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Critiques

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud, Grasset, janvier 2026, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Georges-Olivier Châteaureynaud Edition: Grasset


Autant se fâcher de suite avec tout le monde : ce roman est insignifiant. Pas mauvais, pas exécrable, non, pire : insignifiant. Son motif narratif est connu, il a circulé dans la presse, et tout le monde s’en est ébaubi : dans un société pas même futuriste (rien ici ne relève de la science-fiction, tout est mornement contemporain) existe la possibilité légale de se débarrasser à bon compte de son conjoint, voire de son enfant, qui se retrouve ensuite dans une institution moralement beige, à l’image de l’uniforme porté par les pensionnaires. De suite ou presque, ces personnes sont proposées au recyclage chaque week-end, exposées au public qui vient comme on va au zoo, peut-être pour imaginer l’existence qui a pu mener à cet abandon (mais que Châteaureynaud ne raconte jamais, s’abstenant de tout aperçu sociologique), plus rarement pour tenter l’aventure de l’adoption et son coût (les « recyclés » sont dépossédés de tout, y compris et apparemment de la possibilité d’exercer un métier) – quitte à ramener la personne prise en charge à l’institution en cas d’insatisfaction quelques semaines plus tard.

Harmonica etc., Guillaume Decourt (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 14 Mai 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde

Harmonica etc., Guillaume Decourt, éditions la Table ronde, 159 pages parution mars 2026, 17 euros. Edition: La Table Ronde


Guillaume Decourt, poète, offre ici un recueil de textes poétiques d’une grande diversité. Si les textes sont courts, leur densité permet d’embrasser d’emblée les sujets, les lieux, les émotions que le poète suscite. Qu’il s’agisse de l’adultère, du film « L’armée des ombres » auquel il de réfère pour évoquer son père, ou d’une petite fille de Gitane, ou encore de Robert Mitchum, c’est pour chaque poème l’occasion de mêler une facture plutôt classique à des sujets très actuels, tout pouvant être traité avec une égale légèreté.

Parce que c’est ce qui s’exhale à la lecture des textes, une légèreté coupable d’une joie de vivre. Ainsi lit-on de Herbert von Karajan qu’il portait des baskets en raison de pieds douloureux :

« un glissando de flûte de hautbois de cor

S’entend comme il se doit avec des Adidas »

L’automne d’André Derain – Michel Bernard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 13 Mai 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, En Vitrine, Cette semaine, Les Belles Lettres

L’automne d’André Derain – Michel Bernard – Les Belles Lettres – 180 p. – 21,50 euros – 03/04/26. . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: Les Belles Lettres

 

« Ce 25 février 1916, quand beaucoup se défilaient, il avait fait face, défié la mort, la mutilation. Il savait depuis que le courage ne lui manquait pas. Dans ce train qui l’emmène chez l’ennemi, il n’en est plus sûr. Il pousse la tête dehors, ferme les yeux, ouvre la bouche. »

L’automne d’André Derain est cet automne 41, ce vendredi 31 octobre 1941, où le peintre avec d’autres artistes, Vlaminck, Van Dongen, prend le train de nuit pour Munich à l’invitation de l’Allemagne nazie, qui rêve de s’afficher avec des peintres et des sculpteurs français, en échange de la libération d’artistes prisonniers, ce qu’oublieront les Allemands. Un voyage qui pour certains fut celui de la honte et de la trahison, mais Michel Bernard, n’est pas un procureur de la dernière heure, c’est un écrivain, un écrivain au talent éblouissant qui se saisit de ce voyage pour en faire un roman d’une force rare et profonde, comme il se saisit de la vie tumultueuse du peintre.Il ne donne pas de leçons d’histoire, il nous conte celle d’un peintre qui s’est laissé entraîner, sans enthousiasme, sans tomber dans les bras sanguinaires des nazis, vers l’Allemagne et ses musées.

La Paix des ruches, Alice Rivaz (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 12 Mai 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Zoe

La Paix des ruches, Alice Rivaz Éditions Zoé – Novembre 2022 144 pages – 16 € Edition: Zoe


"Dans une histoire des idées féministes où l’amnésie menace sans cesse, Alice Rivaz mérite de retrouver la place et le crédit qui lui reviennent." (préface, p. 13). C’est vrai. Tout comme il est vrai que l’amour et la cohabitation entre hommes et femmes ont évolué – tout du moins dans le monde occidental – depuis la parution de ce roman, très précurseur dans sa vision : La Paix des ruches est publié pour la première fois en 1947.

Les Éditions Zoé contribuent à réhabiliter le statut d’Alice Rivaz : reparu en 2022, ce roman connaît même une nouvelle édition de poche en 2025, soulignant l’intérêt et la curiosité de nouveaux lecteurs et de nouvelles lectrices, et par là même, une forme de modernité. Notons au passage cet autre ouvrage d’Alice Rivaz, Sans alcool et autres nouvelles, également publié chez Zoé, où le thème des désillusions féminines est tout aussi présent et mélancolique, porté par une écriture de grande qualité. Car au-delà de la position politique qu’on prête à cette romancière, il est un aspect remarquable à relever : ce sont l’élégance et la maîtrise de sa langue littéraire, délivrant toute subtilité aux réflexions et interrogations de sa protagoniste – ici précisément, Jeanne Bornand.

Une très bonne hérétique, Becky Chambers (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 11 Mai 2026. , dans Critiques, Les Livres, Science-fiction, La Une Livres, Roman

Une très bonne hérétique, Becky Chambers, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Surgers, L’Atalante, 112 pages, octobre 2025, 12,50 €

On a négligé d’évoquer ici la formidable série Les Voyageurs, quatre tomes d’une science-fiction quasi solaire, réjouissante au possible, signés Becky Chambers. On l’a négligé, et on a eu tort – d’où cette critique dithyrambique d’un mince recueil de cinq nouvelles, puisque la cinquième, qui donne son titre au recueil, est située dans l’univers des Voyageurs – comme un ultime appendice, un ultime aperçu des interactions aussi passionnantes que touchantes et profondément… humaines existant entre toutes les espèces peuplant les diverses galaxies traversées dans cette série. Ici, une seule, ou du moins essentiellement une planète, celle dont sont originaires les Sianat, ces « paires » sans lesquelles la navigation interstellaire serait impossible.

Oui, dit comme ça, quiconque souffre d’un manque d’intérêt pour la science-fiction, cette supposée littérature pour amoindris du bulbe, baille et se demande ce qu’il y a à attendre d’une histoire fleurant bon le space opera. Tout, tout est à attendre, car Becky Chambers donne à chacun de ses personnages une profondeur troublante, incitant le lecteur à s’intéresser à son âme, voire à s’y attacher, surtout dans ses rapports aux autres personnages, certains n’étant pas du tout de son espèce mais les rapports entre tous étant majoritairement pacifiques.