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Fils unique, Stéphane Audeguy (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 10 Novembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Roman, Folio (Gallimard)

Fils unique, Stéphane Audeguy, 322 pages, 8,40 € Edition: Folio (Gallimard)


Jean-Jacques Rousseau mentionne en quelques lignes dans Les Confessions l’existence d’un frère aîné contraint, suite à quelques écarts de conduite et surtout à une altercation ayant provoqué mort d’homme, de quitter la demeure familiale et Genève pour échapper à la police. Il semble que notre Jean-Jacques national n’ait ensuite plus jamais eu ou plus jamais cherché à avoir de nouvelles de son frère. L’auteur s’est emparé de cette révélation pour faire écrire l’histoire de François Rousseau, né en 1705, par lui-même à la première personne, comme en une sorte de « Confessions » parallèles.

L’adolescence de François se déroule à Genève. Le jeune Rousseau, qualifié de « polisson » par Jean-Jacques, son cadet de dix ans, effectue un séjour en maison de correction à l’âge de treize ans et s’initie ensuite au métier d’horloger, tout en bénéficiant, selon l’auteur, de la tutelle équivoque et de la férule pédago-philosophique d’un certain marquis de Saint-Fons, grâce à la protection, aux relations et à l’assistance de qui, après l’homicide involontaire, le fugitif vivra quelques années tranquilles en France.

Un Passage au Maroc, Alain Gorius (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 10 Novembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Voyages, Al Manar

Un Passage au Maroc, Alain Gorius, Al Manar, 2019, photographies, Abderrazzak Benchaâbane, 48 pages, 16 € Edition: Al Manar

 

Ces « notes » d’un ami fervent du Maroc et de ses gens ont pour but de garder des traces d’un « passage », dans ce pays aimé, celui de l’Extrême-Couchant comme Gorius le nomme. Pour dire ces « moments de vie » passés au contact chaleureux des Marocains, humbles ou plus connus, gens de la rue ou artistes, peintres, écrivains, poètes, l’auteur a fait appel, au-delà de ses textes, aux belles photographies de Benchaâbane, en noir et blanc, portraits, scènes de rues ou paysages, femmes au bord de l’océan, visages burinés, regards vifs et intenses. Les voyages ne laissent pas indemnes et c’est leur grandeur que de grappiller la beauté pour qu’elle ne s’étiole pas.

En vingt-quatre courts fragments, d’une prose très poétique, Alain Gorius énonce ses préférences, ses choix, ses pérégrinations. Ses blasons nous valent des textes tendus et tendres, jamais complaisants, avec la distance de l’écriture et du cœur. Et ses textes vibrent, comme le rappel des choses à conserver coûte que coûte. C’est le portrait de femmes, leur beauté insolente ou cachée ; c’est celui d’artistes comme Kacimi, peintre et poète, comme Mohamed Abouelouakar, ou encore à l’image du poète longtemps enfermé à Kenitra, Abdellatif Laâbi.

Sauvegarde, Journal 2001-2003, Imre Kertész (par Olivier Verdun)

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 09 Novembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Pays de l'Est, Actes Sud, En Vitrine, Cette semaine

Sauvegarde, Journal 2001-2003, Imre Kertész, Actes Sud, 2012, trad. hongrois, Natalia Zaremba-Huzsvai, Charles Zaremba, 223 pages, 19,80 € . Ecrivain(s): Imre Kertész

 

« La vie est une erreur que même la mort ne répare pas » (Imre Kertész, Sauvegarde, p.82).

« Depuis notre naissance, nous sommes des prisonniers condamnés à mort ; moi, le destin me le rappelle sans cesse. Et comme je suis partisan des principes raisonnables, je ne peux en vouloir à personne pour cela. De ce point de vue, Job avait la partie facile, avec son Dieu amateur de paris » (ibid., p.87).

Pour ceux qui ne connaissent pas Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, il faut lire Sauvegarde, le journal que le grand écrivain hongrois a tenu de 2001 à 2003. On y découvrira un homme au soir de sa vie, diminué par la maladie de Parkinson qui restreint l’usage de sa main et qui le contraint à tenir son journal grâce à un ordinateur – un homme profondément lucide sur le monde et sur lui-même, taraudé par les « humiliations physiques de la vieillesse », arpentant les « antichambres grises de la mort », un homme d’une sincérité absolue, à l’ironie subtile et jamais cynique, qui n’hésite pas à déclarer, avec la verve qu’on lui connaît : « Je ne suis pas un humaniste, il me reste encore quelque sentiment humain ».

Version originale, Jean-Claude Götting (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 09 Novembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Arts

Version originale, Jean-Claude Götting, Payot & Rivages, Coll. Virages graphiques, septembre 2022, 96 pages, 22 €

Nous découvrons dans le dernier album graphique de Jean-Claude Götting, Version originale, 40 travaux au format paysage de 26,5 x 20 cm, conçus en une sorte de ciné-roman (cher à Chris Marker), en noir et blanc. Jean-Claude Götting invente le synopsis d’un film intimiste avec des éléments de réminiscences d’histoires d’amour, heureuses ou malheureuses. De mini-événements se télescopent, une phrase courte se lit en sous-titre français sur chaque planche. L’on pense à des morceaux de Son nom de Venise dans Calcutta désert, par le côté décousu du scénario, ou bien de L’Année dernière à Marienbad au vu de l’anonymat des personnages et de la dominante de « l’écriture blanche ».

Des FRAGMENTS sont insérés, dont deux dialogues de Diastème (né en 1966, écrivain, dramaturge et réalisateur), un texte expérimental de Pauline Peyrade (co-responsable du département Écrivain.e.s-Dramaturges de l’ENSATT), un monologue de Charlotte Lagrange (metteuse en scène et dramaturge, formée au TNS), ainsi qu’un dernier dialogue de Vincent Farasse (né en 1979, metteur en scène et comédien).

Bart le Magnifique, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Novembre 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, En Vitrine, Cette semaine

Bart le Magnifique (Tournament, 1949), Shelby Foote, éditions Rue d’Ulm, mars 2022, trad. américain, Paul Carmignani, 415 pages, 25 € . Ecrivain(s): Shelby Foote

 

Il s’agit du premier roman de Shelby Foote, publié en 1949, et traduit ici pour la toute première fois en français. C’est donc un événement littéraire de grand intérêt qui permet aux lecteurs français de découvrir les aurores de l’un des plus grands écrivains sudistes du XXème siècle. Dans une préface très personnelle et attachante, Shelby Foote situe l’histoire de ce roman dans son œuvre et dans sa vie personnelle. Il nous dit l’avoir abandonné quelques années après l’avoir proposé à Knopf en 1942 qui lui avait répondu quelque chose du genre : pas mal, pourquoi pas mais ce manuscrit mériterait peut-être d’être remanié. Ce que Foote fit, mais bien plus tard, après la guerre au cours de laquelle il fut engagé en Europe.

Shelby Foote dit en particulier avoir voulu, pour la version définitive, revenir sur les influences que tout jeune auteur subit pour son premier roman.