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Japon

Journaux de voyage, Bashô (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 05 Janvier 2021. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Verdier

Journaux de voyage, trad. japonais, René Sieffert, 128 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: Verdier

 

 

Peut-être bien le plus grand poète que la terre ait porté. Sans doute le pèlerin et le marcheur le plus assumé. Que n’a-t-il traversé comme terres nipponnes ! Ce poète était aussi un fort en méditation, un expert du haïkaï, un fulgurant amateur de relations humaines authentiques.

Ses journaux de voyage relatent avec force détails ses pérégrinations incessantes. D’un gîte où il reçoit le couvert à un monastère qui l’accueille, le poète Matsuo a tout supporté des voyages, la forte chaleur, les maux de pieds, le froid cassant, l’ennui des traversées. Mais de tout cela il en a extrait une matière unique, tissée d’observations insignes du monde perçu. La moindre fleur, la plus petite bête, le moindre ciel changeant, le glissement subtil des saisons : tout est objet d’écriture immédiate .

Un printemps à Hongo, Ishikawa Takuboku (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 09 Novembre 2020. , dans Japon, Les Livres, Les Chroniques, Critiques, La Une CED, Poésie, Arfuyen

Un printemps à Hongo, Ishikawa Takuboku, Arfuyen, septembre 2020, trad. japonais, Alain Gouvret, 161 pages, 16 €

 

Le poète et ses chimères

Le défaut inhérent et impossible à circonscrire de ma chronique relève de l’analyse forcément ethnocentrée, que je ne peux entreprendre que par le biais du monde référentiel de ma culture européenne. Bien sûr je connais la littérature, le cinéma et l’art graphique du japon – et quelques sentiments très forts au sujet de l’acteur de kabuki, que m’enseigna mon professeur Georges Banu à Paris III –, il reste que je ne conçois cet univers oriental que par le prisme de la traduction ou des sous-titres, seuls vraiment capables de me rendre accessible cet ensemble de signes. Nous connaissons tous le débat autour de L’empire des signes. Mais dans le même temps, cet ethnocentrisme pourrait être un avantage pour parcourir le journal de ce poète maudit de l’archipel nippon, comme enrichissant le spectre et l’épaisseur de ce personnage capiteux.

La Péninsule aux 24 saisons, Mayumi Inaba (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 26 Mai 2020. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Philippe Picquier

La Péninsule aux 24 saisons, Mayumi Inaba, trad. japonais, Elisabeth Suetsugu, 240 pages, 19 € Edition: Philippe Picquier

 

Ce roman fait la célébration de l’instant. Et en participant à cette célébration, l’héroïne est invitée à convoquer les grands événements de sa vie : son départ vers la capitale lorsqu’elle était en pleine jeunesse, la mort d’une amie chère, la fin d’une histoire d’amour… Pendant que ces souvenirs se chevauchent, cette héroïne, dont le nom ne nous est pas dévoilé, comme si elle représentait une entité plus qu’un personnage singulier, a décidé de passer un temps indéterminé dans la maison qu’elle a fait construire il y a plusieurs années, sur la presqu’île de Shima. En effet, en raison de l’admiration ressentie face aux falaises « blanches et sèches », l’achat d’un terrain s’était imposé contre l’avis des proches, qui trouvaient l’idée saugrenue. Outre son nom, nous ne savons rien non plus sur l’âge de l’héroïne, mais après quelques déductions, on suppose facilement qu’elle a une soixantaine d’années – tout comme Mayumi Inaba avait une soixantaine d’années lors de l’écriture de ce livre.

Ô pruniers en fleur, Ryôkan (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 17 Octobre 2019. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Folio (Gallimard)

Ô pruniers en fleur, Ryôkan, Folio Sagesses, septembre 2019, trad. japonais Alain-Louis Colas, 112 pages, 3,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quatre-vingt-dix-sept textes poétiques illustrent à l’envi le grand talent du moine poète Ryôkan, né en 1758 et décédé en 1831.

Le plus souvent développée en quintils saisissants de justesse et d’élégance, la poésie de Ryôkan trace de la nature traversée un portrait tout en nuances où les fragrances, les beautés, ainsi que les réalités les plus triviales, dessinent une relation inspirée à la beauté des paysages, entre les « pluies d’automne » et « les journées où les corbeaux/ du bois sont sans voix ».

Ici, la voix restitue « nuées », « neige », « beaux jours », dans un souci constant de description au plus juste de l’objet. Ici, se perçoit toujours la saison, puisque l’écriture s’arrime elle comme le sang au corps.

Les doigts rouges, Keigo Higashino

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 05 Juin 2018. , dans Japon, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Les doigts rouges, mars 2018, trad. Sophie Refle, 237 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Keigo Higashino Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

« Akio et Yaeko étaient mariés depuis dix-huit ans. Un supérieur d’Akio les avait présentés l’un à l’autre et ils s’étaient fréquentés un an avant leur mariage. Ils n’étaient pas passionnément amoureux mais n’avaient ni alternative ni raison de se séparer. Elle avait accepté sa demande de peur de ne trouver personne d’autre si elle attendait plus longtemps ».

Les faits sont simples, précis, et le texte est d’une extrême limpidité. C’est l’une des caractéristiques de ce roman et de l’écriture de Keigo. Tout paraît clair (nous reviendrons d’ailleurs sur ce qualificatif). Et puis survient quelque chose, un rien d’incongru. Dans Les doigts rouges, c’est un sac poubelle noir dans le jardin. Maehara Akio, le mari, soulève le sac et là, il aperçoit une paire de pieds menus. Une petite fille gît, morte, dans la verdure. L’auteur de ce crime, Maehara Naomi, est un préadolescent, le fils d’Akio. Yaeko, sa mère, ne craint qu’une chose : que son fils chéri soit confondu et que le déshonneur retombe sur sa famille si les faits sont révélés au grand jour.