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La rentrée littéraire

L’Imprudence, Loo Hui Phang (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

L’Imprudence, août 2019, 144 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Loo Hui Phang Edition: Actes Sud

 

Dans ce premier roman, Loo Hui Phang affronte courageusement l’épineuse et douloureuse question de l’exil qui se trouve au cœur des préoccupations politiques et sociales actuelles. Son traitement romanesque et distancié (distance inhérente à la fiction et distance temporelle, puisque les événements évoqués eurent lieu durant les guerres d’Indochine) légitime une investigation apolitique, exclusivement centrée sur le chaos identitaire irréversible qui retourne les tripes de celui ou de celle ayant subi le déracinement. Autant dire que ce récit assez court, formellement subtil et aérien, comporte par ailleurs une forte densité émotionnelle, tout en évitant l’écueil des raccourcis psychologisants.

Jeune photographe de 23 ans, la narratrice vit à Paris où elle partage son temps entre sa passion professionnelle et son irrésistible penchant pour les ébats sexuels improvisés et sans lendemain, avec grand nombre de partenaires inconnus. D’où le titre du roman : L’Imprudence, leitmotiv romanesque et véritable substrat héréditaire. Depuis qu’elle a quitté le cocon familial, installé en Normandie, et rejoint la capitale, elle jouit pleinement de sa liberté de jeune femme française émancipée.

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, août 2019, 290 pages, 19 € . Ecrivain(s): Laure Limongi Edition: Grasset

 

Laure Limongi a publié une dizaine de livres entre fiction, essai ou poésie, parfois écrits en collaboration avec des graphistes, et ce n’est que récemment quelle a commencé à sonder la veine autobiographique dans Anomalie des zones profondes du cerveau (Grasset, 2015), tout en dépassant largement l’autofiction. Et elle continue avec On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, un dernier roman semblant lui s’inscrire dans une quête identitaire.

Née à l’époque de la création du FLNC dans une Corse en proie au romantisme révolutionnaire qui la bercera ensuite de ses « nuits bleues », l’auteure quitta dramatiquement son île natale suite à la mort de sa mère il y a plus de vingt ans. « Ame perdue » ayant désormais du mal à trouver sa place, l’exilée se décide enfin à entreprendre le voyage vers l’abîme de ces « limbes corses », à la recherche de « cette histoire tatouée en signes incompréhensibles » dans sa chair. A la recherche des secrets ayant plombé son enfance et sans doute du trésor d’un héritage, d’une appartenance, dans un roman familial creusant la matière-même qui l’a construite et l’a faite écrivaine. Une matière lourde de silences, de non-dits et de tabous…

La Vie en chantier, Pete Fromm (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Vendredi, 20 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La Vie en chantier, Pete Fromm, Gallmeister, septembre 2019, trad. américain Juliane Nivelt, 381 pages, 23,60 €

 

Une comédie musicale comme savent les faire les Américains ! Voilà à quoi ce livre m’a fait penser.

Vous connaissez comme moi la recette : une histoire à l’eau de rose ; des personnages bien lissés et pétris de bons sentiments ; vous ajoutez des voix superbes ; de beaux costumes ; des décors à vous en mettre plein la vue ; une chorégraphie calée au poil ; des jeux de claquettes époustouflants ; une synchronisation parfaite. Au final, on se régale et on applaudit à tout rompre.

Eh bien, c’est un peu ça, ce livre. Il y a tout au départ pour faire un navet, et Pete Fromm, je ne sais comment (son talent doit y être pour quelque chose), nous tient d’un bout à l’autre. La Vie en chantier pourrait tenir le haut de l’affiche à Broadway.

J’entends les critiques :

Coup de vent, Mark Haskell Smith (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 18 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Coup de vent, septembre 2019, trad. américain, Julien Guérif, 256 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mark Haskell Smith Edition: Gallmeister

 

C’est plus une tornade, ou pour rester en phase avec la localisation d’une partie du roman, plus un ouragan qu’un coup de vent qui ébranle les locaux de la société InterFund, basée à Wall Street et abritant de brillants traders, lorsque l’un d’eux, peut-être le plus performant sur le marché des changes, se volatilise en laissant derrière lui un trou de dix-sept millions de dollars. Son nom : Bryan LeBlanc. Ses particularités : considérer qu’être honnête dans un travail par essence malhonnête ne réussit pas à satisfaire totalement sa moralité à géométrie variable, que trimer quatre-vingts heures par semaine derrière les moniteurs d’un « open space » ne comble pas sa soif de liberté et qu’exploiter son semblable ne mène pas au bonheur. Autre signe distinctif : être doté d’une intelligence très au-dessus de la moyenne qui lui a permis de concevoir et de réaliser une arnaque difficilement décelable, de préparer dans les moindres détails sa fuite vers les Caraïbes, de se former sans difficulté à la navigation à la voile, histoire de profiter de la moindre risée pour fuir la vie de dingue de ses anciens collègues, le tout en écoutant de la musique et en dégustant les meilleurs vins de la planète.

Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 17 Septembre 2019. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Attendre un fantôme, août 2019, 129 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphanie Kalfon Edition: Joelle Losfeld

 

Kate, la meurtrie, est le seul personnage qui, d’un bout à l’autre du roman, n’apparaît pas. Ne se laisse pas approcher. Elle reste, sidérée, dans la cuisine jaune où sa mère lui apprend la nouvelle : la mort du garçon qu’elle aime, dans un attentat en Israël.

Sa mère, son beau-père, son père, sa sœur, les parents du garçon la traversent, passent en elle, à travers ce papier buvard qu’elle est devenue, comme une frise de petits personnages tous semblables qui, une fois dépliée, forme une guirlande, un découpage pour jeux d’enfants, suivant les pointillés.

Il est révélateur que Kate n’ait voix au chapitre qu’à la toute fin du roman. Un an passe, puis deux sans que quelque chose en elle ne se manifeste, elle vit en parallèle, la nouvelle l’a figée. Elle sait qu’elle attend pour rien, pas encore qu’elle n’attend rien.