Identification

La Une Livres

Tu m’avais dit Ouessant, Gwenaëlle Abolivier (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Lundi, 06 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Le Mot et le Reste

Tu m’avais dit Ouessant, Gwenaëlle Abolivier, octobre 2019, 188 pages, 17 € Edition: Le Mot et le Reste

Tu m’avais dit Ouessant est le journal d’une résidence d’écriture de trois mois dans le sémaphore du Créac’h, sur l’île d’Ouessant.

Gwenaëlle Abolivier y raconte un « voyage immobile », « pour se cacher […] et renaître dans le passage et l’exil que suppose l’écriture ». Il est question, dans ce récit fragmentaire, de ses états d’âme et des mouvements de son cœur, de ses impressions et réflexions, des menus faits et gestes de sa vie quotidienne – jusqu’aux plus insignifiants : on saura même que, tel matin, elle a posté une lettre et acheté du pain, et que le soir, elle relate sa journée… –, des habitants qu’elle rencontre mais aussi de l’île.

C’est d’ailleurs là que réside selon nous l’intérêt de son livre : dans son aspect pour ainsi dire documentaire. On y apprend l’histoire d’Ouessant et les us et coutumes des Ouessantins. L’auteure y brosse quelques portraits, qui témoignent des mœurs et du caractère de ces îliens aux existences âpres et mouvementées, et ébauche une psychologie des gardiens de phare, qui la fascinent. Elle offre ainsi, au lecteur qui ne la connaît pas, un beau tableau d’Ouessant, une physionomie et presqu’une physiologie de l’île, mêlées d’anecdotes et riches en détails. Il y a là de quoi s’enthousiasmer et se passionner.

Fille, Camille Laurens (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 03 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Fille, mars 2020, 240 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Camille Laurens Edition: Gallimard

 

Camille Laurens se livre ici à l’exercice ardu de l’œuvre autobiographique, dans sa version récit d’enfance et de jeunesse, exercice ardu parce que le texte doit être – ou apparaître – à la fois sincère et pas ennuyeux. L’équation est réussie, grâce au style si personnel de l’auteure, à la structure du livre et au mode d’énonciation choisi.

Ainsi, le roman est constitué de trois parties correspondant aux trois âges de la vie de la narratrice : Laurence-fille (la plus longue) ; Laurence-femme (la plus courte) ; Laurence-mère, suivie d’un court épilogue. Trois voix énonciatives s’entremêlent : le « je » de l’autobiographie, le « elle » de la narration, le « tu » de la complicité et de la confidence. « Tu nais d’un mot comme d’une rose, tu éclos sous la langue » ; « Enfin, elle a ses règles, presque un an après tout le monde » ; « Je me regarde dans le miroir de la salle de bains, les cheveux mouillés, sans maquillage, je ressemble de plus en plus à mon père ». Le roman commence et se termine avec le « tu », l’adresse directe au « moi » qui parcourt les pages : « Tu cherches à comprendre mais tu ne sais pas quoi ».

Une baignoire dans le désert, Jadd Hilal (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 03 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Elyzad

Edition: Elyzad

 

La guerre : une affaire d’enfants.

Après Des ailes au loin, qui lui a valu un ample succès et plusieurs prix, Jadd Hilal publie son nouveau roman, Une baignoire dans le désert.

Quelque part dans un pays du Moyen-Orient, l’enfant Adel raconte son histoire. Il est toujours seul : divorcés, chacun de ses parents passe son temps au travail. « Je ne le voyais presque jamais en vrai, mon père » (p.17). À défaut d’humains, il a deux amis imaginaires : les deux insectes, Darwin et Tardigrade.

Un jour, la guerre éclate dans son village. Seul, il fuit l’appartement jusqu’à arriver au désert où il est enfermé dans un camp de combattants dirigé par un cheikh. Il est alors soupçonné de faire partie d’un camp ennemi. « Je n’en savais rien. Je n’avais rien à voir avec la guerre et ces histoires d’adultes mais le cheikh ne voulait pas me croire » (pp.57-58).

Sollers en peinture, Une contre-histoire de l’art, Olivier Rachet (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 02 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Tinbad

Sollers en peinture, Une contre-histoire de l’art, Olivier Rachet, 214 pages, 21 € Edition: Tinbad

 

« Manet, Picasso ne sont ni modernes ni contemporains. Ce sont des dieux grecs, panthéistes et athées à la fois. Ils ne commandent rien mais font signe vers toute une palette de possibles, à faire vibrer ici et maintenant. Il n’est sans doute pas anodin que L’Éclaircie soit placée sous l’égide du Parménide de Martin Heidegger auquel Sollers emprunte les citations suivantes, autant de clefs pour comprendre la portée musicale de son écriture de la peinture :

« Un dieu grec n’est jamais un dieu qui commande, mais un dieu qui montre, qui indique.

Les dieux sont ceux qui regardent vers l’intérieur, dans l’éclaircie de ce qui vient en présence ».

Sollers, Rachet, ne sont ni classiques, ni modernes, ni contemporains. L’un écrit depuis toujours, sous la haute protection de déesses attentives, l’autre sait tellement bien lire et écouter les peintres, qu’il en devient écrivain. Sollers est en peinture depuis toujours, comme il est en musique, en littérature, et au cœur de la vie libre. Il faut simplement, lecteur agile, ne pas perdre de vue ce qui se découvre sous nos yeux lorsque l’on ouvre l’un de ses romans ou l’un de ses essais.

L’inondation, Evgueni Zamiatine (par Marie Duclos)

, le Mercredi, 01 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Russie, Actes Sud

L’inondation, Evgueni Zamiatine, Livre audio lu par Jeanne Moreau, chez Actes Sud Diffusion Audio Edition: Actes Sud

 

Est-ce un roman, est-ce une nouvelle ?

Le livre est court mais puissant comme la vague d’une inondation. Il a été écrit en 1929, l’auteur est né à Lebedian, province de Russie, dont la langue est réputée.

Le thème de l’eau revient comme un refrain, comme le ressac, l’eau de la Neva, l’eau du brouillard, les larmes du chagrin… l’eau qui nettoie et enfouit le crime. La mort côtoie quatre protagonistes : Sofia, Trophim Ivanytch, son mari, Pelagaya, la voisine, et Ganka, la jeune adolescente qui travaille pour le couple.

Ganka disparaît… Seule Sofia connaît la vérité, vérité qui ne peut rester secrète et qui éclatera quand Sofia déclare une fièvre puerpérale.