Quelque part du côté de cet autre livre, Eden de Laurent Gaudé : Sicile/ Afrique, et entre les deux, ces coquilles de noix sinistrement ballotées sur une Méditerranée cireuse ; d’un Welcome, le film fameux, pour ces hordes posées entre papiers gras et descentes de police, au bord de l’Occident de toutes les civilisations… ce Détroit-là est tout simplement un livre important, souvent fondamental : sujet, construction, écriture… et, évidemment, message ! Déjà annoncé par le sous-titre « l’Occident barricadé » ; une histoire d’invasions barbares, en somme…
« Un homme veut fuir sa terre, rêvant juste d’une petite place sous le soleil du Nord. Qu’importe le brouillard, la pluie, ou le gel, pourvu qu’on ait le métro ! Tu seras un “harrag” mon fils, brûlant tes papiers comme ton passé ».
Drôle d’affaire de passage ? « un pont trop loin ? » que ce roman ? Récit/documentaire ? Croisant habilement (tapis de haute lice tissé à la marocaine) quelques destins d’hommes, puissamment posés par l’écriture sans concession, ni fioriture de Mustapha Nadi. Ceux qui montent d’Afrique ; Yacine, le marocain, Bilal, celui de Bamako, Tarek, l’Algérien. En quelques paires de lignes coupantes comme la machette, celui-là, notamment, amène avec lui la terreur des années de cendre dans son village. Un moment, parmi d’autres, de ce livre, qui prend à la gorge.