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La rentrée littéraire

Joseph, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 30 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Buchet-Chastel

Joseph, août 2014, 144 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Buchet-Chastel

« Ecrire ça commence comment ? J’ai attendu longtemps. J’avais trente-quatre ans, c’était à l’automne 1996, et j’ai eu le sentiment de manquer ma vie, de rester à côté ; j’étais comme une vache qui regardait passer le train et les vaches ne montent pas dans les trains. Je me suis assise à ma table et j’ai commencé à écrire… ».

Depuis ce moment, et depuis qu’un éditeur a pris ses mots en estime, Marie-Hélène Lafon n’a quitté ni l’écriture, ni son éditeur. Tenace et fidèle.

En septembre 2014, paraît Joseph, toujours chez Buchet Chastel.

« Mes livres viennent du pays… de ce coin du monde de la vallée de la Santoire… des pays frappés, évidés, récurés… des lignées finissantes des miens… des attachés, des empêchés d’aller ailleurs, comme l’écrit Ramuz dans Salutations. Je n’écrirais d’abord et avant tout que de ça, que de là-haut, pays perché perdu, tondu… ».

Marie-Hélène Lafon est fidèle à ses « pays ».

Toute ressemblance avec le père, Franck Courtès

Ecrit par David Campisi , le Samedi, 30 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Toute ressemblance avec le père, août 2014, 440 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Franck Courtès Edition: Jean-Claude Lattès

 

Difficile, en lisant Toute ressemblance avec le père, de ne pas y voir une sorte de filiation ou d’héritage littéraire inconscient avec Une vie française de Jean-Paul Dubois ou, s’il nous est permis de traverser le spectre culturel, avec un film comme Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Car c’est de cela qu’il s’agit, au fond ; raconter la fresque immense d’une famille au fil des âges, des épreuves, des aventures, du temps qui passe, des orages qui explosent, de la pluie qui trempe, du soleil qui écrase. Une fresque vivante, douloureuse et riche racontée dans un roman-fleuve qui couvre la vie entière de nombreux personnages – certains ne feront que passer, d’autres seront des fantômes, d’éphémères joies, de terribles menaces, d’improbables destins. Tous ces personnages auront pourtant un dénominateur commun : il s’appelle Mathis, et il nous est livré avec l’étiquette d’anti-héros sur le front. Nul avec les femmes – enfin, certaines, enfin, pas toujours – il boit trop, fréquente les mauvaises personnes, se pose les mauvaises questions, prend toujours les mauvais chemins et cherche à construire sa vie en empilant les mauvaises idées. Pourquoi pas.

Louise, Julie Gouazé

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Léo Scheer

Louise, août 2014, 161 pages, 18 € . Ecrivain(s): Julie Gouazé Edition: Editions Léo Scheer

 

Ce premier roman brille par son écriture en lignes brisées, bousculant d’entrée de jeu la linéarité du récit :

Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.

Le ton est donné. Lapidaire. Objectif /objectal. Qui va devenir, au fil du récit, grinçant. Apprentissage de la vie.

La succession d’instantanés en accéléré, cadencés, nous plongent dans les années 95 et dans l’univers grandissant de Louise, « le Soleil » sur qui repose le cours du cercle familial bousculé, presque rompu dans la continuité quasi-parfaite de son cercle, par le Malheur injecté par ce qui arrive à l’étoile : la grande sœur de Louise, l’astre référent tombé de sa course solaire. Alice, l’aînée, l’icône pour Louise, est malade : Alice est alcoolique.

L’été des Noyés, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié

L’été des Noyés (A summer of drowning). Août 2014. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. 320 p. 20 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Un roman de Burnside est toujours un moment d’éternité. Il n’y est pas de frontière spatiale, ni temporelle. Il n’y est pas de frontière non plus entre la réalité et le monde des chimères. Tout est suspendu dans l’air, incertain, improbable, oscillant, inquiétant. « Scintillation », son dernier opus avant celui-ci, nous avait déjà emmenés dans cet univers insécuritaire, menaçant, sans que l’on sache d’où, de qui, vient la menace. On ne sait même pas s’il y a vraiment menace. Un roman de Burnside dérange, questionne, ne répond pas, ne rassure jamais.

« L’été des noyés » emprunte – un peu – au roman noir : des jeunes gens disparaissent. Thème obsessionnel chez Burnside puisque dans « Scintillation » des enfants déjà disparaissaient. Mais il y a aussi du roman d’horreur : démons et forces du Mal sont à l’œuvre. Kyrre Opdahl, le vieux pêcheur en a convaincu la jeune Liv : Trolls, sirènes et par-dessus tout la Huldra – séduisante et terrible maîtresse du monde des Ténèbres – sont plus réels que ce qui semble être le réel. Le cadre de la Norvège septentrionale offre un écrin parfait aux fantasmagories les plus effrayantes : Lumière blanche et crue après l’interminable obscurité hivernale. Et dans l’entre-deux une période terrible d’entre-deux justement, où l’on perd le sens même de l’être.

Des voix parmi les ombres, Karel Schoeman

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Phébus

Des voix parmi les ombres, traduit de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, aout 2014, 311 p. 22 € . Ecrivain(s): Karel Schoeman Edition: Phébus

 

Réminiscence

Nous sommes à l’époque actuelle, quelque part en Afrique du Sud au moment où débute le roman. Sous un soleil de plomb, un photographe et un écrivain-explorateur arpentent le pays en voiture à la recherche d’une ville perdue du nom de Fouriesfontein. Le but de nos deux personnages est de réaliser des photographies pour la constitution d’un livre portant sur les événements de 1901 où les Boers ont occupé la ville et ont massacré un métis du nom d’Adam Balie.

Ce que le lecteur sait, c’est qu’il s’agit d’une ville florissante à la fin du 19° siècle. Elle a été peuplée de colons anglais et hollandais. Fouriesfontein était une ville rattachée au Cap et son nom provient d’une puissante famille, les Fourie :

« En 1883, lorsque l’on décida de fonder une paroisse et de construire un temple, Herklaas Fourie avait suffisamment d’influence pour obtenir que cela se fasse sur ses terres, et il était suffisamment fortuné pour prendre à sa charge l’érection du modeste bâtiment au toit de chaume. Il eut été difficile, dans ces conditions, de donner un autre nom que le sien au village que l’on aménagea tout autour du temple, aussi l’appela-t-on Fouriesfontein, la Source-de-Fourie (…) ».