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Un mal qui répand la terreur, Stewart O’Nan (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 16 Juin 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Un mal qui répand la terreur (A Prayer for the Dying, 1999), Stewart O’Nan, trad. américain, Jean-François Ménard, 256 pages, 11 € Edition: L'Olivier (Seuil)

 

La petite ville s’appelle Friendship, quelque part dans le Wisconsin. Avec un nom pareil, des habitants travailleurs, tranquilles et pieux, des familles unies et de l’amitié (bien sûr) qui lie les gens entre eux, on ne peut qu’attendre une chronique populaire, rurale, heureuse. Mais le mal veille.

Pour Jacob Hansen il prend les traits d’un cadavre de soldat mort trouvé dans les bois. Jacob est… un peu tout. Shérif, pasteur, croquemort. Il est la figure centrale de Friendship : il veille aux hommes, il veille aux âmes, il veille aux morts. Avec Doc, le médecin local, il constitue le toit de la bourgade, sa seule protection, le regard attentif qui rassure et secourt.

Nous sommes dans les années immédiates de l’après-guerre civile, le mal est encore dans les têtes et les cœurs. Ce soldat mort, sorti de nulle part, ressemble étrangement aux fantômes qui errent dans les cauchemars des gens, dans leurs souvenirs récents, dans les blessures de leur esprit et de leur corps. Il est la figure d’un mal enfoui à jamais. Il est aussi le porteur d’un mal qui va répandre la terreur.

Le Livre des anges, suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d’une allumeuse, Lydie Dattas (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 16 Juin 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Le Livre des anges, suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d’une allumeuse, juin 2020, 272 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Lydie Dattas Edition: Gallimard

 

Lydie Dattas et le cirque du monde

Aux marivaudages, Lydie Dattas préfère les gouffres obscurs de la poésie et la beauté de l’existence telle qu’elle est : « Percé de soleil rouge, mon verre de grenadine m’était une Sainte-Chapelle ». Et comme son héroïne de Carnet d’une allumeuse, elle peut se délecter de ses larmes.

Néanmoins, servant d’alibi sublime à la poétesse, l’adolescente expérimente l’avidité irrépressible du mâle pour en connaître les tenants et aboutissants. Elle peut se laisser faire lorsqu’un mâle force ses cuisses d’un genou en mâchonnant ses lèvres sous un porche. Mais qu’il prenne garde…

D’autant que pour l’auteure, l’Allumeuse est redéfinie. C’est celle qui éclaire, qui donne de la lumière. Et les trois livres (majeurs) réunis ici, l’amie de Genet, l’ex-épouse d’Alexandre Romanès avec lequel elle créa le cirque Bouglione, tourne ainsi autour du mystère des désirs loin des stéréotypes d’usage.

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 15 Juin 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Arts, Payot

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six, 160 pages, 20 € Edition: Payot

 

 

Si différentes soient-elles (l’une s’inscrit dans l’espace, l’autre se déploie dans le temps), la peinture et la littérature ont en commun de susciter des querelles d’attribution. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes : qu’un texte soit ou ne soit pas de Corneille, de Montesquieu ou de Zola n’a qu’un impact marginal. Tout au plus rend-il caducs les volumes d’Œuvres complètes publiés en Pléiade ou par d’autres grands éditeurs. En 1996, un chercheur américain avait proposé d’attribuer à Shakespeare un texte mineur connu de longue date, A Funeral Elegy (1612). Le débat s’était conclu par le rejet de cette hypothèse, mais avait permis (aurait-ce été le but ?) à Donald W. Foster de voir sa photographie dans les grands médias, posant en Hamlet, crâne en main et mortier sur la tête, obtenant ainsi un peu plus que le quart d’heure de célébrité promis à chacun, selon Warhol.

Le tambour des larmes, Beyrouk (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 12 Juin 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Elyzad

Le tambour des larmes, Elyzad Poche, 2019 (réédition), 248 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): Beyrouk Edition: Elyzad

 

Mauritanie : traditions meurtrières

Après avoir publié le dernier roman de Beyrouk, Je suis seul (1), les éditions Elyzad rééditent au format poche son roman Le tambour des larmes. Publié pour la première fois en 2015, ce roman a reçu deux prix, le Prix Kourouma et le Prix du Roman Métis des lycéens.

Rayhana est une jeune bédouine qui vit avec sa mère dans un campement quelque part dans le désert de Mauritanie. Dans leur tribu, règnent les traditions ancestrales et les interdits. Plus qu’un simple objet, le tambour est une idole, symbole de fierté et d’honneur.

Un jour, Rayhana découvre l’amour avec Yahya qui lui fait un enfant et s’en va sans mot dire. Pour sauver l’honneur, sa mère l’emmène loin pour préparer l’accouchement et abandonner l’enfant à une inconnue.

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Fernando Pessoa (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 11 Juin 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue portugaise, Correspondance

Pourquoi rêver les rêves des autres ? Lettres de mon ailleurs, Editions L’Orma, Coll. Les Plis, mars 2020, trad. portugais, Lorenzo Flabbi, 64 pages, 7,95 € . Ecrivain(s): Fernando Pessoa

 

Sous jaquette en forme d’une lettre à affranchir, la collection propose après des noms tels que Stendhal, Austen, Leopardi, un ensemble de « lettres », signées Pessoa, Alvaro de Campos, adressées à des amis, à Ofélia Queiros (la seule amoureuse), à sa mère, à des éminents occultistes français ou anglophones.

On n’aura jamais fini d’exhumer de la « grande malle » les trésors d’une écriture qui ne fut à peu de choses près jamais publique (mis à part les contributions à des revues « Orpheu », « Presença », deux plaquettes de poèmes en anglais, une publication poétique tardive, Mensagem, un an avant son décès).

Depuis, nombre d’éditions du Livre de l’intranquillité du semi-hétéronyme Bernardo Soares, des poèmes (en Pléiade), chez les éditeurs La Différence et Bourgois… sans compter des plaquettes bibliophiliques (Fata Morgana…)

Récemment, Livre(s) de l’inquiétude.