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Cette semaine

De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, Thomas De Quincey (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 31 Janvier 2023. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard, En Vitrine

De l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts (On Murder Considered as one of the Fine Arts, 1827), Thomas De Quincey, trad. anglais, Pierre Leyris, 193 p. 7,90 € Edition: Gallimard

 

De Thomas De Quincey (1785-1859), on connaît surtout ses célébrissimes Confessions d’un mangeur d’opium (Confessions of an English Opium-Eater, 1822), tant admirées par Baudelaire qui s’en inspira jusqu’au bord du plagiat dans ses Paradis artificiels. On y trouvait déjà un écrivain sulfureux, fasciné par le mal, imprégné du goût de la provocation – ses Confessions s’attardent bien plus sur le plaisir procuré par la drogue que sur les dangers qu’elle fait courir. Cette attitude provocatrice et ce goût prononcé pour l’humour noir n’est pas une exception dans la littérature de langue anglaise. On le trouve régulièrement dans les pièces de Shakespeare – scènes et propos scabreux, goût du meurtre sanglant – dans le très puissant Recherche philosophique sur l’origine du sublime et du beau d’Edmund Burke et – dans le cas qui nous occupe – surtout dans le génial Modeste proposition (A Modest Proposal, 1729) de Jonathan Swift.

Les 250 plus grands romans selon La Cause Littéraire

Ecrit par La Rédaction , le Vendredi, 27 Janvier 2023. , dans Cette semaine, Les Livres, La Une Livres, Roman, Nouvelles, En Vitrine


La Cause Littéraire vous présente sa liste des 250 plus grands romans du monde. Mille mercis aux rédacteurs et aux membres du Club Facebook des amis de La Cause Littéraire qui ont participé à ce choix (87 participants).

Ordre ascendant, du 250ème au 1er.

 

250. La maison d’âpre-vent, Charles Dickens

249. 14, Jean Echenoz

248. Un pont sur la Drina, Ivo Andric

247. Le baron perché, Italo Calvino

246. La lettre écarlate, Nathaniel Hawthorne

245. Notre-Dame de Paris, Victor Hugo

La dernière porte avant la nuit, António Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Janvier 2023. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Christian Bourgois, En Vitrine

La dernière porte avant la nuit (A Última Porta Antes da Noite), António Lobo Antunes, Ed. Christian Bourgois, avril 2022, trad. portugais Dominique Nédellec, 462 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Christian Bourgois

Si l’on veut chercher une scansion apparente dès les premières pages de ce roman, on en sera pour ses frais. Lobo Antunes compose une symphonie noire et baroque par couches successives, le rythme du récit, ses respirations, ses envolées, s’élaborent par l’acte de lecture lui-même, qui vient co-signer cette œuvre, en lui donnant une structure qui, de n’être pas apparente d’emblée, n’en est que plus puissante, plus époustouflante. Pas un point – pas un seul – ne viendra troubler le jeu de reconstruction du labyrinthe littéraire que nous offre Lobo Antunes, mais un échange permanent d’échos sonores qui rebondissent de chapitre en chapitre, de paragraphe en paragraphe, captant en phrases itératives la scène centrale du roman, le meurtre de « l’homme ». Ne faites pas de mal à ma fille / Ne faites pas de mal à ma fille / … comme le chant de mort de la victime, basse continue qui obsède les quatre assassins, occupe le fond de leur tête et entrecoupe le flux de leurs pensées. L’autre thrène obsessionnel, sans corps il n’y a pas de crime / sans corps il n’y a pas de crime / … est le pendant de la dualité culpabilité-crainte du châtiment, hommage à Dostoïevski dont l’ombre couvre les pages de ce livre, tout au long de l’arc narratif, du crime au châtiment.

Le Corps de l’âme. Nouveaux récits, Ludmila Oulitskaïa (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 19 Janvier 2023. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Nouvelles, Gallimard, En Vitrine

Ludmila Oulitskaïa, Le Corps de l’âme. Nouveaux récits, traduit du russe par Sophie Benech, Paris, Gallimard, 2022, 206 pages, 18, 50 €. . Ecrivain(s): Ludmila Oulitskaïa Edition: Gallimard

 

Le nom de Ludmila Oulitskaïa figurait sur la liste informelle établie par les parieurs anglais avant l’attribution du Prix Nobel de littérature 2022. Elle eût fait une lauréate très estimable, mais c’était oublier l’aversion séculaire des Suédois pour ce qui vient de Russie. On est désolé (pour l’Académie Nobel) de rappeler que les premiers lauréats de son Prix furent des auteurs aussi indispensables que Sully-Prudhomme, Theodor Mommsen, José de Echegaray, Bjørnstjerne Bjørnson, Rudolf Eucken et Paul Heyse, tout cela parce qu’il ne fallait surtout pas l’attribuer au plus grand écrivain alors vivant, Léon Tolstoï, qui présentait le tort irréparable d’être aussi russe qu’on peut l’être. Sa mort en 1910 ne changea rien. Bounine et Pasternak n’obtinrent la récompense suédoise en 1933 et 1958 que parce qu’ils furent, le premier apatride, le second en délicatesse avec les autorités soviétiques. Tout cela pour dire que Ludmila Oulitskaïa est, elle aussi, un grand écrivain et son recueil de nouvelles en apporte une preuve supplémentaire.

L’Ami commun, Charles Dickens (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 18 Janvier 2023. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine

L’Ami commun, Charles Dickens, Folio, août 2022, trad. anglais, Lucien Carrive, Sylvère Monnod, 1328 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Charles Dickens

Publié entre mai 1864 et novembre 1865 en fascicules, et en volume fin 1865, L’Ami commun est le dernier roman terminé par Dickens, et l’un des sommets d’une œuvre qui ressemble à bien des égards à un Himalaya littéraire. Si la critique et le public de l’époque ne l’ont que peu goûté, le temps a fait son œuvre, et le découvrir en 2023, dans une traduction vigoureuse rendant à merveille tant la verve sociale que l’humour tendre de Dickens, c’est la garantie d’une grande joie de lecture. Et, contrairement à ce qu’affirmait Henry James en 1865, les personnages de ce roman, par leurs excentricités et non malgré elles, sont autant de morceaux d’humanité, qui mènent à une compréhension plus complexe, approfondie, de celle-ci.

Certes, l’intrigue semble touffue, puisque les lieux et les personnages sont, comme souvent chez Dickens, multiples : du bas au haut de l’échelle sociale, échelle à gravir ou à dégringoler, c’est l’Angleterre victorienne qui défile durant ces plus de mille pages, et les personnages avancent de surcroît, pour nombre d’entre eux, masqués – et que tombent ces masques, pour une magnifique célébration, à la fin du roman ! C’est tout le jeu de dupes de la société moderne que met en scène Dickens, et ce dès un second chapitre ironique dû à une répétition lexicale qu’ont choisi de respecter les traducteurs :