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Correspondance

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Fernando Pessoa (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 11 Juin 2020. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Editions L’Orma, Coll. Les Plis, mars 2020, trad. portugais, Lorenzo Flabbi, 64 pages, 7,95 € . Ecrivain(s): Fernando Pessoa

 

Sous jaquette en forme d’une lettre à affranchir, la collection propose après des noms tels que Stendhal, Austen, Leopardi, un ensemble de « lettres », signées Pessoa, Alvaro de Campos, adressées à des amis, à Ofélia Queiros (la seule amoureuse), à sa mère, à des éminents occultistes français ou anglophones.

On n’aura jamais fini d’exhumer de la « grande malle » les trésors d’une écriture qui ne fut à peu de choses près jamais publique (mis à part les contributions à des revues « Orpheu », « Presença », deux plaquettes de poèmes en anglais, une publication poétique tardive, Mensagem, un an avant son décès).

Depuis, nombre d’éditions du Livre de l’intranquillité du semi-hétéronyme Bernardo Soares, des poèmes (en Pléiade), chez les éditeurs La Différence et Bourgois… sans compter des plaquettes bibliophiliques (Fata Morgana…)

Récemment, Livre(s) de l’inquiétude.

Correspondance 1981-2017, Pierre Bergounioux, Jean-Paul Michel (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 08 Mai 2020. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Verdier

Correspondance 1981-2017, Pierre Bergounioux, Jean-Paul Michel, 224 pages, 17 € Edition: Verdier

 

D’aucune manière tu ne dois douter de ceci : nos livres nous auront gardés ce que nous sommes, dans les pires incertitudes du temps, si inconfortables qu’il ait pu nous être donné de le connaître. Au moins n’aurons-nous jamais écrit rien que de nécessaire, chacun de notre côté, et quasi depuis l’enfance, « montant sur toute chose comme sur un cheval ».

Ce que dit là Jean-Paul à son correspondant et ami Pierre, ce 7 décembre 2007, rappelle bien sûr cette amitié de longue date, née et nourrie d’enfance, entre deux Corréziens, devenus écrivains, l’un et l’autre, et chacun avec une œuvre copieuse. Pour eux qui ont connu « l’ivresse sans vin de la jeunesse » (p.27), leurs « 16 ans », le temps est une matière qui lie, resserre les âmes, les esprits, alimente la ressource de vie. À chaque publication, les deux amis se donnent rendez-vous épistolaire, commentent le livre, décortiquent les enjeux fixés.

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 04 Novembre 2019. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Poésie, Fata Morgana

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille, septembre 2019, 48 pages, 12 € Edition: Fata Morgana

 

Cette lettre permet de comprendre la relation qui n’allait pas forcément d’elle-même entre Bataille et Char. D’un côté l’obscur des profondeurs, de l’autre une certaine clarté du paysage et de ceux qui l’habitent. D’un côté l’existentialisme et l’absurde, de l’autre les remugles messianismes du surréalisme « historique ».

Certes les deux se réclamaient de ce dernier mais selon une version dissidente plus juste que celle de Breton embrigadé dans certaines ruses et cécités. Ce dernier espérait beaucoup en Char mais n’attendait rien de Bataille. Les deux derniers éprouvent une sympathie mutuelle au nom à la fois d’une perception analogue des contradictions les plus vives qui régissent le monde et l’univers, et par ailleurs d’une douloureuse conscience de l’irrémédiable.

Rien n’est vrai que le beau, Œuvres choisies, Lettres, Oscar Wilde (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 11 Juillet 2019. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard, En Vitrine

Rien n’est vrai que le beau, Œuvres choisies, Lettres, mai 2019, trad. Henriette de Boissard, François Dupuigrenet Desroussilles, Jean Gattégno, préface Pascal Aquien, 1248 pages, 29 € . Ecrivain(s): Oscar Wilde Edition: Gallimard

 

« The first duty is to be as artificial as possible. What the second duty is, no one has yet discovered », ou encore : « Being natural is simply a pose, and the most irritating pose I know ». Wilde se voue au dandysme, qui l’amène (en grande pompe, mais aussi dans la ferveur du retrait) à faire se confondre le temps de sa vie et celui, comme indéfiniment prolongé, du sacre de l’artifice. Par la grâce de cet artifice (Huysmans l’a compris avec À rebours), l’être authentique peut composer son apparence au point de faire de lui-même l’analogon d’une œuvre d’art.

Mais cette apologie de l’artifice est surtout pour Wilde, peut-on penser, manifestation d’une pudeur. Ce faisant, l’auteur du Sphinx sans secret tait prudemment son obsession pour l’idiosyncrasie. Ouvrons-nous. Faisons-la affleurer. Belle cépée. Rilke fera sienne cette obsession, usant de ses armes propres : la poésie. Mais lorsque l’ouverture a surgi en nous, nous inscrivant en elle, ce n’est pas le jour qui survient. Le constat – fait par Wilde, fait par Rilke, fait par Pierre-Albert Jourdan – est alors le suivant : « Toutes choses […], si tu les travailles, ouvrent leur cœur de nuit absolue ».

Correspondance (1942-1982), Roman Jakobson, Claude Lévi-Strauss (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 19 Décembre 2018. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil

Correspondance (1942-1982), mai 2018, trad. Patrice Maniglier, préfacé, édité, annoté Emmanuelle Loyer, Patrice Maniglier, 434 pages, 25 € . Ecrivain(s): Roman Jakobson, Claude Lévi-Strauss Edition: Seuil

Isaiah Berlin – repris par Michel Serres – affirmait que le monde des chercheurs se pouvait diviser en deux catégories : les sangliers et les renards. Les sangliers labourent le sol en profondeur, mais dans un périmètre restreint ; tandis que les renards ne creusent pas, mais parcourent de vastes étendues. Roman Jakobson appartenait indiscutablement à la seconde catégorie. La pression des circonstances historiques le contraignit à une série d’exils qu’il sut faire fructifier : né en 1896, il dut quitter la Russie communiste (1920) pour se réfugier en Tchécoslovaquie (un État alors tout neuf), d’où il fut forcé de partir en 1939 pour le Danemark, la Norvège, puis la Suède, avant de finir par quitter le continent européen pour les États-Unis (1941). Ces déracinements successifs eussent brisé bien des êtres humains, mais Jakobson renforça son goût des langues (il parfait et écrivait aussi bien le russe et le tchèque que le français, l’anglais et l’allemand). Ses aptitudes en auraient fait un bon agent secret – la rumeur a d’ailleurs couru (p.139, note 2). Il élabora une œuvre profuse et protéiforme, rassemblée dans neuf épais volumes de Selected Writings, portant aussi bien sur la linguistique, les études slaves, la littérature comparée, la poétique, le Moyen-Âge. L’œuvre de Claude Lévi-Strauss, pour vaste qu’elle soit, se rattache principalement à une discipline, l’anthropologie.