Identification

Livres décortiqués

L’authentique Pearline Portious, Kei Miller

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 06 Juin 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

L’authentique Pearline Portious, avril 2016, trad. anglais (Jamaïque) Nathalie Carré, 317 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Kei Miller Edition: Zulma

 

Cause supposée de la folie : originaire des Caraïbes

Les questions de la folie et de l’origine obscure s’enlacent au cœur d’un récit flamboyant comme les imprécations de la « Crieuse de vérité ». Née dans une léproserie plus ou moins imaginaire, affublée du nom de sa mère par erreur, et dépossédée dès lors du sien, prêtresse revivaliste exilée en Angleterre et doublement aliénée par l’exil et le traitement qu’elle subit, Adamine Bustamante donne vie à l’histoire et au « Gratte-Papyé » qui la retranscrit. La femme qui se compare à une « mangouste » coursant le serpent des belles paroles pour rétablir la vérité, la femme sans grâce affublée de couleurs exubérantes qui débarque comme une foule à l’aéroport, la ressusciteuse de morts, la fille de père inconnu, la mère de père inconnu, la violente Adamine « souffle au gré du vent » un récit entrecoupé des couleurs de l’arc-en-ciel, de créolismes jubilatoires et de paraboles à caractère magique pour ouvrir les yeux et les oreilles du lecteur.

Fictions du corps, François Bon

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, L'Atelier Contemporain

Fictions du corps, mars 2016, dessins de Philippe Cognée, lecture de Jérémy Liron, 136 pages, 20 € . Ecrivain(s): François Bon Edition: L'Atelier Contemporain

 

Corps-objet ou corps-vécu, corps matière mais corps animé dérivant dans la ville ou immobiles, François Bon rêve le corps, ou plutôt les corps, et en grand lecteur de Kafka ou Michaux, nous propose une sorte de monde aux portes du nôtre dans Fictions du corps magnifiquement illustré par Philippe Cognée, aux Editions L’Atelier contemporain.

C’est un corps fantasmé ou né du rêve, peut-être celui de sa fréquentation des textes fantastiques aussi, que ces fictions, textes d’une ou deux pages maximum, racontent. Au nombre de 48 dont 7 appartiennent au prestidigitateur, pour dire l’étrange, et même oserais-je, l’inquiétante étrangeté de nos corps éphémères et protéiformes, tant ces fictions nous sont familières dans l’absurde jusqu’à l’angoisse qu’elles génèrent.

Des corps mouvants, au sens physique et métaphysique, des portraits décalés, miroirs à peine déformés de nos propres corporéités.

Fragmentés, jetables, inutiles, dissociés de la pensée, magiciens, qui rêvent souvent, corps vigiles ou gardiens, hommes-tout, hommes-rien, discrets voire invisibles dans ces lieux sans hommes et, que dire alors de ceux-là ?

Carnet de notes, 2011-2015, Pierre Bergounioux

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 18 Mai 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, En Vitrine, Verdier

Carnet de notes, 2011-2015, février 2016, 1216 pages, 38 € . Ecrivain(s): Pierre Bergounioux Edition: Verdier

 

Cinq ans de journal littéraire, Bergounioux

Avant-dire :

Faut-il aimer les diaristes, Léautaud (chaque fois je me repais de ces chroniques entre chats et Paris), Green (que loue un autre diariste proche, Lucien Noullez), pour faire de leur vie, exposée là, en petits éclats de réalité, la nôtre.

Pendant près de 1216 pages, hautes et copieuses, j’ai suivi la vie au quotidien du professeur des Beaux Arts de Paris, du romancier, du critique commentant tant de livres, du père et fils de famille, qui a pour les siens un souci de protection quasi maniaque, du sculpteur modelant des figures africaines dans des reliefs de tôles…

Depuis 1980, Pierre Bergounioux (né en 1949) tient son journal, dans des « Carnet de notes », tous les jours. Ce n’est pas pléonasme : véritablement tous les jours, même ceux de malaise (et ils sont nombreux), même ceux de fête et d’enterrement.

Un trou dans le ciel, Philippe Aronson

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 09 Mai 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Inculte

Un trou dans le ciel, mars 2016, 196 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Philippe Aronson Edition: Inculte

« C’est une catastrophe d’être noir ». Mais « C’est [aussi] une catastrophe d’être humain ». Toute l’ascension de Ti Arthur, alias Jack Johnson, consistera à s’extraire de ce destin catastrophique par une lutte sans répit. Premier champion du monde noir catégorie poids lourds, il passera sa vie, relatée par Philippe Aronson, à lutter contre la pesanteur des déterminismes sociaux et surtout racistes qui régissent l’existence d’un pauvre noir du sud dans les Etats-Unis du début du vingtième siècle. Cette soif de revanche contre l’ordre du monde s’exprime dans tout le roman par une violence portée par des ruptures, des phrases coupantes comme un revers, des récits entrecoupés d’images brûlantes et de déconvenues : c’est l’histoire d’un picaro que donne à lire ce bref premier roman de Philippe Aronson, relatant les misères et splendeurs d’un héros au crépuscule de sa vie, bien peu dupe de sa propre grandeur.

Contraint de s’exhiber dans des foires pour gagner sa vie après avoir été champion du monde pendant plusieurs années, et surtout après avoir vaincu des Blancs qui avaient refusé de s’abaisser à lutter contre un Noir pendant des années, l’homme regarde son corps qui engraisse, toujours doté de « l’affreux phacochère » qui a causé tant de dégâts dans une vie amoureuse aussi mouvementée que dissolue. Il raconte ses combats, ses décillements successifs en entrant dans l’arène du monde :

Les Trophées & Poésies complètes, José-Maria de Heredia

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 18 Avril 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Points

Les Trophées & Poésies complètes, 285 pages, 7,90 € . Ecrivain(s): José-Maria de Heredia Edition: Points

 

 

« Tu vivras toujours jeune, et grâce aux Piérides,

Gallus, jamais ton front ne connaîtra les rides… »

À un poète,  J. Maria de Heredia

 

Un recueil pratique, fait pour la main et la poche, l’œuvre complète d’un poète dont le nom résonne toujours, mais qui, aujourd’hui, n’en fait pas moins partie des grands bustes immobiles que l’on rencontre au débouché des escaliers d’honneur de nos monuments dédiés à la culture, et dont les anciens lycéens que nous sommes se souviennent des vers frappés (qui les frappèrent, précisément, ou les firent reculer par leur rigueur métrique et rythmique, leur perfection prosodique, leur classicisme assumé).