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Grasset

Les Éditions Grasset ont été successivement présidées par son fondateur, Bernard Grasset, et depuis 1955 par son neveu Bernard Privat. Parmi les premiers administrateurs figure Jean Vigneau. En1959, Grasset fusionne avec les Éditions Fasquelle, que dirigeait Jean-Claude Fasquelle depuis 1954. Il devient directeur général des éditions Grasset & Fasquelle en 1959, puis Président-directeur général en 1981. En 2000, il devient Président du conseil de surveillance et Olivier Nora lui succède en tant que Président du directoire.

Parmi les auteurs importants que Grasset a contribué à faire connaitre peuvent être cités Jean Giraudoux, ou plus récemment Pascal Quignard.

 


Conversations d’un enfant du siècle, Frédéric Beigbeder

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 03 Février 2016. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Conversations d’un enfant du siècle, septembre 2015, 371 pages, 20 € . Ecrivain(s): Frédéric Beigbeder Edition: Grasset

 

Après les titres légèrement anxiogènes, Dernier inventaire avant liquidation et Premier bilan après l’apocalypse, Frédéric Beigbeder nous invite cette fois-ci à venir partager une ambiance chaleureuse et décontractée où crépitent des grands vins et des esprits brillants.

Conversations d’un enfant du siècle nous permet de prendre part à 27 conversations décomplexées entre des écrivains renommés (majoritairement de sexe masculin) et Frédéric Beigbeder, réalisées entre 1999 et 2014, dans le cadre d’articles de presse. Précisons que certains de ces auteurs sont décédés depuis, comme Bernard Franck ou James Salter. Il y règne une connivence bienveillante qui permet de favoriser une « maïeutique » originale. Les questions posées peuvent parfois paraître superficielles mais leur apparente légèreté permet de mieux découvrir les aspirations profondes des écrivains interviewés : Bernard Frank, Philippe Sollers, Jean-Jacques Schuhl, Guillaume Dustan, Antonio Tabucchi, Umberto Eco, Gabriel Matzneff, Chuck Palahniuk, Catherine Millet, Jay McInerney, Albert Cossery, Françoise Sagan (un rendez-vous manqué), Simon Liberati, Tom Wolfe, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Jean d’Ormesson, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder (lui-même), Bret-Easton Ellis, Paul Nizon et James Salter. Frédéric Beigbeder arrive même à faire parler les morts à travers deux conversations imaginées avec Francis Scott Fitzgerald et Charles Bukowski.

La fiancée de Bruno Schulz, Agata Tuszynska

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 24 Novembre 2015. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

La fiancée de Bruno Schulz, septembre 2015, trad. polonais Isabelle Jannès-Kalinowski, 400 pages . Ecrivain(s): Agata Tuszynska Edition: Grasset

« J’étais convaincue que le monde était composé de mots. J’étais prête à me donner corps et âme à cette vision. Et à Bruno, car c’était lui qui m’avait ouvert les yeux ».

Józefina Szeliska, dite Juna, juive convertie au catholicisme, est lumineuse à 28 ans quand elle rencontre pour la première fois Bruno Schulz. Il en a 13 de plus qu’elle. Elle est professeur de lettres polonaises, diplômée de l’université de Lwów, traductrice, curieuse et dans la pleine possession d’une force irrésistible, sa jeunesse. Belle comme une Antilope en bronze, elle deviendra entre 1933 et 1937 sa fiancée, sa muse… Bruno quant à lui, est un artiste tourmenté, comme le feu et la cendre, peintre, dessinateur, il pouvait être timide et débauché à la fois. Ils partageaient tous deux leur intérêt pour les œuvres de Rainer Maria Rilke, Thomas Mann et Kafka dont ils traduisirent Le Procès pour la maison d’édition Rój, lui s’occupant de la teneur stylistique, elle de la traduction. Mais Juna aimait les arbres, la pluie, le vent et de longues promenades dans Drohobycz, située en Pologne, ville provinciale de Galicie orientale et aujourd’hui en Ukraine. Bruno préférait voir la nature par le prisme de lectures, de tableaux, comme la résolution d’énigmes métaphysiques, une survie comme un principe essentiel. Prolongement de l’art, comme une promesse, un salut à cette vie trop sombre, d’un homme trop sensible à la vérité, en dehors d’une notoriété superficielle. Il n’avait pas l’âme d’un voyageur, ni celui d’un mari, seul le masque de l’artiste rongé par l’inquiétude semblait l’accompagner tout au long de sa vie…

