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Japon

Carnets 1933-1963, Yasujiro Ozu (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 26 Février 2021. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Carnets 1933-1963, Yasujiro Ozu, Carlotta, novembre 2020, trad. japonais, Josiane Pinon-Kawataké, 1280 pages, 50 €

 

Mine extraordinaire sur le parcours d’un cinéaste majeur, que ces Carnets tenus durant trente ans, qui offrent, au-delà du regard unique du réalisateur, un contrepoint à sa carrière, un supplément d’âme par des notes régulières, souvent elliptiques, du début de sa carrière à la dernière période – celle du Goût du saké, son ultime chef-d’œuvre.

Issu d’une famille nombreuse (deux frères, deux sœurs), Ozu perd son père en 1934, sa mère, l’année juste avant sa disparition.

Le cinéaste, né et mort un 12 décembre, respectivement en 1903 et 1963, qui consacra tant de films à la cellule familiale, entame son « journal » par cette phrase : Le cœur de la maison est toujours l’endroit le plus sombre de la pièce la plus sombre (7 août 1933).

Chaque année du journal reçoit une petite introduction bien utile pour voyager dans les activités multiples d’Ozu.

Dans les eaux profondes, Le Bain japonais, Akira Mizubayashi (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 22 Février 2021. , dans Japon, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, En Vitrine, Arléa

Dans les eaux profondes, Le Bain japonais, janvier 2021, 272 pages, 10 € . Ecrivain(s): Akira Mizubayashi Edition: Arléa

 

Variations autour du bain japonais

Quiconque aime passer les frontières, rechercher le dépaysement ou encore souhaite s’orienter dans une autre civilisation notamment d’Extrême-Orient trouvera plaisir à la lecture du livre d’Akira Mizubayashi. L’auteur vit et travaille entre la France et le Japon. Il a fait une partie de ses études en France et a intégré l’Ecole Normale supérieure. Il enseigne à Tokyo et c’est un écrivain d’expression française et japonaise. Il vit dans cet entre-Deux qu’il appelle un « royaume intermédiaire », en reprenant une formule de J.B. Pontalis, qui consiste à aller d’une culture à une autre, friction culturelle ne pouvant être qu’enrichissante.

L’ouvrage est original dans sa forme. Le point de départ est un ancien article sur la particularité du bain japonais, paru dans la Revue Critique, il y a près de 40 ans. Pour approfondir cette question, l’auteur propose ensuite toutes sortes de textes courts faisant écho à cet article. C’est un ensemble composite fait de souvenirs d’enfance, de rêves, d’analyses de films où les scènes de bain sont prégnantes.

Journaux de voyage, Bashô (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 05 Janvier 2021. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Verdier

Journaux de voyage, trad. japonais, René Sieffert, 128 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: Verdier

 

 

Peut-être bien le plus grand poète que la terre ait porté. Sans doute le pèlerin et le marcheur le plus assumé. Que n’a-t-il traversé comme terres nipponnes ! Ce poète était aussi un fort en méditation, un expert du haïkaï, un fulgurant amateur de relations humaines authentiques.

Ses journaux de voyage relatent avec force détails ses pérégrinations incessantes. D’un gîte où il reçoit le couvert à un monastère qui l’accueille, le poète Matsuo a tout supporté des voyages, la forte chaleur, les maux de pieds, le froid cassant, l’ennui des traversées. Mais de tout cela il en a extrait une matière unique, tissée d’observations insignes du monde perçu. La moindre fleur, la plus petite bête, le moindre ciel changeant, le glissement subtil des saisons : tout est objet d’écriture immédiate .

Un printemps à Hongo, Ishikawa Takuboku (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 09 Novembre 2020. , dans Japon, Les Livres, Les Chroniques, Critiques, La Une CED, Poésie, Arfuyen

Un printemps à Hongo, Ishikawa Takuboku, Arfuyen, septembre 2020, trad. japonais, Alain Gouvret, 161 pages, 16 €

 

Le poète et ses chimères

Le défaut inhérent et impossible à circonscrire de ma chronique relève de l’analyse forcément ethnocentrée, que je ne peux entreprendre que par le biais du monde référentiel de ma culture européenne. Bien sûr je connais la littérature, le cinéma et l’art graphique du japon – et quelques sentiments très forts au sujet de l’acteur de kabuki, que m’enseigna mon professeur Georges Banu à Paris III –, il reste que je ne conçois cet univers oriental que par le prisme de la traduction ou des sous-titres, seuls vraiment capables de me rendre accessible cet ensemble de signes. Nous connaissons tous le débat autour de L’empire des signes. Mais dans le même temps, cet ethnocentrisme pourrait être un avantage pour parcourir le journal de ce poète maudit de l’archipel nippon, comme enrichissant le spectre et l’épaisseur de ce personnage capiteux.

La Péninsule aux 24 saisons, Mayumi Inaba (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 26 Mai 2020. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Philippe Picquier

La Péninsule aux 24 saisons, Mayumi Inaba, trad. japonais, Elisabeth Suetsugu, 240 pages, 19 € Edition: Philippe Picquier

 

Ce roman fait la célébration de l’instant. Et en participant à cette célébration, l’héroïne est invitée à convoquer les grands événements de sa vie : son départ vers la capitale lorsqu’elle était en pleine jeunesse, la mort d’une amie chère, la fin d’une histoire d’amour… Pendant que ces souvenirs se chevauchent, cette héroïne, dont le nom ne nous est pas dévoilé, comme si elle représentait une entité plus qu’un personnage singulier, a décidé de passer un temps indéterminé dans la maison qu’elle a fait construire il y a plusieurs années, sur la presqu’île de Shima. En effet, en raison de l’admiration ressentie face aux falaises « blanches et sèches », l’achat d’un terrain s’était imposé contre l’avis des proches, qui trouvaient l’idée saugrenue. Outre son nom, nous ne savons rien non plus sur l’âge de l’héroïne, mais après quelques déductions, on suppose facilement qu’elle a une soixantaine d’années – tout comme Mayumi Inaba avait une soixantaine d’années lors de l’écriture de ce livre.