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Cette semaine

Vols au crépuscule, Helen Macdonald (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 21 Juin 2021. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Récits, Gallimard, En Vitrine

Vols au crépuscule, Helen Macdonald, avril 2021, trad. anglais, Sarah Gurcel, 352 pages, 23 € Edition: Gallimard

 

Pour les oiseaux.

On se souvient de ce beau conseil donné par Gustave Flaubert à l’un de ses correspondants : « Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps » (lettre à Alfred Le Poittevin, septembre 1845). Conseil valable pour l’artiste en général, le peintre, le romancier ou le poète en particulier, mais suggestion avisée également pour tout naturaliste ou amateur éclairé de la faune sauvage. En lisant le livre d’Helen Macdonald, Vols au crépuscule, une suite d’essais sur le monde animal, on découvre l’importance de cette patience du regard, de la lenteur et de l’attention rigoureuse pour qui veut saisir le monde animal. « Il faut se donner le temps de regarder » écrit l’auteure. La beauté de celles qu’on appelle les bêtes et surtout des oiseaux se révèle à qui sait scruter le ciel et attendre. Il faut un œil apte à contempler et qui sache regarder longtemps et prendre son temps.

Hautes Huttes, Gérard Pfister (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 18 Juin 2021. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, En Vitrine, Arfuyen

Hautes Huttes, juin 2021, 384 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Gérard Pfister Edition: Arfuyen

 

« – Ouvre l’œil –

dit la voix

laisse venir l’inconnu

de quoi aurais-tu peur » (393)

 

Puisque la poésie de ce recueil est ambitieuse (comme une parole de conversion à la véritable présence), ample (mille denses poèmes, organisés – comme le livre précédent de l’auteur – en dix « centuries » de quatre vers, cohérentes et dynamiques) et profonde (le temps, le silence, la lumière, l’espace, la mort, l’apparence, le hasard… ne sont pas là pour faire valoir leurs jolis mots, mais une voix franche et pressante tente, en déduisant leurs jeux les uns des autres, de nous les faire voir mieux – plus nativement, plus sérieusement, plus complètement, et d’abord plus admirativement !), le commentateur dit ce qu’il a compris, mais laisse trouver aux lecteurs leur clé de cette aventure.

1984, George Orwell, Gallimard Folio : à propos de la "nouvelle" traduction (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 16 Juin 2021. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine

1984, George Orwell, Traduction : Amélie Audiberti, mai 2021, 416 pages, 8,60 € Traduction : Josée Kamoun, mai 2020, 400 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): George Orwell Edition: Folio (Gallimard)

 

À propos de la « nouvelle traduction » de 1984

Qu’est-ce que traduire ? Trahir, dit un adage d’origine transalpine. Oui, trahir, car un idiome n’est pas l’autre, parce que Dieu a interdit aux hommes de se transformer en briques, de briqueter des briques, parce que Dieu a empêché l’uniformité en abattant la tour de Babel et en dispersant les peuples et en les diversifiant par la langue. Belle offrande, celle de la différence et de la richesse qui en découle. Trahir, donc, parce qu’un mot n’est pas une réalité transposable d’une langue à l’autre. Trahir, aussi, parce que la première phrase de Mr. Vertigo de Paul Auster, « I was twelve when I first walked on water », est bien plus musicale que significative, et qu’en rendre le rythme et les notes en français est impossible. Il faut être en paix avec cette trahison, voire l’assumer.

Les Sept fous, Roberto Arlt (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 15 Juin 2021. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, En Vitrine, Cambourakis

Les Sept fous (Los Siete locos, 1929), trad. espagnol (Argentine), Isabelle et Antoine Berman, 391 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Roberto Arlt Edition: Cambourakis

A la fin de ce roman, Roberto Arlt localise et date son écrit après le dernier mot : « Buenos Aires le 15 septembre 1929 ». On a carrément du mal à y croire – à la date bien sûr – tant la modernité déferlante de ce livre est époustouflante. C’est un séisme littéraire, une rupture radicale avec le classicisme et le naturalisme ancrés dans la littérature argentine depuis Almafuerte et Cambaceres. Arlt introduit, de manière tonitruante, le réalisme fantastique dont on sait le prodigieux destin qu’il aura avec Borges, Bioy, Casarès, et d’autres. Il introduit le burlesque et le baroque dont on sait aussi la brillante destinée littéraire dans toute l’Amérique du sud.

Erdosain est peut-être fou. Sans doute même. Mais quand on sait la galerie de personnages qu’il va croiser dans ce roman, on peut sans hésitation dire que ce fou est (presque ?) le moins fou des sept. Dans sa quête des 600 pesos et 7 centimes qui doivent lui permettre de rembourser la somme qu’il a volée à son entreprise et d’éviter ainsi la prison, Erdosain va connaître un itinéraire balisé de personnages hallucinés, de fous furieux, d’excentriques inouïs, d’idéologues possédés qui vont, peu à peu, le rendre plus fou qu’il ne l’était au départ. Ce roman est une éruption volcanique et une irruption irrésistible d’une langue bouillonnante, qui mêle le savant et le populaire, l’intelligence et la trivialité.

Senso, Camillo Boito (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Juin 2021. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Italie

Senso, Camillo Boito, éditions Sillage, 2008, trad. italien, Monique Baccelli, 68 pages, 7,50 €

Ce très court roman (novella) accomplit en quelques dizaines de pages le miracle parfait de la littérature. L’art de la narration y est porté à un sommet indépassable tant la condensation et la richesse s’épousent en un ouvrage puissant et sublime. L’histoire que raconte ce roman aurait pu, sans aucun ajout d’éléments narratifs, faire l’objet d’un ouvrage de plusieurs centaines de pages mais Boito en fait un extrait pur, chaque goutte étant chargée de sens, d’évocation, de puissance imaginative. En un volume minuscule, Boito fait vivre une grande histoire d’amour, de trahison, de vengeance implacable. En un volume minuscule, Boito dessine le portrait inoubliable d’une femme, belle, hautaine et forte. En un volume minuscule, il nous brosse la caricature d’un homme, bellâtre et veule, lâche, vulgaire, indigne.

L’histoire se présente comme un extrait du journal intime de la comtesse Livia Serpieri. La Comtesse Livia – la diariste/narratrice – est une fleur vénitienne. Elle règne sur la ville, ses canaux, ses soirées mondaines, ses salons, par sa beauté épanouie, la richesse de son mari et un esprit pétillant. Venise et ses fastes, ses artifices, font terreau à cette beauté que la vie enchante et qui enchante la vie autour d’elle dans les salons. Elle a le monde à ses pieds et un pouvoir rayonnant sur ses amis et relations, hommes et femmes.