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En Vitrine

Confiture russe, Ludmila Oulitskaïa

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 16 Mars 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Gallimard, Théâtre

Confiture russe, février 2018, trad. russe Sophie Benech, 208 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Ludmila Oulitskaïa Edition: Gallimard

Troisième pièce de théâtre de Ludmila Oulitskaïa – que l’on connaît mieux comme romancière ou nouvelliste, Confiture russe fut écrite en 2003, cent ans après la mort de Tchekhov. Et cette comédie amère parodique s’amorçant la veille du jour de Pâques à l’aube du XXIème siècle puise essentiellement ses ingrédients dans La Cerisaie et Les Trois sœurs. L’auteure y développe ainsi une sorte de « conversation intime avec le grand écrivain » en ajoutant un regard personnel sur les thèmes développés dans ses célèbres pièces – comme ceux du passage du temps, du rapport au passé et à l’avenir, du travail… –, et elle nous livre une satire de la Russie actuelle, évoquant ironiquement le « nouveau Russe, dans toute son horreur ».

Ludmila Oulitskaïa emprunte son cadre à La Cerisaie, y faisant évoluer des personnages contemporains s’exprimant dans la langue orale et familière d’aujourd’hui qui semblent assez familiers aux amateurs de Tchekhov. Les propriétaires de la vieille datcha familiale sont en effet un frère et une sœur, Andreï (professeur à la retraite) et Natalia, qui en ont hérité de leur père, l’académicien Lépiokhine – patronyme dérivant de Lopakhine, ce marchand et petit-fils de serf qui avait acheté le domaine chez Tchekhov, et dont ils semblent les descendants. Ils y vivent avec les trois filles de Natalia, qui renvoient à l’évidence aux Trois sœurs, ainsi qu’avec Maria, la sœur de son défunt mari qui fut un « vrai communiste ».

Serena, Ron Rash

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 15 Mars 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Le Livre de Poche

. Ecrivain(s): Ron Rash Edition: Le Livre de Poche

 

Se faire une place dans la littérature du Sud aux Etats-Unis relève de l’exploit depuis le passage époustouflant de William Faulkner dans le Delta. Peu y sont parvenus. Serena est la preuve que Ron Rash compte parmi ceux-là, au plus haut niveau.

Ce roman est d’une puissance, d’une violence, d’une grandeur de tous les instants. Le portrait de Serena Pemberton entre dans les plus grandes figures de femmes de la littérature. Si le cynisme de Scarlett O’Hara – emblème s’il en est des femmes du Sud – était déjà marquant, celui de Serena repousse toutes les limites de l’ambition personnelle jusqu’aux terres de la folie, jusqu’aux meurtres en série.

La violence de ce roman n’attend guère pour nous saisir. Elle déferle sur nous dès la 9ème page. A l’arrivée de Pemberton en gare de Waynesville (Caroline du Nord), accompagné de sa toute nouvelle épouse, Serena, connue depuis peu à Boston, une altercation tourne au drame. Harmon, un vieil homme qui veut défendre l’honneur de sa fille engrossée par Pemberton, est poignardé en public sur le quai de la gare.

La Mer dans la littérature française, Simon Leys

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Anthologie, Voyages

La Mer dans la littérature française, février 2018, 1376 pages, 33 € . Ecrivain(s): Simon Leys Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

« La Mer dans la littérature française n’est pas une anthologie. C’est une mythologie » (Simon Leys ou la loi de la mer, Olivier Frébourg).

« Le matelot ne sait où la mort le surprendra, à quel bord il laissera sa vie : peut-être, quand il aura mêlé au vent son dernier soupir, sera-t-il lancé au sein des flots, attaché aux avirons, pour continuer son voyage ; peut-être sera-t-il enterré dans un îlot désert que l’on ne retrouvera jamais, ainsi qu’il a dormi isolé dans son hamac, au milieu de l’océan » (François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe).

Simon Leys était un marin, il savait naviguer, des Glénans au paquebot le Vietnam – destination Hong Kong puis l’île de Formose – Incontestablement, Leys est l’homme des bateaux et non des avions. Un écrivain au long cours, avançant à son rythme naturel, et non un homme pressé (1), de la mer de Chine à l’Australie, où mouillait son voilier, le Fouscheng (La vie flottante) (1). Il savait aussi tirer des bords au cœur des tempêtes politiques chinoises, des crimes et de la dictature – Les Habits neufs du président Mao (2) –, et remonter au près dans les eaux non moins agitées de la littérature du Monde. S’il savait naviguer, comme Conrad, il savait écrire (3), et décrire, il savait ouvrir les coffres, et découvrir des îles vierges.

A propos de La connaissance de la douleur de Carlo Emilio Gadda, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED

La connaissance de la douleur, Carlo Emilio Gadda, Points, trad. italien, Louis Bonalumi, François Wahl, 264 pages, 6,60 €

 

Par quel bout aborder la critique d’un roman de Carlo Emilio Gadda (1893-1973), ledit roman, par sa profuse intrication et son absence d’intrigue, telle une paroi abrupte ou un sable brûlant, se dérobe à toute prise, désempare le scribouillard, et une fois la dernière page tournée, le laisse radicalement sidéré, bouche bée et stylo stupéfié ? Par sa structure chaotique, sa rhétorique sophistiquée, sa dialectique alambiquée, l’œuvre de Gadda, ô combien fascinante, n’en est pas moins vouée à l’incompréhension, au silence ou à la répudiation pure et simple. Destinée sans nul doute à demeurer longtemps dans l’ombre. Sa grandeur, sa densité et sa complexité ne correspondant en rien aux standards de la modernité.

Avillonnons malgré tout ce foutu machin, ce fuyant butin !

André Velter : trois livres, par Philippe Chauché

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 09 Mars 2018. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED

 

Les Solitudes, André Velter, Gallimard, octobre 2017, 176 pages, 18 €

N’Importe où, André Velter, Le Castor Astral, novembre 2017, Livre récital avec Jean-Luc Debattice, Philippe Leygnac, dessins Ernest Pignon-Ernest, 128 pages, 18 €

Nu(e) 64, André Velter, septembre 2017, 20 €

 

« Dérivons lentement dans un rayon de lune

Jusqu’au cœur de l’étang

Avant de partir pour une autre dérive

En trinquant,

Ivres de notre vin et du parfum des fleurs »

(Dérive, L’ivresse des immortels, Les Solitudes)