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Correspondance

Lettres à Flaubert, réunies par Yvan Leclerc

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 25 Octobre 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Thierry Marchaisse

Lettres à Flaubert, réunies par Yvan Leclerc, juin 2017, 191 pages, 16,90 € Edition: Editions Thierry Marchaisse

 

Original, le concept de la collection. Réunir un lot – bien choisi, compétent, passionné qui plus est – d’auteurs, tous pignon sur rue littéraire, et les faire « écrire à » ces monstres sacrés de la grande littérature, celle des Classiques. Prudente, pour autant, la démarche, puisque le maître d’œuvre, et souvent une bonne partie de l’équipage, sont savants dans le destinataire des lettres, son œuvre comme sa personne, assez pour s’autoriser le parfum d’aventure du projet : un roboratif jouissif passant à chaque page ! Enfin – dira-t-on jamais assez que derrière chaque livre, il y a le maillon-éditeur, Thierry Marchaisse appartient à ce genre, rare, de ceux qui savent bâtir le livre, agencer une construction, en architecte de haute maîtrise, faisant bellement partie, en ça, du bonheur de lire.

Flaubert, l’immense, l’incontournable, celui qui – XIXème et au-delà – perche tout en haut de la pyramide. Qui – sachant lire, s’entend – n’aurait pas lu, et jusqu’au bout, s’il vous plaît, sa Madame Bovary, son Education sentimentale, son Salammbô… chacun d’entre nous, à un niveau ou un autre, ne peut-il se sentir « concerné » par Flaubert, ce « la », à la fois unique et tout ; c’est dire.

À toi, ma fille, Lettres, Cécilia Dutter

Ecrit par Laurent Bettoni , le Vendredi, 14 Avril 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

À toi, ma fille, Lettres, Les éditions du Cerf, mars 2017, 190 pages, 14 € . Ecrivain(s): Cécilia Dutter

 

C’est un texte résolument intime que nous propose ici Cécilia Dutter, dans lequel elle s’adresse à sa fille, au seuil de sa majorité. Cependant, à travers cet essai épistolaire, c’est bien une mère « universelle » qui parle à une fille « universelle », lui délivrant ses tendres conseils pour construire harmonieusement sa vie de femme et envisager son rapport au monde. Ce recueil de lettres court sur un an – la dernière année de l’adolescente avant de prendre son envol – et aborde les grands thèmes de l’existence : le bonheur, l’amour, la carrière, la sexualité, la religion, la responsabilité individuelle, la mort, le pardon, l’art, l’écologie…

L’écriture, sensible et bienveillante, répond à une urgence en même temps qu’elle suit l’actualité, présente en toile de fond, l’auteur la donnant à lire à sa fille par ses yeux de citoyenne, de femme et de mère. L’idée est d’aiguiser son esprit critique afin de lui apprendre à penser par elle-même et à refuser tout ce qui pourrait l’éloigner de sa vérité profonde.

Une dernière brassée de lettres, Claude Luezior

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 25 Janvier 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Une dernière brassée de lettres, Librairie Editions Tituli, Paris, 2016 . Ecrivain(s): Claude Luezior

Humaniste, Claude Luezior a passé sa vie (et la passe encore) à deux occupations principales : ranimer des vies puisqu’il était médecin et « À chaque lueur du matin, je me suis escrimé avec le passé des participes, j’ai amadoué des adjectifs qui me narguaient dans leurs invariables sous-bois, j’ai écorché mes ongles au fil des dictionnaires et, comme Démosthène, j’ai usé ma langue à ce que je croyais être le velours des voyelles mais qui n’était que consonnes et aspérités ».

Luezior a beau se dire fatigué de ce travail de minceur, il continue à écrire et non sans humour comme en témoignent ses lettres testamentaires adressées à divers concepts (Patience, Masque, Audace), lieux (Cimetière, Maison de retraite), objets (télévision) ou personnes (contractuelle, assureur).

Ses missives sont animées parfois d’un souffle romantique mais le plus souvent de déferlantes ironiques. L’auteur prouve qu’en Suisse (où il habite) comme en France le médecin se heurte à l’administration sanitaire : « Tu me parles clients, je te dis patients qui souffrent. Tu écris délais, je crie urgence. Tu clames tes chiffres, j’entends les râles de l’agonie. Tu fais part de tes décomptes, du haut de tes bâtiments de verre et d’acier : je marche dans la glaise humaine ». Preuve que l’humour n’empêche pas des cris de survie et que la littérature ne parle pas forcément du haut de sa condescendance même si beaucoup d’écrivains font penser le contraire.

Lettres III (1957-1965), Samuel Beckett

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 06 Janvier 2017. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Lettres III (1957-1965), novembre 2016, trad. anglais (Irlande) Gérard Kahn, 812 pages, 58 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Gallimard

 

Un homme comme les autres ?

Partagé entre le besoin de solitude, de silence et la nécessité de répondre à de multiples sollicitations qui ne sont pas qu’intellectuelles, plongé – avec hésitation, puis enthousiasme – au sein du monde théâtral, Beckett – dans la période qui recouvre ces lettres – collabore à la mise en scène de ses propres pièces, travaille à des pièces radiophoniques pour la BBC, réalise Film (le plus grand film irlandais de tous les temps selon Gilles Deleuze) et revient, après 10 ans d’interruption, à la fiction, avec Comment c’est. L’auteur, dans ces lettres, est plus précis sur son travail, d’autant qu’il bénéficie d’une destinataire privilégiée, Barbara Bray, productrice, traductrice, critique. Elle le rencontre en février 1958 en produisant All That Fall (Tous ceux qui tombent). En suit une liaison intellectuelle et amoureuse méconnue.

Lettre de consolation à un ami écrivain, Jean-Michel Delacomptée

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 17 Novembre 2016. , dans Correspondance, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Robert Laffont

Lettre de consolation à un ami écrivain, septembre 2016, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Delacomptée Edition: Robert Laffont

 

Cette lettre de petit format, qui se lit en une heure, relève du pamphlet. À partir d’une circonstance, un ami dépité par le silence de la presse devant sa littérature, Jean-Michel Delacomptée, pour consoler, dévide un fil d’explications. En préalable, vu que « le pays marche de travers, perclus de rhumatismes, bourré de sédatifs et d’anxiolytiques, victime de nausées, de vertiges, ravagé de frustrations, de rages, de peurs et d’angoisses », le recul de la littérature resterait secondaire si la quasi disparition de celle-ci, celle aussi bien de l’art en général, n’accompagnait pas d’autres renoncements.

Pour sa démonstration, Jean-Michel Delacomptée oppose le document qui vaut par ce qu’il traite, un rapport sur l’enfermement par exemple, à la littérature qui vaut par la façon dont elle traite un sujet. Il définit cette dernière par ce qui la traverse, une part de poésie, c’est-à-dire d’infini, de suggestion, de double-fond même, qui habite tout autre chose qu’une notice d’information ou d’entretien. Le dévoilement d’une conscience est autrement utile qu’un constat d’huissier. « La littérature ne visait pas à photographier le réel, mais à le révéler par l’alchimie des mots ». On notera l’imparfait du verbe visait, de même que la poésie n’existe plus que pour les aveugles. Elle a disparu du paysage. Ce qui se vend peu ne garantit pas pour autant une authenticité.