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Russie

Roman avec cocaïne, M. Aguéev (1936)

Ecrit par Pierre-Louis Pinault , le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Roman avec cocaïne, Trad du russe par Lydia Chweitzer, 200 p. 14,50 € . Ecrivain(s): M. Aguéev Edition: Belfond

 

L’obscurité équivoque de ce roman le dispute avec le vaste mystère qui a longtemps entouré son auteur. La véritable identité de M. Aguéev ne fut révélée qu’il y a peu : Mark Levi, de son vrai nom, serait né aux alentours de 1900 et aurait vécu entre Moscou, Istanbul et Erevan. On le croit mort en 1973, en Arménie, où il était professeur de langues dans un lycée de la capitale.

Publié pour la première fois en 1936 en France dans la revue Les Nombres, Roman avec cocaïne – l’unique ouvrage que l’on connaisse d’Aguéev – fit scandale au moment de sa parution car il abordait de manière fort abrupte un sujet encore méconnu et délibérément tu en Russie : la drogue.

Lydia Chweitzer, jeune écrivaine russe installée en France, eut entre les mains à cette époque un exemplaire du roman écrit en russe, puis l’opuscule disparut et ne fut plus guère réédité pendant des décennies. En 1983, L. Chweitzer en retrouva un exemplaire, décida de le traduire en français, et proposa aux éditions Belfond de le faire paraître à nouveau. Le succès fut immédiat, car le secret était encore quasi complet autour d’Aguéev, certains allant même jusqu’à attribuer Roman avec cocaïne à Vladimir Nabokov, qui démentira formellement.

Il y eut un jour et il y eut une nuit, Abdijamil Nourpeissov

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 21 Juin 2013. , dans Russie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Âge d'Homme

Il y eut un jour et il y eut une nuit, traduit du russe par Athanase Vantchev de Thracy, janvier 2013, 530 pages, 25 € . Ecrivain(s): Abdijamil Nourpeissov Edition: L'Âge d'Homme

 

Entre l’odyssée et la fresque élégiaque

 

Ce magnifique roman est scindé en deux parties narratives. L’auteur évoque dans la première séquence intitulée « Il y eut un jour » la relation difficile et conflictuelle entre Jadiguer, « Un homme de haute taille, au visage basané » et « au caractère de chien », et son épouse Bakizat, qui s’est mariée par dépit après avoir été rejetée par Azim, l’ami commun des deux. Tout au long de cette partie, le lecteur sent monter la tension dramatique et tragique. Quelque chose gronde, les blocs de glace vont forcément se fissurer sous les pieds de nos protagonistes.

L’écriture est dense et introspective. En effet, Abdijamil emploie le deuxième pronom personnel du singulier lorsqu’il s’apprête à « entrer » dans la tête du personnage intéressé pour restituer sa pensée au lecteur. Ce procédé façonne toute la grammaire du roman. C’est sa liturgie.

La chasse au renne de Sibérie, Julia Latynina

Ecrit par Grégoire Meschia , le Mardi, 29 Janvier 2013. , dans Russie, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

La Chasse au renne de Sibérie, trad. du russe Yves Gauthier. 2008, 665 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Julia Latynina Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Moins connue pour sa production littéraire que pour son journalisme politique, Julia Latynina s’intéresse tout particulièrement aux relations (souvent compliquées) entre crime et politique, entre économie et mafia. Quoi de mieux, pour parler de ces thèmes, que la Russie, pays fascinant et troublant s’il en est ? A travers l’histoire d’un combinat métallurgique de Sibérie qui trouve des implications jusqu’à Moscou, Latynina nous propose une description de la situation sociale en Russie, pays inégalitaire qui met en opposition les nouveaux riches du secteur de la banque et les pauvres prolétaires.

L’enjeu de cette intrigue majoritairement financière n’est pas réductible à une dénonciation politique du gouvernement de Poutine (l’instance politique est le grand absent du roman). Dans ce roman noir, on observe plutôt un empire en désintégration. Mais plus qu’aux aspects politiques et économiques (affaires bien souvent de spécialistes et Julia Latynina en est une), intéressons-nous prioritairement à des considérations littéraires.

Histoire de son serviteur, Edouard Limonov

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans Russie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion

Histoire de son serviteur, 2012, traduit du russe par Antoine Pingaud, 313 p. 20 € . Ecrivain(s): Edouard Limonov Edition: Flammarion

 

Coucou ! Revoilà Edouard !

Après Le poète russe préfère les grands nègres, dont on trouvera la présentation ici, il faut sans délai lire cette suite biographique du combat que livre Edouard Limonov pour se faire reconnaître comme écrivain.

Dans son premier roman, le poète libertaire russe, après avoir été autorisé à quitter l’Union Soviétique, végète aux Etats-Unis où, miséreux et anonyme, il noie dans la drogue, l’alcool et le sexe son désenchantement face à la réalité du rêve américain.

Ici Limonov, toujours à New York, occupe un emploi stable et respectable : il est majordome dans l’immense villa d’un milliardaire qu’il n’y voit que rarement.

Pour le narrateur, le point de vue est radicalement différent.

Le poète russe préfère les grands nègres, Edouard Limonov

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 14 Décembre 2012. , dans Russie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Flammarion

Le poète russe préfère les grands nègres, traduit du russe Emmanuelle Davidov, 2012, 329 p. 20 € . Ecrivain(s): Edouard Limonov Edition: Flammarion

 

La grande illusion…

Ce pourrait être un sous-titre pour ce roman âpre, violent, acide.

Mais c’est plutôt une immense désillusion que vit le poète russe Limonov, personnage éponyme de l’auteur.

Ecrivain contestataire dans la glorieuse Union des Républiques Socialistes Soviétiques, Limonov est « autorisé » à émigrer avec sa femme Elena aux Etats-Unis d’Amérique, la non moins glorieuse patrie des libertés, le pays porte-étendard du « Monde Libre ».

Il ne lui faut pas longtemps pour déchanter. Elena le quitte pour un homme au présent plus argenté et au futur matériellement plus confortable.

Le voilà, littéralement, anéanti :