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Dansez sans moi, Zeruya Shalev (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard, En Vitrine, Israël, Cette semaine

Dansez sans moi, Zeruya Shalev, Gallimard Du Monde entier, roman traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 182 p ages, 20,50 € . Ecrivain(s): Zeruya Shalev

 

En l’espace de trente ans, que s’est-il passé ? Que s’est-il réellement passé ? De quelles reprises ce roman de Zeruya Shalev a-t-il fait l’objet ? Incompris ou mal compris lors de sa première publication, trente ans après il fait écho.

Tout se concentre autour d’une femme et de sa fille. Les premières pages ont été écrites, Zeruya Shalev le rappelle, alors qu’elle venait de déposer sa fille à la crèche et que, alors éditrice, elle attendait un écrivain dans un café : « Chose rare, je me suis retrouvée désoeuvrée, à observer les mères retardataires qui se hâtaient, tirant de petits braillards affolés par l’imminence de la séparation. Comme elles m’ont paru épuisées alors que leur journée ne venait que de débuter ! » (p.9)

Relation à la maternité et à l’écriture au regard de l’autre, des autres qui, plus ou moins insensiblement, appuie, s’appuie ou se détourne, situation aussi d’une femme cultivée citant Baudelaire, non sans humour : « Je n’ai ni père, ni mère, ni frère, ni soeur » (p.18), et faisant aussi référence à la précarité de la situation de son pays : « (…) si bien que vous n’aurez plus besoin de construire votre fonds sur du plomb durci. » (p.18), déclare le mari de la narratrice à un marchand.

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent Vignat (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 22 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent VIGNAT, éditions du Jasmin . Ecrivain(s): Antonin Artaud

 

"Comète colérique", Antonin Artaud demeure cet astre en combustion perpétuelle dont les fragments irradiants traversent encore notre présent culturel, philosophique et politique. Avec Antonin Artaud : le visionnaire hurlant, Laurent Vignat signe bien davantage qu’une biographie : il compose le roman halluciné d’une existence impossible à circonscrire.

L’entreprise relevait pourtant d’un paradoxe presque insurmontable. Comment raconter celui dont Jacques Prevel disait qu’on ne pouvait même « imaginer qui il était » ? Comment approcher un homme qui écrivait : « Moi, Antonin Artaud, je suis mon fils, mon père, ma mère, et moi » ? Là réside précisément la force du livre de Laurent Vignat : ne jamais prétendre enfermer Artaud dans une vérité biographique définitive, mais épouser au contraire les lignes de fracture, les convulsions, les métamorphoses incessantes de cet être réfractaire à toute assignation.

Dimanches d’août, Patrick Modiano (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Folio (Gallimard)

Dimanches d’août, Patrick Modiano, Folio 1989 (parution en 1986), 186 pages, 7,99 euros. . Ecrivain(s): Patrick Modiano Edition: Folio (Gallimard)


« Toute la journée, je l’attendais, allongé sur le lit de ma chambre.

Le soleil, à travers les persiennes,

dessinaient des taches blondes

sur les murs et sur sa peau. »

Est-ce parce que le narrateur, photographe, a aimé les jeux de lumières sur les murs et la peau de Sylvia que le souvenir que l’on risque de garder du roman est associé à la série de Lucien Clergue, Nus zébrés ? Le héros du roman, en tout cas, a renoncé à devenir artiste, disposé tout au plus à vivre de polaroïds vendus aux touristes de passage sur la Promenade des Anglais. En attendant, il s’est laissé photographier par un confrère et le cliché le représentant lui en rappelle un autre, conservé dans son portefeuille.

Septembre noir (Settembre Nero), Sandro Veronesi (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 17 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Grasset, Italie

Septembre noir (Settembre Nero), Sandro Veronesi, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Grasset 2026 Edition: Grasset

 

D’où vient cette lumière intérieure qui habite le jeune héros de 12 ans de ce roman ?

Il irradie autour de lui et sur nous, par le seul miracle de la littérature, d’une écriture naturelle et ciselée, il vibre de vie et de passion, il transmet une énergie vitale débordante. Gigio, c’est ainsi qu’on appelle le jeune narrateur, prend place dans une tresse dont les brins sont Van de Vladimir Nabokov, le Narrateur de Marcel Proust, Tadzio de Thomas Mann et tous les jeunes adolescents dont la littérature s’est emparée pour explorer les ombres et lumières de ce passage explosif vers la sortie de l’enfance.

Pourtant ce roman est d’une grande douceur. Le monde de Gigio, sa mère, sa sœur, son père, et le cadre du roman, des vacances sur une plage estivale en Toscane, est inondé d’une lumière éblouissante que rien ne semble pouvoir ternir. Rien ? Pas vraiment car Sandro Veronesi utilise volontiers ce procédé narratif qui consiste à confier au lecteur des annonces lapidaires qui laissent entrevoir les événements futurs, toujours funestes.

The Sick Bag Song, Nick Cave (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 17 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, La Table Ronde

The Sick Bag Song, Nick Cave, Editions La Table Ronde, traduction de Serge Chauvin, parution 2 avril 2026, 188 pages, 20 euros. Edition: La Table Ronde


The sick bag song est tout d’abord un livre particulier, un objet littéraire devrait-on dire, puisqu’il s’articule en petits chapitres, chacun débutant par une photo de sac vomitoire, ce qui, à l’évidence ne peut que surprendre, mis à la disposition des voyageurs sur les lignes aériennes de l’Amérique du Nord. Ces sacs vomitoires ont servi au chanteur à écrire des textes durant les vols.

Nick Cave, avec les Bad Seeds qui l’accompagnent depuis toujours, est en tournée en Amérique du Nord. Nous sommes en 2014, la tournée durera plus de deux mois, conduisant le chanteur et le groupe de ville en ville. Et à chaque voyage, Nick Cave va griffonner sur ces fameux sacs des impressions, des textes de chansons, des notes parfois triviales comme d’autres seront plus lyriques, Ce sont aussi des visions qui seront écrites, dévastatrices, apocalyptiques, ou empreintes d’envolées extatiques.