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La Joie de lire

 

Après un passage dans l'enseignement, Francine Bouchet reprend la librairie La Joie de Lire à Genève en 1981, une des plus anciennes librairies jeunesse d'Europe ouverte en 1937. En 1987, elle crée les Editions La Joie de lire. Spécialisées en littérature jeunesse, elles ont fait découvrir des jeunes talents d’ici et d’ailleurs et de nombreux écrivains de l'Europe entière, traduits avec grand soin. Elles ont également fait redécouvrir plusieurs classiques, Gianni Rodari, Léopold Chauveau, C.F. Ramuz ou Corinna Bille. Leur ligne audacieuse et exigeante leur a valu de nombreux prix.

Le catalogue de La Joie de lire compte aujourd’hui près de 400 titres qui se répartissent en livres d’images et œuvres littéraires.

En 2012 les Editions La Joie de lire fêtent leur 25 ans d’existence.

 

 

 

Bus en goguette, Gianni Rodari

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 12 Février 2013. , dans La Joie de lire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Italie

Bus en goguette, illustrations Blanca Gomez, 24 pages, février 2013, 14,90 € . Ecrivain(s): Gianni Rodari Edition: La Joie de lire

 

 

Aujourd’hui est un jour comme un autre, Rome est agitée de mille voix : les voitures klaxonnent et cornent ; les piétons piétinent d’un air pressé, les Vespa se faufilent dans la circulation et le trolleybus n°75 file en direction du centre-ville, chargé de son contingent de passagers maussades. A neuf heures du matin, ils sont tous plongés dans la lecture de leur gazette favorite avant de rejoindre leur bureau.

Aujourd’hui est donc un jour comme un autre, sauf que… sauf que le trolleybus n°75 et l’intégralité des voyageurs, sans compter le contrôleur et le conducteur, se retrouvent mystérieusement déroutés sur un chemin forestier isolé, puis stoppé net au milieu d’une clairière herbue et parsemée de cyclamens.

D’abord peu enclins à la mansuétude, les fonctionnaires grognons et tatillons y vont de leurs petits commentaires agacés :

Freak City, Kathrin Schrocke

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 11 Février 2013. , dans La Joie de lire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Jeunesse

Freak City, traduit de l’allemand Génia Catala, janvier 2013, 273 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Kathrin Schrocke Edition: La Joie de lire

 

Le Freak City est un café où Mika, un adolescent de quinze ans, entre par hasard, en suivant son ex-petite amie. Il y découvre Léa une belle jeune fille jouant au billard. Léa a des yeux verts où l’on aimerait se perdre, des boucles brunes. Léa est très douée en cours, elle aime les films étrangers, les connaissances pointues et inutiles, ses amis. Elle vit pourtant dans un univers parallèle car elle est sourde. Souffrant du regard compatissant ou haineux des autres, perçue comme une retardée ou comme une enfant à problèmes. Elle fait déborder éviers et baignoire car elle n’entend pas le bruit de l’eau, elle évite de justesse les roues d’un camion car elle n’est pas prévenue de son arrivée.

« Alors une chose étrange se passa. La femme éleva les mains et fit rapidement une suite de gestes. Si vite que je n’eus pas le temps de comprendre ce qui se passait. Ses doigts volaient dans l’air. A un moment elle me désigna, puis elle tourna à nouveau son visage vers Léa.

Fasciné, j’observais les deux femmes.

C’était au tour de Léa. Ses mains accomplirent la même danse étrange que sa partenaire de dialogue me regardant dédaigneusement du coin de l’œil, elle fit une grimace ».

Réponds correctement !, Eva Janikovszky

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 04 Février 2013. , dans La Joie de lire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Jeunesse

Réponds correctement !, illustrations de Lászlò Réber, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, septembre 2012, 40 pages, 12,20 € . Ecrivain(s): Eva Janikovszky Edition: La Joie de lire

 

« Quand on me pose une question, je sais que je dois donner la bonne réponse » se dit le petit garçon de cet album vif et impertinent. La difficulté, c’est que ses réponses conviennent rarement aux adultes. De plus les questions d’adultes sont rarement pertinentes et intéressantes. En résulte un calvaire de tous les instants pour l’enfant partagé entre l’envie de bien faire et ses propres désirs. « Réponds correctement » lui intime-t-on ! Mais quelle est la réponse correcte à « Tu peux me dire pourquoi tu brailles ? », « Qu’est-ce que tu veux manger demain, mon lapin ? », « Alors, quoi de neuf ? »…

