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Pays arabes

Cet amour, Yasmine Khlat (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 07 Mai 2020. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Elyzad

Cet amour, mars 2020, 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Yasmine Khlat Edition: Elyzad

 

Éloge de la paix

Après Égypte 51*, Yasmine Khlat publie son nouveau roman, Cet amour.

Seule dans un appartement parisien, Irène souffre de tocs qui lui donnent une peur inouïe de l’eau. Incapable de quitter son domicile, en manque d’argent, elle vérifie avec obsession les robinets pour éviter une éventuelle inondation.

Un certain soir, elle appelle par téléphone le docteur Rossi. Elle est libanaise, lui israélien. Bien qu’une certaine loi interdise le contact entre les deux nationalités, leur échange s’allonge pour évoquer le Liban, la guerre, l’exil, l’absence, l’enfance… « Je voulais vous parler de mes tocs. Ils envahissent ma vie. M’empêchent de bouger, de me mouvoir, me tiennent attachée chez moi » (p.14).

Ainsi, apaisée par la voix de Rossi, Irène décide de sortir le voir pour aller au bout de sa thérapie.

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 05 Mars 2020. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Actes Sud

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa, janvier 2020, trad. arabe Amal Albahra, 208 p. 20 € Edition: Actes Sud

Le recueil réunit 32 textes choisis parmi des recueils de nouvelles publiés entre 2012 et 2020.

Le recueil comprend différentes histoires : de ce rat qui sauve des êtres peints dans des tableaux, à ces hommes vivants dont les noms sont publiés dans la liste des décédés dans un journal, en passant par cet homme transformé en épouvantail par le génie d’une vieille théière…

Le recueil peint des thèmes dont certains sont très récurrents : la guerre, la mort, et l’amour. La guerre sert de décor à plusieurs nouvelles. Elle est représentée sous forme de bombardements et de balles. Elle contraint les habitants à l’exil, souvent en Turquie ou à l’enfermement dans une chambre ou un sous-sol. « Cela faisait deux mois que j’étais sur le point de quitter cette ville avec ma mère, car la guerre était devenue de plus en plus horrible » (p.120). Elle sert souvent à introduire le fantastique : des cadavres qui se réaniment, apparition de fantômes, métamorphoses… Par exemple dans la nouvelle Le Juge de l’exécution capitale, les personnes tuées par pendaison reviennent à la vie pour tourmenter le juge qui les a condamnées.

L’échelle de la mort, Mamdouh Azzam (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 24 Février 2020. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

L’échelle de la mort, Mamdouh Azzam, trad. de l’arabe par Rania Samara, 2020, 112 p. Edition: Actes Sud

 

Traditions meurtrières

L’histoire a lieu dans une région rurale, quelque part en Syrie. La domination masculine et le respect sacré des traditions ancestrales persistent dans ce lieu enfermé et isolé. Désobéir aux coutumes ou au patriarche, c’est subir vengeance et châtiment.

Dans ce lieu désertique, Salma passe une enfance malheureuse. Laissée par sa mère, elle grandit ensuite auprès de son oncle Sayyâh. Adolescente, elle est mariée à un homme qui ne voit en elle que le sexe. Son mari finit par voyager vers l’Amérique, la laissant seule entre les griffes d’une belle-mère jalouse et acariâtre.

Un jour, Salma rencontre le jeune Abdelkrim et tombe amoureuse de lui. Malgré les conséquences dangereuses, elle suit aveuglément ses sentiments. Après des rendez-vous discrets, les amoureux décident de fuir pour vivre leur passion librement. « Elle avait préféré se laisser aller à un amour coupable, soulevant comme une tempête de sable dans sa vie » (p57).

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

Le Dernier Grenadier du monde, Bakhtiar Ali, août 2019, trad. kurde sorani, Sandrine Traïdia, 336 pages, 22 € Edition: Métailié

 

« Au-dessus de sa tête, il voit les branches d’un grenadier. Il entend le bruit de la destruction et de la pulvérisation des objets, il a entendu parler de la poussière mortelle de verre que le vent répand la nuit sur le monde ».

Un roman bien déstabilisant que nous offre ici cet auteur d’origine kurde, un roman dont le rythme et la narration sont tout à fait atypiques pour un lecteur occidental, comme une litanie qui s’étire, se distend, se ressasse par des répétitions, comme un conteur qui aurait un peu perdu la tête, une sorte d’errance littéraire traversée de fulgurances d’une beauté telle, que le livre reste collé aux mains du lecteur.

« Regardez, toutes les histoires sont comme un tout petit ruisseau qui, à la fin, vient se jeter dans la vaste mer, riche de milliers d’autres histoires… Et chaque fois qu’un conteur meurt en chemin, il faut qu’un autre conteur prenne sa place et que, rivière après rivière et mer après mer, il poursuive cette histoire ».

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 26 Novembre 2019. , dans Pays arabes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi, avril 2019, trad. (Egypte) Gilles Gauthier, 320 pages, 22,50 € Edition: Actes Sud

Egypte : la prison des homosexuels.

La fiction est racontée par un homosexuel, Hani Mahfouz. Alors qu’il marchait la nuit avec son ami Abdelaziz dans une rue du Caire, les deux ont été arrêtés par la police des mœurs qui ramassait les homosexuels ou ceux qui semblaient l’être.

« Au cours de cette campagne qui s’étendit sur plusieurs jours au début du mois de mai 2001, la police ramassa des dizaines de personnes et l’affaire culmina le 11 mai, deux ou trois jours après notre arrestation, à mon ami et moi, près de la place Tahrir » (p.46).

Au commissariat, Hani et les autres personnes sont  humiliés et torturés. Contrairement à son ami, il fait de la prison, arraché ainsi à son épouse Chirine et sa fille qui n’en savent rien. Après des mois, Hani sort de la prison brisé et aphone. Il se sent un autre. Sa femme a déjà annoncé le divorce. Ses parents sont morts avant. Il a tout perdu, hormis ce mystérieux ami nommé le prince. Son psy lui conseille l’écriture pour sortir de ce cauchemar qui a commencé à cause d’une promenade…