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Ce que disent les fleurs et autres textes sur la nature, George Sand (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 09 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages poche

Ce que disent les fleurs et autres textes sur la nature, George Sand, préf. Kevin Pelladeaud, 96 p., éd. Rivages poche, juin 2026, 7€ Edition: Rivages poche

Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, future George Sand, naît le 1er juillet 1804 à Paris, et décède le 8 juin 1876 à Nohant-Vic. Fille de Maurice Dupin de Francueil et de Sophie-Victoire Delaborde, elle est, par son père, l'arrière-petite-fille du maréchal de France Maurice de Saxe (1696-1750). Du côté de sa mère, elle a pour grand-père Antoine Delaborde, un Parisien d'abord maître paumier tenant un billard puis oiselier. Aurore a donc une double ascendance, populaire et aristocratique, qui la marque profondément. Deux origines sociales diamétralement opposées qui expliquent la personnalité d'Aurore Dupin et son engagement politique à venir :

« On n'est pas seulement l'enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu'on l'est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l'arrière-petit-fils d'Auguste II, roi de Pologne, et si, de ce côté, je me trouve d'une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n'en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d'une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n'y a point de bâtardise de ce côté-là. »

Now, Gerry Feehily (par Mattia Bonasia)

Ecrit par Mattia Bonasia , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman

Now, Gerry Feehily, KC Éditions, 2026. 293 pages, 21.00 euros

Le règne de l’image : corps, désir et identité dans « Now » de Gerry Feehily

Avec Now (KC Éditions, 2025), Gerry Feehily explore les formes du désir contemporain : la mode et sa métaphysique de l’éphémère. Rock, désir et drogue s’entrechoquent à travers les corps des mannequins et des créateurs qui circulent entre Londres, Paris, Rome, Tokyo ou New York, à la fin de l’ère Thatcher, entre la chute du mur de Berlin et l’épidémie de sida. Les protagonistes, qui évoluent dans le milieu de la haute couture, sont des images avant même de devenir des individus. La mode représente ainsi le modèle du monde décrit par le roman : le capitalisme ne produit plus seulement des objets, mais aussi des identités, des fantasmes et des formes de vie. À travers les relations changeantes entre photographes, mannequins et créateurs, l’auteur nous amène dans un univers où les corps sont constamment transformés en signes. Le mannequin Dave devient une surface de projection, une image consommable, une promesse de beauté, de jeunesse et de réussite. Alors qu’Amber, mannequine internationale reconnue partout mais étrangère à elle-même, incarne quant à elle cette contradiction : son visage appartient aux photographes, aux marques et aux hommes avant de lui appartenir. En effet, Now est un roman choral qui refuse un centre unique : chaque chapitre prend le nom du personnage placé au cœur du récit.

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Science-fiction, USA, Roman, Le Livre de Poche

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Bétan, Livre de Poche, mars 2023, 216 pages, 8,70 € Edition: Le Livre de Poche

 

Sortons la grosse artillerie : Les Oiseaux du temps a valu à ses auteurs trois des principaux prix dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy : le Nebula, le Locus et le Hugo. On peut ajouter à cela l’éloge de Ken Liu, auteur déjà célébré par deux fois ici : « L’une de ces rares histoires où l’on a du mal à décider s’il faut faire plus d’éloges sur sa structure et sa prose intelligentes ou sur ses idées et ses personnages brillants. »

Et que sont ces personnages ? Bleu et Rouge, deux combattantes temporelles non physiquement décrites, chacune au service d’un empire qui tâche d’obtenir la victoire absolue sur l’Histoire et donc le monde, Jardin et l’Agence, chacun désireux de voir se concrétiser ses « futurs prévus ». Rouge et Bleu voyagent d’un brin, d’un possible historique, d’une uchronie à peine effleurée, à l’autre, provoquant des guerres ou y mettant fin, parfois dans un bain de sang (ouverture du roman :

J’ai dit Velours, Martine Roffinella (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Tarmac Editions

J’ai dit Velours, Martine Roffinella, Tarmac éditions, 2026 (10 euros) Edition: Tarmac Editions

 

J'ai dit Velours. Je viens de terminer la lecture de cette courte, très courte pièce de théâtre en quatre actes. Velours, la bien-nommée, mélange d'insolence, d'indulgence, de bon sens et d'extrême amour, m’est apparue comme la Folle de Chaillot d'aujourd'hui. Dieu sait si j'aime La Folle de Chaillot.

Précisons le titre : J'ai dit velours. Autrement dit : Je te l'ai dit, Velours ! Je te le redis, Velours ! Écoute-moi ! C'est l'Église qui parle, mais c'est peut-être Dieu qui nomme Velours la petite mécréante insoumise.

La plume de Martine Roffinella est une griffe, sous-tendue par les griffures de la vie. Une griffe qui exhale l'amour, celui qu'on donne, celui qu'on appelle, qui ne vient pas et qui afflige.

Aucun chiqué. Le chiqué, on le voit souvent chez des auteurs qui se piquent d'écrire à la Céline. Ici rien ne sonne faux.  Rien de fabriqué. Une langue forte, issue des entrailles et qui, en cela, aurait intéressé Céline et Jehan-Rictus, l’auteur des Soliloques des pauvres.

Jésus-la-Caille de Francis Carco (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Bouquins (Robert Laffont)

Francis Carco, Romans, édition établie et présentée par Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, 1230 pages, 31 euros Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

On entre avec aisance dans Jésus-la-Caille, premier roman publié en janvier-février 1914 dans Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Rachilde par Francis Carco qui deviendra ensuite, à l’instar de son presque exact contemporain Pierre Benoit, un écrivain à succès. L’efficacité narrative, la manière dont les principaux personnages sont introduits (Jésus-la-Caille, Pépé-la-Vache, le Corse, Fernande…) et dont l’intrigue est nouée (arrestation et emprisonnement de l’« homme » de la Caille, Bambou) rendent la lecture plaisante. On s’aventure dans un milieu (celui, montmartrois, des souteneurs, des « pierreuses » et des « jésus ») pour nous, à cent douze ans de distance, exotique. Il y a un dépaysement propre à provoquer la songerie, voire la nostalgie.

Une gêne, une frustration qui n’est pas tout à fait une déception apparaissent toutefois, cette visite des quartiers interlopes circa 1910 prenant vite un aspect « muséal ». On retrouve les contradictions du pittoresque (social et historique en l’occurrence) en littérature : il charme d’abord puis lasse par manque de profondeur, de consistance.