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Liberté sous condition, Jim Thompson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Polars, USA, Rivages/noir

Liberté sous condition, Jim Thompson, trad. Danièle et Pierre Bondil, préf. François Guérif, couv. Myles Himan, 224 p., mars 2026, éd. Rivages/noir, 8,50€ . Ecrivain(s): Jim Thompson


Le livre intitulé Liberté sous condition de Jim Thompson (1909-1977, auteur d’une trentaine d’ouvrages, l’une des voix majeures du roman noir américain), commence comme un film hollywoodien, au scénario efficace, précis. Le style est net, incisif. Le propre du roman policier est celui de sa capacité à intégrer les éléments du réel d’un moment historique. En effet, le texte de Liberté sous condition est écrit dans l’après-guerre, en 1953, et l’on perçoit les indices disséminés ici et là de cette époque, dont la mode vestimentaire par exemple. L’on fume dans les bureaux et les lieux publics, la cigarette fait signe, tout comme le vêtement - costumes, chapeaux, « vendeurs en redingote », parures de femmes : « Elle mesurait à peu près un mètre cinquante, chignon de cheveux roux décolorés compris, et était vêtue d’un chemisier blanc à col montant, de bottines à lacets et d’une jupe qui ressemblait à un dessous de selle ». La façon dont l’auteur parle des femmes est aussi un indicateur de temps.

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Gallmeister, En Vitrine, Cette semaine

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller. Traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister, 536 p. 26,90 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller cette fois ne nous emmène pas sur les champs de bataille de la guerre de Sécession ou des guerres indiennes. De la grande guerre civile américaine, il sera question néanmoins dans ce roman, mais dans un narratif atténué par les années et porté par un vieux colonel nordiste privé de ses deux bras.

L’arc de ce roman, sa linéarité courbe, va de l’Anabase à la Catabase. Xénophon en metteur en scène ! De la montée vers un lieu perdu dans la montagne (c’est le nom même de la bourgade : Forsaken Heights) jusqu’à l’effondrement de ce lieu, comme pour un lever de rideau théâtral avant la chute – brutale - de ce rideau. Catabase, dans les épopées grecques, évoque la descente vers les Enfers. Lance Weller scande son roman comme une tragédie antique : ses quatre parties – la clef du jardin du roi, Anabase, Catabase, Le jardin du roi – sont les actes de sa pièce.

Dix huit, Gaëtan Lecoq (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 28 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques

Gaëtan Lecoq, dix huit, éd Terres du couchant, 73pp, 14€


Éclis de mémoire


On voit plus juste en poésie. Le poète voit et revit et son rythme est le bon.

Sa mémoire est une veille et nous révèle dans le miroir.

Voilà de bien banales généralités.

Pour le singulier, lisons Gaëtan Lecoq.

Le poète breton de Rennes et des Finistères fait paraître un chant aux éditions Terres du couchant. Le beau cahier de Gaëtan Lecoq s’intitule sobrement et en toutes lettres : dix huit.

Il suit les quatre années maudites :

Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Folio (Gallimard)

Les Cerfs-volants, Romain Gary, Folio, octobre 1983, 384 pages, 10 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)


C’est rare, mais ça arrive : ouvrir une critique par une dédicace. Alors j’y vais, puisque de toute façon, au risque de faire grincer les dents à mon aimable rédacteur en chef, je vais amplement déborder du cadre de la recension pour parler de moi, de mon rapport à ce livre, puis de la vie, enfin, tout ce qui s’imbrique et explose à la fois quand on a un livre fétiche. Dédicace, donc : à tous les élèves qui, depuis cinq ans, lisent Les Cerfs-volants en ma compagnie, au terme de deux années où nous avons cheminé ensemble dans la littérature, à ma façon, avec rime et raison, et en toute folie en même temps. À vous tous, garçons et filles, qui m’avez rendu des comptes-rendus de lecture où vous avez accepté cet exercice étrange : vous frotter à un roman, comme des allumettes, au risque de vous enflammer, et raconter ces étincelles devenues flammes plutôt que bêtement résumer le roman. Et à ceux et celles qui, ça me revient aux oreilles, parfois deux ou trois ans plus tard, parlent encore du roman que Smal leur a fait lire et qui les a bouleversés. Et à ceux et celles qui, puisque je m’y tiendrai jusqu’à la fin de ma carrière, liront à leur tour Les Cerfs-volants Je pourrais ajouter, et vous comprendriez, « À la mémoire ».

Cézembre, Hélène Gestern (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions

Cézembre, Hélène Gestern


Yann de Kérambrun, professeur d'histoire à l'université de Paris vient de perdre son père, quelques années après sa mère. Son père, puissant chef de l'entreprise familiale de navettes bretonnes basée à Saint-Malo, a toujours représenté pour Yann un être austère et tyrannique, un homme intraitable qui n'a pas su donner d’affection à ses enfants.

C'est donc le moment pour ce quinquagénaire désabusé qui vient de divorcer et dont le fils Paul s'est éloigné de lui pour aller en Allemagne, de retourner aux sources bretonnes afin de prendre du recul et d'interroger le passé familial. Yann décide alors de prendre une année sabbatique dans le manoir familial Les Couërons qui donne vue imprenable sur la mer de St Malo et de ses îles avoisinantes comme l’île de Cézembre :

« Je continue à observer l’île à la jumelle. Après l’agitation, la douceur de ses courbes, sa solitude désertée irradient une paie magnifique. Une apparence trompeuse, pourtant. Ce caillou, dont le relief était resté à jamais défiguré par les cratères qu’y avaient creusés les explosions à la libération, était une poudrière dormante avec son sol truffé d’obus... »