Identification

Les Livres

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Pays de l'Est

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, Folio Gallimard, 443 pp

 

Fusion froide

Êtes-vous une seule fois descendus au fond d’un volcan, dans ce flux de lave froide, la lave y serait liquide, épaisse et glacée et au lieu de monter, elle descendrait ? Avez-vous eu cette expérience d’une fusion glaciale, avec des lames parsemées et des coups portés, sans rien y comprendre, le noir étant presque total ?

Alors, si vous n’avez pas fait cette expérience et si vous avez encore envie d’être digéré, aspiré, inhalé par la mauvaise haleine de la baleine, le monstre en fait, lire d’urgence le Prix Nobel de littérature 2025, Laszlo Krasznahorkai.

Comme un Garcia-Marques de l’Est, magyare, comme un Kafka moderne, d’ici.

Franz revisité d’outre-monde, d’outre-terre et d’outre-sens.

Krasznahorkai dans La mélancolie de la résistance, livre écrit en 1989, paru chez Gallimard en 2006, nous invite ailleurs, loin, peut-être ici, tout près, à travers une longue phrase souple, lourde, puissante, hypnotisante. De la lave sans fusion.

Les Hors Nature, Rachilde (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Les Hors Nature – Rachilde – Editions Le Chat Rouge – Préface de Gérald Duchemin – Illustrations de Sarah Elie Fréhel - 400 p. – 23,90 euros – 8 janvier 2026.

 

« Notre provinciale monta à Paris, et se fit un nom de ce « Rachilde », comme d’autres avaient, en leur temps, hissé un étendard à deux syllabes. Rachilde comme Stendhal. Rachilde comme Molière. Rachilde comme Voltaire. Rachilde comme Racine.

Encouragée par Victor Hugo lui-même, elle se donna l’orgueil d’écrire en future professionnelle. »

Rachilde et l’Histoire-Monstre des frères épicènes – Gérald Duchemin.


« Le cabinet de toilette de Paul-Éric de Fertzen, somptueux comme un boudoir de reine, était ouaté de portières égyptiennes, où rutilaient, sur un fond d’azur assombri, un ciel reflété par le Nil au crépuscule, les lourds scarabées d’or. Il se meublait d’un grand lavabo de marbre vert et d’une vaste armoire, en bois de cèdre, travaillée à jouir, ornée de volutes de nacre dont les pâleurs translucides donnaient l’illusion de la voir peu à peu s’envelopper d’un rayon lunaire. »

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Ce qui nous sépare du clair, Yves Humann, préf. Jean-Christophe Belleveaux, photo. Rosa, éd. de Corlevour, 160 p., 2025, 18€

Je quitte à l’instant le recueil de Yves Humann et me remémore les différents moments où j’ai ouvert cet ensemble poétique qui qualifie pour moi la question du doute existentiel. En effet, ce ne sont pas ici des certitudes, des images fixes, des propos satisfaits, des poèmes conçus pour être convaincants par leur autorité intrinsèque. Non, mon impression reste celle d’un doute radical, sur la qualité de la vie et de la mort, où l’on ne peut que balancer avec les poèmes, avec cependant un espoir lié à l’amour, à la bonté, à la beauté, à l’amitié, qui semblent seuls sur terre éviter un doute général, une tabula rasa cartésienne. Nous sommes peut-être avec Descartes, mais aussi du côté de « l’honnête homme » de Montaigne.

Par ailleurs, le ton assez pessimiste de l’ouvrage, nous ouvre sur Cioran ou sur Samuel Beckett, et parfois nous dirige vers le Tonneau de Diogène. Et par contradiction -, car le poème est plus large que le simple conseil tenu sur le doute -, l’on retrouve David Hume, chez qui les maux de l’homme sont universels et se déduisent des sens de l’être. Cette poésie semble plus grande que de simples préceptes philosophiques, car ils donnent à voir en même temps, oxymore intellectuel, ensemble, la vie et la mort, l’amour et le désir, le vide et le plein, la chanson et le silence.

À propos de Les dieux ont soif, Anatole France (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 02 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les dieux ont soif, Anatole France (le livre de poche) Edition: Le Livre de Poche

 

J'ai commencé à lire le livre que je devais exactement ne pas lire. Pourquoi ?

Il me transperce.

Il montre la lente, terrifiante, quasi inexorable dérive de la Révolution vers la tyrannie et la Terreur.

Il montre l’ivresse du pouvoir qui fait perdre complètement à l’homme puissant non seulement le respect de l’homme, mais le sens de l’humain.

Il montre comment le fanatisme et le sadisme font leur nid dans la conviction et parfois chez les hommes plus vertueux.

Il montre comment la nature se joue des paroxysmes.

Il montre comment les Lumières du 18e siècle se sont aisément éteintes pour faire place à l’obscurantisme et à l’Inquisition révolutionnaires.

Il me transperce parce qu’il renvoie à aujourd’hui.

Visions romaines : Didier Laroque, Bilge Karasu et autres (par Alain Mascarou)

, le Lundi, 02 Février 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED


Didier Laroque, Deux histoires romaines, La Coopérative, 2024

Bilge Karasu, Uzun Sürmüş Bir Günün Akşamı,1970, Au soir d'une longue journée, traduction d’Aslı Aktuğ et Alain Mascarou, Éditions empreinte temps présent, 2019

Émile Mâle, Rome et ses vieilles églises, Flammarion, 1942

Yannick Haenel, « Vie de Cristina Campo », Edwarda n°16 « chair et papier », mai 2024, ICI, Paris p.148-153.


I lumière, couleur et don précieux

Paule, l’héroïne de Villa Médicis, la première des Deux histoires romaines[1] de Didier Laroque, s’intéresse aux aléas de la postérité. Pour une historienne de l’art, il est piquant d’apprendre qu’il fallut attendre 1911 pour que fût reconnu l’art de Vermeer.