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Grasset

Les Éditions Grasset ont été successivement présidées par son fondateur, Bernard Grasset, et depuis 1955 par son neveu Bernard Privat. Parmi les premiers administrateurs figure Jean Vigneau. En1959, Grasset fusionne avec les Éditions Fasquelle, que dirigeait Jean-Claude Fasquelle depuis 1954. Il devient directeur général des éditions Grasset & Fasquelle en 1959, puis Président-directeur général en 1981. En 2000, il devient Président du conseil de surveillance et Olivier Nora lui succède en tant que Président du directoire.

Parmi les auteurs importants que Grasset a contribué à faire connaitre peuvent être cités Jean Giraudoux, ou plus récemment Pascal Quignard.

 


Reviens, Samuel Benchetrit (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Reviens, août 2018, 147 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Benchetrit Edition: Grasset

 

Le narrateur de ce récit est très loin de la « Jet » et des papillons de la communication germanopratine : c’est un homme moyen, écrivain moyen, père moyen, divorcé moyen, usager très moyen du web, téléspectateur moyen, amoureux moyen.

Page 93, il confie :

« La vérité était simple : je n’avais rien à raconter. Le vide de mon existence débordait sur celles des autres. Je vivais dans un monde qui m’avait oublié. Mon seul contact avec l’humanité se résumait à une émission de télé-réalité pour mariées aigries et haineuses. Je n’écrivais pas de prochain livre mais passais mon temps à essayer de trouver un exemplaire du dernier… ».

Ainsi avant. Ainsi après. Ainsi au milieu.

La balade des perdus, Thomas Sandoz

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 24 Mai 2018. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La balade des perdus, avril 2018, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thomas Sandoz Edition: Grasset

 

Quatre adolescents handicapés, chaperonnés par une éducatrice quelque peu hystérique, se retrouvent embarqués bien malgré eux dans une aventure rocambolesque, à la recherche de leur Castel, l’institution spécialisée qui les héberge. A travers le regard de Luc, tour à tour sévère et indulgent, le lecteur se familiarise avec cette équipée « boiteuse », et l’accompagne dans un voyage très mouvementé, sur les routes sinueuses des massifs alpins.

La grande originalité de ce roman tient à sa galerie de personnages, pour le moins peu banale dans le paysage romanesque, et à sa manière crue et sans complaisance d’aborder le handicap. Non que le thème de la différence n’ait pas déjà été traité de façon remarquable (pensons seulement aux chefs-d’œuvre que sont Des souris et des hommes et Le Bizarre incident du chien pendant la nuit), mais dans La balade des perdus, Luc, le narrateur, adopte volontairement la posture de l’anti-héros, de l’observateur lucide et objectif de ses propres calamités et de celles de ses camarades d’infortune :

L’Après-vivre, Serge Doubrovsky

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 15 Mai 2018. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Après-vivre, 412 pages, 21,40 € . Ecrivain(s): Serge Doubrovsky Edition: Grasset

 

Jeux de langue

Après La Dispersion (1969), Fils (1977), Un amour de soi (1982), La Vie l’Instant (1985), Le Livre brisé (1989), Serge Doubrovsky (1928-2017) persiste dans son obsession égographique, poursuit sa relation avec/de lui-même. Inventeur de l’autofiction, plus proprement dit du terme, qu’il définit comme « un récit dont la matière est entièrement autobiographique, la manière entièrement fictionnelle », l’écrivain et enseignant français se coltine dans L’Après-vivre (1994) deux épreuves inédites : la viduité et la vieillesse.

Le Livre brisé, monument littéraire, s’était achevé avec la mort de la femme de Doubrovsky. Celui-ci se retrouve seul dans son appartement, au sous-sol de sa vie, brisé lui-même. Une épave. Un presque cadavre : « J’habite désormais une morgue. Je ne vis plus avec ma femme, je vis avec son catafalque ». L’écrivain a beaucoup écrit, à cor et à cri, le professeur d’université a bien vécu, à corps perdu. Naviguant de l’extase au tourment, il croupit désormais dans le silence et le néant : « Ma vie est une immense plage d’ennui, sans une empreinte humaine qui la peuple ».

Sauver les livres et les hommes, Père Michaeel Najeeb

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 12 Mars 2018. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

Sauver les livres et les hommes, octobre 2017, 178 pages, 17 € . Ecrivain(s): Père Michaeel Najeeb Edition: Grasset

Pour des raisons qu’on a peur de comprendre (y a-t-il un agenda caché ?), l’Occident en général, les États-Unis en particulier, se sont acharnés contre l’Irak, la Libye et la Syrie, dont les dirigeants avaient certes des défauts (la conversion du Proche et Moyen-Orient à la social-démocratie de type suédois n’est pas pour tout de suite), mais qui étaient des pays laïcs, où la pratique de l’Islam était fermement encadrée par l’État. Par conséquent, les tenants d’autres religions pouvaient y vivre librement. Le fondateur du parti Baas (au pouvoir en Irak et en Syrie), Michel Aflak, était un chrétien, de même que le ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein, Tarek Aziz. En 1982, Hafez el-Assad mit brutalement un terme à l’expansion des Frères musulmans en Syrie. Saddam Hussein commença plutôt bien son « règne », avec une campagne d’alphabétisation massive, qui n’était pas sans évoquer celle menée par Mustafa Kemal en Turquie, avant – hélas ! – de saigner à blanc son pays dans un conflit absurde avec le voisin iranien et de se couper de son propre peuple. L’exécution de Saddam Hussein libéra le mauvais génie de la lampe, et l’Islam le plus rétrograde, longtemps comprimé par un régime policier, donna libre cours à sa sauvagerie. L’Irak, État artificiel, permettait à différentes communautés non-musulmanes de vivre dans des conditions à peu près sereines. Au XIXe siècle, un tiers de la population de Mossoul professait le christianisme et on y comptait 50.000 Juifs (le Talmud de Babylone fut élaboré sur ce territoire). Qu’en est-il aujourd’hui ?

Sexe, Christophe Donner

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 05 Mars 2018. , dans Grasset, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Sexe, janvier 2018, 272 pages, 19 € . Ecrivain(s): Christophe Donner Edition: Grasset

 

A la fin de L’Image fantôme, Hervé Guibert eut cette jolie formule : « Il faut que les secrets circulent » (1). Elle pourrait résumer à elle seule le projet littéraire de Christophe Donner, initié avec Petit Joseph (Fayard, 1982) il y a 36 ans. Celui qui avait signé un essai intitulé Contre l’imagination (Fayard, 1998) n’a jamais eu pour sujet, à quelques exceptions près, que lui-même, sa famille et ses proches (et les proches de ses proches), non pas par narcissisme béat (loin de là), mais tout simplement parce que sa vie a souvent été plus romanesque que ne le sont beaucoup de romans qui se présentent comme tels. Christophe, le narrateur de Sexe, le remarque lui-même : comme dans toute bonne autofiction, « la réalité finit toujours par écraser la fiction ».

Sexe, c’est le roman que le narrateur tente d’écrire depuis plusieurs années, mais dont les différentes versions ne le satisfont jamais. C’est un peu le roman de Christophe Donner qui contiendrait tous les autres, qui les lierait, qui ferait de ses histoires passées une histoire, son histoire. Bien sûr, il n’est jamais question que d’amour. De la relation avec son amant mexicain, Moïse, avec qui il visite les backrooms du bar gay La Casita de Mexico, de sa difficulté à échanger avec lui autre chose que du sexe…