Les Saisons de la vie, Nadine Gordimer

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 04 Novembre 2015. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Nouvelles

Les Saisons de la vie, novembre 2014, 1952-2007 traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par P. Boyer, J. Damour, J. Guiloineau, G.Lory, 608 pages, 24 € . Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

 

Première chose à préciser concernant ce gros volume de nouvelles de la grande Dame sud-africaine : tous les textes publiés ici l’ont déjà été dans divers recueils. Pas d’inédits donc, mais une anthologie qui balaye un demi-siècle d’écriture et d’histoire. Un volume de poids, matériellement et à la lecture. Les nouvelles y sont éditées par ordre chronologique mais on peut regretter que les dates de publication ne soient pas plus mises en évidence (il faut aller les rechercher dans les indications des sources en fin de volume). Avouons aussi qu’un petit rappel sur les évènements que traversait l’Afrique du Sud en parallèle aurait été tout aussi appréciable, tout le monde n’ayant pas en tête le dernier demi-siècle d’histoire de ce pays. Voilà pour les regrets concernant l’édition.

Un recueil que nous avons trouvé par ailleurs bien inégal, avec des nouvelles hélas parfois un peu trop longues et bavardes. Il y a, pour votre serviteur en lectures, quelques perles mais hélas aussi de la lourdeur qui fait que l’on peine à venir au bout de cet énorme recueil qui jette souvent un regard ironiquement et paradoxalement désespérant sur l’histoire qu’ont traversée ce pays et cette nation.

La septième fonction du langage, Laurent Binet

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 23 Octobre 2015. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

La septième fonction du langage, Qui a tué Roland Barthes ?, août 2015, 495 pages, 22 € . Ecrivain(s): Laurent Binet Edition: Grasset

 

On a beaucoup parlé, on parle toujours beaucoup, et on parlera longtemps de ce deuxième roman de Laurent Binet.

Parmi les critiques en vogue qui se sont exprimés, il y en a eu qui ont affirmé, parfois avec une étrange emphase, l’ennui qu’ils auraient ressenti à la lecture de ce livre. Ceux-là sont des cuistres, des ignares, des béotiens, évidemment incapables d’apprécier l’ouvrage, qui croient pouvoir dissimuler leur inculture en dénigrant ce qu’ils ne peuvent comprendre, à la manière de tel personnage politique s’exclamant à propos de La Princesse de Clèves qu’il n’y a pas de texte plus ennuyeux…

Car ce roman est le chef d’œuvre de l’année, c’est une évidence.

Mais c’est un chef d’œuvre qui se mérite.

Plusieurs trames narratives s’y superposent, plusieurs intrigues s’y intriquent.

La fiancée de Bruno Schulz, Agata Tuszynska

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 22 Octobre 2015. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, La rentrée littéraire

La fiancée de Bruno Schulz, septembre 2015, traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Agata Tuszynska Edition: Grasset

 

Dans quelle mesure le souvenir, la mémoire, et l’imagination peuvent-elles concourir à la restitution d’une vie ? Ou la travestir par le mensonge ? C’est ce processus passionnant que décrit Agata Tuszynska dans son roman, La fiancée de Bruno Schulz. Mais qui est Bruno Schulz ? Nous le découvrons au cours des différentes phases du récit, composé de trois parties distinctes : L’avant-guerre, se déroulant dans la ville de Drohobycz, dans les Carpates polonaises, et à Varsovie, dans les cercles littéraires et artistiques de la ville, la période de l’occupation et l’après-guerre qui clôt le récit. Jozefina Szelinska, dite Juna, muse, compagne de Bruno Schulz, le fréquenta de 1933 à 1937. Cette dernière est professeure, elle aime, comme lui, Kafka et Rilke qu’ils lisent tous deux dans le texte.

Ce qui fascine d’emblée le lecteur dans ce roman, c’est de constater que rapidement, d’une manière presque évidente, Bruno Schulz, auteur de nouvelles et de romans, dessinateur, est habité par la peur, des crises d’angoisse, de profonds doutes : « Je ne me rendais pas compte que les rues inconnues le fatiguaient, qu’il était effrayé par le trafic urbain et la foule (…) Il se recroquevillait comme un escargot dans sa coquille de peur que quelqu’un l’écrase. J’ai compris cela trop tard ».