Se résoudre soi-même ou résoudre le monde ?
Depuis que Doubrovsky a damé le pion à Flaubert, on a bien compris que la position du curseur qui sert à définir ce qui est, ou n’est pas fiction, avait du plomb dans l’aile. Aujourd’hui, nul n’est plus tenu de se justifier puisque tout fait histoire, récit ou roman, l’écrivain de fiction est devenu une sorte de pièce rare, et l’édition y trouve largement son compte, car ce qui n’était jadis que littérature de trou de serrure – l’exposé brut et sans fards de l’intime – a conquis de vastes parts de marché ; n’est-ce pas là (que l’on soit éditeur prétendu indépendant ou dit assujetti), ce qui pérennise le modèle économique ? Vendre, et pour cela, perpétuer le flux ?
Ainsi Alexandra Fuller, tout en changeant d’éditeur et de traductrice, construit-elle une œuvre dont le cœur balance entre fiction et récit. Celui de la vie romancée de Colton (Une vie de cow-boy), avait frôlé le roman. En attendant le printemps y fut sa première incursion réussie, en 2018.