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Bassin méditerranéen

Europa Hôtel, Farhad Pirbal (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 14 Janvier 2020. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Maurice Nadeau

Europa Hôtel, Farhad Pirbal, novembre 2019, trad. kurde, Gaspard Karoglan, Arthur Quesnay, 180 pages, 19 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Farhad Pirbal, Kurde irakien, auteur narrateur de cette chronique romanesque originale, raconte ses années d’exil politique en France.

Le centre géographique et névralgique du roman, le point de couture de l’intrigue se situent dans un hôtel parisien de standing, Europa Hôtel, où Farhad fait profession de veilleur de nuit. Il y noue une authentique et croissante amitié avec le propriétaire, M. Luciana, un homme immensément riche, cultivé, féru de littérature persane, qui revendique ses origines judéo-portugaises et qui nourrit le rêve, utopique compte tenu de ses origines et du fait qu’il possède des biens en Israël où il se rend annuellement, d’aller rejoindre en Iran Ziba, avec qui il a eu une liaison passionnée lorsqu’elle effectuait ses études à Paris.

La Longue Marche, Ayhan Geçgin (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 07 Janvier 2020. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La Longue Marche, Ayhan Geçgin, novembre 2019, trad. turc, Sylvain Cavaillès, 224 pages, 22 € Edition: Actes Sud

 

Fuir le monde pour exister.

Très souvent, le lecteur francophone réduit la littérature turque à ces deux noms : Orhan Pamuk et Elif Shafak. Pour mettre en lumière cette riche littérature, Actes Sud a toute une série de lettres turques grâce à laquelle le lecteur de langue française découvre de belles plumes comme Asli Erdogan, Ahmet Altan ou Ayhan Geçgin.

Publié en Turquie en 2015, La Longue Marche raconte l’histoire d’un jeune Turc de 29 ans qui vivait avec sa mère quelque part à Istanbul. Un jour, il décide de quitter la maison et la grande ville. Il n’a pas de but précis : il veut fuir la ville, le monde, les humains, et s’installer dans une montagne où il sera seul face à la nature. Il est guidé par une certaine pensée qui lui dit de suivre une ligne droite, ne pas regarder en arrière, et tout laisser derrière lui. « Je veux aller dans un endroit qui soit privé de la voix humaine, et rester là, à écouter simplement le vide » (p.96). Sans provisions, le personnage n’entame pas donc un voyage ou une quête de quelque chose : il fuit le monde et l’humanité.

Antigone, Sophocle (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 20 Décembre 2019. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Théâtre

Antigone, Sophocle, trad. grec ancien Jean Grosjean, préface Jean-Louis Backès, notes et lexique Raphaël Dreyfus, 208 pages, 4,30 € Edition: Folio (Gallimard)

 

On lit : « Le voilà mort avec la morte* ; le malheureux / consomme ses noces dans les demeures de l’Hadès ; / il montre aux hommes combien la déraison / est le plus grand mal de l’homme ». On lit aussi : « La morte t’a accusé d’être la cause / de cette mort-ci et de cette mort-là ».

On l’entend : ce qui frappe, dans cette traduction du grec ancien, ce sont les répétitions. Belle traduction d’Antigone (aussi belle, aussi puissante, et plus juste, que celle que fit, en son temps, Hölderlin), d’un homme – Jean Grosjean – qui comprit pleinement, en tant que traducteur, en tant que commentateur des évangiles, en tant que poète, en tant que conseiller littéraire enfin, la valeur d’enfance de la répétition, et permit la naissance, en poètes (la seconde naissance n’est-elle pas seule véritable, à défaut d’être la plus émouvante ?), d’Alexandre Romanès et de Lydie Dattas, qui ont su faire leur miel des répétitions. Qui ont su en faire leurs fleurs. Pour que le lecteur puisse venir = puisse les butiner. Puisse exprimer son devenir-abeille.

Athos le forestier, Maria Stefanopoulou (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 22 Août 2019. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Cambourakis

Athos le forestier, août 2019, trad. grec René Bouchet, 224 pages, 22 € . Ecrivain(s): Maria Stefanopoulou Edition: Cambourakis

 

La littérature, dit-on, aide à comprendre le passé d’un pays, son histoire, ses drames lointains ou rapprochés. Ce présupposé est largement confirmé par le magnifique récit de Maria Stefanopoulou, qui signe à cette occasion son premier roman, même si cette auteure a déjà produit des nouvelles et essais sur la critique et la violence.

C’est un roman choral, qui expose successivement les points de vue des différents personnages : Athos, qui est forestier dans le Péloponnèse, se cache dans sa cabane car il passe pour mort, ayant échappé aux représailles de la Wehrmacht du 13 décembre 1943 à Kalavryta. Dans ce village ont été massacrés tous les habitants. Son épouse, Marianthi, et sa fille Margarita quittent la localité.

Près de quarante ans plus tard, Lefki, la fille de Margarita, s’installe à Kalavryta pour y créer une Clinique de la douleur car Lefki est médecin. Iokasti, fille de Lefki, représente la quatrième génération après la seconde Guerre mondiale : elle veut résoudre le mystère d’Athos, et se lance dans la forêt à la recherche de son grand-père Athos.

Sillages, Kallia Papadaki (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 25 Juin 2019. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cambourakis, Cette semaine

Sillages, mars 2019, trad. grec Clara Villain, 198 pages, 20 € . Ecrivain(s): Kallia Papadaki Edition: Cambourakis

 

Kallia Papadaki retrace l’histoire d’une famille grecque immigrée aux États-Unis, depuis les débuts du XXe siècle jusqu’aux années 1980. Dans un jeu de flash-back entre les déboires d’Andonis Kambanis, le grand-père, et les difficultés de son fils Basil avec sa fille adolescente Lito, se déroule devant nos yeux un pan d’histoire méconnu, transformé sous la plume de l’autrice en un chant acerbe et mythique.

« Et tandis que la lumière des néons se reflétait dans les flaques d’eau et clignotait à l’extérieur des boîtes de nuit et des cinémas, tandis que les gens faisaient la queue pour s’amuser jusqu’au lever du jour, Andonis Kambanis essayait de comprendre ce qu’il faisait de travers, pourquoi il vivait dans cette saloperie de pauvreté, sans une once d’espoir, pourquoi il n’arrivait pas à payer l’intégralité de son loyer, pourquoi, chaque matin, sa propriétaire se montrait amère et mécontente, pourquoi les dépenses étaient constantes et les revenus insuffisants. […]