Identification

Russie

Les nombres, Viktor Pelevine

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 09 Décembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Alma Editeur

Les nombres, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain septembre 2014, 380 pages, 19 € . Ecrivain(s): Viktor Pelevine Edition: Alma Editeur

 

Qu’arrive-t-il à un homme quand il soumet sa vie et son destin tout entier au pouvoir d’un nombre ? C’est ce que fait Stopia, alias Pikachu pour les intimes, antihéros de ce roman amoral qui est avant tout une impitoyable satyre d’une ex-URSS décadente et libérale, qui n’a cependant pas lâché les bonnes vieilles méthodes de l’époque KGB.

« Je me demande bien Tchoubaïka, pourquoi on traite la bourgeoisie libérale de libérale. Elle est porteuse d’une idéologie totalitaire extrême. Si on l’y regarde de près, tout son libéralisme se réduit à la permission donnée aux travailleurs de s’enculer à volonté pendant leurs heures de repos » et Tchoubaïka répondait : « Excusez-moi Zouzia, mais c’est un grand pas en avant si on compare avec le régime qui percevait même cette activité comme sa prérogative ».

Ainsi, après quelques tâtonnements, c’est au numéro 34 que Stopia va confier la totalité de sa vie, de ses choix, décisions et orientations, privés ou professionnels, et le 43 deviendra donc par conséquent l’anti-nombre, le nombre d’entre tous dont il faudra le plus se méfier.

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 25 Novembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Ed. Mirobole, avril 2014, traduit du russe par Raphaëlle Pache, 250 pages, 20 € . Ecrivain(s): Vladimir Lortchenkov

 

Fable satirique, Des mille et une façons de quitter la Moldavie nous entraîne en Orient mais est loin de nous faire rêver à la façon des Mille et une nuits. Vladimir Lortchenkov n’est clairement pas Schéhérazade et il dresse un portrait acerbe et froid – à peine contrebalancé par l’humour noir – de ce petit État de l’Europe, coincé entre l’Ukraine et la Roumanie. Et donc pris en étau entre le monde russophone et l’Union européenne, entre ce qui semble être d’un côté le passé et de l’autre le futur. Mais ni l’un ni l’autre ne semble glorieux, même si tous deux semblent plus prometteurs que ce présent dans lequel le pays est tout entier coincé.

Cela dit, il ne faut point se méprendre, car l’auteur moldave russophone tape sur tout et tout le monde et personne n’échappe à sa critique acérée, de ce grand-frère roumain qui n’arrête pas de rejeter et d’humilier son puîné ou encore de cette Union européenne qui parle plus qu’elle n’agit et qui aux grands maux ne sait point appliquer les bons remèdes, ne délivrant bien souvent que de grands mots.

Platonov, Anton Tchekhov

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Babel (Actes Sud)

Platonov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan, octobre 2014, 390 pages, 5,70 € . Ecrivain(s): Anton Tchekov Edition: Babel (Actes Sud)

 

Platonov, cette pièce de jeunesse de Tchekhov, commencée en 1878, dont le titre perdu serait vraisemblablement Bezotsovchtchina (néologisme à connotation péjorative que l’on peut traduire par « l’absence de pères »), ne fut publiée de manière posthume qu’en 1923 et fut longtemps jugée injouable du fait de sa longueur. Sa première traduction française, publiée en 1962, par Elsa Triolet, ne retint qu’une version courte résultant de trois strates de correction de l’auteur et gommant de plus les supposées lourdeurs et maladresses, les « acrobaties stylistiques » de Tchekhov qui, avec ces nombreux points d’exclamation et de suspension et ces pauses figurant des « moments d’unisson dans le silence », constituent la caractéristique essentielle de son écriture.

C’est dire si cette traduction intégrale d’André Markowicz et de Françoise Morvan publiée en 2004, et enfin rééditée chez Babel en octobre 2014, constitua un événement. Car replaçant entre crochets les passages supprimés et donnant en notes toutes les variantes, les traducteurs s’y montrèrent également soucieux de respecter au plus près le rythme et les intonations qui impulsent le mouvement et précisent le sens, tous ces contrastes induits notamment par les variations de registres de langue, toutes ces inclusions de dialectes ou de langues étrangères et ces citations, toutes ces répétitions et ces motifs récurrents qui n’ont rien d’anodin.

La Dame de pique, Pouchkine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La Dame de pique, traduit du russe par André Gide, août 2014, 112 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Pouchkine Edition: Folio (Gallimard)

 

La Dame de pique, célèbre nouvelle d’Alexandre Pouchkine publiée en 1834, est peut-être, tout comme son roman en vers, Eugène Onéguine, ou sa tragédie, Boris Godounov (1), moins connue des lecteurs que des mélomanes, le magnifique opéra qu’elle inspira à Tchaïkovski en 1890 se donnant toujours régulièrement sur les scènes occidentales. Dostoïevski y voyait à juste titre un sommet de l’art fantastique et on peut rapprocher cette nouvelle de La Venus d’Ille (2) de Prosper Mérimée parue en 1837 peu après la mort de Pouchkine.

Les deux auteurs se vouaient une admiration réciproque et c’est Mérimée qui le premier traduisit en français La Dame de pique en 1849. Elle fut ensuite l’objet de nombreuses traductions, la plus renommée restant celle d’André Gide en 1935 que reprend fort opportunément cette nouvelle édition. Une édition scolaire certes destinée aux élèves de collège, auxquels elle propose le texte intégral et des pistes pour rendre compte de leur lecture, mais qui intéressera certainement un public beaucoup plus vaste. Car le consistant dossier établi par Sylvie Howlett, enseignante en lettres et traductrice, enrichit considérablement l’appréhension de cette œuvre en la mettant largement en perspectives et en nous faisant pénétrer au cœur-même de la littérature.

Les Ongles, Mikhaïl Elizarov

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 17 Septembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Serge Safran éditeur

Les Ongles (Nogti), août 2014, traduit du russe par Stéphane A. Dudoignon, 170 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Mikhaïl Elizarov Edition: Serge Safran éditeur

 

Dans un orphelinat de l’Ukraine post-soviétique en plein délitement politique et social, où sont entassés des enfants nés difformes et atteints de troubles mentaux, grandissent vaille que vaille un bossu, de père et mère inconnus, à qui les nurses ont donné comme état civil le nom de Gloucester, et son étrange ami Bakatov, dont l’essentielle raison de vivre est de se laisser pousser les ongles des mains et des pieds jusqu’à ce qu’ils atteignent la taille suffisante pour être rongés à l’occasion d’un cérémonial occulte très précis qui pourvoit pendant toute sa durée leur propriétaire de puissants et dangereux pouvoirs.

Le narrateur est Gloucester lui-même, la narration se faisant à la première personne, ce qui permet à Elizarov de décrire le monde tel que le voit le bossu, avec sa subjectivité d’innocent, à la manière des personnages de Faulkner.