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Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 06 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Une voyante passe aux aveux, Entretiens avec Marie-Noëlle Dompé, Valérie Fauchet, Editions Ipanema, octobre 2019, 233 pages, 17,90 €

Il existe, malheureusement, des dons que l’on subit. Certaines personnes possèdent en effet le don de « pré-voir ». Contrairement aux surdoués, les dons de voyance sont jugés douteux et sont ignorés par la science. Pourtant ces personnes « voyantes » n’ont pas décidé d’avoir ces « flashs », ils s’imposent à eux. Comment faire alors pour ne plus voir ?

Dans ce livre Une voyante passe aux aveux, le témoignage de Valérie Fauchet est troublant, sa vie ressemble à un roman fantastique. Pour donner du coffre à ses expériences, et prouver qu’elle n’a pas peur d’être titillée par l’exigence de preuves factuelles, l’auteure a eu la bonne idée d’être interviewée par une magistrate, Marie-Noëlle Dompé. La voyance au tribunal ? Oui, mais il ne s’agit pas pour autant d’un procès. Cette magistrate, aguerrie à l’impartialité, a joué le rôle de l’investigatrice bienveillante pour comprendre comment se manifeste cette méga intuition chez notre voyante peu commune. La voyance apparaît alors sous un autre jour, plutôt comme une hypersensibilité insoutenable. Comme une faille qui attire la lumière d’un flash.

Reflets des jours mauves, Gérald Tenenbaum (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Héloïse D'Ormesson

Reflets des jours mauves, octobre 2019, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Gérald Tenenbaum est mathématicien et romancier et son œuvre romanesque, marquée par le poids du passé, de la disparition, s’intéresse aux trajectoires des hommes comme aux traces laissées par leur passage, creusant de multiples manières les notions de destin et de hasard. Toujours fasciné par le mystère du vivant, par les variations et les chemins de traverse, et animé par un même besoin de sens, de cohérence, l’auteur cherche l’harmonie englobant dans un plan d’ensemble toutes ces dissonances au sein de la vaste symphonie d’un univers qui nous dépasse. Explorant sans cesse notre rapport au monde, il tente de réconcilier la froide logique du destin et la liberté offerte par ce hasard ouvrant le champ des possibles. S’insérant dans le prolongement de son précédent roman, Les Harmoniques, dont il semble constituer une sorte de volet plus sombre, Reflets des jours mauves met ainsi en scène le mouvement de nos vies et de nos rencontres dans son infinie complexité, et avec cette tonalité mémorielle mélancolique donnée par le manque et l’absence. C’est une histoire imprégnée de « la tristesse de tout ce qui n’est pas advenu » dont le héros, incapable de saisir l’occasion quand elle se présente, semble s’être avéré l’homme des mauvais choix.

Les Ruines de Port-Royal des Champs, Abbé Henri Grégoire (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 05 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Editions Honoré Champion

Les Ruines de Port-Royal des Champs, Abbé Henri Grégoire, mai 2018, Édition nouvelle établie et annotée par Jean Lesaulnier, 222 pages, 39 € Edition: Editions Honoré Champion

Personne ne connaîtra jamais avec certitude le nombre exact de monastères qui virent le jour sur le sol européen, depuis l’avènement du monachisme jusqu’à la période moderne. Des milliers, des dizaines de milliers probablement, de l’humble prieuré de quelques moines à l’immense abbaye de Cluny, rayonnant sur plusieurs nations. Voici un premier paradoxe : il n’y a aucune commune mesure entre les dimensions du monastère de Port-Royal (on devrait d’ailleurs employer le pluriel, car il y eut deux établissements, l’un à Paris, l’autre – la maison-mère – dans la vallée de Chevreuse), son effectif réduit et son rayonnement, qui ne s’éteignit même pas lorsque Louis XIV eut fait raser l’abbaye et déterrer sauvagement religieux et religieuses défunts. Et nous trouvons là le second paradoxe : comme ces étoiles dont le rayonnement nous parvient alors qu’elles ont disparu depuis des millénaires, l’influence de Port-Royal s’étendit sur tout le XVIIIe siècle et bien au-delà encore. Les Ruines de Port-Royal des Champs sont une apologie, composée à une époque où les ruines sont un thème à la mode (on s’étonne de ne voir mentionné nulle part, sauf erreur, le nom de Volney, dont le maître-livre fut publié en 1791, dix ans avant la première édition des Ruines, confiées par l’abbé Grégoire aux Annales de la religion, puis remaniées et republiées en 1809, un siècle après la destruction de la célèbre abbaye).

Girl, Edna O’Brien (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 04 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Sabine Wespieser

Girl, septembre 2019, trad. anglais, Aude de Saint Loup, Pierre-Emmanuel Dauzat, 256 pages, 21 € . Ecrivain(s): Edna O'Brien Edition: Sabine Wespieser

 

Edna O’Brien est née en 1930 ; elle n’a cessé de bâtir une œuvre de romancière, de nouvelliste, de scénariste ou de dramaturge dont la figure tutélaire centrale est la fille. Les titres de sa trilogie en témoignent : The country girls, en 1960, The lonely girl, en 62, et Girls in their married bliss en 64. Son dernier texte introduit à nouveau cet « être romanesque » de manière épurée sans article ou définition précise, et pour nous lecteurs français, sans l’écran de la traduction à la différence de ceux de la trilogie qui eux ont été traduits. Girl, seule et livrée à elle-même aux confins du Nigéria. Un universitaire pourrait d’ailleurs dénombrer le nombre d’occurrences de ce mot et il constaterait qu’il revient sans cesse. « Girl » est l’une des « filles du Nord-Est du Nigéria » de la dédicace, « une des filles souillées » dans Les Troyennes d’Euripide, convoquées en seconde épigraphe et surtout, elle est la toute première phrase du roman en lettres capitales : J’ETAIS UNE FILLE AUTREFOIS, C’EST FINI.

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 04 Novembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Poésie, Correspondance, Fata Morgana

Lettre à René Char sur les incompatibilités de l’écrivain, Georges Bataille, septembre 2019, 48 pages, 12 € Edition: Fata Morgana

 

Cette lettre permet de comprendre la relation qui n’allait pas forcément d’elle-même entre Bataille et Char. D’un côté l’obscur des profondeurs, de l’autre une certaine clarté du paysage et de ceux qui l’habitent. D’un côté l’existentialisme et l’absurde, de l’autre les remugles messianismes du surréalisme « historique ».

Certes les deux se réclamaient de ce dernier mais selon une version dissidente plus juste que celle de Breton embrigadé dans certaines ruses et cécités. Ce dernier espérait beaucoup en Char mais n’attendait rien de Bataille. Les deux derniers éprouvent une sympathie mutuelle au nom à la fois d’une perception analogue des contradictions les plus vives qui régissent le monde et l’univers, et par ailleurs d’une douloureuse conscience de l’irrémédiable.