Identification

Polars

Ghosting, Kirby Gann

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Seuil

Ghosting (Ghosting) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch, avril 2014, 372 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Kirby Gann Edition: Seuil

 

De Frank Bill à Benjamin Whitmer, en passant bien entendu par Daniel Woodrell ou Donald Ray Pollock, le noir américain nous offre depuis quelques années une autre vision de l’Amérique profonde. Après les alcooliques, parfois un peu toxicos et autres malades mentaux, de Larry Brown, Harry Crews ou James Ross, sont ainsi arrivés les rednecks et white trash carburant à la méthamphétamine, les parrains locaux régnant sur des trafics et des communautés perdus du fin fond des grands États-Unis d’Amérique.

C’est dans cette nouvelle vague que vient s’inscrire Kirby Gann en amenant le lecteur dans un comté paumé du Kentucky, dont une bonne partie de la population ne doit sa survie qu’à la vente d’herbe et de quelques substances plus corsées. Là, depuis des générations, les habitants du bord du lac – plus un cloaque qu’un plan d’eau touristique – vivent d’expédients et de trafics divers. À l’alcool de contrebande qui a longtemps inondé ce « comté sec » ont donc succédé les stupéfiants sous la coupe de Mister Greuel et de ses hommes.

Dernière récolte, Attica Locke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 10 Septembre 2014. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Série Noire (Gallimard)

Dernière récolte (The Cutting Season), traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude, mai 2014, 416 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Attica Locke Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Marée Noire, premier roman remarqué d’Attica Locke, laissait entrevoir de belles qualités chez cette jeune auteure – en particulier dans ses évocations de la lutte en faveur des droits civiques des Noirs aux États-Unis – mais souffrait par ailleurs de défauts patents, notamment une intrigue pour le moins confuse. C’est donc avec curiosité que l’on attendait ce deuxième livre, histoire de meurtre dans une plantation de Louisiane devenue musée et dans laquelle, une fois encore, Attica Locke entend faire entrer le présent en résonnance avec le passé.

En effet, Caren Gray, héroïne de cette Dernière récolte, descendante d’esclaves attachés à la plantation Belle Vie, revenue en ces lieux afin de les gérer pour la famille Clancy, se trouve confrontée au meurtre d’une immigrée clandestine employée dans les champs de canne à sucre loués par une grande entreprise sucrière autour de Belle Vie. Alors que la police cherche le coupable idéal, Caren soulève peu à peu un voile derrière lequel se bousculent bien des souvenirs enfouis et une histoire beaucoup moins lisse que celle que présente la troupe d’acteurs de la plantation dans son spectacle destiné aux touristes.

Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 04 Septembre 2014. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Aux animaux la guerre, mars 2014, 368 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Nicolas Mathieu Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

L’usine, c’est à la fois un carcan au quotidien et la possibilité d’une certaine émancipation par le biais de la solidarité et du rapport de force, comme l’a découvert Martel, le syndicaliste du site vosgien de Velocia sous-traitant en équipement automobile.

« L’usine, c’était comme le reste, beaucoup d’efforts et pas grand-chose à faire pour inverser le cours des choses. Et là, au beau milieu, ce point de fixation, cet espace où la guerre était possible. Sans doute pas à armes égales, mais où des résistances s’organisaient, où les patrons se sentaient menacés, prenaient des soufflantes à leur tour. Et cette chose toute nouvelle, abstraite et brutale, d’une force inimaginable : le droit. Il suffisait d’en connaître un bout et les volontés adverses se brisaient net. Martel venait de découvrir les rapports de force. Avec deux articles du code du travail, on érigeait des murs, on emmerdait le monde, c’était magnifique ».

Mauvais coucheur, Carl Hiaasen

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 27 Août 2014. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Mauvais coucheur (Bad Monkey, 2013), traduit de l’anglais (USA) par Yves Sarda, Éditions des Deux Terres, mai 2014, 393 p. 20 € . Ecrivain(s): Carl Hiaasen

 

On fait parfois, sous le coup de l’énervement, des choses que l’on regrette après. C’est le cas d’Andrew Yancy qui a sodomisé le mari de sa maîtresse avec un aspirateur portatif. Un acte irréfléchi qui lui vaut de perdre son insigne d’inspecteur de la police de Key West et d’être muté à la peu ragoutante « brigade des cafards » chargée d’effectuer les contrôles sanitaires des restaurants des Keys. Mais la découverte lors d’une partie de pêche, par un jeune couple en lune de miel, d’un bras humain, peut être pour Yancy l’occasion de retrouver son poste et, partant, de reprendre les kilos qu’il perd depuis qu’il visite les arrière-cuisines des restaurants floridiens. Une enquête clandestine et échevelée qui va le mener de Key West aux Bahamas et lui faire croiser nombre de personnages hauts en couleurs, à commencer par un singe, ex-star de cinéma, colérique et, par ailleurs, complètement pelé.

911, Shannon Burke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 20 Août 2014. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

911 (Black Flies) traduit de l’anglais (USA) par Diniz Galhos, juin 2014, 208 pages, 16 € . Ecrivain(s): Shannon Burke Edition: Sonatine

 

« Nos voisins de Manhattan ont des boulots, ils votent, ils paient leurs impôts. Les gens qu’on a ici, c’est de la racaille. Des parasites. Et dès que quelqu’un essaie de les aider, ils se mettent à hurler, jamais un merci. Je leur souhaite tous de crever. Je leur souhaite tous de se prendre une putain de balle dans le foie et de crever de la mort la plus douloureuse qui soit. Mais s’ils souffrent, s’ils sont mes patients, je les soignerai mieux que Verdis. […] Ma façon de voir les choses, c’est que, pour préserver l’objectivité et la distance professionnelle qui s’imposent, le mieux pour un ambulancier, c’est de détester ses patients ».

Quand, au début des années 1990, le jeune Ollie Cross, recalé à l’examen d’entrée en fac de médecine, trouve un travail d’ambulancier et se trouve affecté à la station 18, sur la 136ème rue, au cœur de Harlem, il pénètre dans un monde effarant à plus d’un titre. D’une part parce que l’extrême pauvreté de ce ghetto en fait un lieu d’une violence extrême prompte à se retourner contre tout représentant d’une quelconque autorité officielle, secouristes compris. D’autre part parce que les ambulanciers expérimentés qui l’accueillent oscillent entre un recul frisant l’indifférence, à l’image de Rutkovsky, l’équipier d’Ollie, une agressivité et un racisme assumé comme LaFontaine, ou une empathie peut-être trop importante pour Verdis.