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Biographie

Ferme du bois clair, Céline, Danemark, 1948-1951, Pierre Grouix (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 09 Juillet 2019. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Ferme du bois clair, Céline, Danemark, 1948-1951, éditions du Bourg, février 2019, 252 pages, 24 € . Ecrivain(s): Pierre Grouix

 

 

Des pans de la vie de Céline, l’âge danois est, de toute évidence, le moins exploré. « Cette absence de curiosité renvoie à une question : aimons-nous assez Céline ? » demande Pierre Grouix. Son travail sur les trois années que Céline a passées chez son avocat, Thomas Mikkelsen, à Klarskovgaard, en compagnie de Lucette et de son chat, s’apparente davantage à une méditation sur l’intimité d’un écrivain esseulé et épuisé qu’à une biographie au sens strict du terme. Grouix ne tombe pas dans le piège qui guette toute littérature secondaire sur Céline, à savoir de se livrer à une plaidoirie plus qu’à une étude littéraire. Céline n’a besoin ni de vigiles ni d’avocats, mais de lecteurs fidèles et de quelques exégètes, tel Pierre Grouix, pour guider la lecture.

Vingt-trois secrets bien gardés, Michel Tremblay (par Arnaud Genon)

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 01 Juillet 2019. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Actes Sud

Vingt-trois secrets bien gardés, juin 2019, 112 pages, 12,80 € . Ecrivain(s): Michel Tremblay Edition: Actes Sud

 

Souvenirs d’un « je » à la troisième personne

Le prolifique québécois Michel Tremblay, auteur de pièces de théâtre, de romans, de scénarios, s’était déjà confié dans son triptyque autobiographique (Les vues animées, Douze coups de théâtre, Ange cornu avec des ailes de tôle) (1), publié au début des années 1990. Presque trente ans plus tard, il livre dans un petit volume plein de fraîcheur, d’humour et de tendresse, vingt-trois secrets qui étaient jusqu’alors bien gardés et qu’il décide, à 77 ans, de partager avec ses lecteurs. Fait notable, il se raconte à la troisième personne même si tout ce qu’il rapporte ici est factuel. La troisième personne offre le recul nécessaire, permet à l’auteur de se voir comme un autre, de garder la bonne distance, le détachement qui donne au recueil sa couleur particulière.

Ces souvenirs nous sont restitués selon l’ordre aléatoire de la mémoire. Ils semblent s’appeler les uns les autres, se répondre et construisent, dans leur ensemble, un autoportrait « empreint d’émotions douces et fines », ainsi que le mentionne la quatrième de couverture.

Cadence, Essai autobiographique, Jacques Drillon (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 28 Juin 2019. , dans Biographie, Les Livres, Les Chroniques, Essais, La Une CED

Cadence, Essai autobiographique, Jacques Drillon, Gallimard, coll. Blanche, novembre 2018, 400 pages, 23,50 €

 

Vivre, c’est sentir. Mais si vivre, c’est sentir, c’est, d’autant plus, avoir senti et s’attendre à sentir. La vie s’élargit, par cette distentio animi, des souvenirs. Et des aspirations. La durée augustinienne est ce qui déborde en avant et en arrière le présent [1]. L’homme est souvenir et désir : la mémoire et l’attente sont, depuis la fin du XVIIIe, son lieu ontologique… La mémoire serait-elle le lieu de souvenirs non pas endimanchés mais enguenillés. Car il est toujours l’humour, pour nous rendre appréciable aux autres. Et à nous-même. Quelles que soient nos tares. Oui, quelles qu’elles soient. Quels que soient les vacillements qui ont préludé à notre chant… Jugez plutôt.

« Certains êtres sont plus sujets que d’autres à l’addiction. [Mon père] l’était au plus haut degré, et nous avons hérité de lui cette inutile prédisposition. Il avait beaucoup fréquenté les casinos, joueur accroché et féroce. Jusqu’au jour où il perdit tout ce qu’il possédait. Terrorisé par ce qu’il venait de faire, il prit la décision de ne plus jouer un centime. Il s’y tint : la résolution avait dû être aisée à tenir.

Carnets, Goliarda Sapienza (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Italie, Le Tripode, Cette semaine

Carnets, janvier 2019, trad. italien Nathalie Castagné, 480 pages, 25 € . Ecrivain(s): Goliarda Sapienza Edition: Le Tripode

 

Tenir registre de sa vie, écrire son journal, voilà une entreprise que bien des auteurs ont tentée et peu réussie. Aux ouvrages célèbres (Journal littéraire de Paul Léautaud, celui monumental de Julien Green…), il faudra ajouter désormais les fameux Carnets de Goliarda Sapienza (1924-1996), dans lesquels la mémorialiste aiguë relate sa vie au-delà des sept années d’écriture de L’Art de la joie, pour une longue période âpre, presque sans argent (1976-1993). La très belle édition du Tripode (Paris), en hautes pages aérées, est un modèle du genre.

La sélection des milliers de pages par le compagnon de Goliarda, Angelo Pellegrino, donne lieu à de réelles plongées dans ces années-là, dans une Rome criblée de violences (Brigades Rouges…), dans l’atmosphère des voyages qui éclairent la conscience communiste de Goliarda, qui dessille enfin les yeux sur les atrocités des systèmes (Russie, Chine).

La plume n’épargne personne et d’abord elle-même, à qui elle réserve une grande part de sa sévérité foncière : elle se sent vidée (par l’écriture épuisante de ce livre qu’elle n’arrive pas à placer chez les éditeurs), alors qu’il faudrait remparer de tous côtés. L’absence d’Angelo (ne fût-ce que pour de petits voyages de travail) l’abat.

Céline en Afrique, Pierre Giresse (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Lundi, 03 Juin 2019. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Céline en Afrique, Du Lérot Editeur, février 2019, 184 pages, 30 euros. . Ecrivain(s): Pierre Giresse

 

 

« Quand la vie de Céline sera bien connue, elle paraîtra aussi étonnante que son œuvre », dixit Dominique de Roux (Céline et ses classiques, Marc Hanrez). Pour bien connaître la vie de Céline, il suffirait de se pencher sur ses romans ou de se rendre sur les lieux où il est passé. Pierre Giresse a fait les deux. Ainsi s’est-il rendu au Cameroun, sur les pas de Céline qui, après ses quelques mois au front et un premier séjour londonien, a vécu à Bikobimbo – que l’auteur du Voyage au bout de la nuit orthographie « Bikomimbo », volontairement ou non – pour une période de neuf mois, entre 1916 et 1917. En Afrique naît la passion de Louis Destouches pour la médecine – « de voir des médecins, je trouvais ça épatant ». En Afrique naît aussi une plume. À Bikobimbo, Louis Destouches est non seulement « médecin sans diplôme », selon l’expression de P. Giresse, mais aussi écrivain sans roman.