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Livres décortiqués

Revenir du silence, Michèle Sarde

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Julliard

Revenir du silence, septembre 2016, 408 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

Faut-il mettre un genre sur un livre ?

Récit, documentaire, témoignage, biographie, recueil d’archives, le roman indiqué comme tel est ici un ensemble dynamique sans limites, une forme vivante, là toute sa puissance et sa cohérence. Mais pas seulement. Il faut s’ancrer davantage dans ces pages, s’y enfoncer, suivre les personnages à la trace, les vrais, ceux qui ont vécu, détailler les figures sur les photos sépia, les cicatrices et les papiers lacérés voire reconnaître des traits communs, peut-être même une filiation : ici les ancêtres de Michèle Sarde, famille judéo-espagnole expulsée d’Espagne par les rois catholiques, réfugiée, recueillie, issue de l’Empire ottoman.

« Un roman à clés qu’il me fallait déverrouiller moi-même pour comprendre où je voulais en venir ou plus exactement d’où je voulais venir (…). Née en France, moi je l’étais, et je le répète, afin de faire tout particulièrement plaisir à l’auteure de mes jours, au fond de son tombeau, dans un petit cimetière de la Brie. Et cette naissance-là, ma mère la considérait comme la plus grande chance qu’elle ait pu m’offrir, et le cadeau des bonnes fées, des fées authentiquement celtiques, convoquées par elle autour de mon berceau, dans l’Ille-et-Vilaine profonde ».

Peindre debout, Dado

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 23 Septembre 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, L'Atelier Contemporain

Peindre debout, juin 2016, préface Anne Tronche, édition établie et annotée par Amarante Szidon, 288 pages, 25 € . Ecrivain(s): Dado Edition: L'Atelier Contemporain

 

 

« Dans un monde impitoyable fait d’interdits et de canons, l’art est le seul espace de liberté dans lequel, dès l’enfance, j’ai sauté sans élan », Dado

 

Peindre debout, publié par les Editions L’Atelier contemporain dans la collection Ecrits d’artistes, est un recueil de vingt-trois entretiens (enrichi d’une préface et d’une postface très importantes, de repères biographiques sur une quarantaine de pages et de nombreuses références et photographies d’œuvres, celles de Dado et celles qui ont compté pour lui) dans lesquels se révèle le portrait d’un homme complexe et émotionnellement riche et surtout d’un artiste aux multiples talents (dessin, peinture, gravure et sculpture).

Sous le roman la poésie, Le défi de Roberto Bolaño, Florence Olivier

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Samedi, 27 Août 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Hermann

Sous le roman la poésie, Le défi de Roberto Bolaño, juillet 2016, 196 pages, 29 € . Ecrivain(s): Florence Olivier Edition: Hermann

 

Dans cet essai intitulé Sous le roman la poésie, et sous-titré Le défi de Roberto Bolaño, publié aux Editions Hermann, Florence Olivier propose une analyse de l’œuvre de Roberto Bolaňo et en particulier de ses deux œuvres majeures : Les Détectives sauvages, et 2666, deux romans monstrueux et géniaux qui font aujourd’hui la renommée de son auteur.

Par ce titre, elle démontre comment l’œuvre de fiction de Bolaňo emprunte les voies mystérieuses de la poésie qui « seule supporte l’absence de réponse, les dangers et la beauté du mystère », sans ignorer le talent de Bolaňo pour la satire qu’elle soit politique ou sociale et le rire (cf. la critique universitaire si drolatiquement moquée dans le premier livre, 2666).

L’engouement aujourd’hui pour l’œuvre de Bolaňo que Florence Olivier nomme « épidémie » se traduit de par le monde par « une série d’explosions successives » qui fait l’unanimité au-delà du paysage latino-américain, puisqu’il y a désormais un Bolaňo chilien, un Bolaňo mexicain, un Bolaňo espagnol, un Bolaňo américain, un Bolaňo français, un Bolaňo global !

L’Echange, Eugenia Almeida

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 22 Août 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

L’Echange, août 2016 trad. espagnol (Argentine) François Gaudry, 250 pages, 18 € . Ecrivain(s): Eugenia Almeida Edition: Métailié

 

Cousu de fil noir

Des dialogues brefs, de courtes phrases. Des personnages qui s’entrecroisent, qu’on aperçoit, qui disparaissent. Des pages arrachées dans des journaux anciens. Des rendez-vous au téléphone. Des cafés sous haute surveillance. Des menaces et des souvenirs. Une histoire impossible à raconter, et cette impression de devoir à chaque instant reprendre le fil qui s’emmêle, qui casse, qu’on maintient serré pourtant dans une main vide. Tout commence après coup, indirectement. Un dialogue lourd de non-dits pour évoquer la scène, comme si l’idée même d’un témoignage direct de la réalité était devenue impossible :

– Pour quoi faire ?

– Pour qu’on en parle !

– C’est un suicide.

– Etiologie douteuse.

– Suicide, je te dis.

Les Chats de la rue Saint-Séverin, Anne-Marie Mitchell

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 19 Août 2016. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Chats de la rue Saint-Séverin, éd. Lucien Souny, coll. L’Histoire des pays, mai 2016, 235 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Anne-Marie Mitchell

Ill. couv. Le Magasin pittoresque, 1872, d’après un tableau de E. Lambert

 

« Les bêtes, elles, ne savent que vivre »

« Dans la rue de la Tournelle / Un coup de foudre est tombé. / Il n’a pas cassé de cervelles / Car il n’en a pas trouvé »

Vaudeville du Pont-Neuf

Dans la nuit du 16 au 17 novembre 1730, à Paris, sous le règne de Louis XV, eut lieu un massacre de chats, dans la rue Saint-Séverin. Les faits sont attestés par des chroniqueurs du temps, et des historiens plus récents (1). Ils appartiennent à ce que Jacques Chessex (2) appelle joliment et que nous rappelle la romancière « … les murmures dans les parois, les souffles qui hantent les murs, les recoins, les resserres. Ce qui ne se voit pas. L’oublié. L’autre histoire qui insiste dans l’ombre ». Le roman, en tant que roman, mêle fiction et réalités, avec ici ou là de plaisants anachronismes, et des « personnages et lieux réels [qui] situent le roman dans son contexte ».