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Pense aux pierres sous tes pas, Antoine Wauters, (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Verdier, Cette semaine

Pense aux pierres sous tes pas, août 2018, 183 pages, 15 € . Ecrivain(s): Antoine Wauters Edition: Verdier

Honneur 2018 de la cause littéraire

Antoine Wauters nous invite à un voyage au pays de nulle part. Ou de partout. Et dans ce nulle part ou ce partout c’est encore nulle part qu’il nous convie, dans un recoin de terre pauvre où vivent – crèvent plutôt – quelques misérables paysans qui arrachent à la terre ce qu’elle peut encore leur donner, presque rien, avant de leur offrir ce qu’elle a de mieux pour eux, un trou pour leur cercueil. C’est ainsi que nous arrivons dans la famille de Marcio et Léo, garçon et fille jumeaux, et de leurs parents, Paps et Mams. Une petite ferme paumée, rachitique, misérable.

La figure du père, grande gueule, violent et remonté comme une bombe à retardement contre le Régime du dictateur Desotgiu, domine – au moins au sens physique du terme – cette petite tribu.

« De toutes ses forces, il haïssait notre président Desotgiu, au pouvoir depuis plus de vingt ans. C’est bien simple, dès que Desotgiu parlait à la radio, Paps se cambrait dans le fauteuil de coin et se mettait à hurler, multipliant les noms d’oiseau, crachant sa rage et sa détestation, puis se levant pour couper le poste en crachant un dernier juron ».

Où vivre, Carole Zalberg (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Où vivre, octobre 2018, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Grasset

 

Carole Zalberg est issue d’une famille juive polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, sa mère ayant été une enfant cachée (épisode qu’elle relate à hauteur d’enfant dans son roman Chez eux), tout comme sa tante qui, en 1948, fit le choix de s’installer en Israël, participant dans de dures conditions à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée.

Son dernier roman Où vivre, dont le projet lui avait valu en 2015 une bourse Stendhal lui permettant de revenir pour un mois d’enquêtes et de retrouvailles dans ce pays qu’elle n’avait pas visité depuis des vacances datant de plus de trente ans, s’inspire de la vie de cette famille que l’exil rassemble et éloigne – tout comme A défaut d’Amérique – et principalement de celle ses trois cousins germains nés en Israël. Un roman dont on avait pu approcher la genèse dans son journal de voyage publié sous le titre A la trace où elle éclairait déjà ces cicatrices dans lesquelles l’histoire s’incarne comme l’ambiguïté du rapport de chacun à cette terre magnifique et compliquée. Et qui approfondit encore ce thème de la résilience irriguant toute son œuvre.

Voyager dans Gary (1) - Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Laurent Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Les Cerfs-volants, Folio, 1980, 384 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)

 

Les Cerfs-volants, testament de Romain Gary

Que celles et ceux qui n’ont jamais lu Romain Gary (né Roman Kacew) s’emparent sans tarder de ce roman. Découvrir un auteur par sa dernière œuvre peut s’avérer risqué – savoir sortir de scène au sommet de son art n’est pas donné à tout le monde. Dans ce cas on parlera d’une aubaine, un couronnement.

On aura tout dit de Romain Gary. Et à peu près rien, si l’on n’a pas pris connaissance de ce court passage du roman : « J’étais certain que Tad se trompait et je le plaignais un peu. Il aimait passionnément l’humanité entière, mais au fond, il n’avait personne. Il croyait au malheur parce qu’il était seul. L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude ».

La coupe de bois, Carlo Cassola (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Octobre 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie

La coupe de bois (Il Taglio del Bosco, 1949), traduit de l’italien par Philippe Jaccottet, Ed Sillage 2017, 119 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Carlo Cassola

 

Comment ce miracle ? Comment ce petit livre, pas un roman, à peine une novella, peut-il condenser en une centaine de pages toute la magie de la littérature ? L’ampleur du style, son immense simplicité, des personnages taillés au burin, une histoire élémentaire, et la détresse des hommes, tout est là pour faire de ce petit roman un monument de littérature. Il semble que les écrivains italiens aient eu au XXème siècle un tropisme pour ce genre de la novella ancrée dans les profondeurs du pays, ses villages et ses montagnes. On pense à Leonardo Sciascia (La tante d’Amérique), surtout à Silvio d’Arzo (La maison des autres).

Guglielmo est bûcheron. Il vient d’acheter une coupe dans les bois perdus dans les Abbruzes. Il s’y rend après avoir embauché quatre hommes, plus ou moins ses amis, pour une période de six mois – automne et hiver – à couper des pins pour en faire du charbon qu’il vendra. Il est content car l’affaire est bonne. Et ce sont ces six mois, où il ne se passe rien d’autre que la coupe et les soirées dans la cabane construite dans le bois, que ce livre raconte. Rien d’autre. Mais qui a besoin d’autre chose ? L’écriture de Cassola fait le reste, c’est-à-dire l’essentiel.

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, par Fabrice del Dingo

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, Editions de Fallois, août 2018, 320 pages, 18 €

Nul ne connaissait mieux l’œuvre de Proust que Bernard de Fallois. Son Introduction à La Recherche du temps perdu en est la meilleure preuve. Il parle de cette somme romanesque d’une manière passionnée, magistrale et limpide, parvenant à rendre simple et concis ce qui ne l’est pas toujours. Et, surtout, il donne furieusement envie de déguster, ou de relire, les sept volumes qui la composent.

L’auteur évacue en quelques pages la biographie de Proust ; rien ne sert de connaître la vie d’un écrivain pour apprécier et comprendre son œuvre car « les vrais livres sont les enfants du silence et de la nuit » et « l’homme qui écrit, peint ou compose n’est pas celui qui dîne en ville, bavarde avec des amis, leur envoie des lettres ou leur fait des confidences ».

Du côté de chez Swann reçut un accueil tiède et décontenança ses lecteurs. Ce premier volume comporte pourtant le volet le plus célèbre de La Recherche, Un amour de Swann, « un Proust en réduction, un Proust pour ceux qui n’ont pas le temps de lire Proust. (…). Nous rions de Mme Verdurin et de ses fidèles, nous souffrons avec ce pauvre Swann, nous sourions de sa naïveté en le voyant souffrir pour Odette car il est le seul à ne pas avoir compris qu’elle était une demi-mondaine ».