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L'Arpenteur (Gallimard)

 

Collection créée par Gérard Bourgadier, ancien représentant et chef de ventes, directeur des Éditions Denoël de 1982 à 1988, qui a choisi de la placer sous le signe du Château de Kafka. Œuvres de Christine Angot, Michka Assayas, Pierre Autin-Grenier, François Gantheret, Thierry Metz, Jean-Pierre Ostende… Meilleure vente : La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm. Série italienne dirigée par Jean-Baptiste Para, avec notamment Pietro Citati et Claudio Magris.

Mauvaise passe, Clémentine Haenel (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Mauvaise passe, août 2018, 128 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Clémentine Haenel Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

« Je conçois de le tuer, lui. Tuer celui qu’il est quand il se fait sombre et cassant, celui qui m’inquiète trop : quand il n’est plus en contact avec la vie, que ça le rend hostile. J’ai des sursauts de haine, mes doigts glissent le long de mes hanches et râpent ; ça colle et ça claque. J’en ai marre de ces mains qui sont des fontaines ».

Mauvaise passe est un roman électrique, violent, tremblant, hurlant. Un petit livre écrit au scalpel qui déchire le monde et l’art littéraire, et que pourrait saluer Georges Bataille. Mauvaise passe, comme on le dirait d’un corps marchandé, d’un corps qui se livre aux déchaînements des hommes – Je nettoie les plaies que la nuit a laissées sur mes côtes, et regarde mes seins, qui ont bleui–, ou d’un navire qui se risque dans un chenal de tous les dangers. Mauvaise passe est un roman qui sent l’alcool, le tabac, et le sperme, un roman qui se livre dans l’errance, et qui claque comme une paire de gifles, des coups et des mots. Un roman souffrant, et qui s’offre, comme le revendique la narratrice, un roman échevelé, glacé et glacial.

Survivre, Frederika Amalia Finkelstein

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Survivre, août 2017, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Frederika Amalia Finkelstein Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

« Je fais ce cauchemar de façon régulière depuis que j’ai vu la photographie sordide de la fosse du Bataclan. Quand je revois les corps troués, déchiquetés, abandonnés dans des positions humiliantes, quand je revois cette boucherie dans ma mémoire : j’ai la haine. Quand je revois le sang répandu sur le sol, un goût métallique, c’est comme si j’avais ce sang dans ma bouche, c’est comme si leur sang était mon sang, et de nouveau j’ai la haine ».

Survivre est un roman étourdissant, éblouissant, âpre, troublant, saisissant par sa force, sa rage, sa composition, un roman à l’écoute des morts. Ceux du Bataclan hantent ce roman inouï, comme ceux du 11 septembre nourrissaient celui tout aussi exceptionnel de Don DeLillo (1). Ces morts anonymes, puis identifiés, ces ombres transpercées, visages effondrés, ces corps mutilés, cette jeunesse sacrifiée, cette terreur qui s’immisce dans chaque regard, entre chaque page, font trembler Survivre, comme nous avons tremblé la nuit de ce crime contre nature, contre la vie, la pensée et la joie.

À la crête des vagues, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

À la crête des vagues, août 2016, 306 pages, 21 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

Lancelot Hamelin, dans son premier roman Le couvre-feu d’octobre, décrivait les destins divergents de deux frères, opposés sur l’attitude à adopter sur le conflit algérien. Dans ce second roman, c’est la question de l’intégration qui est abordée, et plus précisément celle de savoir si les individus, séparés par l’histoire, les mœurs, la religion, les classes sociales peuvent encore emprunter une passerelle pour communiquer ou tenter de faire connaissance. Cette dernière démarche est réussie par Karim, alias JKK. Ce jeune homme vit dans les quartiers nord de Marseille, de trafics de voitures volées, de recels de matériels automobiles qu’il organise avec Zohar, un copain originaire des Comores, et un vieux légionnaire sur le déclin, que tous deux visitent régulièrement pour leurs affaires. Par une chance extraordinaire, il parvient à rencontrer Laurélie, jeune fille fringante, séduisante, bourgeoise bien installée, dont les parents, Charles Mazargue, juge aux idées progressistes, et Thereza, son épouse, fille d’un docker syndicaliste, partagent ces mêmes idéaux.

Maraudes, Sophie Pujas

Ecrit par Pierre Perrin , le Vendredi, 19 Février 2016. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits

Maraudes, octobre 2015, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Sophie Pujas Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

 

L’exergue choisi pour cet ouvrage, sous-titré récit, donne une précieuse indication. « De mes états d’âme, la neige est celui que je préfère ». C’est de Jules Renard, dans son Journal. C’est primesautier, un peu taquin. En fait, la métaphore installe un paysage et surtout partage le monde en deux. Sous la neige, sous les pages du récit, la dure réalité ; en superficie, la perfection du style. Sophie Pujas sait regarder la capitale, dont elle emprunte les boulevards et plus encore les ruelles, pour conférer un territoire à son récit, mais plus encore l’intérieur des êtres qu’elle croise et qu’elle invente, à la fois. « Les êtres humains n’affichent pas ainsi leurs abîmes, leurs fantômes. Il faudrait pouvoir deviner, sous le front, tel deuil, au creux des reins, tel grand amour perdu, dans la chevelure, tel regret, pour ne pas ouvrir négligemment des trappes sous les pas de ceux à qui nous parlons ».

La vie privée, Olivier Steiner

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 08 Avril 2014. , dans L'Arpenteur (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La vie privée, mars 2014, 160 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Olivier Steiner Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

Le corps et l’esprit


Au début, il y a la mort, il y a un mort. Au premier étage d’une maison de bord de mer, gît Emile. Un vieil homme duquel le narrateur, Olivier, s’est occupé pendant 3 ou 4 ans. Il avait besoin d’un toit. Emile était malade, âgé, il tombait, il avait besoin qu’on le relève… L’un a sauvé l’autre qui n’est pas celui qu’on croit : « Le prodige est qu’en le relevant je me redressais », note le narrateur. Il y a donc un corps, ce corps sur lequel la mort opère son travail : il se refroidit, se raidit, au son d’une sonate de Schubert. Il n’y a que ce corps car Emile, la veille déjà, s’en était détaché : il « regardait le plafond, comme si tout ce qui avait un rapport avec son corps ne l’intéressait plus, ne le concernait plus ». Mais Olivier n’avertit personne. Il attend, au rez-de-chaussée. Un homme. Un autre.