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En Vitrine

Barcelona ! Grégoire Polet

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 23 Février 2015. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Barcelona !, janvier 2015, 496 pages, 22 € . Ecrivain(s): Grégoire Polet Edition: Gallimard


« C’est dans cette carcasse de pierre que l’illustre Jean Genet se logea jadis, plusieurs mois. Irving regarde la ruine pendante, songeur. Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir construire là ? Des logements sociaux ? Ou bien, comme ils en sont capables, un beau musée, boum, pour charger le signe du quartier ? ».

Plus que jamais Barcelone est bien cette ville des Prodiges, une ville en mouvement perpétuel, qui ne dort jamais, qui se forme et se transforme comme un roman. Roman d’une ville en révolte permanente, épique, virevoltante, troublante, sidérante et parfois sidérée, hantée par l’Histoire et les histoires qu’elle s’invente et qui l’inventent. Grégoire Polet pratique l’art de la dérive littéraire, inspiré par ceux qui l’ont précédé sur la Rambla, dans le Raval ou le Barrio Chino, où les ombres portées d’écrivains voyageurs croisent celles d’insomniaques douteux et de perdants magnifiques.

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 23 Février 2015. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Gallimard

Americanah, janvier 2015, traduction de l'anglais Anne Damour, 523 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Gallimard

 

Americanah, c’est, au fond, une histoire d’amour, de celles qui, dans ces temps modernes, ne vont pas de soi, font mille et un détours, deux vies enchevêtrées et sinueuses plutôt qu’une ligne droite. Mais c’est aussi un de ces livres qui, dès la première lecture, vous font percevoir que vous êtes en présence d’un chef d’œuvre, qui deviendra un classique qui fusionne virtuosité littéraire et critique sociale.

Americanah suit l’histoire de deux jeunes Nigérians, Ifemelu et Obinze, qui se rencontrent au lycée et tombent amoureux. Au fil d’années mouvementées sur le plan politique (on ne peut échapper au poids de la dictature au Nigéria, ni aux répercussions du 11 septembre), ils vont tenter de se frayer chacun leur chemin – Ifemelu va rejoindre sa tante dans le Nord-Est des États-Unis pour y continuer ses études, et Obinze, qui se verra refuser un visa pour l’Amérique, connaîtra la dure réalité d’être un sans-papiers en Angleterre. Leurs vies vont progressivement s’éloigner, jusqu’à ce que le silence radio remplace la passion des premiers temps. Ifemelu devient une bloggeuse renommée, publiant sur Raceteenth ses observations sur les questions raciales et ethniques aux États-Unis du point de vue d’une Africaine noire ; Obinze rentre au Nigéria où la chance et la fortune lui sourient. Et puis Ifemelu décide de rentrer au Nigéria…

Les Autodafeurs 2, ma sœur est une artiste de guerre, Marine Carteron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 23 Février 2015. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Les Autodafeurs 2, ma sœur est une artiste de guerre, octobre 2014, 336 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marine Carteron Edition: Le Rouergue

 

Le premier volet des Autodafeurs était un coup de maître. On attendait une suite aussi pleine de punch, d’action et d’humour, et bien, nous voilà servis. S’ajoute dans ce deuxième opus une certaine noirceur liée la confrontation de nos héros avec leurs propres démons, avec leurs propres capacités à agir jusqu’aux extrêmes. Cette nouvelle dimension apporte une plus grande profondeur encore à leurs caractères déjà bien trempés ; et en définitive, les rend encore plus attachants et intéressants.

Auguste et Césarine ont perdu leurs grands-parents ; leur mère est encore à l’hôpital dans le coma, suite à l’attaque de la chapelle par les Autodafeurs. Confiés aux bons soins de Marc DeVergy, chacun encaisse cette nouvelle épreuve à sa façon et souffre. Mais l’urgence est de se livrer à l’entraînement qui fera d’eux des Guerriers et des Gardiens du Livre, membres à part entière de la Confrérie. Un entraînement digne de Kill Bill et de Kung Fu Panda réunis, associant arts martiaux et maîtrise de soi à la pratique des armes les plus redoutables pour Auguste.

L’églantier fleurit et autres poèmes, Anna Akhmatova

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 21 Février 2015. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Poésie

L’églantier fleurit et autres poèmes, édition bilingue La Dogana, traduit du russe par Marion Graf et José-Flore Tappy . Ecrivain(s): Anna Akhmatova

 

De la poétesse Anna Akhmatova (1889-1966), on connaît en général Requiem, dans la traduction de Paul Valet qu’ont publié et réédité les éditions de Minuit. La Dogana nous offre l’occasion de redécouvrir Requiem dans une autre traduction, due à Marion Graf et José-Flore Tappy, mais surtout de découvrir d’autres facettes de l’œuvre de la poétesse russe dans une belle édition bilingue.

Dès les premières pages, nous découvrons des textes où se mêlent inextricablement la joie et la tristesse, les regrets et les espoirs, les amours enflammés et craintifs, presque désespérés mais d’un lyrisme toujours retenu, puissant et sans emphase. S’il est toujours difficile de rendre compte de ce qui peut nous toucher dans la lecture de la poésie, ou plutôt des poèmes, il semble que cela devienne encore plus difficile avec cette œuvre-là, au delà même du fait que la traduction ne peut nous donner qu’une vague idée de ce que la langue originale recèle. L’oscillation, le balancement et l’alliance entre les contraires ne peut sans doute se mesurer et s’apprécier qu’à la lecture du texte lui-même, restituant toute l’ambivalence et la complexité des sentiments humains, dans un lyrisme empreint d’une certaine austérité.

Le directeur de nuit, John le Carré au sommet de son art

Ecrit par Jérôme Diaz , le Samedi, 21 Février 2015. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED

« Pour moi c’est plutôt à un spectacle de marionnettes que le monde m’a toujours fait penser. Mais quand on regarde derrière le rideau et qu’on lève les yeux pour voir jusqu’où remontent les ficelles on s’aperçoit qu’elles aboutissent dans les mains d’encore d’autres marionnettes qui tiennent elles-mêmes leurs propres ficelles et que ces ficelles-là viennent à leur tour de plus haut et ainsi de suite. Dans ma propre vie j’ai vu ces ficelles dont les origines sont en nombre infini mettre en scène la mort de grands hommes dans la violence et la folie. Mettre en scène la ruine d’une nation »

Cormac McCarthy, De si jolis chevaux

 

« La première chose qu’on apprend sur les marchands d’armes, c’est qu’ils sont toujours des gentils. Les méchants sont à l’autre bout du monde, et les gentils ne les toucheraient même pas avec des pincettes » : l’introduction donne le ton.

Verbe malicieusement piquant et savoureusement assassin, intrigue labyrinthique, humour british à plein régime, conscience aigüe des « affaires du monde » et des êtres, Le directeur de nuit (1) (The Night Manager) publié en 2003 par John le Carré, le Cinq Etoiles du roman d’espionnage britannique, anti-James Bond par excellence, est… une tuerie.