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La rentrée littéraire

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal (par Farid Namane)

Ecrit par Farid Namane , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Gallimard

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, août 2018, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

 

Le dernier roman de Boualem Sansal est à la fois une prouesse d’écriture, une analyse fine de l’actualité et une démystification d’un phénomène mondial qui guette l’humanité. Mêlant le genre épistolaire à la mise en abyme, la réalité à la fiction, l’auteur nous livre un roman à lire avec la plus grande attention.

Dans l’attente d’un train qui n’arrive pas, les habitants de la ville d’Erlingen vivent dans la peur d’un « envahisseur sans nom […] sans but évident et [qui] ne dit pas tout » (p.36). Hannah Von Ebert, héritière d’un gigantesque empire financier, écrit des lettres à sa fille Léa établie en Angleterre afin de lui donner des nouvelles d’Erlingen assiégée par cet envahisseur invisible. Toutefois, ces lettres ne sont pas envoyées car les services de la Poste ne fonctionnent plus. Dans l’attente du train rédempteur, Hannah raconte l’histoire de son ancêtre Ernst Hans-Günter Ebert qui faisait partie des premières vagues d’immigration européenne vers l’Amérique.

Reviens, Samuel Benchetrit (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Reviens, août 2018, 147 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Benchetrit Edition: Grasset

 

Le narrateur de ce récit est très loin de la « Jet » et des papillons de la communication germanopratine : c’est un homme moyen, écrivain moyen, père moyen, divorcé moyen, usager très moyen du web, téléspectateur moyen, amoureux moyen.

Page 93, il confie :

« La vérité était simple : je n’avais rien à raconter. Le vide de mon existence débordait sur celles des autres. Je vivais dans un monde qui m’avait oublié. Mon seul contact avec l’humanité se résumait à une émission de télé-réalité pour mariées aigries et haineuses. Je n’écrivais pas de prochain livre mais passais mon temps à essayer de trouver un exemplaire du dernier… ».

Ainsi avant. Ainsi après. Ainsi au milieu.

Frère d’âme, David Diop (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 10 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Seuil

Frère d’âme, août 2018, 175 pages, 17 € . Ecrivain(s): David Diop Edition: Seuil

 

On l’admet maintenant après avoir minimisé ou même carrément occulté cette réalité historique : les Africains, et plus généralement tous les indigènes de l’empire colonial français, ont combattu pour la France durant les deux guerres mondiales.

David Diop, romancier sénégalais, livre dans Frère d’âme non pas un témoignage de combattants originaires de l’Afrique noire, mais le ressenti de deux tirailleurs sénégalais, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, face à la guerre, face à leur supérieur hiérarchique, le capitaine Armand. Cette remémoration de leur condition de combattants se révèle alors loin d’être anodine, très éloignée des clichés que l’on entretenait alors couramment à propos des sujets de l’empire. Ainsi, la sauvagerie, caractéristique selon ces vues, des Africains est-elle en quelque sorte retournée à l’envoyeur :

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Zoe

Les Billes du Pachinko, août 2018, 144 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Elisa Shua Dusapin Edition: Editions Zoe

Les Billes du Pachinko, second roman très attendu d’Elisa Shua Dusapin, vient confirmer sans conteste le talent de cette jeune écrivaine. Après Hiver à Sokcho, roman identitaire et existentiel en demi-teintes se déroulant dans une petite station balnéaire endormie d’une Corée du Sud hivernale, il nous transporte, lui, dans la trépidante capitale japonaise de Tokyo par une chaleur estivale d’une moiteur étouffante. Et on y retrouve cette capacité de l’auteure à créer par petites touches délicates une atmosphère singulière et à saisir le monde intérieur de ses personnages grâce à une écriture dépouillée tout en finesse. Une écriture concrète et précise s’attachant à nommer les choses, à la fois sensuelle et imagée, attentive aux sons, aux odeurs et aux matières et riche de significations souterraines. Une écriture sensible et subtile introduisant une sorte de flottement, de décalage et de confusion entre monde extérieur et intérieur, où les paysages décrits reflètent en partie des paysages mentaux comme les infimes faits quotidiens relatés viennent souvent faire écho à des états émotionnels, les animaux et les choses disant aussi indirectement beaucoup de la manière dont est perçue le monde.

L’Heure de l’ange, Karel Schoeman (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Phébus

L’Heure de l’ange, août 2018, trad. Pierre-Marie Finkelstein, 488 pages, 24 € . Ecrivain(s): Karel Schoeman Edition: Phébus

 

Karel Schoeman est un auteur sud-africain capital pour la compréhension de son pays, l’Afrique du Sud. Dans trois ouvrages consacrés plus spécialement aux voix, aux souvenirs, Cette VieDes voix parmi les ombresL’Heure de l’ange, cet auteur fait revivre ce pays, en utilisant ces filtres précieux, trompeurs, mais indispensables que sont les souvenirs, les traces laissées par les personnes, leur impact sur notre propre accès au souvenir. Cependant, comme dans Des voix parmi les ombres, l’accès à ces souvenirs, à cette mémoire sud-africaine, vu du côté des européens, et plus spécialement des Afrikaans, ces descendants de colons néerlandais, est bien laborieux, confus, incertain. C’est ce qu’évoque Karel Schoeman dans ce roman.

Le prétexte, car c’en est un, nous le verrons à la lecture du livre, c’est le retour d’un producteur de télévision de Johannesburg dans la petite ville de son enfance. Cet homme recherche des éléments biographiques d’un berger nommé Danie Steenkamp à qui serait apparu un ange au début du XIXe siècle.