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Cette semaine

Une boîte de nuit à Calcutta, Nicolas Idier, Makenzy Orcel (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Robert Laffont

Une boîte de nuit à Calcutta, mai 2019, 306 pages, 20 € . Ecrivain(s): Nicolas Idier, Makenzy Orcel Edition: Robert Laffont

 

« … Calcutta m’a regardé, et j’ai baissé les yeux. Je n’aurais pas dû les baisser. J’ai vu s’allonger à même le sol cette Nouvelle jeunesse (1) qui se cherche, cherche une sortie, à travers une foule aussi compacte que les murs des palais vides, dans les ordures, le regard éteint des dieux » (Makenzy Orcel).

« … Quand un écrivain écrit, ce n’est pas seulement le monde qui entre dans son rythme, c’est la création d’un rythme du monde. Un mélange de bénédiction et de malédiction. Car il faut prendre sur nous tant de poids, traverser tant de strates de pierre sèche encombrée de mots et d’espoirs avortés… » (Nicolas Idier).

Une boîte de nuit à Calcutta est le roman épistolaire de deux écrivains, deux voyageurs, entre Pékin, Paris et Calcutta, deux amis qui se livrent et livrent ce qu’ils voient, pensent, sentent, et lisent. Deux écrivains armés d’un sismographe qu’ils maîtrisent à merveille : la littérature. Le roman est une arme qui fait voir le réel, même lorsqu’il semble s’en détourner, et Une boîte de nuit à Calcutta en est au centre.

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Vendredi, 05 Juillet 2019. , dans Cette semaine, Les Livres, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Arts, Zoe

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, mai 2019, trad. allemand Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes, 220 pages, 21 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Zoe

« Devant la musique je n’éprouve jamais qu’un seul sentiment : je manque de quelque chose. Je ne comprendrai jamais la raison de cette douce tristesse et je n’essayerai jamais non plus de la comprendre (…) Quelque chose me manque quand je n’entends pas de musique, et quand j’en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux sur la musique ».

Dans ce texte daté de 1902, Robert Walser précise qu’il ne pratique aucun instrument : « Je ne trouverai jamais cela assez enivrant ni assez doux de faire de la musique ». Pour examiner l’œuvre de Walser dans sa composante musicale, Roman Brotbeck et Reto Sorg n’ont donc pas manqué d’audace en sélectionnant, rassemblant et présentant chronologiquement soixante courts textes de l’écrivain publiés entre 1899 et 1933, dont trente-et-un sont inédits en français. Mais avec Walser les audaces sont les bienvenues et ses lecteurs savent à quel point cette écriture désinvolte et primesautière se laisse décrire comme une « petite musique » requérant une écoute attentive : « Écoutez encore, patients lecteurs, s’il vous reste une oreille, car à présent différents personnages se préparent à vous présenter leurs très humbles respects ».

Au Pays des choses dernières, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Babel (Actes Sud)

Au Pays des choses dernières (In The Country Of Last Things), trad. américain Patrick Ferragut, 267 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)

 

Où est Anna Blume ? Elle a assurément quitté ses pénates pour aller se perdre – à jamais ? – dans une ville effrayante, lieu des plus grands désordres qu’elle ait jamais connus, un quelque part de terreur, de douleur et de misère. L’épigraphe du roman, signée Nathaniel Hawthorne, est seule à donner nom à cette ville sans nom.

 

« Il n’y a pas si longtemps, ayant fran-

chi les portes du rêve, j’ai visité cette

Région de la terre où se trouve la

Célèbre Cité de la Destruction ».

Goodbye, Columbus, Philip Roth (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Goodbye, Columbus, coll. Folio bilingue, mai 2019, 342 pages, 11,40 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

L’obscur objet du désir ne se laisse pas peindre comme on tranche une part de gigot. L’auteur ne l’appréhende, ne le déchiffre, ne l’écrit aisément, tel un écureuil filochant à l’approche de l’homme. Ainsi le jeune Philip Roth (1933-2018) s’emmêla-t-il la plume et bâcla-t-il l’amorce de la liaison entre Neil et Brenda, les deux protagonistes du roman Goodbye, Columbus, publié en 1959. Alors néophyte en littérature, Philip Roth faisait ses gammes, tâtonnait, et ne se dispensa pas d’aligner les fadaises, les descriptions oiseuses, les scènes superficielles, les dialogues plats, qu’aucun style ni humour véritables ne vinrent relever. À cette époque, Roth ne possédait pas encore la maîtrise ni le feu qui donneront naissance quelques années plus tard à la satire dévastatrice de Portnoy (1969), l’architecture monumentale de La Tache (2000), la confession poignante d’Un homme (2006).

Romans et récits I, II, Romain Gary en La Pléiade (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 02 Juillet 2019. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, La Pléiade Gallimard

Romans et récits I, II, mai 2019, édition publiée sous la direction de Mireille Sacotte, Coffret de deux volumes, 3264 pages, 129 € jusqu’au 31 décembre 2019 . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: La Pléiade Gallimard

 

Romain Gary dans le « saint des saints littéraires ». Le romancier entre dans la collection La Pléiade, avec à la clef deux volumes réunissant des romans et des récits, ainsi qu’un album. Enfin pourrait-on dire, près de quarante ans après sa mort. S’il a fallu tant de temps (en tout cas plus qu’à d’autres), c’est parce que l’écrivain a longtemps été jugé comme trop « populaire » par certains « gardiens du temple ». Son style a aussi été décrié et jugé pas assez « écrit ». Sa vie a pu aussi pu le desservir, tant elle a été auscultée, au détriment de son œuvre.

Il n’est pas forcément question de « justice » que Romain Gary intègre la prestigieuse collection de Gallimard, mais, on peut raisonnablement affirmer qu’il ne fera pas tache parmi les autres auteurs imprimés sur papier Bible. Et, clin d’œil de l’histoire, l’ancien compagnon de la Libération ne sera sans doute pas mécontent de voisiner, alphabet oblige, avec Charles de Gaulle.