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Polars

Fantôme, Jo Nesbø

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 21 Mai 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Série Noire (Gallimard)

Fantôme, traduit du norvégien par Paul Dott, avril 2013, 560 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jo Nesbø Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Pour sa neuvième apparition, l’inaltérable Harry Hole revient de son exil hongkongais pour tenter de résoudre une affaire qui le touche de près. En effet, Oleg, le fils de Rakel, l’amour de sa vie, est accusé du meurtre de Gusto, un dealer avec lequel il traînait depuis quelques années. Toutefois, au fur et à mesure qu’il avance dans son enquête, Hole met à jour de nombreuses collusions entre services de police, politiques locaux et un mystérieux trafiquant de drogue surnommé Dubaï. Ce faisant, il perturbe un fragile équilibre et devient lui-même une cible à abattre.

Personnage attachant et complexe, c’est toujours avec plaisir que l’on retrouve Harry Hole. Ajoutons à cela la thématique du trafic de drogue, de la marginalité et de la corruption en Norvège, qui vient quelque peu bousculer l’image que l’on peut avoir de ces sociétés scandinaves souvent citées en exemple chez nous et, bien entendu, le savoir-faire de Jo Nesbø. Car l’auteur norvégien est indéniablement aujourd’hui l’un des meilleurs auteurs de thriller. Imaginatif, collant au plus près à la réalité sociale et politique, mais aussi spécialiste éprouvé des fins de chapitres qui donnent envie de continuer à tourner les pages, et de la mise en place de fausses pistes et de personnages ambigus, il fait preuve d’un savoir faire qui lui permet d’accrocher le lecteur et de le tenir en haleine.

Les violents de l'automne, Philippe Georget

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Samedi, 18 Mai 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jigal

Les violents de l’automne, mai 2012, 344 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Philippe Georget Edition: Jigal

 

Ce n’est sans doute pas un hasard si Philippe Georget a choisi dans son dernier roman Les violents de l’automne, paru en 2012 aux éditions Jigal, et dont l’intrigue se déroule à Perpignan, de décrire en toile de fond la vie des rapatriés d’Algérie, leurs luttes pour sauvegarder intacte la mémoire de leurs morts, leur nostalgie d’une terre qu’ils sacralisent, leurs rancœurs parfois et leurs désillusions, souvent.

L’année 2012, cinquantième anniversaire de l’accession à l’indépendance de l’Algérie, est aussi l’année où cette ville forte à dix pour cent d’une population ayant des origines pieds-noirs s’apprête à inaugurer Le Centre de documentation des Français d’Algérie, après avoir inauguré en 2003 la stèle aux fusillés et combattants morts pour l’Algérie française, à l’initiative de l’Association de Défense des Intérêts Moraux et Matériels des Anciens Détenus et Exilés politiques de l’Algérie française, et érigé en 2007 le mur des disparus, financé par des fonds privés.

Dans ce roman policier enraciné dans le Languedoc-Roussillon, Gilles Sebag est un lieutenant de police intuitif, à l’excellente renommée, époux parfois inquiet de la fidélité de sa femme et bon père de famille, mais qui a perdu de sa foi en sa profession.

Argent sale, Richard Stark

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Argent sale, traduit de l’anglais (USA) par Élie Robert-Nicoud, avril 2013, 268 pages, 20 € . Ecrivain(s): Richard Stark Edition: Rivages/Thriller

 

Dernier volet d’un triptyque (À bout de course, Demandez au perroquet, Argent sale), qui voit Parker courir après un magot impossible à écouler et chercher à échapper à la police et à ceux qui voudraient aussi mettre la main sur son butin. Argent sale est par ailleurs l’ultime aventure de Parker, parue en 2008, quelques mois avant la mort de son auteur.

Pour mémoire, dans les deux épisodes précédents, Parker, sorti de prison, se lançait dans l’attaque d’un fourgon blindé dont il s’avérait que le butin était composé de billets marqués. Non seulement impossibles à écouler, les billets en question mettaient la police sur les traces des braqueurs et entraînaient même l’arrestation de l’un d’eux. Traqué, Parker trouvait refuge chez un étrange ermite avec lequel il finissait par planifier l’attaque d’un champ de courses. Dans Argent sale, Parker décide de récupérer le butin abandonné dans une église malgré l’important dispositif policier mis en place. Aidé par sa compagne, Claire, par Mc Whitney, son complice lors de l’attaque du fourgon, et par Sandra, chasseuse de primes qui a basculé de son côté, Parker va donc jouer une dernière fois de ses talents de planificateur et de sa capacité à improviser face aux imprévus qui vont s’enchaîner et les mettre lui et Claire en danger.

Le coeur et la raison, Dorothy L. Sayers

Ecrit par Odile Alleguede , le Vendredi, 10 Mai 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Le cœur et la raison (titre original Gaudy Night), traduit de l’anglais Daniel Verheyde, Presses universitaires du Septentrion, novembre 2012, 448 p. 25 € . Ecrivain(s): Dorothy L. Sayers

 

 

Le succès commercial comme l’estime critique d’un livre tiennent souvent d’un double mystère. Mystère diégétique d’abord, ce monde interne à l’œuvre qui, dépeignant des destins singuliers et jailli de l’imagination de son auteur, parvient par la grâce du souffle narratif à parler au plus grand nombre. Mystère chronologique ensuite. Ce timing parfait qui fait que la sortie médiatique du livre coïncide avec la réceptivité intuitive du public à l’attendre. Sorti pour la première fois en 1935, Gaudy Night (Le cœur et la raison en français) que l’on pourrait traduire par « la nuit électrique », connut d’emblée succès et reconnaissance dans la perfide Albion. Une estime (et des ventes) qui consolidèrent dans les pays anglophones la réputation de Dorothy L. Sayers, romancière experte en coups fourrés à mi-chemin entre Agatha Christie et P.D. James.

Washington noir (Georges Pelecanos présente)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 07 Mai 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, Asphalte éditions

Washington noir, trad. USA par Sébastien Doubinsky février 2013, 280 p. 21 € . Ecrivain(s): George Pelecanos Edition: Asphalte éditions

 

Asphalte continue son tour du monde des grandes cités, versant noir. Aux USA, on savait pour Chicago bien sûr, pour NY, pour San Francisco et Los Angeles. La littérature policière, avec pour guides Chandler, Himes, Ellroy et combien d’autres, nous a conduits régulièrement dans ces antres du crime et de la violence urbaine. Pour Washington ça se sait moins : on imagine, de loin, une ville administrative, froide, à vastes espaces, bourgeoise.

Dès la préface, George Pelecanos nous révèle le Washington réel, celui que vivent ses habitants.

« Washington D.C. est la ville américaine où les différences de classe, de race et de culture sont les plus évidentes. Et les conflits ne se cachent pas sous la surface – l’expérience américaine est disséquée, discutée, vécue chaque jour, comme un poing dans la gueule. »

Nous voilà prévenus. Mais pas au point qu’on imagine ! Les nouvelles de ce recueil sont autant de coups de poing qui vont nous laisser sonnés. Il faut dire que le genre – la nouvelle noire – s’y prête particulièrement avec sa capacité de concentration des tensions, des conflits, des complexités les plus torves de l’âme humaine. Et le choix de Pelecanos est singulièrement sombre et détonnant.