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Correspondance

Lettres d’Angleterre, Karel Capek (2ème critique)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 11 Mai 2018. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, La Baconnière

Lettres d’Angleterre, trad. tchèque, Gustave Aucouturier, 171 pages, 12 € . Ecrivain(s): Karel Čapek Edition: La Baconnière

Sus au Brexit. Ce n’est pas parce que les Anglais tournent le dos à l’Europe que nous devons les ignorer. Il y a tant de choses à voir chez nos voisins d’outre-Manche qu’il serait dommage de ne pas y faire un petit tour.

Pour découvrir (ou redécouvrir) un pays étranger, un guide touristique est indispensable. Et quel meilleur guide qu’un écrivain ? Certes, il ne va pas forcément s’intéresser aux horaires d’ouverture de la National Gallery ou de la Tour de Londres – à tant de données bassement pratiques –  mais il peut nous présenter le pays autrement, en empruntant des chemins de traverses. Ajoutez-y quelques considérations humoristiques ou morales et on se retrouve très loin du Guide du routard.

Notre guide, c’est Karel Capek. Il voyage en Grande-Bretagne et il y écrit des lettres pour faire partager ses découvertes. Et quand les mots ne suffisent pas – même quand on est une plume ingénieuse comme l’auteur de La Guerre des salamandres – il ajoute des dessins. A croire qu’une image est plus parlante qu’un long discours. Mais quel que soit le talent de celui qui s’y attèle, une photo de horse-guard sera sans doute plus parlante qu’une description pour rendre compte de ce haut chapeau haut et étroit, noir et poilu dont s’affublent les gardes de sa Majesté. Les habitudes anglaises peuvent-elles mettre à mal les plus fieffés lettrés ?

Lettres IV (1966-1989), Samuel Beckett

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 09 Avril 2018. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard

Lettres IV (1966-1989), avril 2018, trad. anglais Georges Kahn, 952 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Gallimard

 

Samuel Beckett : in media res

Ce quatrième tome accompagne le lecteur des années de gloire de Beckett à sa fin de Beckett. On ne peut pour autant parler de grandeur et misère. Beckett n’est pas saisi par effluves des lauriers du sentier de la gloire pas plus que par la mort qui rôde. Et ses lettres ponctuent par leur facticité une œuvre qui n’exprime pas la « vraie » vie, mais néanmoins n’est pas indifférente à toutes les variations qui peuvent s’y présenter. Elles permettent par leur actualitéde regarder le monde phénoménal tandis que l’œuvre en distille une musique particulière avecsa capacité d’abstraction et de dépouillement.

Un tel corpus est passionnant. Beckett y est affable, simple, jamais obséquieux. Toujours « vrai ». Et cela donne un autre écho à ce qui, dans romans, pièces, films, « textes », possède la généralité de la forme pure, dont la matière est presque absente et qui n’exprime de la vie et de ses événements que la quintessence. Les lettres à l’inverse expriment des universaliae in media res.

Correspondance avec Tristan Tzara et Francis Picabia (1919-1924), André Breton

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 25 Janvier 2018. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Correspondance avec Tristan Tzara et Francis Picabia (1919-1924), décembre 2017, 256 pages, 26 € . Ecrivain(s): André Breton Edition: Gallimard

 

Cette double correspondance (Breton/Tzara, Breton/Picabia), présentée et éclairée par Henri Béhar, couvre essentiellement les années 1919-1924 (et déborde légèrement jusqu’au début des années 30). Cette période fut marquée par l’apogée du dadaïsme, mouvement au pouls révolutionnaire précurseur du surréalisme, auquel participèrent les trois compères. Or, ce chapelet de courtes missives s’avère relativement lisse au regard de l’esprit subversif véhiculé par Dada et sa clique de trublions. Une resplendissante nécropole de convenu, de convenable, de conventionnel. Où donc est l’extravagance, l’irrévérence, la dérision qui ont innervé ce courant à l’ADN imprévisible né sur les décombres de la première guerre mondiale ? Où donc est l’absurde débridé, l’inventivité loufoque et le nihilisme provocateur dont faisait preuve ce triumvirat d’artistes figurant parmi les plus tapageurs des années 20 ? Ceci étant dit, un tel document n’est pas inutile pour appréhender l’atmosphère artistique de cette période ou pour glaner quelques détails sur le quotidien des trois sacripants dadaïstes.

Lettres à Dominique Rolin (1958-1980), Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 12 Décembre 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Lettres à Dominique Rolin (1958-1980), novembre 2017, Edition de Frans de Haes, 400 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

« Cela vit, s’agite, semble me cerner de toutes parts, moi et ma torpeur. Et par un phénomène intérieur assez fréquent, j’ai l’impression d’être, au-dehors, autre chose que moi-même, qui se mêle au jeu silencieux et mouvant du jardin ; de me perdre et de m’ignorer sans trop de peine. Je suis donc pour finir, un jardin qui t’aime, et rien d’autre : c’est trop fatigant » (Feydeau, lundi 23-24 mars 1959).

Dominique Rolin est la grande aventure romanesque et physique de Philippe Sollers, l’absolue complicité. Cette correspondance (le premier acte, les autres sont annoncés) est le cœur en mouvement de deux écrivains inclassables, un premier acte saisissant de justesse, de vérité et de beauté. Et que l’on ne s’y trompe pas, il faut, pour réussir ce pari inouï, s’accorder au mouvement musical de la vie, la faire sienne, et rejeter dans les ténèbres les compromissions, les mensonges, les petits arrangements littéraires, les peurs et les hontes, et ne garder que le bonheur d’être. Je suis, donc j’écris. Je suis, donc j’aime. Je suis, donc je mets tous mes muscles à l’écoute de ce qui se révèle là sous mes yeux, semble-t-il dire.

Lettres d’Angleterre, Karel Čapek

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 21 Novembre 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Voyages, La Baconnière

Lettres d’Angleterre, octobre 2017, trad. tchèque Gustave Aucouturier, 184 pages, 12 € . Ecrivain(s): Karel Čapek Edition: La Baconnière

 

 

En 1924, le florissant et puissant Empire Britannique s’autocélébrait dans une grande exposition coloniale, la British Empire Exhibition, à Wembley, aujourd’hui plus connu pour son stade. Bien entendu, celle-ci était ouverte à d’autres que les sujets de sa gracieuse majesté, le roi George V. L’écrivain tchèque Karel Čapek, également journaliste aguerri – et connu depuis l’année précédente à Londres comme auteur dramatique, sa pièce R.U.R., à laquelle on attribue la création du mot « robot » ayant été traduite et jouée au St Martins Theatre avec le célèbre acteur Basil Rathbone – y fut invité. L’auteur de La fabrique d’absolu en profite pour visiter Londres et l’Angleterre, mais aussi le Pays de Galles et l’Ecosse (il ne parviendra pas à visiter l’Irlande) et en rapporte ces lettres d’Angleterre, un journal de voyage illustré de ses propres dessins.