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La rentrée littéraire

L’Oncle de Vanessa, Le Minot Tiers (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Oncle de Vanessa, éditions La ligne d’erre, septembre 2019, 208 pages, 13 € . Ecrivain(s): Le Minot Tiers

 

Avant d’aborder le deuxième volume de cette trilogie, panneau central du triptyque conçu par l’auteur, il est bon de rappeler que Le Minot Tiers a mené en tant que géographe de nombreuses recherches sur la représentation de l’espace en littérature dans l’œuvre de Jules Verne dont il est spécialiste, ainsi que dans le cycle proustien À la recherche du temps perdu et dans Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. Et cette incursion romanesque lui permet surtout d’aborder les problématiques soulevées dans ses essais universitaires avec plus de liberté et de les partager avec un plus large public qu’il s’attache à instruire tout en le divertissant.

Dans Des miroirs et des alouettes (mai 2019), il avait ainsi, grâce à un style alerte et familier plein d’humour et d’autodérision, entraîné ses nouveaux lecteurs dans une histoire improbable, dans un enchâssement hétéroclite de récits faisant éclater tous les cadres et bouleversant les perspectives – sorte de « puzzle maudit » dont les pièces se chevauchent plus qu’elles ne s’emboitent –, croisant ainsi son imaginaire avec le leur et stimulant leur réflexion. Et si L’Oncle de Vanessa jouit d’une autonomie certaine on le savourera mieux après avoir lu ce premier volume car il s’avère la suite de cette histoire échappant à toute logique, venant la compléter à défaut de véritablement la terminer.

Le temps de la haine, Rosa Montero (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Espagne, Métailié

Le temps de la haine (Los Tiempos del Odio), septembre 2019, trad. espagnol, Myriam Chirousse, 354 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rosa Montero Edition: Métailié

Rosa Montero nous offre une suite aux aventures de Bruna, la belle Réplicante de combat, rencontrée deux fois dans Des larmes sous la pluie et le poids du coeur. Et donc une lecture réjouissante, qui nous projette dans un futur certes lointain (au-delà des années 2100) mais qui, du point de vue des références à notre monde, s’avère étrangement proche de nous.

La force de ce roman est d’abord de nous ramener vers une Science-Fiction comme nous n’en avons pas lue depuis belle lurette. Une Science-Fiction sans complexe, avec des robots, des voyages interstellaires, des utopies planétaires.

« Au-delà, les ténèbres interstellaires, éclaboussées par les étincelles des étoiles, des planètes éclairées par leurs soleils, les lunes, les nébuleuses, les galaxies lointaines. Ici, hors du filtre sale de l’atmosphère terrestre, l’immense majorité des corps célestes montraient un éclat redoublé et fixe, sans aucun clignotement, de durs boutons de lumière. Le cosmos ressemblait à une boîte à bijoux en velours noir rempli de diamants. Et sur sa gauche, ah, Bruna la voyait maintenant avec clarté, parce que son corps avait lentement tourné dans le vide, là-bas au fond il y avait la Terre, resplendissante, une boule de lumière hypnotisante, colossale en poids et dimension, son bleu intense tacheté par la crème fouettée des nuages. […]

Une joie féroce, Sorj Chalandon (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mardi, 10 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Une joie féroce, août 2019, 320 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

 

Tout le monde l’aime, Jeanne… Sauf moi… Bénéficierait-elle de l’empathie éblouie de la plupart, lecteurs et critiques de cette Joie féroce de Sorj Chalandon, si elle n’était pas atteinte d’un cancer du sein ? La réponse est non. Qu’elle soit libraire est accessoire… Car avant qu’il ne lui soit diagnostiqué, elle se contentait, entre facilité, égoïsme, lâcheté et résignation – la pathologie humaine la plus banale qui soit – d’une vie aussi plate qu’une autoroute. D’une rectitude parfaite, sans surprise et sans amour, aux côtés d’un mari insipide. Une vie dont l’issue fatale était sans doute celle d’une vieillesse pépère confite dans un ennui mortel. Elle subissait, elle se soumettait. Fripée, sans féminité, sans séduction et sans passion. La perte de son jeune fils en fut certes l’une des causes, mais cependant pas suffisante pour l’avoir réveillée à elle-même. Il lui faudra sa propre maladie, « son crabe », cette « écharde mortelle » qu’elle dédramatisera en le nommant « camélia » pour que, non sans quelques frilosités embourgeoisées, elle troque sa vie, contre une autre, émaillée de protocoles thérapeutiques, de peurs et de douleurs, vécus par des milliers d’anonymes sans qu’ils en fassent une Joie féroce.

Le ciel par-dessus le toit, Nathacha Appanah (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 09 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le ciel par-dessus le toit, août 2019, 125 pages, 14 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Gallimard

 

On attendait avec impatience le dernier roman de Nathacha Appanah qui, avec Tropique de la violence en 2016, avait obtenu un grand succès critique et public, remportant de très nombreux prix littéraires. Un livre d’une grande puissance poétique qui bouleversait notre vision exotique idyllique de l’île de Mayotte en dénonçant le scandale oublié de ses bidonvilles surpeuplés et de ses enfants abandonnés à leur destin de misère exempt de promesses.

Si l’auteure traque toujours les faux-semblants en allant creuser derrière les apparences trompeuses et s’attache encore aux enfances saccagées, elle délaisse cette fois la noirceur de l’actualité tout comme le genre romanesque à proprement parler. Le ciel par-dessus le toit – dont le titre renvoie à un célèbre poème de Verlaine sans cesse repris en leitmotiv – se présente en effet d’emblée, et s’affirme tout du long, comme un petit conte de fées qui, lui, finit bien. Un conte où l’auteure, nous demandant sans cesse d’imaginer, adopte une langue poétique lumineuse étonnamment simple et concrète, douce et paisible, et même parfois délibérément enfantine – tant dans certaines de ses formulations que dans ses malicieux échos rimés – pour transcender la dureté de la vie.

Borgo Vecchio, Giosuè Calaciura (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 06 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie, Editions Noir sur Blanc

Borgo Vecchio, août 2019, trad. italien Lise Chapuis, 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Giosuè Calaciura Edition: Editions Noir sur Blanc

 

Journaliste, nouvelliste, dramaturge et romancier, le Sicilien Giosuè Calaciura est une des voix les plus marquantes de la littérature italienne contemporaine, et on a encore en mémoire son chef d’œuvre Malacarne (1998), flamboyante geste sanguinaire s’avérant sans doute le roman le plus singulier et le plus puissant écrit sur la mafia.

Publié en 2017 en Italie où il remporta le prix Volponi, Borgo Vecchio vient de sortir en version française dans l’excellente traduction de Lise Chapuis, et il ne déçoit pas les attentes. On retrouve en effet dans ce court et intense roman à l’écriture peaufinée cette démesure fabuleuse, caustique et visionnaire de l’auteur qui lui permet de dire la cruauté et la tristesse de la réalité sans sombrer dans le moralisme ni le misérabilisme. Ainsi que son humanité, particulièrement dans ce texte où « l’enchantement de la tendresse » affleure miraculeusement des principaux protagonistes.