L’enfant est fasciné par le langage des adultes où existent mille et une façons de dire oui, non et bonjour. Il ne sait jamais comment les satisfaire, sans s’attirer reproches, moqueries ou réprimandes. Que peut-il répondre aux invités lorsqu’ils lui demandent s’il préfère son papa ou sa maman ? s’il aime l’école ou ce qu’il veut faire plus tard ? Alors le petit garçon se tait et il sait que ce n’est pas la bonne réponse.

Les A.U.T.R.E.S., Pedro Mañas

Ecrit par Virginie Neufville , le Dimanche, 30 Septembre 2012. , dans La Joie de lire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Espagne, Jeunesse

Les A.U.T.R.E.S., trad. espagnol Anne Calmels, juin 2012, 144 p. 8,40 € . Ecrivain(s): Pedro Mañas Edition: La Joie de lire

 

« Franz, Franz, ce n’est pas grave d’avoir un œil abîmé. Cela ne veut pas dire que tu n’es plus bon à rien. L’histoire est pleine d’estropiés célèbres. Regarde Toulouse-Lautrec. Il était nain. Et Miguel de Cervantès, manchot (…). Homère était aveugle, et Beethoven est devenu sourd. De véritables épaves humaines, qui ont lutté contre la fatalité et mis à profit le peu que leur offrait la vie, défiant les moqueries des gens normaux ».

Tel est le discours de l’ophtalmologiste à Franz lorsqu’il lui apprend que pour guérir son œil paresseux, il devra porter un cache pendant quelque temps. Or, le petit garçon n’est pas convaincu de la normalité et de la banalité de la chose. A coup sûr, il va attirer le regard de ses congénères en cour de récréation et devenir la risée de la classe. Pourtant, fataliste, il accepte…

Au bout de quelques jours, il se rend compte qu’il n’est pas le seul à être mis invariablement de côté lors du choix des équipes en sport, ou pendant les jeux ; plusieurs enfants subissent le même sort que lui, et tous ont en commun un signe extérieur qui les font basculer aux yeux des autres dans l’anormalité : un poids excessif, des cheveux qui ressemblent à de la paille, une haute taille, des lunettes avec des gros verres… Finalement, mine de rien, Franz n’est plus seul !

Tarja, Jean-Noël Sciarini

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 20 Février 2012. , dans La Joie de lire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jeunesse

Tarja, 2011, 256 p., 16 € . Ecrivain(s): Jean-Noël Sciarini Edition: La Joie de lire

Le ton est donné au début de l’ouvrage via une citation d’Einstein : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ».

Tarja est victime d’une rumeur, elle serait une « salope ». Jeune fille de son temps, elle connaît un franc succès auprès de la gente masculine avec, pour douloureux corrélat, une médisance crasse à son égard. Aucun propos insultant ne lui est épargné ; « facebook » sert de plate-forme aux commérages. Qui est donc « Tarja » sur laquelle tout le monde se défoule ? Dès les premières lignes, je me suis attachée à cette jeune fille, forte et fragile à la fois, qui, « du haut » de ses seize ans, va être happée par un monde sans pitié, celui de l’incompréhension, de l’exclusion et de la haine : elle a en effet décidé d’assumer sa grossesse malgré la complice indifférence du « Sénat » de son collège.

Tout est nuancé et écrit en filigrane ; nous avançons avec l’héroïne, nous souffrons avec elle, sans pathos, et nous apprenons à découvrir la vraie personnalité de Tarja. Une merveilleuse amitié la soude à Léon, fidèle et meilleur ami – personnage phare de ce roman qui émeut et séduit tant par sa loyauté que par sa sensibilité puis on se laisse surprendre également par l’amitié « forte et invisible » liant Tarja à Einstein ; au fil des pages, le récit nous rapproche de cette jeune fille qui finit par devenir « notre » meilleure amie et confidente et c’est ce qui fait l’une des forces de ce texte.