Identification

Pays arabes

J’ai couru vers le Nil, Alaa El Aswany (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 10 Juillet 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

J’ai couru vers le Nil, septembre 2018, trad. Gilles Gauthier, 432 pages, 23 € . Ecrivain(s): Alaa El Aswany Edition: Actes Sud

 

L’Egypte des faux-semblants

Le roman est labyrinthique et se présente comme un ensemble de petits romans avec des intrigues diverses et de nombreux personnages. Tout se passe au Caire et ses environs en 2011, année de la révolution contre Moubarak et le système politique.

« La place Tahrir était devenue une petite république indépendante, la première terre égyptienne libérée de la dictature » (p.200).

Il y a d’abord le général Alouani, haut grade de la Sécurité qui donne souvent l’ordre de torturer et de tuer. Sa fille Dania, future médecin, choisit la révolution aux cotés de son ami pauvre Khaled et défie ainsi son père Alouani qui est contre la révolution.

La Bibliothèque enchantée, Mohammad Rabie (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 13 Mai 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sindbad, Actes Sud

La Bibliothèque enchantée, janvier 2019, trad. arabe (Egypte) Stéphanie Dujols, 176 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mohammad Rabie Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Éloge de la traduction

Le titre du roman La Bibliothèque enchantée fait allusion à un récit philosophique ou de science-fiction. Non. Le roman emmène le lecteur au Caire en compagnie de Chaher. Ce jeune fonctionnaire du ministère des « Biens de mainmorte » est chargé d’une mission : faire un rapport sur une bibliothèque que l’Etat veut démolir pour passer une ligne de métro.

Mise à la marge, vieille, la bibliothèque Kawkab Anbar est construite en simple immeuble avec des étages et des appartements ; les livres sont entassés dans les pièces sans inventaire ou indexation.

Les fidèles de cette bibliothèque ne sont pas nombreux. Aucun jeune, hormis Chaher. Il y a le traducteur Ali, Jean le copiste qui photographie les livres, et le vieux cryptologue Sayyid qui connaît la bibliothèque comme sa poche…

L’enfant de l’œuf, Amin Zaoui

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 19 Septembre 2017. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Le Serpent à plumes, La rentrée littéraire

L’enfant de l’œuf, septembre 2017, 201 p. 18 € . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Le Serpent à plumes

 

Tout en s’amusant – et en nous amusant – Amin Zaoui nous offre un roman des plus importants. Important par sa voix, sa liberté hautement proclamée à chaque page. Ce livre est le contrepied parfait des fantômes sinistres qui hantent le monde arabo-musulman et l’Algérie, chère au cœur de l’écrivain et – modestement – à celui qui écrit cet article. A chaque page, on boit du vin, on parle de sexe en toute liberté, à chaque page Zaoui chante les femmes, leur beauté, leur intelligence, leur droit absolu d’être les partenaires souveraines de leurs congénères masculins. Ce livre est une ode au refus de se soumettre aux diktats des fanatiques, aux fatwas morbides d’une petite minorité de sectaires qui empoisonnent l’islam d’aujourd’hui – et les sociétés qui s’en réclament.

Mais, nous le disions, L’enfant de l’œuf est une œuvre de fiction d’une drôlerie réjouissante. Ses deux narrateurs, Moul et Harys, sont des personnages décalés, des philosophes solitaires, profondément bons et humains. Humains – le mot fait rire ici : Harys est un chien. C’est le chien de Moul. Et quel chien ! Un chien philosophe qui trouve, en la vie de son maître (mais qui est le maître de qui ?) matière à exercer sa sagacité, son humour et sa réprobation. Il trouve son maître bien futile, plus occupé des visites de Lara, sa voisine syrienne, et de ses bonnes bouteilles que du labeur.

Trois poèmes préislamiques Le Cédrat, La Jument et La Goule

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 03 Février 2017. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Sindbad, Actes Sud

Trois poèmes préislamiques Le Cédrat, La Jument et La Goule, présentés et traduits de l’arabe par Pierre Larcher, octobre 2016, 16 € Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Mystère des temps

Ces trois poèmes préislamiques que présente ici Pierre Larcher, constituent une petite partie de ce livre que publient les éditions Sindbad Actes sud, sachant que l’ouvrage est doté d’un important appareil critique, très développé et savant. Au reste, on peut s’autoriser plusieurs lectures : celle de l’ensemble, texte et apparat critique, ou celle d’un mélange des deux lectures, la savante et la sienne propre, ou encore ne lire que les poèmes – ce qui n’est pas tout à fait impossible. Car il est net que quelle que soit la lecture choisie, nous sommes devant une poésie mystérieuse et profonde. Car comment aborder ce continent enfoui sous les siècles de l’Islam, créé avant l’Hégire, sinon comme une sorte d’objet archéologique, à l’instar des Hymnes Védiques ou des énigmes de la Kabbale ? Il faut surtout abandonner la raison raisonnante et se fier aux « couleurs » du texte, à ce rythme, comme le considère Nietzsche dans le Gai savoir, où le philosophe explique la naissance de la poésie par le rythme qui suivrait l’évolution de la civilisation, et qui en serait le témoin.

Les vies de papier, Rabih Alameddine

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 28 Janvier 2017. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Les vies de papier, Les Escales, août 2016, trad. anglais Nicolas Richard, 330 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Rabih Alameddine

 

Une traductrice qui, après avoir été libraire, ne publie pas ses traductions, qui les enserre jalousement dans « la chambre de bonne » de son appartement, et qui plus est, fait des traductions de traductions… si l’on replace le tout dans le Beyrouth traversé par toutes les guerres, souvent fratricides, on aura une vue assez panoramique de ce roman :

« Je choisissais de mourir dans mon appartement plutôt que de vivre sans. Dans les marges du matin, je m’accroupissais derrière ma fenêtre et observais les thanatophiles adolescents avec des semi-automatiques qui, tels des cafards, couraient en zigzags. Le clair de lune sur le canon des fusils de seconde main. Tandis que les nébuleuses des bombes éclairantes coloraient les cieux en indigo, je voyais les étoiles cligner avec incrédulité face à l’orgueil démesuré qui faisait rage en bas, sur la terre ferme » (p.40).

« Quand les seigneurs de guerre ont achevé leur interlude quelques jours plus tard, je me suis sentie protégée entre les quatre murs de mon appartement, veillant avec la kalachnikov proche de ma poitrine.

Aaliya l’élevée, la séparée » (p.58).