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La Paix des ruches, Alice Rivaz (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 12 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Zoe

La Paix des ruches, Alice Rivaz Éditions Zoé – Novembre 2022 144 pages – 16 € Edition: Zoe


"Dans une histoire des idées féministes où l’amnésie menace sans cesse, Alice Rivaz mérite de retrouver la place et le crédit qui lui reviennent." (préface, p. 13). C’est vrai. Tout comme il est vrai que l’amour et la cohabitation entre hommes et femmes ont évolué – tout du moins dans le monde occidental – depuis la parution de ce roman, très précurseur dans sa vision : La Paix des ruches est publié pour la première fois en 1947.

Les Éditions Zoé contribuent à réhabiliter le statut d’Alice Rivaz : reparu en 2022, ce roman connaît même une nouvelle édition de poche en 2025, soulignant l’intérêt et la curiosité de nouveaux lecteurs et de nouvelles lectrices, et par là même, une forme de modernité. Notons au passage cet autre ouvrage d’Alice Rivaz, Sans alcool et autres nouvelles, également publié chez Zoé, où le thème des désillusions féminines est tout aussi présent et mélancolique, porté par une écriture de grande qualité. Car au-delà de la position politique qu’on prête à cette romancière, il est un aspect remarquable à relever : ce sont l’élégance et la maîtrise de sa langue littéraire, délivrant toute subtilité aux réflexions et interrogations de sa protagoniste – ici précisément, Jeanne Bornand.

Une très bonne hérétique, Becky Chambers (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 11 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Science-fiction, Roman

Une très bonne hérétique, Becky Chambers, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Surgers, L’Atalante, 112 pages, octobre 2025, 12,50 €

On a négligé d’évoquer ici la formidable série Les Voyageurs, quatre tomes d’une science-fiction quasi solaire, réjouissante au possible, signés Becky Chambers. On l’a négligé, et on a eu tort – d’où cette critique dithyrambique d’un mince recueil de cinq nouvelles, puisque la cinquième, qui donne son titre au recueil, est située dans l’univers des Voyageurs – comme un ultime appendice, un ultime aperçu des interactions aussi passionnantes que touchantes et profondément… humaines existant entre toutes les espèces peuplant les diverses galaxies traversées dans cette série. Ici, une seule, ou du moins essentiellement une planète, celle dont sont originaires les Sianat, ces « paires » sans lesquelles la navigation interstellaire serait impossible.

Oui, dit comme ça, quiconque souffre d’un manque d’intérêt pour la science-fiction, cette supposée littérature pour amoindris du bulbe, baille et se demande ce qu’il y a à attendre d’une histoire fleurant bon le space opera. Tout, tout est à attendre, car Becky Chambers donne à chacun de ses personnages une profondeur troublante, incitant le lecteur à s’intéresser à son âme, voire à s’y attacher, surtout dans ses rapports aux autres personnages, certains n’étant pas du tout de son espèce mais les rapports entre tous étant majoritairement pacifiques.

Sollers, le musicien de la vie – Yannick Gomez (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, En Vitrine, Cette semaine

Sollers, le musicien de la vie – Yannick Gomez – Préface de Rémi Soulié – Essai – Nouvelle Marge – 144 p. – 18 euros – 06/12/2025.


« Je savoure toujours, chez lui, la vitesse et la fulgurance d’exécution – y compris avec une joie mauvaise, je le reconnais, parce qu’elle a le mérite d’égarer puis de perdre les demi-habiles qui, faute de reconnaître la virtuosité, soupçonnent l’imposture. Oui, Sollers est rapide, en immobile voyageur du temps. »

Rémi Soulié – Notes sur un inconnu – Préface

« Lorsque Sollers écrit sur Haydn, sur Mozart, il nous éclaire pour beaucoup sur sa propre conception de la littérature, et par là, en s’appuyant sur la musique, nous dévoile la valeur qu’il lui confère. Celle d’un trace, d’un héritage, d’une signature sonore voulue et espérée comme authentique et irréfragable. »

Yannick Gomez – Sollers, le musicien de la vie

La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La Chaussure sur le toit, Gallimard, 2007 ; réédition « Folio », 2009, 248p., 8,60€. Edition: Folio (Gallimard)


Que fait donc cette chaussure sur le toit d’un immeuble parisien longeant les voies de la Gare du Nord ?

Cette question – en apparence anecdotique, voire franchement saugrenue –, est au cœur du livre La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix, qui réussit le tour de force de tenir en haleine son lecteur sur près de 250 pages. Avec pour point de départ cet objet improbable, mystérieusement posé là, l’auteur parvient à bâtir un projet formel inventif et stimulant : une véritable gageure !

L’ensemble est constitué de dix récits, adoptant des points de vue à chaque fois différents. Autour de cette chaussure incongrue gravitent différents personnages qui habitent ou fréquentent cet immeuble, sorte de microcosme urbain où se croisent sans vraiment se rencontrer des personnages contrastés : un artiste contemporain, un unijambiste, un sans-papiers, une vieille dame capricieuse et qui s’amourache d’un jeune pompier, une enfant au sommeil agité, des chiens anthropomorphes, un présentateur télé en fin de course, un amoureux conduit et jaloux qui se mue en cambrioleur…

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Actes Sud, En Vitrine, Cette semaine

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari, Actes Sud mars 2026, 148 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

L’enfer est vide, tous les démons sont ici

(William Shakespeare, La Tempête)


La beauté sombre et âpre de ce roman s’empare peu à peu du cœur du lecteur et s’y installe comme une leçon de Ténèbres. Jérôme Ferrari est au sommet de l’art du roman et sa maestria porte cet ouvrage jusqu’à la perfection. Il y encadre une métaphore de la condition humaine dans un thrène lancinant, bouleversant. Les êtres qui errent dans cette dérive désespérante renvoient, à chaque coin de phrase, aux errances de notre destin.

L’incipit est un introït de messe de Requiem aux damnés de la Terre :