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Le ciel sous nos pas, Leïla Bahssaïn (par Abdelmajid Baroudi)

Ecrit par Abdelmajid Baroudi , le Jeudi, 29 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel

Le ciel sous nos pas, LEÏLA BAHSSAÏN, Albin Michel 2019 Edition: Albin Michel


Le temps qu’il fait à Paris s’harmonise avec l’écriture et la lecture de ce texte. La grisaille synonyme de déception d’un paradis tant attendu coïncide avec la grisaille qui accompagne le rite de la lecture. Autrement dit, la temporalité de l’écriture va de pair avec celle de la lecture, sauf que l’ici et maintenant de la lecture exige la continuité de crainte de ne pas casser le rythme de l’assimilation et tomber dans l’oubli. Or la longévité de l’écriture impose d’autres   cérémonies telles que le langage, l’imagination et la fiction nourrie par la métaphore. Ceci dit, finir une lecture d’un texte n’est pas la même chose que finir d’écrire un texte car la finesse de l’écriture séduit la lecture et l’incite à aller jusqu’à la fin. Comment donc savourer la finesse de Le ciel sous nos pas ?

La lecture que je propose de ce texte   est d’ordre notionnel dans le but d’approcher tantôt sa relation au concret, tantôt son élan fictionnel. Et pour illustrer cette articulation, je me suis focalisé sur deux notions : la personne et la personnalité.

Le règne de l’esprit malin, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 28 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Le règne de l’esprit malin, Charles-Ferdinand Ramuz. Redécouvertes littéraires. 139 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz

 

Le Diable donc. Le Mal, le Malin, le Séducteur, le Menteur, le Manipulateur. Il colporte la haine mais il l’exporte aussi, comme une gangrène, une épidémie. Un petit village dormant dans sa ruralité tranquille, ses croyances, ses superstitions aussi voit surgir un jour un homme inconnu. L’événement en soi est déjà rare. De plus l’homme est étrange. Il dé-range l’ordre établi, il modifie un ordonnancement séculaire : au sein de la pauvreté, il est nanti et généreux, la boutique de cordonnier qu’il ouvre devient un lieu d’échanges. Il s’appelle « Branchu, comme qui dirait Cornu … »

« L’homme » ne se contente pas d’entrer dans le village et d’y faire son nid. Il s’insinue dans les cœurs, les esprits, les âmes. Le malheur alors s’installe. Dans sa première irruption, il frappe l’ancien cordonnier.

Un beau jour sa boutique resta fermée. Sans doute qu’il était malade, mais personne ne s’inquiéta de lui. Deux ou trois jours passèrent encore. Et ce fut par hasard qu’une voisine le trouva pendu derrière sa porte, le quatrième jour, je crois, et il faut bien dire qu’il sentait déjà, et il avait la figure toute noire.

La Danse sur le volcan, Marie Vieux-Chauvet (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 26 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Zulma

La Danse sur le volcan, Marie Vieux-Chauvet, 464 p., éd. Zulma, 2026, 23 € . Ecrivain(s): Marie Vieux-Chauvet


Marie Vieux-Chauvet, née à Port-au-Prince en 1916 dans une famille aisée, au sein d'un milieu privilégié de la bourgeoisie métisse haïtienne, morte à New York en 1973, est une femme de lettres, dramaturge et romancière féministe francophone. Un de ses romans les plus connus, Amour, Colère et Folie, publié en 1968, est une forte dénonciation du régime Duvalier, lequel tente d’en bloquer la diffusion, ainsi des milices paramilitaires du régime qui sèment la terreur dans le pays. Marie Vieux-Chauvet est contrainte de s'exiler en 1968 pour échapper au pouvoir haïtien, et meurt quelques années après son installation à New York. La partie essentielle de son œuvre a été écrite avant qu'elle ne soit contrainte de s'exiler. Son dernier roman, Les Rapaces, écrit en exil en 1971, n'a été publié qu'à titre posthume, en 1986, à Haïti, sous son nom de jeune fille, Marie Vieux, après la fin du duvaliérisme. Le roman, La Danse sur le volcan, est considéré comme le chef-d’œuvre de la littérature haïtienne.

Gerhard Richter. New York 2023 (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 23 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts

Gerhard Richter. New York 2023, préf. David Zwirner, texte Dieter Schwarz, éd. David Zwirner Books, 2023, 192 p., 132 illust., 75$/68,91€

 

Publié à l’occasion d’une exposition à la galerie David Zwirner de New York en 2023, ce beau catalogue est riche de reproductions photographiques de qualité de peintures récentes de l’artiste Gerhard Richter, ainsi que de dessins, dont certains inédits. Gerhard Richter, né en 1932 à Dresde, a étudié à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde, et a entrepris un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y a cofondé un mouvement nommé « réalisme capitaliste » avec Sigmar Polke, Manfred Kuttner, Konrad Fischer. Son travail a fait l’objet de nombreuses rétrospectives à travers le monde, ainsi que des expositions à la Documenta de Cassel. Ses œuvres sont très recherchées par les collectionneurs et les musées, considérées comme des pièces majeures de l’abstraction contemporaine. Des toiles similaires de cette série abstraite se sont vendues pour plusieurs dizaines de millions d’euros aux enchères. Dieter Schwarz, commissaire d’exposition, directeur du Kunstmuseum Winterthur a rédigé le texte, connaisseur depuis 1985 des travaux de Richter. David Zwirner (marchand d'art allemand, fils de Rudolf Zwirner, fondateur d'Art Cologne), accueille une sélection de dessins, de peinture et une installation de Richter dans sa galerie parisienne. Une rétrospective a lieu à la Fondation Louis Vuitton à Paris.

Un peu de soleil dans les rayons, Christine Epstein - aphorismes (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 23 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Un peu de soleil dans les rayons, Christine EPSTEIN - aphorismes, Pierre Mainard éditeur, 64 pages, octobre 2025, 12,5€

Ce petit recueil d'aphorismes, particulièrement vif et réjouissant, a trois originalités : il est écrit par une femme, il a germé dans la tête d'une psychothérapeute, et enfin il fait la part belle moins aux idées qu'aux mots, ou plutôt : il part le plus souvent d'expressions toutes-faites, qu'il confronte les unes aux autres dans un même fragment, afin de faire comme s'entre-choquer ces poncifs ou s'entre-dévorer ces expressions et, ce faisant, d'interloquer et déstabiliser leurs usagers (nous tous). Par exemple, mariant deux expressions routinières comme "untel n'est pas une flèche" et "avoir plusieurs cordes à son arc", obtenir le percutant (et dérangeant) :" À quoi bon avoir plusieurs cordes à son arc si l'on n'est pas une flèche ?" (p.27-2). Ou joignant "râle d'agonie", et "les Français sont des râleurs", établir (doctement, et cruellement ...) : "Les Français aiment râler jusqu'à leur agonie" (p.35-2). Dernier exemple : réunir singulièrement la "place du mort" de tout passager-avant transporté et "fourgon mortuaire" donne : "Le corbillard est la seule voiture où il y a la place pour deux morts" (p.59-6). On peut ainsi saisir le ressort de la citation initiale : l'effort à faire pour actualiser sa paresse obligeant au deuil même de son indolence ... "Je suis trop paresseuse pour déplier une chaise-longue" (p.58-4)