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Biographie

Chateaubriand, Ghislain de Diesbach (par Vincent Robin)

Ecrit par Vincent Robin , le Mercredi, 31 Octobre 2018. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Perrin

Chateaubriand, juin 2018, 670 pages, 27 € . Ecrivain(s): Ghislain de Diesbach Edition: Perrin

 

« Il lui faut de l’inquiétude, et non du bonheur domestique, de la gloire et de la réputation, quitte à gémir sous le fardeau de cette gloire et à s’affliger que cette réputation soit contestée par les envieux. Il lui faut de l’aventure, afin d’échapper à l’ennui, et du bonheur, pour le plaisir de se croire en butte aux caprices d’un singulier destin » (p.123). Dévoilant ces sortes de tortures doucereuses, récoltées d’une plus haute estime de soi appelant quelque très chrétien besoin mortificatoire, Ghislain de Diesbach nous livre ici probablement la plus parlante et éclairante synthèse du caractère original de François-Auguste de Chateaubriand. Affublé d’une particule largement aussi développée que la partie « tête », le bouillant et dogmatique aristo-natif de Saint-Malo transparaît en effet d’entrée en ce livre consacré à lui sous le trait d’un poète-écrivain-idéologue tourmenté… telles les eaux tumultueuses de cet océan tout près venu chahuter son avènement…

Un si beau diplôme !, Scholastique Mukasonga (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Récits, Gallimard

Un si beau diplôme !, mars 2018, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

 

Retrouver le père par l’autobiographie

Après des œuvres de fiction, romans et nouvelles, qui lui ont valu un ample succès et le prix Renaudot en 2012, Scholastique Mukasonga publie un récit autobiographique : Un si beau diplôme !

Comme l’illustre clairement le titre, le récit est primordialement centré sur le diplôme. Pour Scholastique, un diplôme au Rwanda, son pays natal, n’est pas un simple bout de papier : c’est un moyen pour affirmer son existence.

« Ce serait ma sauvegarde, mon sauf-conduit dans les périls de cette vie, mon véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans la monde, j’existais » (p.47).

L’auteure a passé la moitié de sa vie à courir après ce fameux diplôme d’assistance sociale. Ainsi, elle découvre l’exil et ses conséquences en passant d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre : Rwanda, Burundi, Djibouti, France… Scholastique a eu son diplôme, fonde sa famille, et s’installe enfin au nord de la France.

Encore cent ans pour Melville, Claude Minière (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 12 Octobre 2018. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard

Encore cent ans pour Melville, juin 2018, 112 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Gallimard

 

« Il faudra encore cent ans pour qu’Herman Melville soit lu, soit vu avec ses multiples visages, son côté noir et son côté lumineux… Trois cents ans de parenthèse. Trois siècles de tortue » (Encore cent ans pour Melville).

« Il faisait un temps merveilleux le jour où vint pour la première fois mon tour de poste à la haute vigie (Moby Dick).

« Par une illusion d’optique, flottent haut dans une brume d’azur, des terres ensoleillées comme des cygnes ou des paons aux brillantes couleurs. Le ciel et la terre se confondent, les nuages ensoleillés traînent sur la plaine » (Mardi).

Encore cent ans pour Melville est une biographie légère comme une chaloupe qui glisse sur la houle vers le Cachalot Blanc, un exercice d’équilibre littéraire pour éviter qu’Herman ne nous échappe, pour éclairer en quelques chapitres de haute tenue la vie du marin écrivain, de l’écrivain silencieux, qui n’a point cherché à écrire des livres plaisants et faciles. Melville est un aventurier, en mer et devant sa feuille, ses feuilles blanches qu’il anime, qu’il fait vivre de romans et de poèmes.

Marguerite Duras, Romane Fostier (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 19 Septembre 2018. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Marguerite Duras, septembre 2018, 304 pages, 9,40 € . Ecrivain(s): Romane Fostier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les Incursions secrètes de Duras

Dans l’œuvre de Duras chaque mot est une incantation – celui qui appelle l’esprit le fait apparaître – et l’auteure fit jaillir des lieux secrets contre lesquels on se penche, au bord de rien. Il y a là des nids d’errance, des espaces de repli qui sont comme des angles morts du monde à l’intérieur de soi.

Et Romane Fostier en remonte l’histoire à travers celle de Duras – de l’enfance rebelle en Indochine jusqu’à sa retraite à Neauphle-le-Château. Pas de scoop dans cette biographie mais cette façon de montrer comment les bourgeons portent des écailles pour renvoyer la lumière en éclats. Le chemin de Duras est un espace aux lisières presque closes, une sorte d’utopie dont l’accès est blotti derrière des paupières où se cachent bien des douleurs.

La biographe les pénètre pour montrer comment la romancière et cinéaste sut lâcher les freins, fendre l’œuf du monde, s’inclure dans l’élan jusqu’à pulvériser les restrictions du regard, accueillir l’éperdu dans la chambre flottante de l’esprit rebelle et acéré.

Kronos, Witold Gombrowicz

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Folio (Gallimard)

Kronos, mai 2018, trad. polonais Malgorzata Smorag-Goldberg, 432 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Witold Gombrowicz Edition: Folio (Gallimard)

 

Madame Gombrowicz, pourquoi diable avez-vous exhumé de la malle secrète ce second journal intime écrit par votre mari, le célèbre écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) ? Quel est l’intérêt de publier un document non seulement dépourvu de pulpe psychologique, philosophique ou introspective mais de surcroît se dispensant d’un minimum de construction littéraire ? Que ce journal est sec et désincarné ! Qu’il est triste et laid ! Qu’il est froid et bâclé ! Tel un reliquat de charogne calanchée depuis plusieurs jours, au détour d’un sentier gisant, il n’attire qu’une frêle horde de drosophiles vibrionnantes, perpétuant par habitude sur ce corps décomposé leur torpide harcèlement.

Que ressort-il donc de cette hideuse dépouille, de ce cadavre honni ? Que retenir de ce document prétendument sensationnel, à en croire les propos exaltés du préfacier Yann Moix : « Pour la première fois, on peut assister, en temps réel, aux effets du quotidien sur le génie gombrowiczien ».