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Biographie

Trois filles et leurs mères, Duras, Beauvoir, Colette, Sophie Carquain

Ecrit par Laurence Biava , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Trois filles et leurs mères, Duras, Beauvoir, Colette, Ed. Charleston, avril 2014, 294 p. . Ecrivain(s): Sophie Carquain

 

Sophie Carquain écrit ici une biographie romancée. Voici la vie de trois femmes reliées entre elles par un subtil jeu de correspondances, par un destin commun. L’auteur raconte comment chacune a pris la plume pour se distancier de sa mère et exister. Nul doute que cette relation filiale, aussi compliquée que passionnelle, a de toute façon résonné chez toute femme, de manière singulière chez plus d’une mère et plus d’une fille.

L’auteur campe les trois monstres sacrés de la littérature dans leurs décors : – Duras, de Beauvoir, Colette –. On les suit au cours depuis leur enfance jusqu’à l’âge adulte. La première est dépeinte dans l’exotisme de l’Indochine des années 20, la seconde au cœur de son milieu de petite bourgeoise du début de siècle parisien ; Colette, on la trouve au cœur de sa Bourgogne natale. Irréversiblement, tout fait écho entre elles : Carquain tisse des fils et imagine des correspondances subtiles. Elles-mêmes, d’ailleurs, de la même génération, finiront par se lire les unes après les autres, s’entendront à la radio. Face à leur mère, elles optent pour la même attitude : prendre la plume pour se construire, tenter d’exister. Et surtout, surtout, se dégager de l’emblème matricielle, comme on se débarrasse d’un envahisseur sournois !

Alger, ombres et lumières, Alain Vircondelet

Ecrit par David Campisi , le Jeudi, 04 Septembre 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Alger, ombres et lumières, avril 2014, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Alain Vircondelet Edition: Flammarion

 

Il faut imaginer. Imaginer le petit matin et le clapotis humide de l’eau sur le navire tandis qu’apparaissent enfin les côtes et la ville qui surgit de l’horizon, de la ligne bleue, et s’impose dans son immense lumière qui avale le monde. Un surgissement merveilleux de plages, de jasmin et de lauriers roses fleuris qui exhalent leur parfum sucré.

Imaginer, encore, la clarté immaculée et blanche d’énormes villas flanquées sur les hauteurs et qui contemplent la mer sous la lumière qui inonde les squares, les places, le port, les façades.

Alger la flamboyante. Ses maisons cubiques dégringolent jusqu’au front de mer, partent à l’assaut des collines. Alger la mystérieuse, auréolée de secrets et de fantômes. Alger, éclat de lumière surgi de la mer, un écrin blanc lové dans sa baie. Alger et ses maisons qui se calent les unes contre les autres dans un dédale, comme un escalier géant, serpentée de venelles qui laissent présager des intérieurs somptueux, des cours entièrement carrelées de faïence.

Anaïs Nin, Genèse et jeunesse, Sophie Taam

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 02 Septembre 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Anaïs Nin, Genèse et jeunesse, Editions Chèvre Feuille étoilée, janvier 2014, 147 pages, 15 € . Ecrivain(s): Sophie Taam

 

 

Sophie Taam présente, entre biographie romancée et essai, l’histoire émouvante d’une femme ou bien adulée, ou bien haïe – c’est selon – qui a dû se battre bec et ongles toute sa vie pour sa reconnaissance. Belle inspiration, en effet, pour toutes les femmes, qu’elles soient (un peu ou beaucoup) artistes et/ou écrivains, que la trajectoire de cette femme émancipée. Sophie Taam met autant l’accent sur la sexualité débridée que sur l’œuvre novatrice de Nin, reconnue tardivement, et surtout sur ses journaux témoins de l’époque du Paris d’avant-guerre, où elle revient vivre avec son mari dans les années 1930 : sont présentés également les bribes des œuvres écrites à New York dans les années 50. On perçoit bien, au travers de son enfance et sa jeunesse, une prédisposition précoce à une grande ouverture d’esprit, un besoin d’écrire récurrent : toutes ces pistes intéressantes permettent de déchiffrer le mystère de cette artiste à l’aura sulfureuse. D’autant que sa vie adulte n’en est pas avare non plus, de mystère.

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, Chantal Thomas

Ecrit par Guy Donikian , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Payot Rivages, Histoire

Un air de liberté, Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle, mars 2014, 304 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Chantal Thomas Edition: Payot Rivages

 

Nous aurions tort de considérer notre 20ème siècle comme celui d’un individualisme lié à une solitude de tous les instants. Nous ne sommes en aucun cas les créateurs de cet état d’esprit qui voulant absolument se dégager de toute contrainte nous conduit inévitablement à nous comporter en « esprit rebelle et vagabond ». Quant à considérer que le 18ème siècle n’est que celui d’une liberté chèrement acquise, ce sont là deux écueils que Chantal Thomas nous permet d’éviter avec cet essai particulièrement roboratif.

Il ne s’agit donc pas ici de refaire l’apologie des idéaux qui ont conduit à la Révolution, mais plutôt de repérer les traces d’un esprit de liberté singulière, d’une liberté qui ne s’enracine dans aucun dogme, qui tend seulement à affirmer la primauté de chacun, fût-ce au détriment de ces fameux idéaux de liberté. Parce qu’il ne s’agit plus d’un esprit de liberté, non plus d’un esprit révolutionnaire, mais d’un esprit libertin et/ou libertaire.

Excursions dans la zone intérieure, Paul Auster (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 02 Juin 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits, Actes Sud

Excursions dans la zone intérieure, traduit (USA) par Pierre Furlan, mai 2014, 368 p. 23 € (ce livre existe en ebook, 400 p. 16,99 €) . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

 

La Littérature comme FRAGMENT introspectif, « Invue » d’une vie : « Au commencement, tout était vivant » !

Excursions dans la zone intérieure de Paul Auster s’inscrit dans le prolongement d’un dialogue entre le « je » et le « tu », entre celui qui écrit et lui-même. Non pas sur la question du corps sensoriel, des mutations liées aux expériences physiques – Chronique d’hiver paru en 2013 – mais sur la reconstruction de son esprit, dans un journal cinématographique elliptique, labyrinthique où s’incarne l’environnement socioculturel d’une Amérique de la seconde moitié du 20e siècle.

« Etre comme tout le monde » permet à Paul Auster de poser l’espace de son interrogation comme le fil entre les deux ouvrages, entre ses deux états. L’auteur dessine le paysage de son enfance, souvenir d’une tasse en porcelaine décorée de deux illustrations tirées des livres de Beatrix Potter ; dont « tu » te sers encore aujourd’hui chaque matin pour prendre le thé. Jusqu’à l’âge de cinq ou six ans, croyant que les mots anglais pour « être humain » (being human) se prononçaient de façon à signifier « haricot humain » (been human), étant le symbole de la « vie même » de part sa petite taille.