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Belfond

La maison Belfond fut créée en 1963 par Pierre Belfond et Franca Belfond. Assez vite, en 1989, Pierre Belfond cèdera 53,4 % du capital de sa maison au groupe Masson, éditeur scolaire et scientifique. Le couple quittera la maison en 1991.

En 1993, Belfond fusionne avec les Presses de la Renaissance, à laquelle viendront s'ajouter différentes filiales comme Acropole en 1981, Le Pré aux clercs en 1983, les Éditions 1900 en 1987 et l'Age du Verseau en 1988 qui seront ensuite toutes regroupées sous le nom des éditions Belfond. Aujourd'hui, Belfond fait partie du département Place des éditeurs, filiale d'Editis, deuxième plus grand éditeur français après Hachette de, au chiffre d'affaires de 751 100 euros en 2009. C'est grâce aux nombreux coups commerciaux de Pierre Belfond que la maison occupe désormais une place de choix dans l'édition française et possède un catalogue d'environ 400 titres, à raison d'une centaine de publications par an.


L’île aux enfants, Ariane Bois (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 29 Mai 2019. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’île aux enfants, mars 2019, 228 pages, 19 € . Ecrivain(s): Ariane Bois Edition: Belfond

 

A l’origine de ce roman, dont le titre fait référence, de manière antinomique, à l’île heureuse de Casimir, cette terrible réalité :

Entre 1962 et 1984, plus de deux mille enfants réunionnais ont été arrachés à leur île natale et envoyés de force dans la Creuse. Cette pratique a continué jusque tard dans le XXe siècle puisque c’est seulement sous François Mitterrand qu’on suspendra enfin ce transfert. Entre temps, 2150 mineurs réunionnais ont été répartis dans quatre-vingt trois départements français. Ce sont les chiffres irréfutables minimaux sur lesquels sont tombés d’accord les experts qui ont planché deux années durant au sein de la commission nationale d’information et de recherche historique, lancée en 2016 par George Pau-Langevin sous le quinquennat Hollande. L’Assemblée nationale venait de reconnaître solennellement la responsabilité morale de l’Etat.

Le travail de cette commission a permis d’établir également que la pratique avait duré 22 ans au total, c’est-à-dire plus longtemps que ce qu’avaient longtemps cru les rares à s’intéresser à ce sujet resté tabou. Et aussi, qu’elle avait eu une ampleur plus large qu’on ne l’imaginait, finissant par concerner presque la totalité du territoire français.

Mrs Caliban, Rachel Ingalls (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 22 Mai 2019. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Mrs Caliban, mars 2019, trad. Céline Leroy, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Rachel Ingalls Edition: Belfond

 

 

Fantasy

Mrs Caliban est un roman condensé qui commence sous l’égide du temps chiffré : « trois oublis », « quelques minutes », « un parapluie », « sa voiture », une énumération d’objets appartenant à deux personnes, Fred et Dorothy (de Dorothée, doron et theos : cadeau et Dieu). Or Dorothy, sainte ou psychotique, entend des voix. De la trivialité d’une existence frustrée, nous passons à l’affabulation mentale, ce qui masque pour l’épouse le choquant de la désunion maritale de son mariage. Dès le début de Mrs Caliban, le lecteur est informé de la face cachée du couple, de ses mœurs, de sa dérive interne – une existence coincée entre le théâtre social et les obligations contingentes ; ce que Rachel Ingalls nomme « leur pauvre vie ».

Cent voyages, Saïdeh Pakravan (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans Belfond, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Cent voyages, Saïdeh Pakravan, Belfond, janvier 2019, 216 pages, 17 €

 

L’errance de Garance

Garance, la narratrice, n’est pas contente de son prénom ; elle trouve qu’il rime trop avec « garce » et avec « rance ». De père iranien et de mère française née dans une campagne riveraine de la Loire, elle se veut parisienne jusqu’au bout des ongles. Elle prend le patronyme maternel afin d’éviter la catastrophe consistant à passer pour Mlle Irani et à se faire prêter des goûts et des mœurs pas trop catholiques. Elle vient de passer trois ans en Iran, la patrie paternelle. À son grand bonheur, sa mère lui demande de regagner le 16e arrondissement, l’avenue de Versailles plus précisément, pour assister aux funérailles de son grand-père maternel. De retour donc dans une ville sur laquelle elle ne tarit pas d’éloges, elle n’est que trop heureuse de laisser derrière elle Téhéran, « cette vilaine capitale » et ses habitants qu’elle ne comprend pas. « Je ne me sentais pas d’affinités avec les Iraniens, pas d’appartenance à leur culture. (…). Je les oubliai sitôt rentrée à Paris, dont je m’étais crue détachée et dont je me retrouvais plus éprise que jamais ».

Rose de cendres, Pilar Rahola (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 20 Février 2019. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne

Rose de cendres, novembre 2018, trad. catalan, Marie-Christine Vila, Isabelle Lopez, 279 pages, 20 € . Ecrivain(s): Pilar Rahola Edition: Belfond

 

Que savons-nous de l’histoire de la Catalogne ? Du point de vue du lecteur français, non spécialiste de l’histoire ibérique, peu de choses, en vérité. Pilar Rahola, romancière catalane, vient opportunément nous éclairer à l’occasion de la parution en France de son roman Rose de cendres.

Ce roman ne traite pas à proprement parler de l’histoire événementielle de la Catalogne. Néanmoins, il évoque des questions essentielles quant à la nature du séparatisme, catalan, aux composantes de l’histoire sociale de cette région.

Albert Corner est un homme d’origine modeste. De retour de la guerre d’indépendance menée à Cuba, il se fixe pour objectif dès son retour de s’enrichir, à tout prix et par tous les moyens, y compris  la criminalité. Pourtant, durant ce conflit, il prend conscience qu’il est catalan, et à ce titre, victime, tout comme les Cubains, de la domination espagnole, en manifestant de l’admiration pour cette poignée de soldats cubains qui résistent dans une plantation, l’Indiana, située dans la province de Guantanamo…

L’herbe de fer, William Kennedy (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 14 Décembre 2018. , dans Belfond, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

L’herbe de fer (Ironweed), novembre 2018, trad. Marie-Claire Pasquier (Prix Pulitzer, 1984), 283 pages, 18 € . Ecrivain(s): William Kennedy Edition: Belfond

 

Vagabondage

Le roman de William Kennedy (né en 1928 à Albany), L’herbe de fer, a été écrit en 1983, puis transposé en film par Hector Babenco en 1987 sous le titre français La force du destin. Le récit de L’herbe de fer (plante de la famille des tournesols) est raconté à l’imparfait, à la fois introspection mnémonique et journal d’errance. Dès le début du roman, en quelques lignes, une partie de l’histoire américaine est évoquée grâce aux noms des défunts aux consonances anglo-saxonnes, la quête oubliée des pionniers et l’invisibilité des Indiens cloîtrés dans des réserves, les différentes confessions religieuses présentes aux États-Unis, le base-ball, la ruralité, etc. Dans le cimetière en bordure de la ville, les tombes recouvrent « les restes mortels des riches », et les caveaux les plus somptueux côtoient les fosses communes – ce que l’auteur met en vis-à-vis (avec un humour grinçant) : « les coffres-forts de la banque céleste » avec plus loin « le déferlement des masses » ; une topologie d’Albany. Et tel Charon de passage, en transit dans les marais de l’Achéron, le protagoniste, Francis Phelan, revient au pays de son enfance, hanté par les restes de sa mémoire et celle de ses proches.