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Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc, Z4 Editions - Éditions Douro . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Editions Douro

Dans son intitulé même, Le choix de la folie engage une position décisive : la folie n’y est pas subie, mais assumée, presque revendiquée comme un acte de libre arbitre. Deuxième mouvement du vaste ensemble Le Grand Cycle de la vie ou l’odyssée humaine, ce poème s’inscrit dans une architecture monumentale — quatorze sections déployées sur des milliers de pages — où l’écriture excède largement le livre pour devenir expérience totale. Pensé pour la voix, accompagné d’enregistrements sonores et prolongé sur scène par un dispositif visuel (notamment avec les œuvres du peintre Lawrence), le texte affirme d’emblée sa dimension performative : il est fait pour être dit, crié, murmuré, traversé.

Au cœur de cette entreprise, il y a une nécessité : arracher la parole à l’étouffement. Le poème déploie une existence prise dans « l’aire d’une cage », métaphore d’un enfermement psychique et existentiel dont l’écriture tenterait de briser les barreaux. Le souffle y est menacé, entravé par les débris du deuil, de l’échec ou de la dépression — états qui surgissent parfois « sans aucune cause apparente », comme des effondrements sans origine assignable.

Le trimard, Jack London (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Le trimard, Jack London, trad. Marc Chénetier, dessins Simon Roussin, éd. Gallimard (Le sentiment géographique), 208 p., avril 2026, 22€ . Ecrivain(s): Jack London Edition: Gallimard


Journal d’un hobo

Jack London (1876-1916) livre dans ce roman, des souvenirs rétrospectifs qui lui sont chers, en l’occurrence celui d’un « trimardeur affamé » ; un hobo dont l’existence consiste à prendre des trains en marche « sans se briser le cou », et où « les très pauvres constituent la dernière ressource assurée du vagabond affamé ». Pour survivre, il faut mendier, et c’est tout un art, finalement, un art de la narration. Car c’est grâce aux mots que l’on obtient crédit et confiance. Comme un barde des temps anciens. Mais voilà, dans le Nouveau Monde, les arrêtés contre ceux qui ne travaillent pas, les nomades et les clochards, sont rigoureux. Le style littéraire du grand écrivain est proche de celui du road movie, du périple et de la cavale sur les routes de la Beat Generation de Jack Kerouac. L’on pense également à Henri Miller et au problème récurrent de la faim.

Tu as amené avec toi le vent, Natalia Garcia Freire (par Didier Smal)

, le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Amérique Latine, Roman, Christian Bourgois

Edition: Christian Bourgois


Voici un texte aussi dense qu’étrange, aussi évanescent par certains mots que nécessaire à relire, parfois pour les mêmes mots. Il est bref, pourtant, et est construit selon une méthode éprouvée : la polyphonie narrative, un même événement raconté selon divers points de vue – ici, si l’on s’en tient au nombre de chapitres, le titre de chacun étant un prénom, neuf. Neuf voix pour dire cet événement extraordinaire advenu à Cocuán, petit village sis en Équateur (du moins le suppose-t-on, faute d’indication claire, puisqu’il s’agit du pays d’origine de l’autrice, Natalia Garcia Freire) : une partie des villageois ont soudain quitté le village, nus, pour se rendre à proximité d’une grotte qui a tous les atours pour être l’un de ces orifices terrestres qui sont autant d’entrées vers les Enfers, peu importe le continent, peu importe la mythologie. À ceci près que les narrateurs changent de statut au fil des chapitres, certains mourant et rejoignant les nus, le dernier prenant la parole alors qu’on s’attendrait plutôt à son silence, à son absence de conscience, puisqu’il est l’idiot du village.

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Le Livre de Poche

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly, Le livre de poche . Ecrivain(s): Barbey d’Aurevilly Edition: Le Livre de Poche


« La Femme, ça n’existe pas ! » lançait Jacques Lacan un mardi de séminaire rue Saint-Jacques. Rien n’est moins sûr… Ou plutôt rien n’est plus évident et moins sûr. Aux femmes plurielles de la réalité, à la mère, à l’épouse, à l’amante, à la collègue de bureau, à la voisine, à celle qu’on aime, à celle qui nous encombre, s’ajoute, incontournable et entêtée, une LA-FEMME, l’Autre, celle que l’Occident a façonnée, fiction après fiction, image après image, mot après mot ; LA Femme imaginaire, tellement imaginaire qu’on ne peut la penser qu’en termes excessifs et violemment opposés, symétriques dans l’opposition, marquant ainsi l’immensité de l’abîme où s’engouffrent ses représentations.
Écrite, peinte ou chantée, elle est sans cesse « extrémisée », limite vivante de l’humain, archétype de l’Amour ou de la Haine, de la Grandeur d’âme ou de l’Ignominie, de la Beauté ou de la laideur. Ange ou Démon, la demi-teinte lui est interdite. Elle ne peut qu’être Tout pour n’être pas Rien.

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Albin Michel

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet, Paris, Albin-Michel, janvier 2026, 264 pages, 21, 90 €.

Une fois n’est pas coutume, le sous-titre du livre de Marcel Gauchet est plus explicite que le titre. Qu’est-ce qu’une idéologie ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le terme est de facture relativement récente et on connaît même le patronyme de son inventeur, Antoine Destutt de Tracy (1754-1836), un de ces personnages nés comme tant d’autres (on pense en premier à Châteaubriand) entre deux mondes, trop mûr pour ne pas avoir bien connu le « monde d’avant » détruit par la Révolution – un bouleversement dont on ne saurait sous-estimer l’ampleur – et encore assez jeune pour être contraint de vivre dans le monde nouveau et devoir s’y faire une place. Venu de la carrière des armes, il ne s’en sortit pas trop mal, fut élu député aux États généraux et prononça en 1795 une conférence retentissante dans laquelle il employa pour la première fois le néologisme qu’il avait forgé. Il agrégea autour de lui un groupe nommé précisément les « Idéologues » (Roederer, Volney, …), avec lequel Marcel Gauchet se montre inutilement sévère, les qualifiant de « groupe de médiocres vaincus de l’histoire, dépassés tant intellectuellement que politiquement par des tâches trop grandes pour eux » (p. 18).