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Les Livres

Eloge des fantômes, Portraits, Jean-Michel Olivier (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, L'Âge d'Homme

Eloge des fantômes, Portraits, Jean-Michel Olivier, octobre 2019, 200 pages, 22 € Edition: L'Âge d'Homme

 

« Pour un écrivain, Paris est peuplé de fantômes. Des fantômes familiers, silencieux, bienveillants. Nous sommes dans l’ancien hôtel particulier de Beaumarchais, où l’écrivain, musicien, homme d’affaires, mais aussi marchand d’armes et espion, aimait se réfugier quand les fâcheux le harcelaient » (Simone Gallimard).

Eloge des fantômes est un merveilleux livre, habité de fantômes admirés, rendus à la vie par la plume miraculeuse de Jean-Michel Olivier. Des portraits d’écrivains, de penseurs, d’éditeurs, de graveurs que l’auteur a croisés, longuement ou furtivement, et admirés. Des artistes devenus des amis d’un temps passé, des complices en lettres, et en art éphémère, dont il a partagé des instants de complicité, de travail, qu’il décrit comme l’on décrit un miracle, une visite, un éblouissement, mais aussi une profonde tristesse lorsqu’il apprend leur disparition.

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier, Gallimard, novembre 2018, 64 pages, 12 € Edition: Gallimard

 

« Le printemps des fous et celui des fleurs / Sont-ils même feu d’un même soleil », s’interroge Georges-Emmanuel Clancier, avant d’ajouter : « Mais je suis sourd / Je devine / Je sens bouger les lèvres du silence / Et livrer passage ».

Tim Mead (contre-ténor), Sean Clayton (ténor), Lisandro Abadie (baryton-basse) sont là. C’est l’heure des canapés (en écoutant, pour que le système nerveux vive sa vie à plein, le « conducteur » William Christie : The King shall rejoice, Coronation Anthem, HWV 260, 1727 ; Te Deum in D major, « Queen Caroline », HWV 280, 1714 ; The ways of Zion do mourn – Funeral Anthem for Queen Caroline, HWV 264, 1737). Lisant, l’on aimerait s’arrêter, pour aller à la fenêtre, puis revenir. Revenir pour, bientôt, se lever de nouveau, et s’apercevoir que le paysage que découpe la fenêtre est nouveau, toujours. Lisant, l’on songe à un petit olivier aimé. Lisant, l’on aimerait se servir, pour rejoindre plus vite une page choisie, d’une feuille d’un petit citron des Carmes, lui aussi aimé, aimé. L’on songe à un « terrestre enfant de la mer ».

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect, Osho, Almasta éditions, mai 2019, trad. Devika Elisabeth, Uttama, 368 pages, 25 €

 

Osho ou la maïeutique de la vacuité

Voici l’autobiographie d’un homme qui sort de l’ordinaire et de nulle part, qui fut qualifié successivement de sage, de gourou, de philosophe, de mystique… alors qu’il était avant tout un homme simple et libre s’employant à pacifier les âmes et à répandre la concorde, un individu dans l’acception la plus essentielle du terme, portant sans aucun doute l’ipséité à son faîte. Les commentateurs, en vertu d’un sens aigu de la commodité et de la superficialité, n’ont pas manqué d’enclore dans des cases cet olibrius quasi incasable, cet être foncièrement unique s’étant construit loin des moules, en dehors des systèmes, échappant par miracle aux divers conditionnements s’agglomérant en magma identitaire informe chez l’individu lambda.

Cavalerie rouge, Isaac Babel (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Décembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman, Gallimard

Cavalerie rouge, Isaac Babel, février 2019, trad. russe Maurice Parijanine, 224 pages, 9,50 € Edition: Gallimard

 

La prose incandescente de Babel introduit sa braise jusqu’au fond de l’âme. Nouvelliste fabuleux – on connaît ses contes d’Odessa – Babel reste nouvelliste dans ce qui ici se présente comme un roman. Le narrateur en effet est toujours le même personnage (largement autobiographique) et le « roman » raconte des épisodes de la guerre révolutionnaire qui conduisit les régiments de partisans au front, pour la défense de la jeune patrie socialiste, sous le commandement de Boudienny, contre les assauts des Blancs, les contre-révolutionnaires.

C’est donc du cœur de l’Armée Rouge que le soldat Babel nous raconte ces récits de guerre. Ce sont de véritables nouvelles, comportant chacune un thème, une histoire, une fin. Le narrateur se fait l’écho d’une Russie en pleine révolution. Pas seulement la révolution que l’Histoire nous rapporte, celle d’Octobre 1917, mais la révolution qui bouleverse les hommes et les femmes de Russie, change leur vision du monde, efface radicalement la faiblesse et l’asservissement pour laisser place à un homme nouveau, avec ce que ça induit de bien et de mal, de progrès et de régression, de Diable et de Bon Dieu.

Les Juifs et la modernité L’héritage du judaïsme et les sciences de l’homme en France au XIXe siècle, Perrine Simon-Nahum (par Gilles banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 05 Décembre 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Albin Michel

Les Juifs et la modernité L’héritage du judaïsme et les sciences de l’homme en France au XIXe siècle, Perrine Simon-Nahum, octobre 2018, 334 pages, 22 €

Il ne faut pas demander aux analogies plus qu’elles ne peuvent donner. Tout s’est cependant passé comme si, après l’émancipation des Juifs voulue par l’Ancien Régime finissant et mise en œuvre par la Révolution, après leur intégration roide à la société française, les trésors d’énergie, de subtilité et d’intelligence déployés à commenter ou, simplement, à méditer et à lire, dans la réclusion des « juiveries », la Torah, le Talmud, leurs commentaires et les commentaires de leurs commentaires, s’étaient orientés vers d’autres buts. Le processus d’émancipation, moins lisse qu’on ne se le représente, n’était lui-même pas exempt d’ambiguïtés, résumées par le terme de « régénération » qu’avait employé l’abbé Grégoire dans son célèbre mémoire présenté devant l’Académie de Metz. Que signifie cette idée de « régénération », si ce n’est que les Juifs auraient « dégénéré » en se repliant sur eux-mêmes (comme si ce repli avait résulté d’un choix collectif et d’une décision libre…) et que l’abandon de leurs particularismes (au premier rang desquels l’orthopraxie religieuse) les « régénérerait ».