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Livres décortiqués

Toute la famille sur la jetée du Paradis, Dermot Bolger

Ecrit par Jérôme Diaz , le Mardi, 10 Février 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

Toute la famille sur la jetée du Paradis (The family on Paradise Pier), traduit de l'anglais (IRL) par Bernard Hoepffner avec la collaboration de Catherine Goffaux, 672 pages . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Folio (Gallimard)

 

Toute la famille sur la jetée du Paradis de 1915 à 1946, la fabuleuse chronique d’une famille irlandaise.

– […] Ce qui se passe à Dublin est déconcertant. Une telle folie, alors que des Irlandais meurent tous les jours en France.

– C’est peut-être ça le problème. Ce n’est pas dans ce pays-là qu’ils devraient mourir.

– Le problème, Art, c’est simplement qu’ils meurent. La guerre ne résout rien et ne nettoie rien. Elle ne laisse que davantage d’amertume, laquelle n’attend qu’une occasion de déborder à nouveau (p.71).

« Sentimentaux, les Irlandais » écrit avec une douce ironie Colum McCann dans Transatlantic (1). Le côté sentimental, c’est peut-être cela qui attire tant chez les romanciers Irlandais depuis des décennies. Près de dix ans avant McCann, Dermot Bolger publiait Toute la famille sur la jetée du Paradis (2), superbe roman historique sur fond de chronique familiale.

Mauvais sang ne saurait mentir, Walter Kirn

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Jeudi, 05 Février 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Christian Bourgois

Mauvais sang ne saurait mentir, janvier 2015, traduit de l’anglais (USA) par Éric Chédaille, 227 pages, 21 € . Ecrivain(s): Walter Kirn Edition: Christian Bourgois

 

L’écrivain Walter Kirn eut un ami au nom prestigieux, Clark Rockefeller, un « banquier central free-lance », et un collectionneur d’art moderne. Ils firent connaissance en 1998 dans des circonstances ubuesques, Kirn ayant accepté de convoyer du Montana jusqu’à New-York une chienne setter Gordon, paralysée, incontinente, que l’excentrique et richissime Clark avait décidé d’adopter. Mais que ne ferait-on pour un nom prestigieux lorsque l’on est un jeune auteur désargenté, bientôt père de famille et que l’on espère en côtoyant un membre d’une si illustre famille renflouer son compte en banque, grâce à une « gratification substantielle » en témoignage d’une « infinie gratitude » avec en toile de fond l’idée que cette relation donnera matière à un papier dans une revue, ou deviendra peut-être le prétexte d’un roman ?

Mauvais sang ne saurait mentir décrit une dizaine d’années de rencontres épisodiques, d’échanges téléphoniques, suivies d’une prise de distance de la part de Kirn, devenu un écrivain reconnu, enfin lassé d’une relation à sens unique, Clark faisant preuve d’un égotisme illimité.

Soumission, Michel Houellebecq

Ecrit par Laurence Biava , le Lundi, 26 Janvier 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Flammarion

Soumission, janvier 2015, 299 pages, 21 € . Ecrivain(s): Michel Houellebecq Edition: Flammarion

 

Je suis Houellebecq

Christine Angot, dans le Monde des Livres daté du 15 janvier 2015, nous interpelle en gros titre : « Ce n’est pas le moment de chroniquer le dernier roman de Houellebecq ! ». De Christine Angot, plus rien n’étonne et on est habitués depuis longtemps autant à ses mauvais romans qu’à ses remarques échevelées, souvent stupides. Pourtant, celle-ci l’est particulièrement : stupide… Alors, quoi ? Est-ce donc devenu un crime de lèse-majesté que de parler de ce livre au seul prétexte qu’il déchaîne les passions ? Est-ce se mettre en danger que d’avoir envie de le défendre ? Figurez-vous que le doute est permis ! Difficile, en effet, d’exprimer ce qu’on pense de Soumission sans se voir assailli(e) et taclé(e) de toutes parts. Parce que, comme d’habitude, dès qu’un livre fait débat, il est toujours de bon ton de se gausser de ne pas l’avoir lu ; de ne pas l’avoir lu, en effet. Ou d’en parler sans l’avoir lu, de s’en vanter, et à force de nourrir des préjugés infondés, de le détester sans raison.

Atala. René. Les aventures du dernier Abencérage de Chateaubriand, François Mouttapa

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 24 Janvier 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Atala. René. Les aventures du dernier Abencérage de Chateaubriand, 270 pages . Ecrivain(s): François Mouttapa Edition: Folio (Gallimard)

Lire Chateaubriand nous fait entrer dans l’empyrée (et François Mouttapa, dans son bel essai, nous permet cette entrée ; lisez, plus que tout autre, cet ouvrage de la collection Foliothèque : je ne sache pas meilleure introduction à l’œuvre de Chateaubriand).

La vision cosmogonique aristotélicienne (chaque planète s’insère dans une sphère cristalline qui tourne inlassablement autour de la Terre) fut phagocytée par les scolastiques médiévaux qui assignèrent la force motrice des sphères aux anges et aux archanges. Pour eux, si l’enfer se situe au centre de la Terre, l’empyrée, où Dieu réside physiquement, est un lieu non limité par un espace, un lieu non constitué de matière, un lieu placé juste derrière la sphère des étoiles fixes.

Mais il est une différence entre la prose de Chateaubriand et l’empyrée. Au lieu que l’empyrée est un lieu perpétuellement immobile, la prose de Chateaubriand est quant à elle le lieu d’une mobilité perpétuelle. Qui se fait sans heurt. Une mobilité du sens, et du souffle qui le porte (face auxquels le lecteur ne peut que charger son immobilité d’animation et de vitesse accumulées, ainsi que l’a soufflé Proust), du souffle fait phrases, qui n’a rien à envier à la musique classique, à la fluidité qu’elle propose, au sein de laquelle toute dissonance ne peut que se résoudre en harmonie, en accord tonal, parfait souvent.

Les Mystères d’Alexandre Le Grand, Michel De Grèce, Stéphane Allix

Ecrit par Vincent Robin , le Samedi, 24 Janvier 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Flammarion, Histoire

Les Mystères d’Alexandre Le Grand, septembre 2014, 240 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Michel de Grèce et Stéphane Allix Edition: Flammarion

 

Deux expériences individuelles assez sensiblement différentes auront préfiguré la matière de cette étude. Les notes prises autrefois par Michel de Grèce à l’écoute patiente d’un historien anglais atypique, une vision fantasmagorique vécue autrement par Stéphane Allix durant un voyage exotique rapportent l’élan séparé de l’écrivain et du journaliste à la rencontre d’une fascination commune. Ce qui les rapprochait tous deux comprenait tant et si bien déjà leur particulière attirance pour le roi macédonien Alexandre. Cette emprise passionnelle partagée inspira dès lors la mouture de ce livre écrit comme une sonate à deux plumes. Non point nième revue biographique du héros antique et conquérant militaire « grec » cédant à la postérité les traits de gloire d’une civilisation occidentale puisés à sa source, l’ouvrage entend cette fois dévoiler les dons cachés qui distinguèrent le légendaire stratège hellénistique et colonisateur du monde : les mystères de sa réalité humaine et historique révélés par les fondements invisibles de son esprit charismatique… Façon peut-être, après un ébouriffant marathon psychologique, de mettre un terme aux plis ?