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La rentrée littéraire

La Disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 22 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

La Disparition de Josef Mengele, août 2017, 240 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Olivier Guez Edition: Grasset

 

« En moto, à vélo et en auto, il circulait parmi les ombres sans visage, infatigable dandy cannibale, bottes, gants, uniforme étincelants, casquette légèrement inclinée. Croiser son regard et lui adresser la parole étaient interdits ; même  ses camarades de l’ordre noir avaient peur de lui. Sur la rampe où l’on triait les juifs d’Europe, ils étaient ivres mais lui restait sobre et sifflotait quelques mesures de Tosca en souriant ».

La Disparition de Josef Mengele est un roman qui s’élance à l’assaut de l’aventure des nazis cachés en Argentine, à la manière de Mané Garrincha, il drible avec le fil de l’Histoire, ses phrases filent en souplesse et en rythme vers le but, d’un changement de pied il échappe aux lieux communs, à la molle joliesse du style et au chichi. Son style est vif, acéré, musclé, aérien, c’est un roman sans graisse comme le cinéma de Robert Aldrich, un roman En quatrième vitesse. La disparition de Josef Mengele est une plongée dans l’Argentine des Nazis, une terre à conquérir et une cache parfaite, fuyant leur défaite, les procès, le juste poids de l’Histoire et de sa Justice.

À malin, malin et demi, Richard Russo

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 22 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

. Ecrivain(s): Richard Russo Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

La plupart des romans de Richard Russo se situent dans le nord de l’Etat de New-York, près des contreforts des monts Adirondack, dans des villes imaginaires, comme celle de Mohawk dans Quatre saisons à Mohawk, son premier roman publié en 1986, Empire Falls, dans Le Déclin de l’empire Whiting (Empire Falls, 2001), ou North Bath dans deux livres : Un homme presque parfait (Nobody’s fool, 1994) et le tout récent À malin, malin et demi (Everybody’s fool, 2016).

Toutes ces petites villes de l’Amérique provinciale, après avoir connu quelques heures de gloire, souffrent de calamités diverses d’origine économique, parfois écologique, souvent les deux, et abritent une population qui végète, hante les bars pour fuir l’ennui, se résigne à vivre sans réel espoir d’améliorer leur quotidien.

Des hommes et des femmes de la « middle class » qui, à force d’être confrontés à une absence d’horizon, au délabrement de leurs cités, sombrent dans la mélancolie et le doute, vivent par procuration tant sur le plan sentimental que professionnel.

Nos richesses, Kaouther Adimi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 21 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Nos richesses, août 2017, 220 pages, 17 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

« Des siècles que le soleil se lève au-dessus des terrasses d’Alger et des siècles que nous assassinons sur ces mêmes terrasses ».

C’est d’Alger, capitale d’un pays soumis depuis longtemps à l’injustice et à la violence, que s’élève la voix du narrateur principal de ce livre dont le « nous » endossé par les habitants de la ville porte tout l’héritage du peuple algérien, la somme des histoires de « ces hommes et ces femmes qui ont tenté de construire ou de détruire cette terre ». Une voix ravivant les douloureuses mémoires mêlées de l’Algérie et de la France tout en évoquant par touches légères le triste bilan actuel d’un Etat corrompu sans céder pour autant à l’accablement. Nos richesses exalte en effet les vraies richesses nées sur cette terre d’ombre et de lumière dont « le bleu presque blanc du ciel » donne « le tournis ». Et Kaouther Adimi y célèbre cette jeunesse qui dans les périodes les plus noires osa risquer l’impossible pour réaliser ses rêves les plus fous, semblant ainsi rappeler à ces jeunes ignorants, endormis ou blasés qu’il existe des valeurs porteuses d’espoir et que l’on peut prendre son destin en mains.

Le Mal des Ardents, Frédéric Aribit

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 18 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Le Mal des Ardents, Août 2017, 247 pages, 18 € . Ecrivain(s): Frédéric Aribit Edition: Belfond

 

 

Une histoire déferlante, comme Lou. Frédéric Aribit nous propose un portrait de femme peu commune, une arche de vie, un monument de désirs, une montagne d’insolence et d’audace. Lou, rencontrée par le narrateur comme on rencontre la foudre et son célèbre « coup ». Et Lou, femme libre s’il en fut, exaltée, provocatrice, belle, dépositaire sûrement de toutes les colères de femmes accumulées depuis des millénaires. A l’image de son violoncelle, qu’elle transforme en voix de la colère à travers les textes de Bach ou de Brahms, jusqu’à parfois en faire claquer les cordes.

La musique accompagne ce roman, comme une basse continue, adoptant ses folies et ses sagesses, ses explosions et ses répits.

L’empereur à pied, Charif Majdalani

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 18 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

L’empereur à pied, août 2017, 393 pages, 20 € . Ecrivain(s): Charif Majdalani Edition: Seuil


En vérité, l’Histoire – grande ou petite, ancienne ou contemporaine –, ce sont des mots ! Imaginons que l’homme soit dépourvu de toute capacité locutoire et donc de celle de mettre en relation ce qu’il voit, ce qu’il fait, ce qui est – de les « organiser » mentalement ; y aurait-il… Histoire ? On en vient à méditer ainsi à mesure qu’on avance dans le puissant roman que publie en cette rentrée Charif Majdalani. Rassurons : L’empereur à pied est un pur roman, un récit d’aventures même ; des aventures volontiers rocambolesques étalées sur un siècle et demi et étendues sur trois continents. Une épopée familiale, celle des Jbeili. L’ancêtre fondateur, Khanjar, apparaît un jour tel un spectre quelque part dans les montagnes du Liban. Il est accompagné de ses trois fils. Apparition de l’humanité. Apparition double. Khanjar Jbeili et ses fils surgissent de nulle part en même temps que… la parole qui dit ce surgissement. Cette parole qui énonce est elle-même de nulle part ; elle se met d’emblée en scène.

« Mais que viendraient-ils faire et qui sont-ils ? A cette question, même moi (moi qui observe à travers le regard rusé des hommes en séroual debout sur leurs toits, moi qui suis les arbres, et le bas-relief antique représentant un sanglier attaquant Adonis et à ses côtés une Aphrodite éplorée, moi qui suis aussi les calvaires chrétiens avec leurs images frustes de Vierge et de Christ), à cette question même moi je n’ai pas encore la réponse ».