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Japon

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami (2ème article)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 04 Janvier 2016. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

L’étrange bibliothèque, illustrations Kat Menschik, trad. japonais Hélène Morita, 72 pages, 17 € . Ecrivain(s): Haruki Murakami Edition: Belfond

 

 

Un jeune garçon qui voulait simplement emprunter des livres à la bibliothèque se retrouve enfermé dans une cellule au fin fond d’un labyrinthe obscur, prisonnier d’un vieillard terrifiant, et sous la garde d’un homme-mouton passif et bienveillant qui fait de délicieux beignets. Comme un rêve qui bascule très vite dans le pire des cauchemars, cette histoire n’aurait pas déplu à Lewis Carroll. Avec pour ingrédients le mystère, le bizarre, l’absurde et une frontière très poreuse entre le poétique et l’épouvante, on y retrouve le goût immodéré de l’auteur pour les bibliothèques et les ambiances pesantes mais comme évaporées. Il y est question de nourriture de l’esprit et de nourriture pour le ventre et d’un menaçant mélange des deux. Il y est aussi question d’un chien féroce, d’un étourneau et d’une petite fille très belle. Bien que la fin puisse laisser le lecteur sur sa faim, très vite celui-ci se rendra compte que son esprit est retourné dans le labyrinthe pour tenter de démêler le sens caché de cette histoire, et c’est là que tout l’art de Murakami opère. Il réussit à se frayer un chemin dans notre tête et à y déposer tout un tas de questionnements, comme une souris viendrait y déposer des souriceaux.

L’Etrange Bibliothèque, Haruki Murakami

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 10 Décembre 2015. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

L’Etrange Bibliothèque, novembre 2015, illustrations Kat Menschik, traduit du japonais par Hélène Morita, 72 pages, 17 € . Ecrivain(s): Haruki Murakami Edition: Belfond

Haruki Murakami, une lueur dans l’ombre, virevoltant au vent solaire de nos pensées, un passeur d’entre les Mondes…

Dans l’intrigue de son nouveau roman paru aux éditions Belfond, L’Etrange Bibliothèque, un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale pour déposer un ouvrage, emprunter de vieux livres sur le système fiscal, le journal d’un percepteur, les révoltes fiscales dans l’empire ottoman et leur répression. La bibliothèque semble plus silencieuse que d’ordinaire. L’employé lui indique alors que pour les ouvrages rares, il doit se rendre à la salle 107. Dans une salle qu’il ne connaissait pas, il y avait assis, un vieil homme chauve et portant des lunettes aux verres épais : « Le tableau évoquait une montagne après un violent incendie de forêt ».

Seulement ces livres ne peuvent être consultés que sur place. Aux longs sourcils du vieil homme qui se rapprochaient au point de n’en faire qu’un, le jeune garçon va comprendre qu’il serait bien délicat de ne pas suivre la proposition de cet énigmatique vieillard, jusqu’à la salle de lecture et ce malgré l’heure de fermeture qui s’annonce. Mais qui est donc ce mystérieux personnage qui s’apprête à le mener par les méandres d’un labyrinthe sans fin et dans ce qui ressemble bien à une prison ?

Le Démon de l’île solitaire, Edogawa Ranpo

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 09 Novembre 2015. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Wombat

Le Démon de l’île solitaire, mai 2015, trad. japonais par Miyako Slocombe, 320 pages, 23 € . Ecrivain(s): Edogawa Ranpo Edition: Wombat

 

Un vrai régal ce roman, vraiment surprenant, un polar frisson d’une grande classe, au style limpide et très agréable à lire, qui parut d’abord en feuilleton dans les années 1929-1930 et qui n’a pas pris une ride, grâce peut-être aussi à une excellente traduction. On se laisse en tout cas très facilement happé par un suspense en tension permanente, avec un plaisir d’enfant, chaque énigme résolue ouvrant la porte à de nouveaux mystères. Minoura, le narrateur, est entraîné malgré lui dans cette histoire rocambolesque qui fera de lui un détective autodidacte, en tombant follement amoureux de celle qui sera la première victime d’un tueur énigmatique et ceci dans une chambre close, rappelant Le mystère de la chambre jaune.

Enquête, aventure, chasse au trésor et épouvante, le démon de l’île solitaire est un subtil mélange d’ambiances noires et romantiques, qui rappellent effectivement tout à la fois Conan Doyle, l’île du Docteur Moreau et Edgard Poe, le tout à la sauce japonaise. C’est tout à fait volontaire de la part de l’auteur, de son vrai nom Tarô Hirai, dont le pseudonyme fait référence justement à Edgard Poe. L’auteur aborde ici des sujets sensibles centrés sur le corps, comme la monstruosité, l’handicap physique, le rejet et l’homosexualité.

La Maison au toit rouge, Kyoko Nakajima

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

La Maison au toit rouge, traduit du japonais par Sophie Refle, mars 2015, 301 pages, 21 € . Ecrivain(s): Kyoko Nakajima Edition: Seuil

 

Une dame d’âge respectable, Taki, rédige pour son neveu les souvenirs de ses années de service passées dans la famille Hirai, un foyer de la bourgeoisie tokyoïte. Le maître de maison est sous-directeur d’une entreprise de jouets, passablement prospère. Il a fait construire récemment une maison à Tokyo pour son épouse, Tokiko, et le fils de celle-ci. Tout le récit du roman de Kyoko Nakajima est articulé autour du basculement incessant entre deux époques, celle des années 30 du Japon de l’entre deux-guerres, conquérant, impérialiste, mais où il fait bon vivre, où les mœurs sont stables, confinent à l’immobilité ; et le Japon des années soixante, celui de la croissance économique, d’une entrée dans le monde occidental, au moins en apparence…

Ainsi, la narratrice souligne-t-elle le temps que les maîtresses de maisons dignes de ce nom devaient passer à préparer le nouvel an, à peaufiner la préparation des mets, à la visite systématique de tous les voisins… Tâches perçues pourtant par Taki comme nobles, valorisantes. Dans le domaine de la perception de l’histoire de son pays, Taki, peut-être à l’instar d’une grande majorité de ses compatriotes, revisite l’histoire de son pays d’une manière surprenante, qu’un observateur contemporain pourrait aisément qualifier de révisionniste. Le fils de son neveu, Takeshi, lui fait remarquer que le Japon faisait déjà la guerre en 1936 :

Les tendres plaintes, Yôko Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Les tendres plaintes, traduit du Japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle et Yukari Kometani, septembre 2014, 256 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Yoko Ogawa Edition: Actes Sud

 

« La ballade de l’impossible »

Une calligraphe de Tokyo, Ruriko, vient de prendre la fuite. Elle quitte précipitamment son appartement pour aller se réfugier dans la maison de son enfance. Au fil de la lecture, on apprend qu’elle a été une épouse bafouée, maltraitée et trompée. « Je m’étais rendu compte trois ans auparavant que mon mari avait quelqu’un d’autre dans sa vie, mais notre relation s’était déjà détériorée. L’un de nous avait suggéré de vivre séparément et nous avions même parlé de divorce. En soustrayant ces années de nos douze ans de vie commune, il ne restait plus qu’une courte période sans discorde ».

La demeure, perdue dans la forêt, devient un abri, un lieu pour se cacher : « Lorsque je n’y étais pas allée depuis plusieurs années, le vaste mais sobre chalet m’était apparu avec fraîcheur jusque dans ses moindres recoins. Là-bas, je serais certainement accueillie. Il s’occuperait bien de moi ».