mondaines, d’autre part sur l’analyse de son œuvre. Elle restitue parfaitement le contexte social, économique, politique et moral dans lequel se déploie la vie de Stefan Zweig, inextricablement liée aux soubresauts historiques.

Un écrivain sociable et soucieux

Ce qui frappe d’emblée dans la personnalité de Zweig, c’est son ambivalence : il apparaît policé, chaleureux, lumineux en société ; sa délicatesse, sa pondération, son raffinement et sa culture y font merveille. Ceci dit, une fébrilité fiévreuse teintée de mélancolie couve en profondeur. Par pudeur et distinction, il musèle en public les forces obscures et souterraines qui le tenaillent. Il s’en délivre partiellement par l’écriture de fictions dans lesquelles il imagine des personnages prisonniers de leurs passions ou emportés par leur exaltation. Ses textes retranscrivent le hiatus entre les exigences morales qu’impose la société et les impulsions profondes et troubles ancrées en chaque individu.

Entre les notes de Bach, Jean-Pierre Grivois

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Entre les notes de Bach, juin 2016, 348 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Grivois Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Comment s’insinuer dans l’intimité d’un grand musicien ? En recréant son parcours, à partir de données biographiques et musicologiques, et en se mettant à la place de l’intéressé pour nous délivrer le récit, celui de sa vie. C’est ce que parvient à faire de façon fort plaisante Jean-Pierre Grivois dans son ouvrage Entre les notes de Bach. Le lecteur parvient très vite à déceler les grands traits de l’éducation de Jean-Sébastien, ses grandes orientations morales, et donc religieuses, car à l’époque, l’une ne peut difficilement être évoquée sans l’autre. Ainsi, de sa foi luthérienne : « Nous connaissions par cœur les textes des chorals de Luther et de ses disciples. Les mélodies sur lesquelles nous les chantions, répétées si souvent, m’envoûtaient ». Très vite, au cours de son parcours de musicien, le devoir de la défense et illustration de la foi va s’imposer comme une priorité permanente : « Certes, l’étude de Luther et la théologie m’intéressaient, mais surtout de leur relation à la musique, des correspondances entre la Bible, les écrits et la pensée religieuse de Luther ; les mélodies des chorals ».

Cette conviction lui permet, entre autres, d’être nommé maître de chapelle à Köthen en 1717, car le Prince énonce que la sauvegarde de la liberté de conscience lui est chère, ainsi qu’à tous ses sujets, ce qui séduit Bach…

Les forêts de Ravel, Michel Bernard

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 07 Septembre 2016. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, La Table Ronde

Les forêts de Ravel, janvier 2015, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: La Table Ronde

 

Ravel, petit homme élégant et racé, a désespéré longtemps de ne pouvoir servir la France sur le front de ses guerres quand, finalement au printemps 1916, il parvient à se faire engager volontaire dans les artilleurs où il sera conducteur d’ambulance de l’armée française. Il a quarante-et-un ans.

C’est dans une prose élégante et fine que Michel Bernard retrace ce parcours des deux années de la vie du « grand » homme et musicien que l’on connaît.

« Il partit un matin d’avril 1916, au volant de sa camionnette, le casque sur la tête et le masque à gaz à portée de main, sur la route nationale de Bar-le-Duc et Verdun ».

On suit les routes et les chemins, les lieux traversés, les hommes croisés avec un Ravel non pas fasciné mais curieux de cette guerre, de ses trajectoires, courageux sans nul doute, généreux au-delà de tout avec ceux qui vont au combat, humaniste et, patient « comme un militaire », ne s’économisant jamais. Se sentir utile, il en avait besoin, en conduisant ces hommes broyés par la canonnade, lui pourtant déjà musicien célèbre.

L’oragé, Douna Loup

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 23 Juin 2016. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Mercure de France

L’oragé, août 2015, 222 pages, 17 € . Ecrivain(s): Douna Loup Edition: Mercure de France

 

La quatrième de couverture le résume on ne peut mieux : « La liberté absolument ».

« “C’est toi qui dois chausser le monde.

Pas l’inverse. Et ta poésie sera en partie cette façon unique, spécifique que tu auras de le chausser.

Sans ta liberté, ton regard

il n’y a que matière magnifique et porteuse, explosive, incohérence pure. Toi seul as la responsabilité de ta cohérence”.

Rabe écoutait les lettres d’Esther et ça le dépassait.

Il ne comprenait pas pleinement, mais il avait la capacité d’écouter. Alors il écoutait et ça entrait dedans ».

Le plus et le moins, Erri De Luca

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 11 Juin 2016. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard, Italie

Le plus et le moins, mai 2016, trad. italien Danièle Valin, 208 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard

Chez De Luca, l’ancrage dans la réalité napolitaine ou ouvrière ou encore alpine est au cœur de nombre de ses ouvrages. Naples, comme Montedidio (honoré du Prix Médicis étranger 2002) ou Le jour avant le bonheur, l’ont montré avec brio et inventivité. L’alpiniste accompli a trouvé moyen d’illustrer l’univers de sa passion par le biais de la fable dans Le poids du papillon.

Depuis, des recueils de nouvelles ou de récits ont accompagné les soubresauts de la vie du Napolitain, finalement relaxé dans un sombre fait divers, d’où il est sorti grandi et prompt à affronter d’autres combats, plus intérieurs sans doute, comme le révèle le dernier opus, ensemble de 37 récits, suivis de trois poèmes, au titre singulier – qui en éclaire la portée, disons, hautement morale, Le plus et le moins.

Entre récits autobiographiques et autres histoires à portée symbolique, l’auteur napolitain, né en 1950, ayant longuement vécu au sceau des réalités parfois très sombres de son parcours, sent l’intense désir d’évoquer, en pages réalistes, nourries d’expériences diverses, ce que fut un certain passé. Passé lointain de l’enfance comme événements plus récents liés aux faits de mai 68, d’un passage douloureux dans la France de 1982. Sans oublier le passé tout proche, lorsque sa mère, ainsi, dut remplacer sa carte d’identité. Chez De Luca, l’intime, le noyau familial rejoint sans cesse les préoccupations communautaires et/ou collectives de la cité.