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Cette semaine

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Poésie, En Vitrine

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats, Poesis Editions, novembre 2021, trad. anglais, Cécile A. Holdban, Thierry Gillyboeuf, 128 pages, 16 €

Ce recueil offre, d’abord, d’admirables traductions (par Cécile Holdban) des plus forts poèmes de Keats, dont voici – la lecture ici suffit à tout – deux extraits (l’un tiré de : À l’automne ; l’autre de : Bright star) :

« Saison des brumes et des fruits veloutés,

Amie intime du soleil mûrissant,

Conspirant avec lui pour charger et bénir

De fruits les vignes courant sous les toits de chaume ;

Pour courber sous les pommes les arbres moussus des jardins

Et gorger chaque fruit de maturité jusqu’en son cœur ;

Au-delà du fleuve et sous les arbres, Ernest Hemingway (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Janvier 2022. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine

Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across The River And Into the Trees, 1950), trad. américain, Paule de Beaumont, 347 pages . Ecrivain(s): Ernest Hemingway Edition: Folio (Gallimard)

L’autre mort à Venise

L’infinie mélancolie qui reste au cœur après la lecture de ce roman tient certes au désespoir de son principal personnage mais aussi à une Venise trouble, fantomatique, hantée par ses lieux mythiques traversés et retraversés ici ; le Harry’s, le Florian, le Palais Gritti, la Piazza San Marco, sont le décor et la métaphore de ce dernier chemin du colonel vieillissant, rongé par les souvenirs de la Guerre et son amour pour la jeune et belle Renata.

Hemingway utilise un flux de conscience décalé dont le héros n’est pas le narrateur. Et la structure de ce roman repose largement sur le support narratif de ce flux : le dialogue, époustouflant de maîtrise, véhicule de l’amour, de la détresse, des regrets, des blessures du corps et du cœur du colonel. Renata est son Autre, celle par qui le discours advient à son esprit et sa mémoire. Renata est son inconscient, son discours inversé qui le renvoie à lui-même : à son désespoir elle oppose sa confiance et son optimisme, à sa réserve son enthousiasme, à sa volonté d’oubli la demande de souvenirs précis et détaillés. La jeune fille fait naître du vieux soldat l’histoire de sa douleur, comme une catharsis vivante et tendre.

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Sept nouvelles inédites (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 19 Janvier 2022. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, En Vitrine

Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson, Huit nouvelles inédites, Editions Rue Saint Ambroise, édition établie par Bernardo Toro, novembre 2021, 342 pages, 16,50 €

Sherwood Anderson, l’énigmatique

Les Éditions Rue Saint Ambroise publient de nouvelles traductions de vingt-quatre des meilleures nouvelles, dont huit inédites, de Sherwood Anderson. Mentor de Faulkner et Hemingway, encensé par Henry Miller, Amos Oz et Philip Roth pour son art de nouvelliste incisif, souvent considéré à tort comme un écrivain régionaliste avec son recueil, Winesburg-en-Ohio (1926), qui décrit sur un mode intimiste les frustrations et solitudes des petites gens du Midwest américain, Sherwood Anderson demeure assez méconnu en France. Pourtant, au-delà de mettre en scène de pauvres bougres taiseux, l’écrivain évoque sa confrontation au « silence déraisonnable du monde », donne une épaisseur métaphysique à des histoires simples et, par son art de l’allusif et de l’élusif, pose la question de l’écriture. Ses narrateurs mêlent leurs pensées au récit et les personnages vivent une expérience saisissante de révélation : un instant de vérité du moi, prise de conscience bouleversante qui apparaît comme acceptation vitaliste de la totalité du monde.

La femme qui a tué les poissons, et autres contes, Clarice Lispector (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 14 Janvier 2022. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, En Vitrine

La femme qui a tué les poissons, et autres contes, Clarice Lispector, éd. des femmes-Antoinette Fouque, décembre 2021, trad. portugais (Brésil) Izabella Borges, Teresa Thiériot, ill. Julia Chausson, 104 pages, 15 €

 

Le cafard est aussi une bête

Dans une toute récente traduction de contes, Clarice Lispector (1920-1977) fabrique de courtes nouvelles pour enfants avec ce recueil intitulé La femme qui a tué les poissons et autres contes. Ces contes sont suivis d’un texte inédit, Comme si c’était vrai. Les différentes histoires sont illustrées par une trentaine de gravures sur bois bichromiques et trichromiques (vert olive, émeraude clair et moutarde), de Julia Chausson (née en 1977). Certaines gravures situeraient l’illustratrice du côté de Félix Vallotton ou de Paul Gauguin, au vu des angles, des lignes noires et épaisses et du traitement graphique sans ombres portées.

Un cœur si blanc, Javier Marias (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Janvier 2022. , dans Cette semaine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, Folio (Gallimard), En Vitrine

Edition: Folio (Gallimard)

 

La voix de Javier Marias s’insinue, serpente, creuse, obsède, dans ce monologue romanesque, ce flux de conscience aux ramifications inattendues, parfois surprenantes, mais toujours inscrites dans une cohérence narrative de la plus grande précision. Le narrateur parle. Nous parle ? Se parle ? « Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi ! » disait Victor Hugo dans la préface des Contemplations. Le murmure invasif du narrateur touche sans cesse à l’universel, à la condition humaine en ce qu’elle détient de divin et de trivial, en ce qu’elle traverse de grandeurs et de bassesses. La phrase de Marias étreint, embrasse, cherche à totaliser la conscience intime d’un homme effaré par les choses de la vie, enfoncé dans une solitude absolue au milieu des siens, père, épouse, amis. La phrase tricote, tisse infiniment une toile dont chaque fibre est un tremblement de l’être. Un point s’évase en tissu qui, à son tour, donne un point qui s’évase en tissu, dans une arborescence où le narrateur épingle le sens, le non-sens, de sa vie, ses amours, son métier de traducteur, sa filiation, son récent mariage, le hasard et ses choix, sa terreur d’être enfin.