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Les Livres

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Espagne, En Vitrine

Méditations sur Don Quichotte / José Ortega y Gasset / Traduction Mikaël Gómez Guthart / Editions Fario / novembre 2025 / 145 p / 17,50 €

 

Où il est question de sublime et de ridicule


La question « Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? » que l’on soumet volontiers - et à juste titre - aux apprentis philosophes, n’en finit pas de faire naître toutes sortes de méditations, d’interrogations et de réflexions. Qu’en est-il de la nature d’un chef-d’œuvre, de son intérêt et de la place qu’il joue dans nos vies ? Rien ne vaut se frotter presque quotidiennement à ces textes intemporels, quitte à délaisser nos contemporains, des fâcheux pour nombre d’entre eux. Et de continuer à lire les chefs-d’œuvre et les relire. Ils nourrissent notre imaginaire, brillent ainsi que des références et jouent comme des miroirs de nous-mêmes au point qu’il nous est impossible de nous en passer. Ainsi de « Madame Bovary », ou encore de « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ».

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381) (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381), traduit du moyen haut-allemand et présenté par Jean Moncelon et Heidi Schäfer, Paris, Arfuyen, novembre 2025, 152 pages, 16, 50 €.

 

Parmi les lieux qui ont façonné la civilisation européenne, pour le meilleur comme pour le pire, on évoque en général des cités : Jérusalem, Athènes, Rome – métonymies d’apports inestimables. On néglige cependant d’autres lieux, non plus des villes, mais des fleuves : le Rhin, de Bâle à Rotterdam ; le Danube, de Passau à Vienne, voire au-delà. Toujours semblables et toujours différents, à la fois frontières et lieux de passage, ils séparent et relient en même temps, charriant au long des siècles idées, marchandises et décombres. Il existe une civilisation des fleuves – et des villes – qui en parsèment le cours.

Fondées voici plus de cinquante ans, les éditions Arfuyen ont publié, entre autres, plusieurs volumes de traductions rendant accessibles au lecteur francophone les textes plus ou moins importants de ce courant que l’on a appelé la « mystique rhénane », écrits contemporains des grandes cathédrales gothiques. Un nouveau titre rejoint aujourd’hui le catalogue, un ouvrage aussi fascinant que mystérieux.

William Wordsworth, Ballades lyriques et Poèmes (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 09 Février 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Iles britanniques, Poésie

William Wordsworth, Ballades lyriques (édition bilingue) Traduction : Dominique Peyrache-Leborgne et Sophie Vige Éditions José Corti – 1997 352 p. – 20,85 € Poèmes (édition bilingue) Traduction : François-René Daillie Poésie/Gallimard – 2001 300 p. 11,40€

« … un poète anglais dont on parle assez peu, dont on cite le nom et quelques brefs poèmes (…) plutôt qu’on en connaît bien l’œuvre. » (p. 10, Éd. Gallimard) Tel l’énonce François-René Daillie, traducteur de poèmes sélectionnés de Wordsworth dans la collection Poésie/Gallimard. On ne peut que convenir avec lui de cette interrogation : pourquoi, tout en considérant son importance dans le paysage de la poésie romantique anglaise (« romantique » serait encore un terme trop limitatif au regard de son œuvre), William Wordsworth est-il relégué, au sein de l’édition française, dans une forme de clair-obscur ? La vie brève de John Keats, mort à 26 ans, doit-elle toujours lui permettre de gagner le devant de la scène romantique ? La personnalité tumultueuse de Lord Byron suffit-elle à l’asseoir en tant que figure emblématique de ce mouvement, plaçant quelques autres dans les coulisses ? Et jusqu’à Samuel T. Coleridge, avec qui Wordsworth a co-écrit les Ballades lyriques parues en 1798 : le poète du remarquable Dit du Vieux Marin (présent dans les Ballades en question) semble supplanter, dans la mémoire française, son ami né dans le Lake District.

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian Éditions du Palio [148 p.] 18€

 

Des Femmes. Toutes, de Mireille Diaz-Florian, ne relève pas du simple récit de filiation, mais d’une traversée expérimentale de l’outre-tombe, où l’écriture se constitue en tombeau scriptural. L’ouvrage engage une poétique de la mémoire qui excède l’autobiographie pour inscrire l’histoire familiale dans une réflexion plus large sur la transmission, la condition féminine et les puissances performatives du langage.

Le récit s’ouvre sur une situation liminaire : l’accompagnement de la narratrice auprès de sa mère mourante. Cette scène inaugurale produit un télescopage du temps narratif. Le présent y est suspendu, ouvrant un espace intermédiaire où la mémoire devient mode d’existence. Dans cette zone de porosité temporelle, la narratrice et la mère continuent de « vivre » par la remémoration, là où le corps, entravé par la souffrance, ne le permet plus. Le texte adopte ainsi une temporalité stratifiée, dans laquelle le passé n’est pas révolu mais activé, rendu opérant.

Pour le centenaire de Jean Sénac (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine

 

En cet hiver 2026, puisque nous allons célébrer, le 29 novembre prochain, le centenaire de sa naissance, et puisqu’il faut sans cesse raviver les mémoires oublieuses, lisons ou relisons Jean Sénac, assassiné à Alger, rue Élisée-Reclus, dans la nuit du 29 au 30 août 1973.

Lisons la belle, l’indispensable biographie de Bernard Mazo publiée par les Éditions du Seuil en 2013, au titre si éloquent, Jean Sénac, Poète et martyr. Lisons les Œuvres poétiques, hélas incomplètes, publiées par Actes Sud en 1999 et, parce qu’épuisées, rééditées en 2019. Lisons les « carnets, notes et réflexions, 1942-1973 » publiés par Guy Dugas, toujours au Seuil, en 2023, sous le titre Un cri que le soleil dévore – c’est bien sûr un vers de Sénac qu’a choisi Dugas comme étendard, comme résumé brutal, lumineux d’un parcours.