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Japon

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Japon, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.

Sayonara Gangsters, Genichiro Takahashi

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 09 Avril 2013. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Sayonara Gangsters, Books éditions, 20 mars 2013, traduit de l’anglais Jean-François Chaix, d’après la traduction du japonais de Michael Emmerich, 223 p., 18 € . Ecrivain(s): Genichiro Takahashi

 

 

Vieille dame, quintuplés, habitant de Jupiter, « chose incompréhensible », et même Virgile transformé en frigo, tout le monde défile dans la classe de poésie du narrateur, dans un monde où les gangsters font la loi, où l’on apprend sa mort par un faire-part envoyé par la mairie et où les rivières peuvent couler au 6ème étage des immeubles.

On pourrait placer ce roman sous l’égide des Métamorphoses d’Ovide, un Ovide en exil, aussi saoul qu’il l’est dans le roman, où il fait une apparition dans le récit du réfrigérateur Virgile. La fantaisie débridée du roman invite à l’énumération d’éléments incongrus plutôt qu’au résumé, mais il y a bien là cependant une histoire, discrète, celle des amours de Sayonara Gangsters, le narrateur, qui encadrent de leur tendresse et de leur mélancolie le défilé cocasse des aspirants poètes.

Hideyoshi seigneur singe, Shiba Ryôtarô

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 08 Mars 2013. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Philippe Picquier

Hideyoshi seigneur singe, traduit du japonais par Yoko Kawada, Sim et Sylvain Chupin, Collection Picquier Poche, 814 p. 12,20 € . Ecrivain(s): Shiba Ryôtarô Edition: Philippe Picquier

 

C’était de la comédie

 

Il est indéniable que Shiba Ryôtarô livre ici une œuvre littéraire de très haute facture. L’épaisseur du roman ne doit pas dérouter le lecteur car l’auteur conjugue à merveille l’érudition et le roman d’aventures. En effet, Hideyoshi seigneur singe n’est pas seulement un roman biographique retraçant la vie et l’œuvre politique de l’un des trois plus grands daimyôs que le Japon ait connu. Il est aussi un roman d’aventures car le lecteur suit Nobunaga, le maître de Hideyoshi et Hideyoshi lui-même dans nombre de batailles. La description est un des genres dominants dans ce roman. Elle est tour à tour épique et tragique lorsqu’elle décrit par exemple la mort de Nobunaga. L’alternance de ces deux tonalités donne de la vigueur et de la force au récit l’apparentant soit aux chansons de geste occidentales soit aux dits chers à la littérature japonaise. En effet, certains passages ramènent le lecteur vers des chapitres du Dit du Genji.

Cristallisation secrète, Yôkô Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 22 Février 2013. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Cristallisation secrète, traduit du japonais par Rose-Marie Makino, Babel mars 2013, 384 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Yôko Ogawa Edition: Actes Sud

 

Effacement

 

Lorsqu’on lit Cristallisation secrète, on ne peut s’empêcher de penser à Je suis une légende, Le château de Kafka ou encore La métamorphose. On trouve aussi des convergences avec Rhinocéros de Ionesco. Ceci s’explique peut-être par les thématiques évoquées.

La narratrice, romancière elle aussi, vit sur une île dont on ne connaît pas le nom (sans doute parce qu’il s’est effacé des mémoires des insulaires depuis la nuit des temps…), assiste, impuissante, à la disparition des objets du quotidien qui surviennent sans crier gare. L’étrangeté de la chose réside dans l’indifférence générale lorsque se produit l’événement. Personne ne dit rien. Au contraire, tout le monde s’active à chasser l’objet disparu de sa mémoire de sorte qu’il devient inconsistant et innommable par la suite. En effet, il s’ensuit un effacement de l’objet : son nom, sa forme et sa fonction n’évoquent plus rien pour personne. Il n’a plus d’existence car on ne se souvient pas de lui.

Le Diable chuchotait, Miyabe Miyuki

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 31 Mai 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Philippe Picquier

Le diable chuchotait. Trad. Japon par Myriam Dartois-Ako. Avril 2012. 371 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Miyabe Miyuki Edition: Philippe Picquier

Ce livre est étonnamment attachant.

Commençons par attachant. Le héros, Mamoru Kusaka, le personnage qui mène la délicate enquête, est un jeune garçon de 16 ans ! La vie ne l’a pas épargné – déjà – et sa malice, son obstination, sa gentillesse composent un personnage sympathique et peu commun. L’histoire est surprenante et la solution de l’énigme plus encore. L’écriture enfin, légère, fluide, nerveuse, offre une lecture agréable et captivante de bout en bout.

Etonnamment maintenant. Le début du livre, très violent et sombre, nous laisse augurer une lecture tendue dans un univers glauque. On s’attend à un thriller sanglant. Qu’on en juge :

« Le lecteur ne sait pas non plus que les membres de l’identité judiciaire ont ramassé à la main le cerveau de Fumie Katö éparpillé sur le sol et l’ont rangé dans un sac en plastique »

« … la tête de la jeune femme, retrouvée en dernier, était tombée dans un bruit humide de l’attelage entre les première et deuxième voitures quand le train avait fait lentement marche arrière, ce que le lecteur ignore également. Il ne sait pas non plus qu’à ce moment les yeux d’Atsuko Mita étaient grand ouverts, tout noirs. »