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Japon

Sin Semillas, Abe Kazushige

Ecrit par Virginie Neufville , le Lundi, 24 Mars 2014. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Philippe Picquier

Sin Semillas, traduit du japonais Jacques Lévy, février 2013, 838 p. 28,50 € . Ecrivain(s): Abe Kazushige Edition: Editions Philippe Picquier

 

Livre fleuve, roman tentaculaire, labyrinthique, respectant une unité d’action telle (la ville de Jinmachi) que le récit en devient parfois étouffant. Car Jinmachi n’est pas la petite ville japonaise sans histoire ; en effet, à elle toute seule, elle concentre deux grosses familles mafieuses qui, autrefois alliées, sont devenues ennemies. Et, en observant à la loupe ces deux familles, on s’aperçoit non seulement que leurs membres cumulent les « infractions », mais en plus entretiennent des mœurs pour le moins étranges.

« Un suicide, un accident et une disparition. Dans les trois cas, chacune semblait cacher quelque chose ».

A partir de ces trois faits divers non résolus, le lecteur plonge dans une intrigue aux strates et ramifications nombreuses, nourries par les rumeurs les plus folles où tout le monde soupçonne tout le monde. La difficulté est que les personnages sont nombreux, aux patronymes japonais, d’où une liste en fin de roman pour s’y retrouver ! De plus, en se penchant sur l’aspect judiciaire des événements, se rajoute une affaire de voyeurisme et de déviance sexuelle, car à Jinmachi, un groupe a pris un malin plaisir à prendre des vidéos volées d’habitants dans des situations intimes, et a le projet d’un système de type Big Brother…

Mourir pour la patrie, Akira Yoshimura

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 28 Janvier 2014. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Mourir pour la patrie, Trad. du japonais par Sophie Refle janvier 2014, 176 pages, 18,50 € (13,99 € en numérique) . Ecrivain(s): Akira Yoshimura Edition: Actes Sud

 

Les récits de guerre peuvent refléter fidèlement l’état d’esprit des combattants décrits dans ce type de texte. C’est assurément le cas avec Mourir pour la patrie d’Akira Yoshimura. Ce roman se déroule lors de la bataille d’Okinawa, intervenue entre le 1er avril 1945 et le 21 juin de cette même année. Un jeune collégien japonais, Higa Shinichi, est enrôlé dans le bataillon de la première école secondaire d’Okinawa. Pourtant, ce jeune garçon, patriote jusqu’au bout des ongles, est déçu : il n’est pas affecté dans une unité combattante, mais dans un service de secours et d’évacuation des blessés. Son souhait le plus cher est de mourir en soldat japonais : dans l’honneur et par le sacrifice pour le « pays des dieux ».

Ainsi éprouve-t-il face aux événements ordinaires de la guerre des sentiments d’attirance : « De multiples fusées éclairantes retombaient en se balançant comme des tentacules de méduse dans le ciel au-dessus de la zone ciblée. Les flammes rouges qui montaient de la terre lui firent penser à l’éclat des torches d’une immense armée qui avancerait dans la nuit. Il observa avec ravissement ce spectacle nocturne ».

Les attaques de la boulangerie, Haruki Murakami

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 26 Septembre 2013. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Les attaques de la boulangerie, traduit du japonais par Hélène Morita et Corinne Atlan, illustré par Kat Menschik, novembre 2012, 63 pages, 17 € . Ecrivain(s): Haruki Murakami Edition: Belfond

 

Une paire de bottes vaut bien Shakespeare


Dans La Défaite de la Pensée, Alain Finkielkraut reprend la pensée nihiliste russe du XIXème siècle qui stipule qu’une paire de bottes vaut bien Shakespeare. Le philosophe s’appuie sur cette pensée pour montrer l’impact de la relation à la culture de la nouvelle génération. Celle-ci, héritière directe du post-modernisme, revendique la relativité dans l’approche de la culture et de l’art sans hiérarchisation ni classement.

Cette idéologie nouvelle quant à la façon d’appréhender l’art et la culture trouve des échos dans la nouvelle insolite et déconcertante de Haruki Murakami, Les attaques de la boulangerie. Le récit est scindé en deux temps correspondant successivement aux deux attaques des boulangeries. Dans la première attaque, le narrateur est encore jeune. Tenaillé par une faim terrible et féroce, il pénètre dans une boulangerie accompagné d’un comparse pour dérober de la nourriture et satisfaire son estomac :

Les Pissenlits, Yasunari Kawabata

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 14 Septembre 2013. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Les Pissenlits, traduit du Japonais par Hélène Morita, 2012, 246 pages, 18 € . Ecrivain(s): Yasunari Kawabata Edition: Albin Michel

 

Les ancolies japonaises


Les pissenlits est un roman qui démontre l’apogée de l’art narratif kawabatien. En effet, le lecteur assidu de cet auteur connaît  trop bien la beauté suggestive de sa prose qui est tantôt elliptique tantôt impressionniste. Ici, Yasunari Kawabata nous montre sa parfaite maîtrise du dialogue car Les pissenlits est une ode aux dialogues imprévisibles et en apparences insolites.

Publié dans la version française, ce roman est écrit sur le tard. Il est resté inachevé. Il relate les événements contenus dans une journée d’hiver où une mère et sa fille, Inéko, accompagnée de son amant, Hisano, se rendent à la toute petite ville aux allures vieillottes de Ikuta. Voici ce que l’auteur dit de cette ville dès la première page :

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.