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La rentrée littéraire

Richard W., Vincent Borel

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 28 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

Richard W., 308 pages, 22 € . Ecrivain(s): Vincent Borel Edition: Sabine Wespieser

 

Richard W, et non R. Wagner… le « parti pris », l’allure du roman sont posés : c’est autour de l’homme, par le côté familier de son prénom, de son « petit nom », que tout tourne. C’est l’intimité, presque la familiarité du personnage qui va donner le ton à ce roman, la petite histoire, la petite musique qui interagit avec le nom, connu, re-connu, qui met l’accent sur le côté méconnu du personnage Wagner. Comme si le nom n’était qu’un avatar, comme si le prénom lui donnait toute sa force, l’éclairant, le déviant, le montrant sous un jour différent, souvent sans doute l’exagérant.

Bon nombre des anecdotes de la vie de Richard Wagner émaillant le livre sont sinon imaginées, du moins étirées à l’extrême, mais servent de révélateur, de soubassement à l’exploration de la naissance de l’œuvre. Nées de l’interprétation de l’auteur, mélomane, musicien, prompt à faire réagir comme une composition chimique vie et œuvre, l’œuvre comme prolongement de l’homme ou, plus exactement, projection : « ici l’espace et le temps se confondent », ainsi que le dit Gurnemanz à Parsifal. Tout attend, se condense pour mieux éclater, se résoudre dans une envolée.

Pickpocket, Nakamura Fuminori

Ecrit par Virginie Neufville , le Samedi, 26 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Japon, Editions Philippe Picquier

Pickpocket, janvier 2013, traduction (Japon) Myriam Dartois-Ako, 192 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Nakamura Fuminori Edition: Editions Philippe Picquier

 

Il erre au hasard des rues de la mégalopole Tokyoïte, repérant les passants bien habillés ou affairés, signes extérieurs d’un portefeuille bien rempli. Il se rapproche alors de sa future victime, la bouscule imperceptiblement tout en plongeant l’index et le majeur dans le manteau, dernier obstacle vers le trésor, le symbole de toute une vie :

« Un portefeuille livre le caractère de son propriétaire, son style de vie. Comme le téléphone portable, il est au cœur de secrets d’une personne, de ce qu’elle possède, un pivot central ».

Etre pickpocket c’est tout un art, c’est aussi un choix selon le narrateur : le choix de vivre sans contraintes, sans attaches, bref être libre : un « acte qui réfutait toutes les valeurs, qui annihilait toutes les contraintes ». Mais, on peut être un voleur et avoir des principes, comme celui de détrousser seulement des gens aisés, ou rester solitaire.

Cette petite entreprise se complique lorsque notre personnage se voit contraint par son mentor de remplir une mission pour honorer une dette de yakusas. Enfin, elle devient potentiellement mortelle lorsque la dette en question inclut la vie d’un petit garçon pour lequel il s’est pris d’affection.

L'enfant de Calabre, Catherine Locandro

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 26 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

L'enfant de Calabre. Janvier 2013. 265 p. 18 € . Ecrivain(s): Catherine Locandro Edition: Héloïse D'Ormesson

Indochine, Diên Biên Phu. Année 1954. Deux jeunes hommes, Vitto Ivaldi et Matteo Lanfredi. Célibataires, même stature, même physique, même teint, le premier originaire de Calabre, le second de Sicile. Tous deux, légionnaires. Même affectation, 1/2e REI (Régiment Etranger d’Infanterie). L’un est caporal, l’autre soldat. Motif de leur engagement, la fuite du passé. Le premier a quitté sa famille, le second n’en a plus. Seul contact extérieur, leur marraine de guerre via des échanges épistolaires. Ils veillent l’un sur l’autre, en vrais frères. Non pas, par seul respect du Code d’honneur de la Légion étrangère, mais par esprit de fratrie, selon le principe de «la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille».

Leur environnement, une plaine abritant des rizières et des champs, traversée par une rivière, dénommée Nam Youn ; une piste d’avion ; à proximité pour certains, plus éloignés pour d’autres, des points d’appui (PA) portant des prénoms féminins ; les reliant, des tranchées. Tout autour, à plusieurs kilomètres, des collines boisées. Leurs journées s’écoulent, invariablement identiques, l’attente est longue, angoissante. « La routine des travaux de fortification le jour, avec ces points d’appui aux prénoms de femmes – Huguette, Isabelle, Béatrice, Claudine …- dont il fallait inlassablement consolider les abris et les positions de combat… Les tirs d’obus viets en pleine nuit… La peur au ventre, à chaque départ en mission, et cette odeur de mort qu’il ramenait avec lui, qui imprégnait ses vêtements et sa peau…[…] »

La Nuit Pacifique, Pierre Stasse

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Flammarion

La nuit pacifique, janvier 2013, 250 p. 18 € . Ecrivain(s): Pierre Stasse Edition: Flammarion

 

 

De nos jours. Royaume de Thaïlande, sa capitale Bangkok, appelée officiellement Krung Thep, La Cité des Anges. Hadrien Verneuil, la trentaine. Son associé, Vichaï. Leur société, Improved Numeric Life Company (I.N.L.). Son domaine d’expertise : la retouche photographique. Son objectif : (re)donner vie à l’image, modifier les clichés, les retravailler pour des affiches publicitaires, supprimer des éléments, changer les scènes de crimes, les manipuler en effaçant ici des individus, là des sacs de drogue. Ses clients : des particuliers, des entreprises ainsi que le pouvoir politique, la police, l’armée.»

Son départ du Nord de la France, son installation à Bangkok, une nécessité. Son travail, un exutoire. Une façon personnelle de travestir sa propre réalité, de se reconstruire, d’éviter que le passé ne vienne étouffer le présent et d’amoindrir sa douleur. Le drame, son drame, la mort de sa sœur, Cécile, décédée voilà vingt ans, dans un étang. Il avait quatorze ans, elle seize.

Dîner de gala, Philippe Videlier

Ecrit par Christine Bini , le Mardi, 15 Janvier 2013. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Dîner de gala, septembre 2012, 624 p., 23,90 € . Ecrivain(s): Philippe Videlier Edition: Gallimard

 

 

Le gros roman de Philippe Videlier paru en septembre 2012, s’intitule Dîner de gala. Le sous-titre « L’étonnante aventure des Brigands Justiciers de l’Empire du Milieu » donne le ton, et quelques indications. Le titre renvoie à une citation de Mao « la révolution n’est pas un dîner de gala », et le sous-titre fait référence à la littérature chinoise, et singulièrement à l’épopée Au bord de l’eau (XIVe siècle). L’histoire chinoise du XXe siècle, et donc l’histoire de Mao, racontée sous l’angle de la picaresque, voilà ce que nous propose Philippe Videlier.

Il existe au moins deux façons d’aborder ce livre : soit on est ferré à glace à propos de la Chine, et l’on traque la vérité historique ; soit on n’y connaît rien, ou pas grand-chose, disons le tout-courant, et on plonge dans le récit.