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Polars

Retour à Watersbridge, James Scott

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 29 Mai 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Seuil

Retour à Watersbridge (The Kept, 2014), Seuil Policiers, février 2015, trad. de l’anglais (USA) Isabelle Maillet, 389 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): James Scott Edition: Seuil

 

Elspeth Howell, sage-femme, rentre chez elle, au nord de l’État de New York un soir d’hiver de 1897 et découvre sa famille assassinée. Le seul survivant est l’un de ses fils, Caleb, âgé de 12 ans. Commence alors pour la mère et le fils une longue et rude épopée à travers les paysages glaciaux, les bois, les collines abruptes et les champs. Un seul objectif pour eux : rejoindre la ville de Watersbridge vers laquelle les tueurs ont fui, les retrouver et se venger. Mais en regagnant cette cité qu’elle a quittée il y de nombreuses années, Elspeth se trouve obligée d’affronter son passé et ses propres péchés.

Premier roman de James Scott, Retour à Watersbridge, sans être dénué de défauts, en particulier certaines longueurs qui viennent parfois affaiblir la force du récit, se révèle être un livre à bien des égards stimulant. Porté par une écriture élégante, il évoque avec force les tourments intérieurs de ses deux personnages principaux, la culpabilité qu’ils portent tous deux, les sentiments ambivalents qui les animent, les secrets enfouis.

Carnaval, Ray Celestin

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Le Cherche-Midi

Carnaval, mai 2015, traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz, 493 pages, 16,99 € . Ecrivain(s): Ray Celestin Edition: Le Cherche-Midi

 

Proposition de formule d’accroche : Une machine narrative imparable, au rythme soutenu mais pas essoufflant, qui voit plusieurs faisceaux d’enquête partir d’une série de meurtres horribles dans la Nouvelle-Orléans de 1919.

Assez étonnamment, Ray Celestin est un auteur anglais, qui vit à Londres ; assez étonnamment parce que son premier roman, Carnaval (The Axeman’s Jazz en anglais, titre plus en rapport avec l’histoire racontée – mais il est vrai que Le Jazz de l’Homme à la Hache, c’est plus difficile à vendre en français que Carnaval), est entièrement situé à la Nouvelle-Orléans en mai 1919, en plein milieu d’une vague de meurtres horribles historiquement avérés et juste avant un ouragan dont les conséquences ne sont pas sans rappeler celles de Katrina, et fait état d’une érudition assez conséquente sur la ville. Moins étonnamment, Celestin a écrit des scripts pour la télévision et le cinéma ; Carnaval est effectivement rythmé comme une machine cinématographique ou télévisuelle imparable – on imaginerait volontiers HBO en faire une mini-série très efficace en se contentant quasi de transposer le roman en scénario.

Frank Sinatra dans un mixeur, Matthew McBride

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Frank Sinatra dans un mixeur (Frank Sinatra in a Blender), mai 2015, trad. de l’anglais (USA) par Laurent Bury, 246 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Matthew McBride Edition: Gallmeister

 

« Norman Russo avait bien choisi sa journée pour se tuer. Il faisait un temps de merde et il n’y avait rien à la télé ». Surtout, comme le constate bien Nick Valentine, on a un peu aidé Norman Russo à se suicider. Et cela a sans doute à voir avec les deux débiles qui ont attaqué une banque avec une camionnette de boulanger avant de se faire dessouder et que le butin disparaisse. Naviguant entre deux eaux, entre la police et les gangsters qui ont tous besoin de ses services, Valentine, ex-flic et détective privé alcoolique au dernier degré, se lance lui aussi à la recherche de l’argent volé en espérant bien pouvoir en profiter pour renflouer ses comptes et payer des tonnes de croquettes à Frank Sinatra, son bâtard de yorkshire et de terrier.

De ce postulat désormais classique des différents groupes recherchant la même chose et se doublant les uns les autres avec, au milieu, l’homme qui entend tirer son épingle du jeu, Matthew McBride tire un polar ultraviolent et hilarant mené à un train d’enfer.

Ground Zéro, Jean-Paul Chaumeil

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 16 Mai 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Rouergue

Ground Zéro, janvier 2015, 216 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Chaumeil Edition: Le Rouergue

 

« J’aime l’acier poli du canon ou le bois spécial pour la crosse ainsi que l’élégance et la finesse des mécanismes qui propulsent la mort. Celui-ci était un Glock 17, fabrication autrichienne, de couleur chat noir ».

Ground Zéro, ou la passion des armes, de l’art précis du tir embusqué, où tout est toujours question de juste place, de position du tireur couché (1). Roman de l’aventure d’un tireur d’élite qui vend ses services de haute valeur ajoutée à quelques commanditaires qui eux seuls savent à quoi et à qui tous ces assassinats peuvent servir, Ground Zéro est un roman guerrier. Glacial, terrifiant, troublant, mêlant l’art subtil de l’intrigue à celui tout aussi saisissant de la manipulation et de l’assassinat politique.

« Je n’ai jamais de contact organisé avec les politiques, et il va de soi aussi que je suis inconnu des DRH des groupes qui font appel à moi, car ce genre d’initiative échappe à leur compétence officielle. Certaines activités de mes contacts dans les conglomérats financiers ou autres sont inconnues même de leurs escort girls, si vos voyez ce que je veux dire ».

L’ombre des chats, Arni Thorarinsson

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 13 Mai 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

L’ombre des chats (Ár kattarins), octobre 2014, traduit de l’islandais par Eric Boury, 300 pages, 20 € . Ecrivain(s): Arni Thorarinsson Edition: Métailié

 

L’ombre des chats nous permet de retrouver le journaliste du « Journal du soir », Einar, qui va peut-être se trouver à un tournant de sa carrière. Cela commence par un mariage entre femmes au cours duquel une plaisanterie au goût pour le moins douteux sera déposée au milieu des cadeaux aux mariées. Mais est-ce bien une plaisanterie ? La question se pose d’autant plus lorsque quelques jours après l’une des mariées est retrouvée morte. Apparemment un suicide partagé avec son ex, mais un suicide assisté par ordinateur ! Dans le même temps, Einar reçoit d’étonnants SMS, ressemblant à de la drague. Des SMS en provenance du porte-parole du parti socialiste qui est sur le point de déclarer sa candidature à la présidence du Parti.

Bien des évènements se bousculent et Einar va devoir en plus gérer l’absence de collègues, dont celle du rédacteur en chef, son mentor et son modèle en matière de journalisme et de déontologie. Comme dans la vie, un événement en bouscule un autre, à peine un problème trouve-t-il une ébauche de réponse qu’un autre survient. Le privé et le professionnel s’emmêlent et le héros, tout comme le lecteur, ne sait plus où donner de la tête. On se dit que là, on n’est pas comme dans un roman ou un film, avec une relative unité de lieu, de temps et d’action, mais plutôt au cœur d’un journal en train de se fabriquer, d’enquêtes en train de piétiner, de vies en train de se chercher.