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La rentrée littéraire

Une illusion passagère, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Joelle Losfeld

Une illusion passagère (The Fall of Ireland), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, août 2013, 133 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

Quand Martin, haut fonctionnaire irlandais, accompagnant en Chine pour la célébration de la fête de Saint-Patrick le sous-secrétaire d’état au cabinet de qui il est attaché, se retrouve seul dans son hôtel, à Pékin, où l’a laissé son patron pour un jour ou deux, il loue, après avoir longuement tergiversé, les services d’une masseuse.

L’aventure est banalement triviale.

Les hôtels chinois, constate le narrateur, intègrent très naturellement ces prestations, dûment tarifées, dans l’éventail des offices disponibles.

Tout naturellement, Martin s’attend, avec une sourde excitation, à ce que l’officiante lui propose le massage spécial. Et en effet la jeune femme qui le rejoint dans sa chambre lui soumet, après une onctueuse friction qui lui procure un délicieux moment de plaisir, l’offre espérée.

Le récit aurait pu consister en une suite de tableaux érotiques, voire pornographiques, de ce qui se passe ordinairement en ces moments-là.

Camus, Herbert R. Lottman

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 15 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Biographie, Le Cherche-Midi

Camus, traduit de l’anglais (USA) par Marianne Véron, septembre 2013, 1056 pages, 22 € . Ecrivain(s): Herbert R. Lottman Edition: Le Cherche-Midi

Le 24 novembre 1978, il y a 35 ans, Bernard Pivot ouvrait le 167ème numéro de son émission Apostrophes par cette phrase : « Si on avait pris le pouls de Camus et de Mauriac, je suis sûr qu’on aurait entendu battre le monde ». Parmi les invités : Marie Susini, romancière, Louis Guilloux, grand ami d’Albert Camus et célèbre écrivain breton, Guy Dumur, critique dramatique, alors chef du service littéraire du Nouvel Observateur, ainsi que trois grands spécialistes de Mauriac et un élève du Lycée Racine, Bruno Blanckeman, âgé de 17 ans, jeune lecteur à l’époque.

Le sujet du jour : une biographie énorme d’Albert Camus, un pavé lourd de Herbert R. Lottman, un américain.

La première biographie consacrée à Albert Camus fait débat : on lui reconnaît des défauts, des qualités aussi. Certains sont dithyrambiques « le travail est splendide », mais les désaccords fusent : peut-on rester objectif ? On reproche a Lottman d’avoir essayé de ne jamais prendre parti, de rester neutre. L’enquête qu’il a menée auprès de ceux qui ont connu Camus est qualifiée d’« enquête policière » froide. Guy Dumur est estomaqué : « Cette biographie est curieuse et bouleversante pour ceux qui ont connu Camus ». Certaines erreurs sont pointées – des détails, bien sûr – on va reprocher à Lottman de ne pas être allé au fond des choses.

Arizona Tom, Norman Ginzberg

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 14 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Arizona Tom, août 2013, 224 p. 17 € . Ecrivain(s): Norman Ginzberg Edition: Héloïse D'Ormesson

« À Brewsterville, les distractions sont rares. /…/ Ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. Moins il s’en passe mieux je me porte. Je suis le shérif de ce bled. Un shérif placide et discret, ni bégueule ni fiérot. Pas un de ces paltoquets qui bombent le torse devant les voleurs de poules, une main sur l’étoile, l’autre sur la crosse de leur colt. Je suis shérif comme d’autres sont putains ou croquemorts, parce qu’il en faut ».


Ocean Miller, alias Ocean Meier, fils de juifs immigrés venus chercher fortune en Amérique après avoir fui Hambourg où ils ne vivaient que dans la malédiction, la misère et le mépris, se livre au soir de son existence au jeu des confidences. Une vie sans grande étoffe, souvent marquée par la poisse, jusqu’à ce poste de shérif dans ce trou perdu d’Arizona aux limites du désert de Mojave. Entre deux rasades de bourbon, il se remémore… les petit boulots d’avant, les succès faciles auprès des femmes, l’engagement dans l’Union pendant la guerre de Sécession aux côtés du général Chamberlain, le poste d’adjoint d’un marshal dans le Kansas, la traque aux voleurs de bétail, les amitiés trahies et au bout de la route, ni épouse, ni enfants, ni même un toit, dans ce bled où il ne se passe rien ou presque. Sauf le mercredi 8 juin 1883, où le chemin du shérif croise dans le désert celui d’un gamin sourd-muet, Tom, tirant au bout d’une corde un homme-tronc.

Mon Amérique, Jim Fergus

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Récits, Le Cherche-Midi

Mon Amérique( Nature writing), trad. (USA) Nicolas de Toldi, septembre 2013, 300 p. 20 € . Ecrivain(s): Jim Fergus Edition: Le Cherche-Midi

Jim Fergus s’inscrit dans les figures de la grande littérature américaine. Passionné de nature, de chasse, de pêche, il est dans la lignée prestigieuse du Montana avec ses amis Jim Harrison et Rick Bass. Ce dernier est d’ailleurs un des personnages de ce livre puisqu’il partage avec l’auteur des journées de chasse aux oiseaux. Ce livre est un journal de chasseur, de pêcheur, constitué de petites nouvelles qui sont autant d’histoires dont raffolent, on le sait, ceux qui pratiquent ces activités.

Histoires d’hommes (les femmes sont très rares ici), de chiens, d’animaux sauvages, Fergus distille ses souvenirs comme un hymne à la nature, aux grands espaces américains, aux amitiés éternelles.

A la manière des romantiques, Fergus ne regarde pas la nature comme objet en soi mais comme jouissance pour soi. Il en attend un retour, la contemplation ne lui suffit pas et en cela il rejoint une tradition rousseauiste. Rick Bass, dans la préface qu’il offre à son ami, ne s’y trompe pas :

 

« L’important n’est pas le paysage, mais l’homme et ce qu’il ressent. Et Jim est un homme intensément amoureux de la vie. »

La lune dans le puits, François Beaune

Ecrit par Adrien Battini , le Jeudi, 10 Octobre 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Verticales

La lune dans le puits, septembre 2013, 514 pages, 20 € . Ecrivain(s): François Beaune Edition: Verticales

Il est de ces livres dont l’ambition transcende notre condition de lecteur ordinaire et vous transporte au-delà de l’éternel horizon qui se présente à notre regard. On aimerait que La Lune dans le puits, vendu comme une audacieuse réinterprétation de l’Odyssée, nous emmène par-delà les flots dans cet épique voyage à la rencontre des peuples de la Méditerranée. Hélas, trois fois hélas, trop de promesses sont trahies au fur et à mesure que le texte se dévoile, pour que l’on soit satisfait de ce produit littéraire. Avant de plonger dans les quelques 500 pages de cet épais volume, il faut revenir sur la genèse de ce projet titanesque.

L’idée d’envoyer François Beaune dans les ports méditerranéens, jeune étoile montante des éditions Verticales, naît lors de la manifestation littéraire des Correspondances de Manosque en 2011. L’objectif paraît à la fois simple et ambitieux : récolter des histoires vraies sur tout le pourtour de la Méditerranée afin de saisir les moments marquants des milliers de héros anonymes et, in fine, élaborer une forme de destin collectif qui unirait l’ensemble de ces hommes et femmes. Egalement soutenu par Marseille Provence 2013, l’épopée de l’écrivain ne se comprend pas sans son caractère multimédia, puisque plus de 1300 histoires ont été collectées sur un site internet sous les formes les plus diverses (sons, écrits, vidéo) et qui rejoindront la collection permanente du MUCEM.