Identification

Les Livres

Manon Lescaut, Abbé Prévost (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 20 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Manon Lescaut, Abbé Prévost, Folio+Lycée, mars 2021, dossier de Guillaume Duez, 272 pages, 3,05 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quasi trois siècles après sa publication à Amsterdam, le huitième tome des Mémoires d’un homme qualité, intitulé, en 1731, L’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, est à nouveau réédité – encore et toujours, peut-on constater, et dans une édition destinée à des lycéens, dossier pédagogique à l’appui. C’est la vertu d’un classique, associée au rôle de l’école : celle-ci rappelle la présence de certains ouvrages dans l’imaginaire collectif. D’un autre côté, on peut ressentir une douce mélancolie à l’idée que les romans, pièces de théâtre et autres recueils de poèmes autrefois disponibles dans de simples éditions de poche, comme part du tout-venant dans la société, soient aujourd’hui siglés « pour l’école » de façon spécifique, comme si l’école était désormais leur seul lieu d’existence – puis on les oublie, puis on les met de côté, puis on retourne à la frénésie du monde moderne.

La Maison muette, John Burnside (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 19 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié

La Maison muette, mars 2021, trad. anglais, Catherine Richard-Mas, 202 pages, 8,50 euros . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

À la recherche mortifère d’une langue-mère

Dès l’incipit de ce premier roman de John Burnside, publié à Londres en 1997, l’horreur froide d’une folie banalisée par une rhétorique raisonnée, pragmatique, qui va dérouler toute sa perversité dans le reste du roman, au travers de la relation des événements qui depuis l’enfance jusqu’à ses trente ans ont conduit le narrateur au meurtre de deux jeunes jumeaux, s’exprime dans un style tout autant dessicatif que poétique.

Relation d’une enfance sous le joug d’une mère captatrice et castratrice, figure médéenne d’une femme qui charme et enferme son fils, le narrateur, dans un monde psychique peuplé de contes, de légendes, avec son lot de sorcières et de créatures malfaisantes à l’image de Jenny Greenteeth, supposée habiter les rivières où elle noie les enfants et pratique des rites sacrificiels. Une mère, qui pendant les vacances scolaires emmène son fils chercher des cadavres d’animaux sauvages, développant en lui une curiosité morbide, un intérêt pour l’observation des corps en décomposition, lui donnant le sentiment que tout le processus avait un aspect curatif « comme si l’animal était régénéré ou purifié » au terme de son dessèchement.

Lettre au recours chimique, Christophe Esnault (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 19 Avril 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Lettre au recours chimique, Christophe Esnault, éditions Aethalides, mars 2021, 128 pages, 16 €

 

Dans mes clairières, je ne suis jamais seul

J.B. Pontalis

Poème pellucide

L’impression générale que j’ai pu ressentir à la lecture de cette lettre au recours chimique, c’est celle d’une fluidité, d’un certain chant régulier. Ce texte qui graphiquement est centré sur la page (à tel point que j’ai reconnu des calligrammes, ceux d’Apollinaire comme perspective), se lit par souffle. Cette poésie est donc charnelle. Ou encore, en relation avec la phonation, l’élocution orale (très vieux modèle de la poésie occidentale depuis les aèdes). Ici, cette prise de parole devient une expérience de la pensée critique. Surtout comme un discours ironique et violent, et nullement une expression de l’espèce speakers’corner. Les thèmes n’en sont pas moins brûlants, écriture cependant conçue comme un engagement littéraire : la maladie, la déréliction psychologique, la psychiatrie et ses psychiatres.

Chasseur de Ciel, Marion Fontana (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 16 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Roman

Chasseur de Ciel, La Chambre d’échos, juin 2020, 110 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marion Fontana

 

Voilà pour la jeune auteure l’aventure d’un deuxième livre. Bref ouvrage, qui tient moins du genre romanesque que d’une réflexion onirique voire ésotérique sur l’existence confrontée aux espaces, ciel, terre, nuage. Les personnages ont peu de consistance voire de chair. Il y a bien Martha, sans description physique qui, passionnée de moto, tient à l’adresse des motards un bar de montagne, bien situé devant la chaîne des monts. Il y a deux personnages assez étranges : le chasseur de ciel, qui enfile sa moto en quête de ciel, d’errance, de découverte. Il y a la figure connue mais ici transversale et n’apparaissant qu’aux deux tiers du livre, du Roi Pêcheur, comme en retrait, hospitalisé, puis en convalescence, vieil homme fatigué.

Si certains livres gardent des qualités certaines surtout en fonction de l’intrigue, nous dirons qu’ici tout l’intérêt tient à l’écriture, maîtrisée, à la réflexion, élaborée, plus qu’à l’enchaînement d’événements. En effet, on est comme dans un temps distendu où apparaît sur la route ferme le chasseur. Nulle époque précise, nulle année, nulle précision.

Petits meurtres en campagne, T.E. Kinsey (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Vendredi, 16 Avril 2021. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Iles britanniques

Petits meurtres en campagne, T.E. Kinsey, Éditions City, janvier 2021, trad. Karine Forestier, 333 pages, 17,90 €

 

Ce roman policier est ce que l’on appelle en anglais un cozy mystery (mystère intime), également appelé « cosy ». Il s’agit d’un sous-genre de la fiction policière dans laquelle le sexe et la violence se produisent hors scène, le détective est un détective amateur, et le crime et la détection ont lieu dans une petite communauté socialement intime.

Lady Emily Hardcastle, notre future détective, a décidé de fuir Londres pour s’installer à la campagne. Elle arrive à la petite gare de Chipping Bevington en compagnie de son inséparable femme de chambre, Florence Amstrong. Elles vont rejoindre en carriole Littleton Cotterell dans le Gloucestershire où se trouve leur demeure. À peine arrivées, le boucher, le boulanger, le docteur Fitzsimmons, le sergent Dobson, le policier du village, et le révérend James Bland viennent se présenter. Puis un coursier amène un pli pour inviter lady Hardcastle à se joindre à un repas organisé par sir Hector et lady Farley-Stroud, propriétaires terriens, en vue des fiançailles de leur fille avec l’un des fils d’une famille de commerçants de la région, les Seddon.